Textes

Tristesse, dépression : péché et faute morale

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« Me laissez pas tomber. Me laissez pas tomber », ne cesse-t-elle de quémander à longueur de séances. Ses parents, alors qu’elle était âgée d’à peine cinq ans l’ont laissé tomber « comme une merde » en la confiant à une tante. Eux, babacools, partaient faire le tour du monde pour plusieurs années. Elle ne les retrouva que trois ans plus tard. « ça n’était plus mes parents », dit-elle. Quelques temps après son frère aîné, que les parents avaient emmené dans leur périple, se laissa tomber d’un pont. Il avait treize ans. Elle précise que lui aussi, il l’a laissée tomber. Ce « laissé-tomber » insiste.

« Vous êtes le déchet qui tombe au monde par l’anus du diable », vocifère Martin Luther dans un sermon. Et le terme qu’il emploie alors pour désigner cette état de chute, c’est celui de Hilflosigkeit, dont les différentes traductions (désaide, sans secours, etc.) peinent à faire sentir l’état de perdition qui accompagne le jaillissement au monde d’un petit d’homme, le laissant dépourvu face au « désert du réel ». 2 La traduction anglaise s’avère radicale : helplessness, état de celui qui est sans aucune aide. Quant au derelictio latin, qui a produit notre désuet « déréliction », il signe bien un état d’abandon total. Ce terme d’Hilflosigkeit est aussi celui qu’utilise Freud pour donner à entendre le profond désarroi qui marque la naissance.

Il existe donc une passe entre cet état de chute et l’appareillage au langage, à ce que Freud désigne comme Spracheapparat (appareil-à-parler) dont l’irruption dans la chair du naissant va prendre corps. « Premier traumatisme », nous susurre Lacan.

Même si tout ceci est à entendre comme une construction mythologique3 on peut raisonnablement penser que réside dans cet état primitif du petit d’homme la matrice de toutes les dépressions ultérieures, lorsque l’arrimage du langage, qui soutient la vacuité du sujet, se dérobe. Mais précisons à l’aide d’un concept que l’on doit à August Aichhorn, celui de Verwahrlosung (substantif), Verwharlost (adjectif) qui s’emploie pour désigner un jardin en friche ou un enfant que l’on a laissé tomber, mais aussi qui s’est laissé tomber. Car le terme charrie une voie active et passive. Ce point a son importance, car il implique le sujet dans le laisser tomber. Aichhorn en fera le fer de lance des méthodes pédagogiques actives qu’il déploiera avec les jeunes délinquants et asociaux qu’on lui confie à Vienne dans les années 1920.

Ce premier lieu, ce topos du sujet naissant se nomme infans dans le latin antique. L’infans c’est, dans l’homme, ce qui ne parle pas. L’angoisse se déclenche comme signal d’alarme adressé au sujet en passe de se dissoudre dans ce qui ne parle pas. Elle s’annonce sous les armoiries sombres de la tristesse, ladite dépression dans la langue des modernes, là où le sujet, lâchant lâchement sur son désir, perd ses amarres langagières et est en passe de se laisser tomber.

J’établis le mythe d’origine de cette passe entre le laissé tomber ( Hilflosigkeit) et le troumatisme de l’effraction langagière qui assujettit le sujet et lui donne sa consistance. Seule peut-être la poésie donne la mesure de cet événement reconstruit…4

Il commence par chuter indéfiniment. Son cri fend l’univers. Il a traversé la mer noire. Il a traversé la mer rouge. Sauvé des eaux, après neuf mois dans le bouillon. Mais il n’est pas encore. La voix le rattrape dans le vide. La voix frappe sur la peau et l’entaille. La baguette frappe la peau du tambour, mais ça n’est pas la baguette qui produit le son, mais la peau dans sa réponse. Or le son ne réside ni dans la baguette ni dans la peau. Le son, comme réponse à la frappe de la baguette sur la peau, jaillit du dehors. Ainsi en va-t-il du petit d’homme, pas encore hominé. Le troumatisme de l’origine, produit par l’effraction dans le corps d’une voix, une voix portée par ladite mère, refend le corps, l’effracte. Et ce trou il faut bien au sujet naissant l’habiller, le border, pour faire ses trouvailles. Ça se dit symptôme. Au sens premier où ça tombe de concert, la voix de la mère et la résistance du sujet. Les fentes-homme de l’archaos tiennent leurs oripeaux de cette opération première. Effraction/résistance. La voix de la mère frappe, entaille, déchire, griffe, lacère, fend, râpe mais aussi caresse, frôle, froisse, glisse, sussure.

Dans sa peau le petit d’homme répond, où plutôt ça répond, ça s’obstine à répondre, ça résiste à l’envahissement, la pénétration, douce ou amère, tranchante ou feulante. La voix assujettit la peau et la réponse qui n’est ni de la voix maternelle, ni de la peau enfantine, projette un son muet, un son venu du fond des âges, un son qui s’écrit, qui s’écrie. Une lettre, arabesque, calligramme, hiéroglyphe, rébus ou rebut. L’assujetti se fait sujet, mais hors corps. Il s’invente un corps là où il n’était que chair. Au début, il y a la voix et la voix à pris corps. La jouissance de l’Autre est d’abord jouissance de la voix. Cette prise au corps qui vient en écho d’un dire fonde le siège littéral d’un dit sujet. Une « armatrice » sur laquelle reposent les linéaments d’où vont se déployer et s’ordonner l’architecture des lettres, puis le train des signifiants. Les marques, entailles, lacérations qui impriment la chair du petit d’homme établissent le socle à partir duquel le sujet, dans un mode de résistance que l’on peut dire symptomatique, s’écrit avant de s’écrier. Il se démet et se dément de cette jouissance venue d’Ailleurs, et même de l’Ailleurs de sa propre chair qui crie.

Cela le met hors de lui. Le sujet est projeté hors de lui. Alors que le moi et ses émois se lovent à fleur de peau. Les premiers assemblages phonématiques, les premiers jeux de langage pour représenter l’absence de la voix, babils habillant le non-être, s’établissent sur cette matrice littérale. Alors toute parole porte sa charge d’écriture. Et toute écriture tente de renouer le fil de l’origine, tout en s’en éloignant.

La tristesse, ange annonciateur de l’angoisse, fait retour en ce point d’origine. Elle efface le texte, plie la lettre, déchire l’architecture qui soutient dans le vide le sujet. Que serait un trou sans bord si ce n’est une figure de la folie ? Alors il y a dans la dépression une certaine folie, une folie terrible qui tient à l’effondrement des armatures subjectives. Dans les névroses, comme chez la patiente dont j’ai parlé en tout début d’intervention, l’effondrement s’avère momentané, c’est une mauvaise passe, une déprime. Elle retrouve ses points d’amarrage, recoud le hamac de langage déchiré qui la berce. « Racontez-moi dans les détails, ce moment où vos parents vous ont laissé tomber, et aussi ce moment où votre frère ainé vous a laissé tomber. » Le psychanalyste tend la perche : il sait, pour l’avoir vécu dans sa propre cure, que le chemin des mots, va réveiller le texte d’origine, refaire venir au jour le texte effacé mais demeuré vif dans le palimpseste de l’inconscient.

Dans les psychoses c’est plus coton. Les sujets psychosés sont restés coincés dans la passe d’origine entre laissé-tomber et « troumatisme ». Fabrication hors castration. Et s’ils se hissent à hauteur du parler, avec un courage qu’il faut leur reconnaitre, c’est au prix d’inventions étonnantes, mais fragiles, jamais assurées, qui peuvent basculer face à toute « rencontre, collision avec le signifiant inassimilable », comme dit Lacan5. Freud, dans son commentaire du cas Schreber, traduit assez bien ces mouvements de déconstruction/reconstruction : « Le sujet psychotique rebâtit l’univers, non pas à la vérité plus splendide, mais du moins tel qu’il puisse de nouveau y vivre. Il le rebâtit au moyen de son travail délirant. Ce que nous prenons pour une production morbide, la formation du délire, est en réalité une tentative de guérison, une reconstruction. »6

Ainsi de mon ami Alexandre Grothendieck passant par des épisodes terribles de dénouage/renouage, tout au long de sa vie.7 Et ce dès sa naissance. Alexandre en donne un récit émouvant dans La clé des songes8 : « Il y a eu dans les premiers mois de ma vie un épisode que je n’ai pas évoqué dans Récoltes et Semailles, et dont j’ai eu tendance jusqu’à il y a peu à sous-estimer l’importance. J’ai alors refusé de m’alimenter et ai été à deux doigts de mourir. J’ai pu faire la reconstitution des événements en 1980 par recoupements à partir de tout ce qui est venu à ma connaissance sur les circonstances qui ont entouré la conception, la grossesse et ma naissance, ainsi que les premiers mois de ma vie : souvenir de ce que ma mère m’en a dit, notes autobiographiques de ma mère, lettres, et plus récemment rêves… Il m’est apparu que ma mère m’a porté à terme en dépit d’un refus viscéral contre sa maternité, pour éprouver son pouvoir sur mon père (qui ne voulait pas d’enfants) et comme façon supplémentaire (s’il en avait encore été besoin) de le lier. A ma naissance, j’ai trouvé une ambiance de violence telle que la volonté de vivre m’a abandonné, et que j’ai décidé de retourner d’où j’étais venu. J’ai eu de la chance, dans l’hôpital d’enfants où j’ai été mis in extremis, de trouver des infirmières affectueuses, ce qui m’a redonné le goût à la vie. » Même effondrement en 1966 lorsqu’on lui attribue la Médaille Fields. Il refuse le prix et d’aller à Moscou pour le recevoir. Moscou c’est l’histoire de son père dont il ne porte pas le nom. Pierre Cartier, un de ses élèves, écrit, très lucide : « C’est à Moscou que la faille s’est ouverte ou plutôt que la blessure fondamentale s’est rouverte. » C’est un véritable démaillage.

A divers moments de sa vie ce génie des mathématiques, lorsque ses constructions mathématiques, qu’il tente en vains de rendre totales, voire totalitaires, se démaillent, il plonge dans la bile la plus noire de bitume de la melaïna ancholia. Le soleil noir de la mélancolie frappe le sujet et l’irradie en mille fragments. C’est ce qu’il désigne comme sa lutte contre le dia-bolique, le démailleur du sym-bolique. Et il remonte la pente en reprenant ses calculs, mais surtout en tenant fermement la main courante de l’écriture. Il s’arrime aux petites lettres que ce soit pour poursuivre ses recherches en math ou pour décrire sa lutte acharnée contre le dia-bolique qui ne cesse de détraquer l’uni-vers. Mais il utilise aussi la méditation et le jeune : en 1990 il faillit mourir après 45 jours de jeune ! A sa mort en 2004 dans sa maison en Ariège où il vivait reclus depuis 26 ans on découvre 41 boites d’archives rangées, soit près de 30000 pages qui laissent du travail pour les mathématiciens pour des dizaines d’années.

Ainsi tourne la noria de la vie des hommes, passant de tristesse en joie et retour. Lacan insiste dans Télévision pour reprendre ces affects transmis par Spinoza, et « tristesse » plutôt que le moderne « dépression » exhaussé au rang de concept par la science médicale. Le sujet ne soutient le mouvement - up and down – que par l’éthique du bien dire, car « à l’opposé de la tristesse il y a le gay scavoir lequel est, lui, une vertu. » Cette vertu ne consiste ni à comprendre, ni à piquer dans le sens « mais (à) le raser d’aussi près qu’il se peut sans qu’il fasse glu pour cette vertu, pour cela jouir du déchiffrage, ce qui implique que le gay sçavoir n’en fasse au terme que la chute, le retour au péché. »

Ainsi le sujet refait-il la passe inaugurale…

Joseph ROUZEL

Tristeza, depresión: pecado y culpa moral.

“No me decepciones. No me decepcionéis”, sigue rogando a lo largo de las sesiones. Sus padres, cuando apenas tenía cinco años, la abandonaron “como una mierda” confiándola a una tía. Ellos, babacools, estuvieron dando la vuelta al mundo durante varios años. No los encontró hasta tres años después. “Ya no eran mis padres”, dijo. Tiempo después su hermano mayor, a quien sus padres habían llevado de viaje, se dejó caer de un puente. Tenía trece años. Ella especifica que él también la decepcionó. Este “dejar ir” insiste.

“Vosotros sois la basura que cae al mundo por el ano del diablo”, grita Martín Lutero en un sermón. Y el término que utiliza entonces para designar este estado de caída es el de Hilflosigkeit, cuyas diferentes traducciones (impotencia, sin ayuda, etc.) luchan por transmitir el estado de perdición que acompaña a la irrupción en el mundo de un hombrecito que se marcha. lo deja indefenso ante el “desierto de la realidad”. La traducción inglesa resulta radical: impotencia, estado de quien se encuentra sin ayuda alguna. En cuanto al latín derelictio, que produjo nuestra obsoleta “déreliction”, señala claramente un estado de abandono total. Este término Hilflosigkeit es también el que Freud utiliza para transmitir la profunda consternación que marca el nacimiento.

Hay pues una transición entre este estado de caída y el aparato del lenguaje, lo que Freud llama Spracheapparat (aparato de habla) cuya irrupción en la carne del naciente tomará forma. “Primer trauma”, nos susurra Lacan.

Incluso si todo esto debe entenderse como una construcción mitológica, podemos pensar razonablemente que en este estado primitivo del hombrecito reside la matriz de todas las depresiones posteriores, cuando se escapa el anclaje del lenguaje que sostiene el vacío del sujeto. Pero aclarémoslo con la ayuda de un concepto que debemos a August Aichhorn, el de Verwahrlosung (sustantivo), Verwharlost (adjetivo) que se utiliza para designar un jardín en barbecho o un niño abandonado, pero también que se decepcionó. Porque el término transmite un camino activo y pasivo. Este punto es importante porque implica que el sujeto lo deje ir. Aichhorn encabezará los métodos educativos activos que aplicará con los jóvenes delincuentes y antisociales que le fueron confiados en Viena en los años 1920. Este primer lugar, este topos del sujeto emergente se llama infans en latín antiguo. El niño es, en el hombre, aquello que no habla. La ansiedad se desencadena como una señal de alarma dirigida al sujeto a punto de disolverse en lo que no habla. Se anuncia bajo el oscuro escudo de la tristeza, dicha depresión en el lenguaje de los modernos, donde el sujeto, soltándose cobardemente su deseo, pierde sus amarras lingüísticas y está a punto de dejarse caer.

Establezco el mito de origen de este pasaje entre el dejar ir (Hilflosigkeit) y el troumatismo de la irrupción lingüística que subyuga al sujeto y le da consistencia. Quizás sólo la poesía da la medida de este acontecimiento reconstruido...

Comienza cayendo indefinidamente. Su grito divide el universo. Cruzó el Mar Negro. Cruzó el Mar Rojo. Rescatado de las aguas, tras nueve meses en el caldo. Pero aún no lo es. La voz lo alcanza en el vacío. La voz golpea la piel y la corta. La baqueta golpea la piel del tambor, pero no es la baqueta la que produce el sonido, sino la piel en su respuesta. Pero el sonido no reside ni en el palo ni en la piel. El sonido, como respuesta al golpe de la varita sobre la piel, surge del exterior. Lo mismo ocurre con el hombrecito, aún no hominizado. El troumatismo del origen, producido por la irrupción en el cuerpo de una voz, una voz llevada por dicha madre, escinde el cuerpo, lo rompe. Y este agujero debe ser tapado por el sujeto emergente, alineado, para poder hacer sus descubrimientos. Se llama síntoma. En el primer sentido donde confluyen, la voz de la madre y la resistencia del sujeto. Los hombres-slots de los archaos toman sus adornos de esta primera operación. Robo/resistencia. La voz de la madre golpea, corta, desgarra, araña, lacera, parte, raspa pero también acaricia, roza, arruga, desliza, sutura.

En su piel el hombrecito responde, o mejor dicho responde, persiste en responder, se resiste a la invasión, a la penetración, dulce o amarga, punzante o ardiente. La voz subyuga la piel y la respuesta, que no es ni de la voz materna ni de la piel del niño, proyecta un sonido mudo, un sonido que viene del fondo de los tiempos, un sonido que se escribe, que se exclama. Una letra, arabesco, caligrama, jeroglífico, acertijo o chatarra. El sujeto se vuelve sujeto, pero fuera del cuerpo. Inventa un cuerpo donde él sólo era carne. Al principio está la voz y la voz ha ido tomando forma. El disfrute del Otro es ante todo disfrute de la voz. Este agarre del cuerpo que hace eco de un dicho establece el asiento literal de dicho sujeto. Una “armatrix” sobre la que se basan los lineamientos a partir de los cuales se desplegará y ordenará la arquitectura de las letras, luego el tren de significantes. Las marcas, los cortes, las laceraciones que imprimen la carne del hombrecito establecen la base a partir de la cual el sujeto, en un modo de resistencia que podemos llamar sintomático, se escribe antes de gritar.

Renuncia y niega este goce proveniente del Otro Lugar, e incluso del Otro Lugar de su propia carne que grita. Esto lo enoja. El sujeto se proyecta fuera de sí mismo. Mientras que el yo y sus emociones se acurrucan en la superficie de la piel. Sobre esta matriz literal se establecen los primeros ensamblajes fonemáticos, los primeros juegos de lenguaje para representar la ausencia de voz, el balbuceo que viste el no ser. Por eso cada palabra lleva su carga de escritura. Y toda escritura intenta reconectarse con el hilo del origen, al mismo tiempo que se aleja de él. La tristeza, presagio de la ansiedad, vuelve a este punto de origen. Borra el texto, dobla la carta, rasga la arquitectura que sostiene al sujeto en el vacío. ¿Qué sería un agujero sin borde sino una figura de locura? Así pues, en la depresión hay una cierta locura, una locura terrible que se debe al colapso de los marcos subjetivos.

En las neurosis, como en el paciente del que hablé al principio de la intervención, el colapso resulta momentáneo, es un mal momento, una depresión. Encuentra sus puntos de amarre, cose la hamaca rota del lenguaje que la mece. “Cuéntame en detalle sobre este momento en el que tus padres te fallaron, y también este momento en el que tu hermano mayor te falló. » El psicoanalista extiende el polo: sabe, habiéndolo experimentado en su propio tratamiento, que el camino de las palabras despertará el texto original, sacará a la luz el texto borrado pero que permanece vivo en el palimpsesto del inconsciente.

En las psicosis es más algodonoso. Los sujetos psicóticos quedaron estancados en el camino original entre el abandono y el troumatismo. Fabricado sin castración. Y si llegan a la altura de hablar, con una valentía que hay que reconocer, es a costa de invenciones asombrosas, pero frágiles, nunca seguras, que pueden derrumbarse ante cualquier “encuentro, colisión con el significante”. inasimilable”, como dice Lacan. Freud, en su comentario sobre el caso Schreber, traduce bastante bien estos movimientos de deconstrucción/reconstrucción: “El sujeto psicótico reconstruye el universo, no hasta convertirlo en una verdad más espléndida, sino al menos de manera tal que pueda vivir en él nuevamente. Lo reconstruye con su loco trabajo. Lo que tomamos por una producción morbosa, la formación de un delirio, es en realidad un intento de curación, de reconstrucción. »

Así, mi amigo Alexandre Grothendieck pasó por terribles episodios de desanudado/reanudado a lo largo de su vida. Y esto desde el nacimiento. Alexandre lo relata conmovedoramente en La clave de los sueños: “Hubo un episodio en los primeros meses de mi vida que no mencioné en Récoltes et Semailles, y que hasta allí tendí a subestimar su importancia. Luego me negué a comer y estuve a punto de morir. Pude reconstruir los hechos de 1980 mediante un cruce de todo lo que llegó a mi conocimiento sobre las circunstancias que rodearon la concepción, el embarazo y mi nacimiento, así como los primeros meses de mi vida: memoria de lo que contó mi madre. sobre ello, las notas autobiográficas de mi madre, sus cartas y, más recientemente, sus sueños... Me pareció que mi madre me llevó a término, a pesar de un rechazo visceral a su maternidad, para experimentar su poder sobre mi padre (que no quería niños) y como forma adicional (si aún fuera necesario) de atarlo. Cuando nací encontré un ambiente de violencia tal que las ganas de vivir me abandonaron y decidí regresar al lugar de donde había venido. Tuve la suerte, en el hospital infantil donde me internaron en el último momento, de encontrar enfermeras cariñosas, lo que me devolvió el gusto por la vida. »

Mismo colapso en 1966 cuando le concedieron la Medalla Fields. Rechaza el premio y va a Moscú a recibirlo. Moscú es la historia de su padre cuyo nombre no lleva. Pierre Cartier, uno de sus alumnos, escribe con mucha lucidez: “Fue en Moscú donde se abrió la brecha, o más bien donde se volvió a abrir la herida fundamental. » Es un verdadero desmoronamiento.

En varios momentos de su vida, este genio de las matemáticas, cuando sus construcciones matemáticas, que en vano intentaba hacer totales, incluso totalitarias, se desmoronaban, se sumergió en la bilis bituminosa más negra de la melaina ancholia. El sol negro de la melancolía golpea al sujeto y lo irradia en mil fragmentos. A esto se refiere como su lucha contra lo diabólico, el desentrañador de los símbólico. Y vuelve a subir retomando sus cálculos, pero sobre todo agarrándose firmemente al pasamano de la escritura. Se atiene a las letras minúsculas, ya sea para continuar su investigación en matemáticas o para describir su feroz lucha contra lo diabólico que continúa perturbando el universo. Pero también recurre a la meditación y al ayuno: ¡en 1990 casi muere después de 45 días de ayuno! Cuando murió en 2004, en su casa de Ariège, donde había vivido recluido durante 26 años, descubrimos 41 cajas de archivos almacenados, casi 30.000 páginas que dejaron trabajo a los matemáticos durante décadas.

Así gira la noria de la vida humana, pasando de la tristeza a la alegría y viceversa. Lacan insiste en Televisión en retomar estos afectos transmitidos por Spinoza, y la “tristeza” en lugar de la moderna “depresión” elevada al nivel de concepto de la ciencia médica. El sujeto sólo sostiene el movimiento -arriba y abajo- a través de la ética de decir lo correcto, porque "lo opuesto a la tristeza es el saber alegre que es una virtud". » Esta virtud no consiste ni en comprender ni en pinchar en el sentido "sino (de) afeitarlo lo más cerca posible sin que quede pegajoso para esto para esta virtud, para esto disfrutar descifrando, esto que implica que el conocimiento gay en última instancia sólo resulta en una caída, un regreso al pecado. »

Así el tema vuelve a hacer el pase inaugural…

Joseph Rouzel [adresse protégée]

Notes

  1. Intervention à Madrid dans le cadre du colloque de la FEP du 25 au 27 octobre 2024 : « Angoisse et dépression dans la clinique psychanalytique contemporaine ».
  2. Slavoj ŽIZEK, Bienvenue dans le désert du réel, Paris, Flammarion, 2008.
  3. « La doctrine des pulsions est pour ainsi dire notre mythologie. Les pulsions sont des êtres mythiques, grandioses dans leur indétermination. Nous ne pouvons dans notre travail faire abstraction d’elles un seul instant, et cependant nous ne sommes jamais sûrs de les voir distinctement. » Sigmund Freud, La nouvelle suite des leçons d’introduction à la psychanalyse, Paris, PUF, 2010.
  4. Joseph Rouzel, La folie littéraire, Orange, Éditions Le Retrait, 2022
  5. Jacques Lacan, Le Séminaire, livre III, Les Psychoses, Seuil, 1981, p. 361.
  6. Sigmund Freud « Le Président Schreber », Cinq psychanalyses, Paris, PUF, 1989.
  7. Épisodes dont j’ai rendu compte dans mon ouvrage, La folie créatrice. Alexandre Grothendieck et quelques autres, Toulouse, érès, 2016.
  8. Alexandre Grothendieck, La clé des songes ou le dialogue avec le bon dieu, Paris, Éditions du Sandre, 2024 ; Récoltes et semailles. Réflexions et témoignage sur un passé de mathématicien, tome I et II, Paris, Gallimard, 2022. Voir également Alain Connes et Patrick Gauthier-Lafaye, A l’ombre de Grothendieck et de Lacan. Un topos de l’inconscient, Odile Jacob, 2022.
Citer ce texte

Joseph Rouzel, « Tristesse, dépression : péché et faute morale », L’@psychanalyse, 29 octobre 2024. En ligne : https://www.apsychanalyse.org/textes/joseph-rouzel-tristesse-depression-peche-et-faute-morale (consulté le JJ/MM/AAAA).

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