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La valeur humaine de la folie. Alexandre Grothendieck et quelques autres…

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« Dans cette voie, nous constaterons avec la nuance de surprise où Freud voit la connotation subjective de l’inconscient reconnu, que le délire déploie toute sa tapisserie autour du pouvoir de création attribué aux paroles dont les rayons divins (Gottesstrahlen) sont l’hypostase.» (Jacques Lacan, « D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose » Écrits, p.559

  • Hypostase :

Grec : upo-stasis I-1- Base, fondement. 2- Dépôt, sédiment. 3- Au fond de l’âme, fermeté, sang-froid, courage, confiance. II- 1 Fondement ou sujet d’un ouvrage,

d’un discours. 2- Substance, réalité, fond d’une chose.

On pourrait traduire par sous-tient… Racine IE : *sta- se tenir debout ; upo-

dessous 1- Médecine : Accumulation de sang dans les capillaires

2- Théologie : Chacune des rois personnes divines considérées comme

substantiellement distinctes.

Alors quelle est l’hypostase, ce qui se tient par-dessous, qui soutient, qui permet de se tenir debout, chez Alexandre et les quelques autres dont j’aimerai parler ? Lacan à propos de Schreber dit que le sujet est « averti », autrement dit, il dispose d’une boussole ou d’un sextan - selon qu’il et sur terre ou sur mer ! - pour s’orienter dans son rapport au monde, aux autres et à soi-même. Hypostase, boussole, sextan… Il s’agit, fou ou pas, de ne pas perdre le nord. Les expressions qui balisent la relation au psychotique : « désabonné de l’inconscient », « inconscient à ciel ouvert », « construction hors castration » ne signifient pas que le sujet ne puisse être malgré tout « averti de l’inconscient » pour se repérer. C’est toute la logique qui sous-tend la psychose.

Avertissement

Je remercie vivement le Cercle freudien de m’avoir invité dans le cadre du thème qui est le vôtre cette année : « De quoi être fou ». Formulation ambiguë, s’il en est ; «passablement équivoque », prévient Pierre Boismenu, dans son compte-rendu du 17 juin 2022. Soit il s’agit d’une question : être fou de qui, de quoi ? Qu’est qui rend fou ? (Mais dans la formulation il s’agit d’une affirmation) Ou bien puisque c’est une affirmation : il y a de quoi être fou, au regard de quoi, des circonstances, du monde actuel etc.

Vous connaissez peut-être la chanson de William Sheller des années 80 : J'lui dis y'a des gens sur terr' qui dansent autour de nous Moi je n'vois rien je suis fier et je suis fou de vous. Elle s'en fout.

Jean-Yves Broudic a beaucoup insisté pour que je focalise mon intervention sur l’histoire du mathématicien Alexandre Grothendieck, que j’ai côtoyé à diverse reprises à partir des années 70. L’insistance de Jean-Yves m’a mis la puce à l’oreille : qu’est-ce qui insiste ? Je mettrai en garde d’emblée contre le faisceau de fascination qui peut entourer de son aura aveuglante un tel personnage. Notre métier en tant qu’analyste n’est-t-il pas de sortir de la fascination qui peut épouser moult variétés de l’affect, pour se laisser enseigner par ce qu’un sujet comme Alexandre, au-delà de l’homme remarquable sur la scène de la science, nous apprend sur les formes très subtiles que revêt ce qu’on désigne sous le vocable de psychose, même si celui de folie me parait plus juste. Ce qui m’a mis au travail dans l’histoire d’Alexandre, ce ne sont certes pas ses inventions en math, ça me dépasse largement, et je suppose que bien peu parmi nous et même parmi les mathématiciens les plus chevronnés, sont capables d’entrer dans ses arcanes, mais l’hypothèse que j’ai pu faire, à le fréquenter, d’une structure psychique très singulière, que l’on peut dire « psychotique ». Ma thèse est qu’Alexandre, chargé depuis sa tendre enfance d’assurer l’équilibre de l’univers soumis à des dérèglements dia-boliques, explore des terres vierges en maths, invente la géométrie algébrique, la théorie des topos etc. pour soutenir ce qui se présente à lui comme une mission divine. (cf. Le schéma 1), à savoir assurer l’équilibre de l’univers sans cesse menacé. Le terme de « mission » qu’il déplie dans son dernier grande texte La clé des songes ou de dialogue avec le bon Dieu, nomme et explique, dans l’après-coup, sa démarche

Mon premier enseignement sur la folie. Je suis né dans un camp de nomades, à Rennes. Baraque 16. Chaque baraque était découpée en une dizaine de logements rudimentaires : une chambre, une cuisine, un débarras. Mon père travaillait de nuit au standard de la Préfecture ; ma mère de temps à autre faisait des ménages, pour, comme on dit, mettre du beurre dans les épinards. Dans ces moments d’absence elle me confiait aux bons sons de la voisine de la baraque 15, la mère Paugam. Celle-ci avait une fille, Angèle, folle. Mais dans mon regard d’enfant, je la voyais avant tout comme une artiste. Elle était capable, en prélevant un filet de bave au coin de ses lèvres, de produire dans l’espace des arabesques éblouissantes. J’ai longtemps essayé d’en faire autant, mais sans succès. Ma première rencontre avec la folie, est marquée du coin de la création artistique. Voilà l’enseignement d’Angèle, la messagère : accueillir chez tout humain, quelle que soit sa position subjective, son rapport aux autres et au monde, cette capacité de création, quelles qu’en soient les voies de réalisation. Ces créations tombent parfois dans le domaine de l’art, de la découverte scientifique, de la littérature, de la musique… mais peu importe. Chaque sujet met son énergie à faire œuvre de sa vie. 2 Il invente ses propres solutions pour être au monde.

Il s’agit donc bien de se laisser enseigner par la logique de la psychose, dirais-je. Je présenterai 3 histoires pour l'illustrer et permettre d'éprouver toute la pertinence clinique de cette assertion. Deux très courtes, Victor et Henriette. Et je passerai plus de temps sur l’histoire d’Alexandre.

Victor, l'enfant autiste à la porte.

Je me souviens de cette histoire3 d'un jeune autiste qui passait son temps à ouvrir et fermer les portes. Un jour où toute la famille était réunie pour une fête, l'enfant n'arrêtait pas. Excédée sa mère lui demande de se calmer, en vain. Alors le grand père prend la parole et dit à sa fille : laisse-le faire son travail ! Cette parole de reconnaissance que ce qu'il faisait et paraissait insensé, obéissait à une logique, nommée : travail, permit à l'enfant de sortir de la répétition. Non seulement il cessa son geste obsédant, mais quelque temps plus tard se mit à parler et expliqua le pourquoi de ce comportement étrange et dérangeant. Lorsqu'il avait refermé la porte il était saisi d’un doute angoissant : est-ce que le monde derrière la porte continue à exister ? Et pour le vérifier il ré-ouvrait aussitôt la porte. Et ainsi de suite. Comme un disque rayé. La parole de reconnaissance du grand père lui a permis de passer à autre chose. Tant que le bricolage du psychotique n'est pas reconnu pour ce qu'il est, comme dit Freud, une façon de rebâtir le monde pour l'habiter, le sujet est agité par les soubresauts répétitifs, que ce soit des gestes, des cris, des paroles, des circuits... Possédé par la sauvagerie d'une jouissance qui s'empare de lui, une jouissance qui témoigne d'un réel sans loi. C'est pour supporter cela qu'il tente, pour faire face, d'introduire un ordre logique, que malheureusement, dans notre aveuglement, la plupart d'entre nous qualifions de façon très péjorative, de délire et voulons le faire taire.

Henriette, la schizophrène, ambassadrice des intra-terrestres.

Troisième histoire, pour enfoncer le clou. C'est l'histoire d'Henriette qui m'a été contée par un homme que j'ai rencontré il y a quelque temps, passionné d'art brut. Depuis plusieurs années il parcourt la France à la recherche de productions artistiques pour lesquelles le peintre Jean Dubuffet inventa le terme d’« art brut » pour désigner des œuvres produites par des personnes sans culture artistique. Un certain nombre des œuvres que Dubuffet a pu collecter se trouvent au Musée d'art brut de Lausanne. Certaines œuvres ont été réalisées par des psychotiques, comme Forestier, pensionnaire de Saint Alban. L'ami en question avait depuis longtemps le projet d'ouvrir un musée semblable en France. Et c'est chose faite depuis 2 ans dans le cadre du Musée d'art moderne de Lille, situé à Villeneuve d'Asc. C'est pour cette raison que cet homme, ancien prof, a battu la campagne pendant de nombreuses années et qu'un jour il a rencontré Henriette. Henriette est ambassadrice des extra-terrestres. En effet, je ne le savais pas, et peu le savent, le globe terrestre est creux et habité par des êtres venus d'une autre planète, les intra-terrestres.

Elle s'inscrit ainsi dans une grande tradition, celle des récits mythiques de la terre creuse, théorie très présente d'ailleurs sous les nazis. Henriette en tant qu'ambassadrice reçoit directement les messages de ces êtres qu'elle représente sur terre. Messages qu'elle traduit, pour qu'ils soient bien visibles, voire bien lisibles, par des traits de couleurs, arabesques et autres lignes de lumière. Cet homme passionné par l'art brut a dû parler longtemps avec Henriette pour qu'elle accepte de se séparer de quelques-unes de ses créations pour le Musée. Il a dû écouter attentivement et avec beaucoup de déférence cette histoire. On ne se conduit pas n'importe comment face à une ambassadrice ! Le prix des œuvres a nécessité une négociation très complexe. Henriette consultait sans cesse les intra-terrestres selon un mode de méditation assez particulier. Certains prix ne tombaient pas juste et s’échelonnaient du plus simple au plus complexe, avec plusieurs chiffres après la virgule. Chaque prix avait une correspondance symbolique extrêmement précise et complexe. Il s'est passé quelque chose d'étonnant le jour de la remise des œuvres.

Henriette les avait emballées dans du papier kraft. Le type fut bien inspiré de les ouvrir : Henriette y avait placé des... photocopies. Et comme il s'étonnait et disait préférer les peintures originales, celle-ci lui rétorqua : « mais ça n'a aucune importance, ce qui compte, c'est le message des intra-terrestres ! » A propos du travail d’Henriette Zéphir, Dubuffet parlait de « guipures » (Dentelle très ajourée, dont les motifs sont séparés par de grands vides.)

Alexandre, le paranoïaque, génie des math.45

Alexandre a 86 ans. Il vit dans un petit village. C'est un solitaire. « Le fada », disent les villageois. En face de chez lui, de l'autre coté de la rue vivent un homme d'une cinquantaine d'années et sa mère. Ils lui rendent des petits services. Ce matin-là, comme l'herbe avait poussé abondamment sur la chaussée en mauvais état devant chez eux, ils décidèrent de nettoyer et d’arracher l’herbe qui encombrait la chaussée. A ce moment-là Alexandre sort comme un diable de sa boite et les injurie et traite de tous les noms. Il leur intime l'ordre d'arrêter tout de suite. « Qu'est-ce que j’avais pas fait... », s'étonne le voisin. S'il intervient aussi violemment, Alexandre, c'est qu'en arrachant les herbes sur le goudron, les voisins déséquilibrent l'univers. L'univers en effet tient sur une Trinité : Dieu-le-Père, la déesse-mère et le diable. Alexandre en assure l'équilibre sans cesse menacé. Et chaque brin d'herbe compte et doit demeurer à sa place. Le premier, Alexandre le nomme « le dieu bon ». Mais le personnage central, le pivot de l'univers, le totem, c'est la Déesse-mère, qu'il décrit comme une femme séduisante nommée Flora. Jusqu’en 1957, date de son décès, Alexandre vécut avec sa mère ! (Schéma plus loin)

Cette anecdote donne le ton…

Mes rencontres avec Alexandre. Première rencontre chez Pierre Samuel un mathématicien qui avait fondé avec Alexandre en 1970 le mouvement et la revue Survivre et vivre. J’étais alors en formation à la Bergerie Nationale de Rambouillet, très impliqué par la question d’écologie, au point d’envisager, comme on disait alors « un retour à la terre », avec l’idée de réinventer à quelques-uns des manières de vivre, dans des petites communautés rurales. Ça intéressait vivement Alexandre.

Un peu plus tard je suis allé passer quelques jours dans une communauté en banlieue parisienne à Chatenay-Malabry où Alexandre avait élu domicile. Nous avons discuté longuement du projet de s’installer dans le sud de la France.

Le temps passe. Alors que nous étions installés dans une vallée de Saint Hilaire, près de Carcassonne, Alexandre s’est pointé accompagné par l’ethnologue Robert Jaulin. Ce qui m’avait surpris cette fois-là, c’est qu’il ne trouvait pas ses mots, il mélangeait le français et l’anglais. Il venait voir sur place le projet qui reprenait en quelque sorte les déclarations fracassantes qui ouvraient le premier numéro de Survivre et vivre : Il s’agit de « déplacer le centre de gravité de la recherche, du laboratoire, vers les champs, les étangs, les ateliers, les chantiers, les lits de malades. » L’objectif de cette revue était « la lutte pour la survie de l’espèce humaine, et même de la vie tout court, menacée par le déséquilibre écologique croissant causé par une utilisation indiscriminée de la science et de la technologie et par des mécanismes sociaux suicidaires, et menacée aussi par des conflits militaires liée à la prolifération des appareils militaires et des industries d’armement. » Pour Alexandre nous réalisions cette grande utopie, nous étions ce que plus tard il nommera des « mutants ».

Utopie qu’un peu plus tard Alexandre, revenant des États Unis, tenta pour sa part de mettre en œuvre en s’installant à Villecun, un village près de Lodéve, dans une maison sans eau, ni électricité, très sombre. Je suis allé le visiter et je me souviens que nous avons creusé ensemble, dans une bonne rigolade, une vasque près d’un ruisseau, pour accueillir l’eau bouillante et sulfureuse qu’une recherche malheureuse de techniciens en recherche d’uranium avait fait jaillit. Alexandre était un peu perdu sur le plan quotidien et des mille et un petits gestes à effectuer pour l’assurer. Il était dans ses pensées. Et vivait des moments de fulgurances qui le traversaient. Ainsi un jour où nous déjeunions, notant sur un carnet des équations, il me dit : « c’est comme de la musique que j’entends… »

Ensuite nous nous sommes un peu perdus de vue, échangeant par courrier. Je n’avais aucune connaissance alors de la renommée d’Alexandre comme mathématicien. Ce n’était pas mon souci. Alexandre était un chercheur de vérité qui voulait changer le monde, en cela nous avions quelques affinités d’utopie.

Ce n’est que quelques années plus tard lorsqu’il s’est installé en ermite à Lasserre en Ariège que j’ai repris contact en 2004. Ce n’est qu’à ce moment que je pris conscience du monument de science qu’était Alexandre. Je lui ai proposé de publier Récoltes et semailles. Il m’expliqua par retour qu’il n’en était pas question, qu’un projet avait lamentablement avorté chez Christian Bourgois, que les Japonais en avaient publié une partie et que ça produisait une faille par laquelle les forces de destruction s’engouffraient. Dans un autre courrier - toujours de longues lettres d’un écriture très fine – il m’expliqua qu’il failait le laisser travailler, ne pas le déranger, qu’il avait une mission à accomplir etc. Je lui ai donc fichu la paix. Et j’ai perdu lors d’un déménagement les lettres qu’il m’avait envoyées. Peu de temps avant sa mort Alexandre m’est apparu en rêve il me disait : « Aide-moi ».

Dénouages/renouages

Je l’ai dit d’emblée : ce qui m’a intéressé dans l’histoire d’Alexandre, c’est de comprendre comment un sujet structuré sur le mode de la paranoïa se débrouille pour vivre parmi les autres. Notons que pour Alexandre cette hypothèse de psychose que je développe est peu partagée ; elle a été recouverte par l’éblouissement produit par ses découvertes géniales. La clinique des psychoses nous amène à prendre comme point d’appui l’hypothèse formulée par Freud à propos de Schreber : « Le paranoïaque (et je dirais plus largement le psychotique) rebâtit l’univers non pas à la vérité plus splendide, mais pour pouvoir y vivre à nouveau. Il le rebâtit à l’aide de son travail délirant. Ce que nous prenons pour une production morbide, le délire, est une tentative guérison, une reconstruction. »

Le psychotique bricole avec les moyens du bord, qu’il prélève dans son environnement culturel social, artistique, scientifique, des formes de nouages pour faire bord à ce que Jean Oury décrivait comme « une hémorragie psychique », qui livre le psychotique à la jouissance d’un Autre totalitaire. Dans la psychose ça manque de manque, et ce manque de manque produit une profonde déliaison du sujet de son Autre et des petits autres qu’il côtoie. D’où des épisodes de nouage/dénouage/renouage, branchement/débranchement/rebranchement. Plusieurs de ces épisodes jalonnent la vie d’Alexandre. Ils sont ponctués par la « rencontre, la collusion avec le signifiant inassimilable », comme l’annonce Lacan dans le séminaire III, sur les psychoses. Verwerfung, dit Freud, rejet d’un signifiant et Lacan : forclusion du NDP.

Premier dénouage à la naissance : il nait le 28 mars 1928, son père Sacha Shapiro ne le reconnait pas, et sa mère Hanka le délaisse. L’enfant se laisse mourir, il est hospitalisé. Puis Hanka retrouve un peu de la fibre maternelle, et il survit.

Alexandre en donne un récit émouvant dans La clé des songes : « Il y a eu dans les premiers mois de ma vie un épisode que je n’ai pas évoqué dans Récoltes et Semailles, et dont j’ai eu tendance jusqu’à il y a peu à sous-estimer l’importance. J’ai alors refusé de m’alimenter et ai été à deux doigts de mourir. J’ai pu faire la reconstitution des événements en 1980 par recoupements à partir de tout ce qui est venu à ma connaissance sur les circonstances qui ont entouré la conception, la grossesse et ma naissance, ainsi que les premiers mois de ma vie : souvenir de ce que ma mère m’en a dit, notes autobiographiques de ma mère, lettres, et plus récemment rêves… Il m’est apparu que ma mère m’a porté à terme en dépit d’un refus viscéral contre sa maternité, pour éprouver son pouvoir sur mon père (qui ne voulait pas d’enfants) et comme façon supplémentaire (s’il en avait encore été besoin) de le lier. A ma naissance, j’ai trouvé une ambiance de violence telle que la volonté de vivre m’a abandonné, et que j’ai décidé de retourner d’où j’étais venu. J’ai eu de la chance, dans l’hôpital d’enfants où j’ai été mis in extremis, de trouver des infirmières affectueuses, ce qui m’a redonné le goût à la vie. »

Le lien d’Alexandre à sa mère demeurera actif jusqu’à la mort de celle-ci en 1957. Cette mort le libérera d’une « menace mortelle, comme une malédiction dévastatrice », liée à la maladie de sa mère.

Deuxième dénouage à l’âge de 6 ans. Ses parents, anarchistes révolutionnaires, l’abandonnent dans la famille d’un pasteur à Hambourg pour aller faire le coup de feu dans la guerre d’Espagne. Grothendieck écrit que ses parents « … ont alors été déclarés par moi comme des "étrangers", tout comme mon enfance était désormais déclarée "étrangère" ». Il renoue grâce à la présence de Rudi un jeune imprimeur qui habite la même rue que le pasteur et s’intéresse à lui. Shurik découvre le maniement du compas et produit des encerclements qui symboliquement contiennent l’hémorragie en ouvrant sur une harmonie des formes.

C’est en tout cas ce qu’il développera un peu plus tard en inventant des pans entiers des mathématiques, à travers des recherches telles que le calcul du volume des nuages, le calcul de pi mais dont il n’obtient qu’une approximation (3…) etc. Il découvre que dans les maths il existe des ressources précieuses pour rééquilibrer l’univers.

Médaille Fields en 1966 : il refuse le prix et d’aller à Moscou pour le recevoir. Moscou c’est l’histoire de son père dont il ne porte pas le nom. Pierre Cartier, un de ses élèves, écrit, très lucide : « C’est à Moscou que la faille s’est ouverte ou plutôt que la blessure fondamentale s’est rouverte. » C’est un véritable démaillage. Il passe trois semaines au Viet Nam en 1967. Il se retire petit à petit du cercle des mathématiciens du groupe Bourbaki qui le faisait tenir, démissionne de l’IHES où l’on a créé de toutes pièces une chaire pour son enseignement, sous prétexte qu’elle l’institut est financé pour une infime partie du budget par l’armée. etc. Il fait un scandale au congrès de Nice, en hurlant qu’il faut cesser toute recherche en math, que c’est le mal. Il enseigne deux ans au Collège de France, mais son contrat n’est pas renouvelé, il dérange avec une question : Allons-nous continuer la recherche scientifique ? L’Autre méchant auquel a affaire le paranoïaque se rapproche et épouse les contours de la communauté des mathématiciens dont il se sépare avec violence. Il refait le nouage à partir de questions écologiques et des « déséquilibres » qui affectent autant la planète que les sociétés humaines. C’est à cette époque que je le rencontre. Mais la fréquentation des cercles écologistes ne dure guère. Il est trop rigide, trop exigeant. Et il s’aperçoit que Satan est en lui, et que la lutte va ^tre âpre.

Il se met en retrait de la recherche scientifique. Vit dans une communauté près de Paris. Il existe une photo de lui de ces années, à l’allure de clochard. Il vit dans une cabane du côté d’Avignon. Un journaliste de Sciences et vie qui essaie de le rencontrer titre : Le génie des mathématiques a disparu. Grâce à l’intervention de ses amis, il obtient son rapatriement au CNRS en 1984, puis est nommé à l’université de Montpellier. Il termine sa carrière d’enseignant et en 1991 disparait dans le petit village d’Ariège Lasserre. Là durant 23 ans, il dialogue avec les plantes, le bon dieu et ses anges et mène un travail acharné de recherche autant scientifique que mystique qui assure un nouveau nouage. La lutte contre le diable l’épuise et l’amène au bord du gouffre. A sa mort on découvre 44 boites où sont rangées méticuleusement ses trouvailles, soit plus de 50000 pages. Toute sa vie l’écriture incessante lui permit de tisser un filet de sécurité.

La structure.

Essayons de penser la structure psychique, en dehors de la psychopathologie. Incidence dans la clinique : « L’exercice de l’analyse est un art, celui que le praticien a des effets de la parole. Quand je parle à quelqu’un, je ne m’adresse pas à un névrosé, à un psychotique ou à un débile, je m’adresse à un esprit. » Moustafa Safouan, L’inconscient à demi-mot. La structure en analyse recouvre donc la façon dont un sujet est relié au monde, aux autres, à lui-même, au langage…

Penser la paranoïa hors castration.

  • C’est penser la relation entre le sujet et son Autre : $---A (persécuteur)
  • Et la relation avec l’objet @, qui chez le psychotique n’est pas extrait du corps : $--@

Cf. Schémas 1 et 2

Dans la paranoïa le sujet a affaire à un Autre non barré, totalitaire, méchant, persécuteur. Et il cherche des alliés pour s’en défendre (par exemple la communauté des mathématiciens, des écologistes…). L’extraction de l’objet@ opère, non par suppléance, terme qui ne me convient pas chez Lacan, car il relève d’une vision nevrocentrique (il leur manque quelque chose aux psychotiques !), mais par bricolages (cf. C. Lévi-Strauss, La pensée sauvage), dont les rudiments sont prélevés dans la culture ambiante. Dans l’art, la littérature, la science ou toute autre forme d’expression. Alexandre va très tôt ancrer sa défense dans les maths.

Face à l’hémorragie provoquée en permanence par les forces dia-boliques il faut lutter, colmater les brèches et tenter d’unifier, de totaliser, d’harmoniser.6 Tâche sans fin. Tentative titanesque chez Alexandre de ramasser l’ensemble du connu et du non-connu dans un tout, un monde, un cosmos, selon un double processus : unification et harmonisation. Évidemment Alexandre bute sur un point limite : l’ensemble reste ouvert sur l’infini. Point de butée énoncé dans la théorie des ensembles : l’ensemble de tous les ensembles n’existe pas. Ou encore par Bertrand Russel : un ensemble n’est consistant que s’il est incomplet. On peut en faire la démonstration avec le paradoxe d’Épiménide le crétois qui énonce que « tous les crétois sont des menteurs ». Création de la géométrie algébrique, la théorie des motifs, les schémas, les topos etc. Autant de tentatives vouées à l’impossible de fabriquer du tout.

On assiste à la même tentative de ramasser en un tout, l’ensemble des philosophies, des mystiques etc. (La clé des songes). Mais il y toujours une faille, ça se démaille… Et ça débranche. Il faut tout recommencer. Le recherche en math ou la recherche spirituelle sont du même tonneau : ficeler en Un le multiple qui n’arrête pas de se démailler. Le démaillage est l’œuvre du diable, il produit un débranchement psychique ; le retranchement opère à partir des forces opposées du Dieu bon. « Le monde est dans la main de Satan… », soutient Alexandre. Dans la Clé des songes il ramassera en une globalité nombre d’expériences mystiques, religieuses, spirituelles, philosophiques … Fujii Guruji, Gandhi, Walt Whitman, Ramakrishna, le pédagogue AS Neil, Darwin, Freud etc. et autres « mutants », comme il dit. Pierre Cartier écrit : « Il s’est retrouvé l’un des créateurs de la géométrie algébrique, avec des idées extrêmement générales, et des méthodes qui n’auraient pas dû réussir, parce que, en gros, il était comme un aigle qui survole de très haut et qui plonge sur sa proie. »

Quelques grands axes des découvertes d’Alexandre où l’on peut faire des ponts avec la psychanalyse. Notons que dans l’avant-propos de Récoltes et semailles Alexandre indique qu’il s’agit de « psychanalyse appliquée » ou encore de « psychanalyse fiction ».

Avertissement : dans un article du Monde, il y a plusieurs années, Claude Lévi-Strauss écrivait que, vu la complexité de la science, on ne peut y avoir accès, sauf à être spécialiste d’un de ses segments, qu’à partir du mythe. Exemple : les trous noirs, la mécanique quantique, le chat de Schrödinger etc. Entre les maths de Grothendieck et la psychanalyse, comme sur un pont, il faut donc essayer pour se rencontrer au mitan, de se déplacer de son savoir, sans l’abandonner. On ne saurait confondre maths et psychanalyse. La psychanalyse passe par des représentations empruntées parfois à la science à titre de mythologie. « Praxis » dit Lacan, au sens du traitement du réel par le symbolique. Dans la caisse à outil du psychanalyste il y a un tas d’objets (y compris conceptuels) hétéroclites. La question est de savoir si ça sert (serre le réel !) ou non. Pour penser la pratique la psychanalyse a fait flèche de tout bois.

Sur le pont entre Grothendieck et Lacan, la rencontre entre Alain Connes et Patrick Gauthier-Lafaye me parait tout à fait emblématique. Elle a abouti au dialogue de l’ouvrage A l’ombre de Grothendieck et Lacan. Ils se rencontrent à Cerisy. C’est surtout Gauthier-Lafaye qui avait entendu parler Alain Connes des Topos de Grothendieck et qui cherche à le rencontrer. Ce dernier est plutôt réticent, pour lui les psychanalystes sont de doux rêveurs en matière de science. Première question de G-L : « Est-ce qu’il y a en math l’équivalent du NDP ? » Question farfelue, AC, l’envoie balader gentiment. G-L lui transmet alors les formules de la sexuation extraites du Séminaire XX, et lui demande ce qu’en pense un mathématicien. AC n’y comprend rien. Puis au bout d’un certain temps, il cesse de vouloir comprendre et se laisse gagner par la « logique intuitionniste ». Pour ce que j’en comprend c’est une logique qui subvertit la logique classique aristotélicienne ou A ne peut égaler non-A (principe de non-contradiction) ; autrement dit : une chose ne peut-être elle-même et son contraire. Cette logique dite « intuitionniste » retrouve d’une certaine façon la logique des présocratiques comme Empédocle ou Héraclite qui développent une logique fondée sur la dialectique des contraires. C’est aussi cette logique que réveille Freud en posant que dans l’inconscient il n’y a pas de contradiction, ni de temps. Et ce qui gît derrière la logique intuitionniste, souligne AC, c’est… les topos de Grothendieck. « Chacun d’entre nous est unique, explique AC, parce qu’il a un topos individuel. » Sur le devant de la scène, le moi, et dans les coulisses, l’inconscient, ce que Lacan désignait comme « la pièce à côté ». Il existe donc une logique singulière pour chaque sujet ; une logique où chaque sujet tisse sa singularité dans le monde. Finalement, c’est le refoulé inconscient qui est structuré comme un langage. Exemple chez Freud : Die Verneinung, où le principe de la dénégation opère en deux temps : une négation qui occupe l’avant-scène, et en coulisse une affirmation…

Conclusion de l’ouvrage A l’ombre de Grothendieck et Lacan : « … cette subtile façon d’analyser un espace en le rejetant dans les coulisses d’une scène sur laquelle l’ordinaire advient, mais dépend secrètement d’un aléa incontrôlable, ressemble de manière frappante à la situation du psychanalyste exerçant son métier ; cette attention au prétendu détail, à l’accident, à la surprise due à l’équivoque née d’un mot pourtant exprimé dans la continuité du sens conscient que veut faire entendre le patient etc. Nous en sommes alors arrivés à conjecturer l’existence, pour chaque individu, d’un topos qui joue le rôle de deus ex machina gouvernant secrètement, dans les coulisses, les subtiles nuances qui font de chacun de nous un être unique. De là à l’appeler « l’inconscient » cela ne pourra se justifier qu’en testant pas à pas l’adéquation entre la richesse surprenante de la théorie des topos avec les traits connus de l’inconscient révélés par la pratique de la psychanalyse ».

Colloque « Lacan et Grothendieck : l’impossible rencontre » (21 et 22 mai 2022)7 « Topos de Grothendieck : de la physique à la psychanalyse en passant par la logique », par Anatole Khélif : « Quel site pour le topos de l’inconscient ? Est-ce la chaîne des signifiants ? Peut-on munir cette chaine d’une structure de catégorie ? A-t-on une structure de Grothendieck naturelle ? etc. Conclusion : « On n’a pas encore de réponse convaincante ! »

A propos de l’impossible dans la rencontre entre Lacan et Grothendieck. Daniel Sibony avait organisé une rencontre entre eux, mais ça s’était mal passé. « Ils ne s’étaient pas compris. Ils n’étaient pas sur la même planète », précise Dugowson en introduction à ce colloque. Et il ajoute que pourtant Grothendieck citait Lacan dans sa correspondance

Stéphane Dugowson : « Il y a autant de logiques que d’univers différents et ces logiques sont associés à des espaces. Quand on change d’espace on change de logique. » (Topos de Grothendieck, YouTube, 12 février 2015) Chaque topos met donc en perspective un espace et une logique. Par exemple l’univers des ensembles est un topos qui obéit à une logique binaire. On y regarde les choses à partir d’un seul point de vue. Mais il existe d’autres univers avec d’autres points de vue, qui sont le siège de logiques différentes.

Sure les topos voici ce qu’en dit Alexandre : « C’est le thème des topos qui est le "lit" ou "cette rivière profonde" où viennent s’épouser la géométrie et l’algèbre, la topologie et l’arithmétique, la logique mathématique et la théorie des catégories, le monde du continu et celui des structures "discontinues" ou "discrètes". Il est ce que j’ai conçu de plus vaste, pour saisir avec finesse, par un même langage riche en résonnances géométriques, une "essence" commune à des situations des plus éloignées les unes des autres provenant de telle région ou de telle autre du vaste univers des mathématiques … Ainsi, le point de vue fécond n’est autre que cet "œil" qui à la fois nous fait découvrir, et nous fait reconnaître l’unité dans la multiplicité de ce qui est découvert. Et cette unité est véritablement la vie même et le souffle qui relie et anime ces choses multiples. »

Les topos : images et mythes.

  • 1) Un élément sur une scène de théâtre est relié en coulisse à une infinité de faisceaux.
  • 2) Zoom arrière jusqu’à percevoir la structure sous-jacente.

Alain Connes mobilise un texte d’Hyppolite Taine pour cerner la notion de topos : « On peut comparer l’esprit d’un homme à un théâtre d’une profondeur indéfinie, dont la rampe est très étroite, mais dont la scène va s’élargissant à partir de la rampe. Devant cette rampe éclairée, il n’y a guère la place que pour un seul acteur. Il y arrive, gesticule un instant, se retire ; un autre apparaît, puis un autre … Au-delà de ces groupes, dans les coulisses et l’arrière-fond lointain se trouvent une multitude de formes obscures qu’un appel soudain amène parfois sur la scène ou même sous les feux de la rampe, et des évolutions inconnues s’opèrent incessamment dans cette fourmilière d’acteur… » (De l’intelligence, 1870)

Lacan dans son célèbre entretien pour le magazine l’Express le 14 mais 1957 : « Il y a toute une partie des fonctions psychiques qui ne sont pas à la portée de la conscience. Vous n’êtes plus le centre de vous-même, car il y avait en vous un autre sujet, l’inconscient. On y montre en action une raison raisonnante comme telle, en train de raisonner et de fonctionner comme logique, à l’insu du sujet _ ceci dans le champ même classiquement réservé à l’irraison, disons le champ de la passion. La psychanalyse ne procède pas en établissant des relations de cause à effet ; sa science est une lecture, une lecture de sens. Ce qui est analysable l’est pour autant qu’il est déjà articulé dans ce qui fait la singularité de l’histoire du sujet. Si le sujet peut s’y reconnaître, c’est dans la mesure où la psychanalyse permet “le transfert” de cette articulation. Lorsque le sujet “refoule”, ce n’est pas une sorte de besoin, de tendance, qui aurait à être articulée (et qui ne s’articulerait pas puisque refoulé), c’est un discours déjà articulé, déjà formulé dans un langage. Tout est là.

Le refoulement n’est pas le refoulement d’une chose, c’est le refoulement d’une vérité. La vérité, refoulée, va persister mais transposée dans un autre langage, le langage névrotique. Le refoulement est inséparable d’un phénomène appelé le “retour du refoulé”.

Là où ça a été refoulé, quelque chose continue de fonctionner, quelque chose continue de parler. A ceci près, qu’on n’est plus capable de dire à ce moment-là, quel est le sujet qui parle, mais que “ça” parle, que “ça” continue à parler ; et ce qui se passe est déchiffrable entièrement à la façon dont est déchiffrable, c’est à dire non sans difficulté, une écriture perdue.

La vérité est devenue dès lors “inconsciente”. Le sujet qui a refoulé la vérité ne gouverne plus, il n’est plus au centre de son discours : les choses continuent à fonctionner toutes seules et le discours à s’articuler, mais en dehors du sujet. Et ce lieu, cet en dehors du sujet, c’est strictement ce qu’on appelle l’inconscient.

La censure (la force qui refoule) c’est une contrainte qui s’exerce avec une paire de ciseaux, sur ce qui s’imprime, sur un discours, un discours exprimé dans un langage. Si ce langage pourtant ne s’adressait pas un autre, il ne pourrait être entendu grâce à une autre dans la psychanalyse.

Le discours refoulé de l’inconscient se traduit dans le registre du symptôme. Les effets analytiques sont des effets de l’ordre du retour du refoulé. Je ne me demande pas “qui parle”, je me demande “d’où ça parle”.

Nous connaissons la formule de Freud : “là où ça a été je dois être”. Il faut que le sujet puisse se réinstaller à cette place, cette place où il n’était plus, remplacer cette parole anonyme, qu’on nomme le ça. »

Ce qu’Alexandre va développer dans ses recherches scientifiques trouve son équivalent dans la recherche spirituelle. Nous avons affaire à la même matrice. Ainsi débute le manuscrit de La clé des songes ou le dialogue avec le bon Dieu : « (30 avril 1987) Le premier rêve dans ma vie dont j’ai sondé et entendu le message a aussitôt transformé le cours de ma vie, profondément. Ce moment a été vécu, véritablement, comme un renouvellement profond, comme une nouvelle naissance. Avec le recul, je dirais maintenant que c’était le moment des retrouvailles avec mon “âme”, dont je vivais séparé depuis les jours noyés d’oubli de ma première enfance. Jusqu’à ce moment-là j’avais vécu dans l’ignorance que j’avais une “âme”, qu’il y avait en moi un autre moi-même, silencieux et quasi invisible, et pourtant vivant et vigoureux - quelqu’un bien différent de celui en moi qui constamment prenait le devant de la scène, le seul que je voyais et auquel je continuais à m’identifier bon gré malgré : “le Patron”, le “moi”. Celui que je ne connaissais que trop, à satiété. Mais ce jour-là a été un jour de retrouvailles avec l’Autre, crû mort et enterré “une longue vie durant” - avec l’enfant en moi. ». Là encore il y a le moi qui fait le guignol sur la scène, alors qu’en coulisse se déploient tous les faisceaux qui mènent à l’enfant. L’Enfant (Das Kind) est un concept présent chez Freud dans sa préface à l’éducateur August Aïchhorn. 8 « L'analyse a mis au jour, chez le malade comme chez le rêveur et l'artiste, l'Enfant qui continue à mener sa vie sans avoir guère changé… »

On a quelque chose d’assez proche des topos chez Freud lorsqu’il suggère d’adopter une écoute dite « flottante ». Dans une de ses métaphores que Freud mobilise pour donner à lire le travail de la cure, l’analysant et l’analyste tissent, dans le va et vient d’une navette où s’embobinent des mots et des silences, une toile, un tissu, un textile, donc un… texte. Il faut bien se souvenir, pour prendre toute la mesure de la consistance de la représentation, que « texte » nous vient en ligne directe du textum latin, tissage, tissu, étoffe, assemblage. Ce texte/textile qui se tisse entre les deux protagonistes fore l’espace tiers du transfert. Lieu de nouage d’une « névrose artificielle » (Freud) d’où, au fil des mots et des silences, le dénouage opère. A l’analyste de prêter attention à ce que ce tissage produit comme motifs. Dans les Einfallen du sujet, ce qui lui tombe dessus, et lui tombe des lèvres, en se pliant à la règle de l’association dite libre, l’analyste a pour tâche de se laisser emberlificoter dans les rets de la parole du patient. Ainsi faisant il peut se laisser gagner par une subtile topographie. Les paroles de l’analysant s’impriment dans la chambre d’écho à laquelle l’analyste prête corps. Il peut ainsi enregistrer toute une série de traçages associatifs que Freud dans les Études sur l’hystérie cerne comme : ligne (Linie), fil (Faden), enchaînement (Verkettung), trait (Zug)… Ces traçages, pourvu qu’on y prête attention, forment des arabesques dont les tracés se rejoignent ou se recoupent en un point de nouage (Knotenpunkte), véritable plexus solaire de l’inconscient. Le dégagement de ces points de nouage, que repère Freud bien avant que Lacan investisse la théorie des nœuds, exige une position particulière de l’analyste que Freud désigne comme Glechschwebende Aufmerksamkeit, une attention suffisamment égale, une attention in-attentive. Théodore Reik appelait cette attitude singulière : « écouter avec la troisième oreille ». La règle fondamentale (Grundregel) adressée depuis Freud au patient qui entame le processus analytique qui est de dire, sans juger, ce qui lui passe par la tête, ce qu’il sait et surtout ce qu’il ne sait pas, trouve ainsi son pendant dans la position de l’analyste, position que les sages taoïstes désignaient comme wu wei, mise en acte du vide.

L’interprétation : coupure sur la Bande de Möbius. Coupure dans l’équivoque du signifiant, qui ouvre sur l’infini des faisceaux inconscients. Coupure qui ne peut intervenir qu’au bon moment (kairos). La coupure produit un changement de trajet des signifiants. Elle fait aiguillage.9 L’aiguillage fait d’emblée penser à son usage dans les chemins de fer. Il s’agit d’un appareil qui détourne un train sur une autre voie, qui lui impose un changement de direction. L’aiguilleur est le technicien chargé de cette manœuvre. Le traintrain des signifiants de l’analysant se déroule, pépère et l’analyste, par son intervention, change l’aiguillage, cela produit, mais malgré lui, un changement de direction dans la parole. L’intervention sur l’équivoque du signifiant en est une bonne illustration. Chez tel analysante qui ne cessait de parler de son envie de se faire « des tresses », l’analyste, simplement en soulignant l’équivoque du signifiant à sens multiples, a fait lever un « détresse », et l’analysante en entendant ce qu’elle ne savait pas qu’elle disait, a suivi la voie. Chez tel autre, une interruption brusque de la séance au beau milieu d’une phrase a modifié son rapport au manque, à la perte, à l’impossible, l’impossible à dire. Le retour de l’acte, là où seulement dans l’après-coup l’analyste peut prendre acte de ce qui l’a traversé, est venue de façon foudroyante : « mais vous me coupez en plein milieu ». Chez un autre encore la reprise interrogative par l’analyste, d’une répétition du phonème « euh » qui ponctuait ses phrases a ouvert un « mais je ne vous parle pas d’eux » et le patient entend en le disant ce qu’il occultait : eux, ses parents. Alors qu’il faisait tout pour n’en rien savoir.

Donc deux temps dans la séance : faire des bords et couper. Couper pour ouvrir. Nous verrons un peu plus loin qu’il peut s’agir aussi parfois de rabouter, car, j’insiste, il s’agit d’un type de coupure qui fait lien, à nouveaux frais.

Ce qui est donc attendu, sans que cela puisse se faire sur commande, relève de ce changement d’aiguillage. Travail artisanal, s’il en est. L’aiguillage révèle un point de capiton, comme l’utilisent les matelassiers, qui relie le manifeste et le latent. Par exemple : le « des tresses » manifeste, repris en écho par la voix de l’analyste fait venir au jour le « détresse » latent. Cette intervention met en marche la fonction langagière de l’inconscient et agit comme un topos.

« des tresses »

Manifeste Avant-scène

Latent Coulisses « détresse »

Ça parle. Mais ça parle de ce que l’analysant ne sait pas qu’il dit. Notons que ce type d’intervention de l’analyste, je le souligne, ne relève ni de sa volonté, ni de ses capacités de déduction, ce qui friserait la manipulation et témoignerait de la pulsion d’emprise. Il arrive même que cela tombe à plat ! En effet l’interprétation juste ne se vérifie que dans l’après-coup, dans ses effets. Elle n’est pas programmable. On reconnait l’arbre à ses fruits !

Parole et inconscient : La parole met en œuvre un monde continu, soumis aux lois du langage (syntaxe, grammaire, règles d’interlocution…) qui est le topos d’un mode discontinu, discret, inconscient. On peut rapprocher la formule de Lacan « Le sens c'est la copulation du langage avec son propre corps », évidemment très proche de cette autre formule de Grothendieck : « Le topos est le lit commun du discret et du continu » ! Discret ou continu : le corps ; discontinu : le langage.

Le schéma L de Lacan comme schéma de Grothendieck

Hari Seldon en donne une démonstration sur son blog.10 (21 mars 2024) « Nous sommes revenus à la forme canonique des mythes, en faisant le point sur le concept de "schéma" de Grothendieck… le schéma L me semble nécessairement devoir être en accord avec nos façons les plus primitives de penser, partant du principe que l'homo sapiens n'a pas fondamentalement évolué depuis qu'il parle. »

Grothendieck parle d’une langue « archétype venant de la nuit des âges et c’est en même temps la langue la plus intimement personnelle. Chaque mot fait signe d’une image remontant des couches profondes de notre être, est messager de celui que nous sommes. Chaque « signe-image » témoigne de la manière par laquelle nous appréhendons (à notre insu souvent) le monde qui nous entoure, et comment se jouent en notre être les conflits immémoriaux autour desquels se noue la condition humaine ». En mathématiques, les schémas sont les objets de base de la géométrie algébrique…

L’important legs fait à la BNF selon son testament comme le demandait Alexandre dans son testament, comprend les manuscrits suivants : Géométrie élémentaire schématique. Psyché et structures : il s’agit d’une théorie mathématique de la psyché. Équations de Maxwell. Le Problème du mal. Réflexions sur la vie et le cosmos. Formalisme des fibrations. Dessins de surfaces très complexes.

Mais qui est Alexandre ?

Alexandre naît le 28 mars 1928. Ses parents quittent l'Allemagne en 1933, à l'arrivée de Hitler au pouvoir, et vont combattre les troupes franquistes en Espagne. Alexandre est alors placé dans la famille d'un ancien militaire et pasteur devenu maître d'école, près de Hambourg. La séparation est insupportable, et le passage d'une ambiance libertaire, voire anarchiste, à la rigueur protestante l'affecte. Il rejoint ses parents en France en 1939, peu avant que la guerre n'éclate, mais la famille n'est pas tirée d'affaire : ses membres sont en effet traités comme des « étrangers indésirables ». Lorsqu'on connait son histoire le lien à la figure maternelle devient évident. Il a vécu en symbiose avec elle pendant plus de 20 ans entre l'enfermement dans les camps de détention nazis et français, notamment à Rieucros en Lozère, jusqu'à la mort de celle-ci en 1957. Il porte le nom de sa mère. Il ne mentionne jamais le nom de son père, anarchiste russe, poursuivi par les sbires de Lénine et Staline, qui participa vaillamment en Allemagne à la révolution spartakiste aux cotés de Rosa Luxembourg, combattit dans les rangs républicains lors de la guerre d'Espagne, se réfugia en France et fut interné en 1939 au camp du Vernet, pour être livré aux nazis par les Français et finir sa vie à Auschwitz.

Alexandre ne quitta vraiment l'enfermement où le tenait sa mère qu'à sa mort pour se précipiter dans les bras de femmes, dont il eut plusieurs enfants, au moins 5, dont il ne s'occupa guère. Quant au Diable qui a deux faces, l’une féminine : Lucifera, et l’autre masculine : Lucifer, -souvenons nous que le diabolique est l'opposé exact du symbolique, le symbolique rassemble et le diabolique disperse - Alexandre assure pendant des années une lutte acharnée contre ses méfaits. Il tient par écrit un compte détaillé de toutes ses exactions dans le monde. Du développement du nucléaire, à la pollution en passant par la faim dans le monde et le développement d'une science dont il dit qu’elle est devenue folle. Alexandre a des hallucinations visuelles et auditives. Il décrit des apparitions divines et chante, tel les chamans de Sibérie, des cantiques étranges avec deux voix simultanées, la sienne et celle de Dieu. Récemment il reçut la révélation de la date de la fin du monde. Non seulement de notre monde, mais de l'univers tout entier. Par bonté d'âme il communiqua cette date à 200 personnes, prélevés dans une liste de scientifiques, en les invitant à se repentir avant l'issue fatale.

Mais aucun n’en fit cas. Et d’ailleurs la date est dépassée.

Voici en annexe le schéma qui soutient l’ensemble de la construction.

Pour soutenir cette construction extrêmement élaborée dont dépend à la fois l’équilibre de l’univers et son propre équilibre, Alexandre poursuit depuis plus de 70 ans des travaux en mathématiques. Tout enfant, dès son enfermement au camp de Rieucros, il fait plusieurs km par tous les temps pour rejoindre l’école et amasser un savoir utile. Toutefois, les problèmes scolaires l'ennuient : « C'étaient les problèmes du livre, pas mes problèmes », écrit-il.

Mais parfois cela prend de drôles de tournures. Un ami est venu le voir récemment et comme Alexandre lui montrait ses diagrammes et ses calculs très complexes qu'il réalise avec des crayons de couleur, cet ami lui suggéra d'utiliser l'ordinateur, plus rapide et plus efficace. La réaction d'Alexandre ne se fit pas attendre, elle fut terrible : il le chassa de chez lui en le traitant de suppôt du Diable, lequel comme chacun sait à infiltré la civilisation militaro-industrielle.

Il n'y a pas longtemps il s'est lancé dans une recherche qui n'a pas encore abouti, mais ne désespérons pas. Le Diable en effet a diminué la vitesse de la lumière, qui devrait être de 3000000 km/s, à 298 779 km/s. Il manque 1221 km/s. Pourquoi ? Alexandre pour remettre les choses en bon ordre, cherche la raison, et surtout le raisonnement par lequel le Diable a opéré une telle supercherie, qui modifie sérieusement les lois de l'univers. On l'aura compris, Alexandre mène un combat acharné et permanent pour maintenir en équilibre l'univers sans cesse menacé par la volonté corruptrice du Diable. Pour ce faire non seulement il a mobilisé depuis plus de 70 ans les mathématiques les plus avancées, mais de plus il a inventé tout un pan des mathématiques pures, de la géométrie algébrique et de la topologie. Son œuvre constitue la plus grande ouverture en mathématique du 20e siècle. Pratiquement autodidacte dans la mesure où il suit un cursus scolaire jusqu'en licence, tout en poursuivant des recherches personnelles. André Magnier, ancien inspecteur général des mathématiques, évoque ce jeune homme fraîchement débarqué de Montpellier où sa mère et lui avaient trouvé refuge, dans plus grand dénuement.

Il voulait poursuivre ses études de mathématiques à Paris et cherchait une bourse. « A l'époque, en 1948, je faisais partie de l'Entraide Universitaire de France. Comme il était dans une situation de dénuement total, nous lui avons proposé de présenter un projet d'études. Je le reçus chez moi. Je fus stupéfait. Au lieu d'un entretien de vingt minutes, il passa deux heures à m'expliquer comment il avait reconstruit, "avec les moyens du bord", des théories qui avaient mis des siècles à se construire. Il montrait une sagacité extraordinaire. Je lui accordai immédiatement la bourse et le mis en contact avec Henri Cartan, qui l'admit à son cours de l'Ecole normale supérieure (ENS). » Il fit alors la rencontre de Laurent Schwartz et Jean Dieudonné, qui lui indiquèrent des problèmes d'analyse fonctionnelle que tous deux n'avaient pu résoudre. Durant deux mois, Grothendieck resta silencieux, puis il vint apporter la solution de ces problèmes. Il passe plusieurs thèses, mais en en dépassant très rapidement les acquis. Il rejoint très jeune les grands chercheurs de l'époque, Dieudonné et quelques autres du fameux groupe Bourbaki.

Claire Voisin, membre de l'Académie des Sciences lorsqu'on l'interroge pour savoir s'il existe un autre mathématicien de sa dimension dit « il n'y en a pas... ». Elle ajoute, ce qui situe l'ampleur de l'entreprise que « Tout se passe comme s'il y avait un objet mystérieux, une raison unique, centrale qui permette d'expliquer toutes les autres ». Alexandre ou la recherche du point unique central qui permettrait de suturer l’hémorragie de l’Univers. La psychose se présente au sujet comme un trou impossible à border, à contenir. « La typologie de Grothendieck est incroyablement complexe. Son obsession majeure, après Gauss et Riemann, et tant d’autres mathématiciens, tournait autour de la notion d’espace. Mais l’originalité de Grothendieck a été d’approfondir la notion de point géométrique. Toute futile que puisse paraître une telle recherche, c’est un enjeu métaphysique considérable, et les problèmes philosophiques qui s’y rapportent sont loin d’être épuisés. Mais quelles préoccupations intimes, et quelles angoisses recouvre cette obsession du point ? La forme ultime de cette recherche, celle dont Grothendieck est le plus fier, tourne autour de la notion de « motif », vue comme un phare éclairant toutes les incarnations d’un même objet à travers divers habillages ponctuels.

Mais c’est là aussi le point d’inachèvement de l’œuvre, un rêve, et non pas vraiment une création mathématique, contrairement à tout ce que je décrirai plus loin de son œuvre mathématique.

C’est donc sur une béance que débouche son œuvre. Mais l’autre originalité de Grothendieck est de l’accepter pleinement. La plupart des scientifiques sont plutôt soucieux d’effacer la trace de leurs pas sur le sable, de taire leurs fantasmes et leurs rêves, de construire leur statue intérieure - selon le mot de François Jacob. »11 D’où le travail acharné pour survivre.

Alexandre reçoit la médaille Fields en 1966, équivalent du prix Nobel de mathématiques. Il refuse alors de se rendre au congrès international de mathématiques de Moscou pour recevoir la médaille, en signe de protestation contre les traitements infligés par les soviétiques aux écrivains Siniavski et Daniel. On lui attribue la médaille Emile Piccard de l'Académie des sciences en 1977; et en 1988 le prix Crafoord, créé par l'Académie de Suède. Prix qu'il refuse ainsi que le 1,5 million de dollars qui allaient avec. Son élève Pierre Deligne accepte le prix. Alexandre se désintéresse totalement de cette reconnaissance internationale.

« Je suis sensible à l’honneur que me fait l’Académie royale des sciences de Suède en décidant d’attribuer le prix Crafoord pour cette année, assorti d’une somme importante, en commun à Pierre Deligne (qui fut mon élève) et à moi-même. Cependant je suis au regret de vous informer que je ne souhaite pas recevoir ce prix (ni d’ailleurs aucun autre), et ceci pour les raisons suivantes.

  • 1) Mon salaire de professeur, et même ma retraite à partir du mois d’octobre prochain,

est beaucoup plus que suffisant pour mes besoins matériels et pour ceux dont j’ai la charge ; donc je n’ai aucun besoin d’argent. Pour ce qui est de la distinction accordée à certains de mes travaux de fondements, je suis persuadé que la seule épreuve décisive pour la fécondité d’idées ou d’une vision nouvelle est celle du temps. La fécondité se reconnaît à la progéniture, et non par les honneurs.

  • 2) Je constate par ailleurs que les chercheurs de haut niveau auxquels s’adresse un prix

prestigieux comme le prix Crafoord sont tous d’un statut social tel qu’ils ont déjà en abondance et le bien-être matériel et le prestige scientifique, ainsi que tous les pouvoirs et prérogatives qui vont avec. Mais n’est-il pas clair que la surabondance des uns ne peut se faire qu’aux dépens du nécessaire des autres ?

  • 3) Les travaux qui me valent la bienveillante attention de l’Académie royale datent d’il y a

vingt-cinq ans, d’une époque où je faisais partie du milieu scientifique et où je partageais pour l’essentiel son esprit et ses valeurs. J’ai quitté ce milieu en 1970 et, sans renoncer pour autant à ma passion pour la recherche scientifique, je me suis éloigné intérieurement de plus en plus du milieu des scientifiques.

Or, dans les deux décennies écoulées l’éthique du métier scientifique (tout au moins parmi des mathématiciens) s’est dégradée à un degré tel que le pillage pur et simple entre confrères (et surtout aux dépens de ceux qui ne sont pas en position de pouvoir se défendre) est devenu quasiment une règle générale, et qu’il est en tout cas toléré par tous, y compris dans les cas les plus flagrants et les plus iniques.

Dans ces conditions, accepter d’entrer dans le jeu des prix et des récompenses serait aussi donner ma caution à un esprit et à une évolution, dans le monde scientifique, que je reconnais comme profondément malsains, et d’ailleurs condamnés à disparaître à brève échéance tant ils sont suicidaires spirituellement, et même intellectuellement et matériellement.

C’est cette troisième raison qui est pour moi, et de loin, la plus sérieuse. Si j’en fais état, ce n’est nullement dans le but de critiquer les intentions de l’Académie royale dans l’administration des fonds qui lui sont confiés. Je ne doute pas qu’avant la fin du siècle des bouleversements entièrement imprévus vont transformer de fond en comble la notion même que nous avons de la « science », ses grands objectifs et l’esprit dans lequel s’accomplit le travail scientifique. Nul doute que l’Académie royale fera alors partie des institutions et des personnages qui auront un rôle utile à jouer dans un renouveau sans précédent, après une fin de civilisation également sans précédent… Je suis désolé de la contrariété que peut représenter pour vous-même et pour l’Académie royale mon refus du prix Crafoord, alors qu’il semblerait qu’une certaine publicité ait d’ores et déjà été donnée à cette attribution, sans l’assurance au préalable de l’accord des lauréats désignés. Pourtant, je n’ai pas manqué de faire mon possible pour donner à connaître dans le milieu scientifique, et tout particulièrement parmi mes anciens amis et élèves dans le monde mathématique, mes dispositions vis-à-vis de ce milieu et de la « science officielle » d’aujourd’hui.

Il s’agit d’une longue réflexion, Récoltes et Semailles, sur ma vie de mathématicien, sur la création (et plus particulièrement la création scientifique) en général, qui est devenue en même temps, inopinément, un « tableau de mœurs » du monde mathématique entre 1950 et aujourd’hui. Un tirage provisoire (en attendant sa parution sous forme de livre), fait par les soins de mon université en deux cents exemplaires, a été distribué presque en totalité parmi mes collègues mathématiciens, et plus particulièrement parmi les géomètres algébristes (qui m’ont fait l’honneur de se souvenir de moi). Pour votre information personnelle, je me permets de vous en envoyer deux fascicules introductifs, sous une enveloppe séparée. »

Alexandre Grothendieck, Le Monde du 4 mai 1988.

La médaille Piccard il la vend aux enchères pour verser l'argent au gouvernement du Nord Vietnam alors en pleine guerre. C’est en mai 1988 qu’Alexandre Grothendieck fait sa dernière apparition publique par l'intermédiaire d'une lettre citée in extenso ci-dessus publiée dans Le Monde dans laquelle il annonce son refus du prix Crafoord, décerné par l'académie royale des sciences de Suède. La première grande décompensation date de la remise de la médaille Fields à Moscou où refuse de se rendre en 1966. Un de ses amis mathématicien, Pierre Cartier, note, affirmation déjà citée, que « c’est à Moscou que la faille s'est ouverte, ou plutôt que la blessure fondamentale s'est rouverte. »12 La faille liée à la forclusion du Nom-du-père. Ce père qui a participé à la première révolution russe de 1905, réprimée dans le sang, ce père proscrit, pourchassé par les staliniens et assassiné par les nazis, ce père dont il ne porte pas le patronyme. De plus Alexandre est apatride, la France lui refuse la nationalité, mais lui aussi la refuse par peur d’être envoyé à l’armée. Il y a aussi un point d'effondrement lorsqu'il constate à ce moment-là, lors de la Médaille Fields, que malgré tous ses efforts pour refermer la faille qui s'ouvre dans l'univers dont les mathématiques ne sont que la trame, elle reste désespérément béante.

«… rencontre, collision avec le signifiant inassimilable... », dit Lacan dans son séminaire sur Les Psychoses, p. 361. Alexandre est un bâtisseur extraordinaire. A 20 ans c'est déjà un maître. Il formule un programme grandiose, qui doit fondre en une science unique, totale et absolue, l'arithmétique, la géométrie algébrique et la topologie. L’idée sous-jacente est évidemment de suturer la faille qui ne cesse de s’ouvrir dans l’univers, du fait des agissements du Diable et de ses sbires. Il travaille 15 h par jour, mobilise des dizaines d'élèves, mais trouve qu'ils n'ont pas le souffle. Ils sont pourtant tous embarqués par la puissance de création d'Alexandre. Des années plus tard, Luc Illusie, professeur émérite à Paris Sud se souvient : « Imaginez que nous nous engagions dans un canyon aride, sans bien comprendre où nous allions, et que tout à coup nous débouchions sur une plaine verdoyante ». Luc Illusie rappelle également que Cartan l'a orienté vers Alexandre : « C'était le pape, j'étais terrifié ! ... Je le voyais tous les deux mois. Il corrigeait mon travail de la semaine sur le fond et la forme, en noircissant mes pauvres feuilles.

Vers 19 heures on dînait, puis il improvisait des mathématiques jusqu'à 23 heures et me raccompagnait au métro. Il était une telle source d'intuitions que, par peur de perdre des idées, je l'enregistrais sur bande magnétique. A l'époque il était gai, optimiste, joyeux, généreux et chaleureux. »

Michel Reynaud en retraite et qui poursuit ses recherches à la fac d'Orsay fait part lui aussi de son éblouissement « On avait l'impression de se retrouver dans une impasse, sans issue possible. Et d'un seul coup, par magie du concept bien choisi, on se retrouvait de l'autre côté de l'obstacle, comme par enchantement. On était ébloui ». Pour ceux qui le fréquentèrent entre 1950 et 1970, ce qui le caractérisait était son intuition géniale, sa puissance de travail, sa passion et son talent d'animateur. Il travaillait les mathématiques de seize à dix-huit heures par jour. Michel Demazure, actuel directeur du palais de la Découverte et ancien élève thésard d’Alexandre, s'en souvient : « Il avait une vision très forte qui en imposait, et un rythme infernal. Pour lui tout était lié dans les mathématiques, le chemin était donc aussi important que le but. La démonstration d'un théorème n'était qu'un sous-produit de la démarche suivie qui devait, elle, répondre à une vision globale et harmonieuse. Sa devise était : "Pas de concession, pas d'économie, pas de faux semblants, pas de raccourcis" ! »

Alexandre a souvent dit qu'il était le bâtisseur de maisons qu'il n'habitait pas. Il bâtit puis quitte les lieux, toujours plus loin. C'est en 68 qu'il commence à pressentir la fin du monde et s'engage dans la défense de l'écologie pour contrer l’œuvre du Diable. C'est dans ces années-là que je l'ai rencontré et côtoyé, notamment autour de la revue Survivre et vivre (d’abord titrée Survivre), fondée à Montréal en 1970 avec la déclaration d’intention suivante : Survivre veut « déplacer le centre de gravité de la recherche du laboratoire vers les champs, les étangs, les ateliers, les chantiers, les lits des malades ». Son but est «la lutte pour la survie de l'espèce humaine, et même de la vie tout court, menacée par le déséquilibre écologique croissant causé par une utilisation indiscriminée de la science et de la technologie et par des mécanismes sociaux suicidaires, et menacée aussi par des conflits militaires liés à la prolifération des appareils militaires et des industries d'armement.» Nous nous rencontrions chez Pierre Samuel, un autre mathématicien, pour parler d’écologie et envisager des actions pour changer l’ordre du monde, devenu immonde. La renommée d’Alexandre faisait beaucoup pour être un peu écouté des politiques. En 1970, ayant appris que l'IHES (Institut des Hautes Etudes Scientifiques consacré à la recherche avancée en mathématiques et physique théorique), où il travaillait depuis dix ans, recevait des subventions du ministère de la Défense, Alexandre démissionna sans autre forme de procès. Il se mit à prêcher la nécessité d'arrêter immédiatement toute recherche en mathématiques, car elles conduisaient inévitablement à des applications militaires. Toujours en 1970, au Congrès international de mathématiques qui avait lieu à Nice, il vint faire de la propagande anti mathématique et distribuer des exemplaires du bulletin écologiste qu'il avait créé, Survivre et vivre. Dieudonné, qui présidait le congrès, expulsa Alexandre. La brouille entre les deux amis était inévitable. Vers la fin des années soixante dix, Grothendieck produit trois textes "A la poursuite des champs","Longue marche vers Galois" et "Esquisse d'un programme", lui permettant ainsi de réintegrer le CNRS en 1984.

Nommé au Collège de France Alexandre entame son cours par cette question, insupportable pour ses collègues et élèves : « Faut-il continuer la recherche scientifique? ». Et sous le prétexte que ses recherches sont surement destinées à l'Armée,

  • rien de moins sûr -, il décide de tout arrêter. Il se retire dans le Sud, enseigne quelque

temps à Montpellier. Grothy comme l’appelait ses étudiants à Montpellier aimait a dire « Le simple parait compliqué, le compliqué parait simple. »

En 1991 il brûle 25000 pages de ses travaux et se retire du monde. D’abord près de Lodève. Il donne quelques cours à la fac de Montpellier où il se rend sur vieille mobylette. On le retrouve dans une cabane dans le Vaucluse. Puis il disparaît. Il vit reclus, ne veut voir personne et assure l'équilibre de l'univers, en pratiquant la méditation bouddhiste et en poursuivant ses recherches en maths, de plus en plus abstraites. Lourde tâche pour un seul homme.

Ses élèves de Jussieu ont créé un site Internet pour mettre en ligne les travaux d’Alexandre. Mal leur en a pris. Dès qu’il en a eu connaissance il a exigé la fermeture du site et que ne soit maintenu que cette phrase, lourde de sens : ceci est une abomination.

En 2012 on a fait une trouvaille extraordinaire à la fac de sciences de Montpellier : 5 cartons complètement esclaffés, lourds de 20000 pages de notes d'Alexandre. Il ne faut pas qu'il le sache il va exiger qu'on détruise tout. Les mathématiciens qui ont commencé à s'y plonger estiment qu'ils en ont pour des décennies à les exploiter. Il semblerait que « la théorie des motifs », la dernière explorée par Alexandre, soit la seule capable de rendre compte des phénomènes de micro physique tels qu'expérimentés dans l'accélérateur de particules du CERN à Genève. Entre temps Alexandre a écrit aux journaux pour demander que toute son œuvre, tous ses ouvrages, tous ses manuscrits déposés dans toutes les bibliothèques du monde, soient brûlés.

“Et toute science, quand nous l’entendons non comme un instrument de pouvoir et de domination, mais comme aventure de connaissance de notre espèce à travers les âges, n’est autre chose que cette harmonie, plus ou moins vaste et plus ou moins riche d’une époque à l’autre, qui se déploie au cours des générations et des siècles, par le délicat contrepoint de tous les thèmes apparus tour à tour, comme appelés du néant”. Alexandre Grothendieck (Récoltes et Semailles, texte autobiographique)

« Sa vie est traversée et brûlée par le feu de l’esprit, comme celle de Simone Weil, à qui l’unissent d’étranges parentés. Il est à la recherche d’un pays et d’un nom. S’agit-il de la Terre promise, cette terre de Judée où le miel coule à flots, entrevue au-delà du Mont Sinaï, l’accomplissement de la promesse, la révélation de toute vérité ? Je crois plutôt que ce pays mythique est la patrie de son père, cette Ukraine juive que les malheurs de l’Europe de l’Est ont placée en l’endroit le plus inaccessible de l’Empire Soviétique - pourtant l’un des plus fermés. Le nom est celui du père ! » Pierre Cartier, Un pays dont on ne connaîtrait que le nom (Grothendieck et les « motifs »).

Cet homme se nomme Alexandre Grothendieck. Il a écrit le récit de son aventure dans un texte de plus de 1000 pages, Récoltes et semailles. Un deuxième récit, intitulé La clé des songes ou dialogue avec le bon dieu13, raconte comment Dieu guide ses pas dans ses rêves. Je lui ai proposé de publier Récoltes et semailles. Pas question, rien ne doit être rendu public qui donnerait prise à la fureur du Diable.

Pourquoi raconter cette histoire, me dira-t-on ? Tout ceci est bien loin des préoccupations des travailleurs sociaux, des psychologues, des soignants, des psychanalystes qui se coltinent à longueur de journées des sujets que l'on désigne comme « psychotiques ». Et pourtant l'histoire de mon ami Alexandre nous enseigne quelque chose de fondamental que Freud, dans son commentaire déjà cité plus haut, du cas Schreber, traduit assez bien : « Le sujet psychotique rebâtit l’univers, non pas à la vérité plus splendide, mais du moins tel qu’il puisse de nouveau y vivre. Il le rebâtit au moyen de son travail délirant. Ce que nous prenons pour une production morbide, la formation du délire, est en réalité une tentative de guérison, une reconstruction. » S. Freud « Le Président Schreber », in Cinq psychanalyses, p. 315.

Ce grand paranoïaque qu'est Alexandre Grothendieck, non seulement nous transmet des éléments essentiels pour comprendre la psychopathologie des psychoses et se laisser enseigner par ce que vit un psychotique, mais de plus il nous montre à quel point un psychotique construit, dans une énergie acharnée et incessante, pour supporter le démaillage du symbolique, un monde dont l'équilibre est sans cesse menacé. Dans ce bricolage il tisse son rapport au monde, à lui-même, aux autres. Et de temps en temps les bricolages d'un psychotique rejoignent des questions essentielles que se pose la science la plus avancée. Évidement tout les psychotiques ne sont pas des génies des maths comme Alexandre ; mais si nous prenons au sérieux les bricolages du sujet, et du coup psychose ou pas, peu importe, si nous en avons le respect et la reconnaissance, alors il s'inscrit dans le monde, parmi les autres, à sa façon, selon son style, bizarre ou pas. Tout chez le parlêtre n'est-il pas frappé de cette « inquiétante étrangeté » que décrit Freud ?

J'arrête là les 3 histoires. Il y aurait encore beaucoup à dire. Mais que nous enseignent-t-elles ? Là encore il s'agit d'entendre comment un sujet qu'on affuble du marquage de psychose, se débrouille dans la vie. Victor, Henriette, Alexandre ne font de mal à personne et je dirai même plus qu’ils nous font du bien, ne serait-ce qu’en allant contempler leurs œuvres. A partir de ces trois histoires, présentant successivement un cas d'autisme, de schizophrénie et de paranoïa, nous pourrions déboucher sur une double référence dans l'approche des psychoses :

− D’abord de poser que le sujet n'est pas psychotique. D’ailleurs le sujet n’et réductible à aucun des signifiants par lequel on le représente ou par lequel il se représente. Les structures psychiques freudiennes c’est un peu comme des maisons : il faut bien habiter quelques part. Freud en détermine trois avec des appartements distincts : névrose (hystérie, névrose obsessionnelle, phobie), perversion, psychose (paranoïa, schizophrénie, mélancolie, autisme). Evidemment il s’agit de ne pas confondre la maison et le sujet qui l’habite. La psychose est une fabrication socio-culturelle. J'ai pu le montrer dans mes trois bouquins sur la folie.

Cette construction implique des représentations anthropologiques du mal et du désordre, des systèmes de classifications permettant de nommer le mal et son origine, de formuler des hypothèses de dysfonctionnement au regard des normes socialement acceptables, donc des diagnostics, et d’enclencher des remédiations, donc des thérapeutiques. Cette approche relativise sérieusement cette prétention très occidentale à enfermer le sujet dans un savoir préconçu et extérieur à lui. La psychose est un fait de discours, un faisceau signifiant, une construction culturelle.

Cela dépend des représentations élaborées par une société quant à ce qui en dérange les normes et à la façon dont elle a élaboré le rapport entre normal et pathologique.14 Cela dépend aussi de la façon dont chaque sujet s’inscrit dans ces effets de discours que véhicule la culture dans laquelle il baigne. Dans La Folle et le Saint, Catherine Clément et Sudhir Kakar en donnent un bel aperçu15 Au même moment de l’histoire au début du XXe siècle, à deux endroits éloignés de la planète de 8000 km, deux sujets présentent le même tableau clinique, Madeleine Lebouc en France et Ramakrishna en Inde. Tous deux ont des élans mystiques, vivent retirés dans un monde étrange et étranger, mangent peu, semblent évaporés, ravis, raptés vers des êtres divins invisibles qui peuplent la sphère céleste. C’est pourquoi Madeleine, par exemple, marche en permanence sur la pointe des pieds, en élévation constante. Madeleine sera prise en charge chez le professeur Janet au titre d’un épinglage de sa folie qui dérange sérieusement son entourage.

Ramakrishna sera lui accueilli dans le temple de la déesse Kali et deviendra un des

grands sages de l’Inde moderne.

− Ensuite il me semble que l'on peut tirer de ces histoires étonnantes une position et une posture pour le clinicien, qu'il soit travailleur social, enseignant, soignant ou psychanalyste. Position, qui consiste, comme nous y invita Jacques Lacan, à ne pas reculer devant la psychose, et posture que je résumerai en précisant qu'il s'agit en la circonstance de savoir ne pas savoir, afin de se laisser enseigner par le sujet et son savoir-y faire, dans sa relation au monde, aux autres et à lui-même, à son corps, à la langue. Il s’agit bien comme l’énonça Lacan se « se faire le secrétaire de l’aliéné », d’inventer des lieux d’adresse où les dits psychotiques trouvent à déposer leurs trouvailles, parfois géniales. Si Alexandre a pu tenir si longtemps, tant bien que mal, dans le lien social, c’est du fait de l’accueil et de la reconnaissance par la communauté des mathématiciens, ensuite des écolos, puis lors de retrait d’ermite en Ariège, à quelques échanges épistolaires avec quelques-uns, comme j’ai pu en avoir (mais j’ai perdu ses lettres dans un déménagement)

jusqu’à ce qu’il ne converse plus qu’avec les plantes qui l’entouraient et le bon-

dieu qui lui parlait dans ses rêves.

Sur le plan du diagnostic j'ai essayé de le penser à partir de la structure psychique et de trois grandes déclinaisons ouvertes par Freud : névrose, perversion et psychose, avec les « dialectes » (l'expression est de Freud) qui s'imposent dans chaque catégorie. Cette approche n'est pas à manier à la manière du DSM, comme une classification dans laquelle il s'agirait de faire entrer le sujet jugé à l'aune de ses comportements considérés comme déviants. De toute façon avec le DSM V, tout le monde y est et jusqu'au cou, casé dans le système, puisque l'enjeu est au bout du compte de vendre au plus grand nombre des molécules fabriquées par les laboratoires pharmaceutiques. La référence à la structure telle que Freud l'a promue le premier, en développant entre autres la métaphore du cristal qui se brise selon certaines lignes de force, et telle que Lacan et quelques autres l'ont peaufinée, ne s'attrape si j'ose dire que dans le transfert et son maniement, donc en relation. Ce qui pose une question spécifique : comment penser le transfert dans la psychose et comment le mettre au travail ?

Joseph Rouzel

Quelques diagrammes et illustrations d’Alexandre Grothendieck.

Mère Dieu-bon Père

Dieu-yin Dieu-yang

Lucifera Dieu-ombre Lucifer

Schéma 1- Ce schéma se trouve dans Développement sur la lettre de la bonne nouvelle, un des derniers textes d’Alexandre.

Illustration du document original, page 25
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Schéma2 : L’harmonie cosmique.

« Récoltes et semailles. Les portes sur l’univers II »

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Illustration du document original, page 27
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Dernière photo de Grothendieck, 2013

Illustration du document original, page 28
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Réunion de Survivre et vivre.

Quelques éléments de bibliographie :

  • Georges Bringuier, Alexandre Grothendieck, Itinéraire d’un mathématicien Hors norme, Toulouse, Privat, 2015.
  • Yann Pradeau, Algèbre, Paris, Allia, 2016
  • Alain Connes et Patrick Gauthier-Lafaye, A l’ombre de Grothendieck et de Lacan, Paris, Odile Jacob, 2022
  • Alain Badiou, Topos. Logique de l’ontologique, Paris, Hermann, 2024.
  • Alexandre Grothendieck, La clé des songes ou Dialogue avec le bon Dieu, Éditions du Sandre, 2024.
  • Alexandre Grothendieck, Récoltes et semailles I et II, Paris, Gallimard, 2023.
  • Joseph Rouzel, La folie créatrice. Alexandre Grothendieck et quelques autres, Toulouse, érès, 2016.

Films :

  • Catherine Aira et Yves Le Pestipon, Alexandre Grothendieck. Sur les routes d’un génie, 2013.
  • Hervé Nisic , L’espace d’un homme. Le projet Grothendieck, 2010.

Notes

  1. Dans ce texte qui m’a servi de point d’appui lors d’une intervention au Cercle Freudien de Paris le samedi 4 mai 2024, j’ai utilisé certains extraits de mes ouvrages La folie créatrice, érès, 2016 ; La folie douce, érès, 2018 ; La folie littéraire, suivi d'un commentaire de Dany-Robert Dufour, Le Retrait, 2022.
  2. Joseph Rouzel, à propos du poète Jöe Bousquet, « De sa vie faire œuvre », Psychanalyse pour le temps présent. Amour obscur, noir désir, ères, 2002.
  3. Voir Henri Rey-Flaud, Sortir de l'autisme. Flammarion, 2013.
  4. Deux films ont été réalisés sur Alexandre Grothendieck. Alexandre Grothendieck. Sur les routes d’un génie, que l’on doit à Catherine Aira et Yves Le Pestipon (2013). Le second, L’espace d’un homme. Le projet Grothendieck, réalisé par à Hervé Nisic (218). Ces deux films représentent une tentative d’approche à la fois de l’histoire, mais aussi de la personne d’Alexandre. Aucun des cinéastes n’a pu le rencontrer. Aucun non plus n’envisage la question de la psychose.
  5. Voir mon ouvrage, La folie créatrice. Alexandre Grothendieck et quelques autres, Toulouse, érès, 2016
  6. Fanny Réguer, « Alexandre Grothendieck, trajet d’un mathématicien au travail de l’Un, Cliniques méditerranéennes, 2020/1, n° 101.
  7. Voir l’ensemble des interventions : https://sites.google.com/site/dugowsonrecherche/coordinations-colloques/LG
  8. Texte que j’ai republié en 2000 : August Aichhorn, Jeunes en souffrance, préface de Sigmund Freud, Nîmes, Champ Social ; et on trouve une nouvelle traduction de la préface de Freud dans Sigmund Freud. Trois métiers impossibles, L’Harmattan, 2022.
  9. Ce passage est extrait d’un ouvrage à paraitre en juin 2024 aux Éditions Le Retrait, La technique du divan. Psychanalyse pratique.
  10. https://www.entropologie.fr/2024/03/le-schema-en-l-de-lacan-comme-schema-de-grothendieck.html
  11. Pierre Cartier, Un pays dont on ne connaît que le nom. (Grothendieck et les « motifs »). Conférence à Cerisy, 2000.
  12. Pierre Cartier, Un pays dont on ne connaît que le nom. (Grothendieck et les « motifs »). Conférence à Cerisy, 2000.
  13. L’ouvrage doit paraitre aux éditions du Sandre en juin 2024.
  14. Georges Canguilhem, Le normal et le pathologique, PUF, 2005.
  15. Catherine Clément et Sudhir Kakar, La Folle et le Saint, Le Seuil, 1993.
Citer ce texte

Joseph Rouzel, « La valeur humaine de la folie. Alexandre Grothendieck et quelques autres… », L’@psychanalyse, 7 mai 2024. En ligne : https://www.apsychanalyse.org/textes/joseph-rouzel-la-valeur-humaine-de-la-folie-alexandre-grothendieck-et-quelques (consulté le JJ/MM/AAAA).

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