Textes

Glissantes digressions, en pour suivantes de « mon » montage…

16 min de lecture · 14 pages dans l’original PDF original (5,2 Mo) Partager
Illustration du document original, page 1

Lascaux Luc Diaz

Glissantes digressions,

en pour suivantes de “mon” montage…

Le montage des images animées s’assource au cadrage des images peintes. Du cadrage en peinture – reproductible techniquement en photo. Le cadre, en latin, c’est le Temple !

Le Templum !

Le carré sacré, que les augures étrusques traçaient de leur lituus dans le ciel, pour en con-templer le pas-sage des oiseaux, avant que ne s’en creusent les fondations dans le sol, et qu’Alberti n’en fasse, à la Renaissance, « une fenêtre ouverte sur le monde ». La modernité toujours actuelle des cadrages du Caravage nous en sous vient. Eisenstein l’a fait éclater au début du cinéma : au cadrage des images, il a associé, librement, génialement, le rêve éveillé d’un montage serré, très, très, serré, de différents plans…, larges, rapprochés, se recoupant sans cesser : les visages, le landau, les bottes, les soldats, les escaliers, la place, les fusils, les visages, les corps, le landau… etc., etc. Bouches ouvertes…, regards profonds…, trous rouges au côté droit… Dès la Traumdeutung, Freud écrit :

« C’est lorsque le travail du rêve ne parvenant pas à neutraliser les affects, ou à les laisser tels quels – ni l’un, ni l’autre – ce travail parvient cependant à les transformer en leur contraire. »

Ce qu’il dit ensuite est tout simplement extraordinaire :

« Une telle transformation – de l’affect en son contraire – n’est possible que grâce à un enchaînement associatif très serré. »

Tout cela, vous vous en souvenez, c’est pour, quoi qu’il en soit, en garder l’intensité. La question, que j’aimerais nous poser, aujourd’hui, serait, alors, celle-ci : Comment écouter de la haine dans nos séances, de nos séances ? Comment en re garder l’intensité ?

Par quelles alchimies, pourrions-nous transmuter de la haine dans le transfert ?

Le cadrage, que j’ai adopté, con sciemment, pour monter ce film, était le suivant : Comment se départir du ton apocalyptique adopté (de nos jours) en psychanalyse ? Pour poursuivre, en quelque espèce de paraphrases, la conférence, prononcée en 1981, par Jacques Derrida, au château de Cerisy-la-Salle :

D’un ton apocalyptique adopté naguère en philosophie.

Elle-même pro longement d’un petit opuscule d’Immanuel Kant, de 1796, intitulé :

D’un ton grand seigneur adopté naguère en philosophie.

Soit sa première introduction à La critique de la faculté de juger. Il nous sera, dès lors, questions de jugements, plus encorps, de justifications. J’ai ainsi fini le montage par un éclat de rires plein de la vie d’un jeune marin curieux, brestois, de surcroît, perplexe et dérouté, au sein de la flotte des sous-marins nucléaires. « Sadique dissuasion… » nous démonte Dany-Robert, en son indispensable livre. Cur en latin, qui nous a donné « curieux », veut dire : Pourquoi ? Joie inépuisable de l’infans, du tout petit enfant, questionnant, indéfiniment, un réel outre passant, sans cesse, sans dessein, sans fin, toute espèce de savoir. Il est quelquefois des non-savoirs, qui ne sont pas des ignorances. Pourquoi se dit en allemand : Warum.

Hier ist kein Warum !, « Ici, il n’y a pas de pourquoi ! », fut l’aboiement rédhibitoire du SS en réponse à Primo Levi assoiffé, lui demandant pourquoi il ne pouvait pas sucer les glaçons qui s’étaient formés à l’extérieur du baraquement.

Le ton apocalyptique est un ton grand Seigneur.

D’abord, il vous plombe, mortels que nous sommes, avec notre mort comme unique horizon, comme seule certitude, dont nous nous arrangeons, cependant, plus ou moins, soit en arguant, en toute bonne foi – il est vrai, et il va s’en dire –, des à-côtés imprévisibles du Réel, des Réels, eux-mêmes, soit en déversant dans la foi, bonne – il va de soi. Le ton apocalyptique vous plombe.

Bien vite, bien trop vite, grand Seigneur, il vous surplombe ! C’est un de ces discours, qui ne disent pas, ils pré-disent.

Bientôt, bien vite, ils président.

Ce ne sont pas des prophètes, ce sont des devins de malheur, plein de rage et de fureur, de notre mort prochaine, qui n’ont de cesse de nous seriner, de nous suriner :

Viva la muerte !

Les anciens Grecs opposaient la belle mort, Kalòs Thánatos, la mort rouge, la mort sanglante, à la Kère, la Κήρ, la mort noire, la mort par décomposition, par putréfaction. Aussi brûlaient-ils leurs cadavres.

Aussi vénéraient-ils la mort rouge, la mort sanglante, la mort précoce au combat, dans la Gloire, dans le Règne et la Gloire, évitant la vieillesse, sa décrépitude…, et la mort, même, rendant immortel dans la mémoire des hommes.

Une des premières occurrences de “thérapeute” en Grèce ancienne serait l’esclave qui soignait son maître, le guerrier, de ses blessures, pour qu’il puisse repartir au combat, et, en fin, con naître le Règne et la Gloire, de l’homo sacer d’Agamben, en apôtre Philippe, dans L’Évangile selon saint Matthieu d’un Pasolini, bientôt orphelin de ses lucioles.

Sadique époque ?

Oui !, pour notre malheur, oui !, cent fois oui ! Camarade !

Pour ceux que l’on appelle de nos jours le 1%.

Lotta di classe!

Qu’en reste-t-il pour les 99% restant ?

Les « sans-part », rances, d’hier et d’aujourd’hui ? Sade est en bonne compagnie dans le séminaire l’Éthique, rien de moins que Kant en personne. D’où les deux impératifs impossibles, énoncés par Lacan : le Jouis !, sadien, sadique, et le N’agis que par pur devoir, kantien, quantique…, des cantiques. Immédiatement me sous viennent évidemment l’inquiétance, effrayante – l’Œil était dans la tombe –, d’images de caméras de surveillance chinoises – il va, là encorps, s’en dire, suprématie blanche oblige.

Désormais, même si vous dissimulez votre visage, elles sont capables de vous identifier rien qu’à votre façon de vous déplacer… de vous mouvoir, émouvoir. Nul besoin que la caméra soit allumée, sa seule présence, sa seule possibilité même, suffisent. Question servitudes volontaires, les « likes » postés sur le web, sont pour ma part, autrement, encorps, plus terrifiant. Sans « s » – ou alors deux –, ça participe au présent. Aujourd’hui, les 99% – n’en déplaise à cette classe supérieure moyenne, qui dénie, faute de quelque abyssal effondrement narcissique, qu’elle a bel et bien été, elle-aussi, décrochée –, les 99% sont enjoints au double bind, du double impératif, deux fois plus impossible – si cela était possible –, d’un :

Jouis de n’agir que par pur devoir !

Nous sommes sommés d’être tout et tous à la fois, des petits juges et des présumés coupables. L’injonction paradoxale du double impératif impossible : Jouis de n’agir que par pur devoir, aurait été, devrait avoir été, purement et simplement, assimilée, incorporée… Le pouce en l’air de l’autostoppeuse est désormais synonyme de servitude. Sadique époque…, c’est la nôtre !

En soi, au fonds, la haine ne serait ni bonne, ni mauvaise…, conseillère, où je ne sais quoi d’autre, d’ailleurs, ou d’ici.

J’espère que Joseph aura, et prendra, le temps de nous dire, et redire, combien la pulsion de mort est première, pour ne pas dire, pas tout dire, tout en le disant très vivement, qu’elle est vitale. Vitale à la psychè, vitale au going on being de l’étant, l’étant en train de devenir… un homme, un humain, sans cesse, autre que la mort même, et encorps…. Aussi le problème, qui pourrait nous préoccuper, ce ne serait pas seulement, pas vraiment, la haine, ce serait encorps son poison, la vengeance, sa plus fidèle compagne. Nous retrouverions, là, la guerre, de ses spectres, de ses fallacieuses justifications. Nous pourrions, même, nous la manger froide – dans le dos, il va s’en dire.

Illustration du document original, page 4

Geneviève Dindart

Pour commencer à poser le problème, en tentant de le décaler autant que possible, d’une quelconque appréhension – au deux sens du terme – manichéenne, nous pourrions entendre Cioran, écrivant dans De l’inconvénient d’être né, en 1973, et d’être né tel… : « Aucune d’elles (les religions) n’était, à mes yeux, assez libre pour admettre que la vengeance était un besoin, le plus intense et le plus profond qui existe, et que chacun doit le satisfaire, ne fût-ce qu’en paroles.

Si on l’étouffe, on s’expose à des troubles graves. »

La vengeance, il faudrait pouvoir, au moins, la dire, à quelqu’un, qui l’écoute…

Vindicō, en latin, l’étymologie de « vengeance » en français, c’est affirmer sa force, la dire : vis, la « force », et dicō, « je dis », et c’est la vérité, vraie. Truth Social! C’est bien de cela, au-delà, et par-delà, toute la macabre poésie lyrique du texte de Jean de Patmos, dont il est question – ou plutôt peut-être réponse –, dans son Apocalypse. Il l’a rédigée, sous la dictée, visuelle, à la fin du premier siècle après Jésus-Christ. Après la date probable de la mort de Jean l’Évangéliste, l’Aimé du Christ, lui-même, mort à Éphèse, la ville du temple d’Artémis, la ville d’Artémis, l’Orientale Artémis, la Vierge grecque, où il avait, aussi, encorps, rejoint Marie, la Vierge Bonne Mère. Manières de nous perdre un peu…

La Bonne Mère, celle qui intercède, auprès de son Fils, pour Son pardon divin. Elle y mourut elle-aussi, Marie.

À Éphèse.

L’Apocalypse de saint Jean est un texte, lui, plein de vindictes : vindicō. Sans pardon.

Sans pardon, The Book of Revelation, comme l’appellent les anglo-saxons… Elle massacre impunément le tiers de l’humanité.

Elle conclue le Nouveau testament, la Nouvelle Alliance, des Chrétiens. Elle fascine tant, elle fachise tant, de tout mauvais temps, les plus radicaux d’entre eux, en quelque insatiable faim de la fin. Gott mit uns!

Le mort nous fut d’abord une faim.…

Charognards, dont nous restons.

Haine et vengeance, contre le mépris dont ils s’affublent, de la part, et du pouvoir temporel – à l’époque, c’était celui de l’Empire romain –, et du pouvoir spirituel – en ces temps…, et encorps…, celui du Judaïsme, dont le Christianisme découlait, pour mieux se mouler, se couler, dans de byzantines combinaisons romaines.

Combinazione!

C’est-à-dire, et des lois des hommes, celles des codex du Droit romain, et des Lois de Dieu, celles écrites sur les tables évaporées du tabernacle du Temple de Jérusalem. Le vengeance entre colère et justice.

Définitif, Jugement dernier !

Premier ! Plus que de justice, il y est, en fait, question de justification, et plus particulièrement de justifier l’injustifiable : déshumaniser des humains.

Les fascistes, les totalitaristes, les brutalistes de tout mauvais poil, ne s’y trompent pas, ils commencent par attaquer le pouvoir des juges.

La loi du talion, aussi exécrable puisse-t-elle par être, comporte sa propre limitation intrinsèque, celle de ne pas procurer à son agresseur plus de mal qu’il ne vous en a fait. Dans l’Apocalypse de Jean de Patmos, la vengeance s’en donne, corps et âme, à cœur joie, sans limite autre que l’anéantissement même. Faute de combattant… Il n’y a plus de loi, ni humaine, ni divine, seulement grâce et disgrâce.

Marivaux, La vie de Marianne, 1731 :

« C’est que la vengeance est douce à tous les cœurs offensés ; il leur en faut une, il n’y a que cela qui les soulage ; les uns l’aiment cruelle, et les autres généreuse. » Jean de Patmos adorait les deux façons, à ses façons… à nous en effacer…

Contre, tout contre, la vengeance, la vendetta sempre en dettes, indéfiniment sans fin, les humains ont bien, pour leurs bons et malheurs, imaginé la justice, qui, en limite, la limite, et, de fait, s’en limite.

Toutefois, parfois, par-delà tout esprit de vengeance, dans leur humus, d’humilité, d’humains, ils con naissent, en quelque hasard, heureux, la grâce de par… donner. C’est pas tout le temps donné à tout le monde.

Ça nous prend, nous échappe, par surprise… d’aventures… sans intention… Sans attente, sans réflexion… possible… c’est déjà trop tard… Le pardon se défait soudain du don, par…

Il met fin à la relance systématique d’une dépense à la Bataille. Il sort de…, ailleurs…

Il arrête cette circulation chère à Marcel Mauss, la circulation archaïque – celle qui nous gouverne – celle du don/contre-don – celle qui excède tout échange marchand.

Le pardon, au plus juste, n’excuse rien, n’explique rien.

Il ne décrète pas.

Il ne se décrète pas.

Il échappe à l’exactitude comptable, ras contable, de la faute et du châtiment. S’en juger, il fait tomber juste hisse un compte faux.

Il ne pardonne vraiment que lorsqu’il pardonne l’impardonnable. Lorsqu’il pardonne jusqu’à l’imprescriptible…

Il donne par… simplement…, délicatement…, par…

Il lâche prise sur, de, la haine, sur toute vengeance de cette haine. Il lâche prise… par… dessus… dessous…, sans dessus dessous…, ni sans dessous dessus… d’ailleurs…

D’un autre lieu, in aliore loco…

D’ailleurs… Par-delà l’esprit de vengeance, même, se dresse un autre écueil au pardon. Le pardon lui-même.

Ignosco, en latin, je pardonne, de nosco, je connais, voisine avec ignoro, j’ignore. L’âme est sans cesse tentée de jouir de l’illusion d’une grandeur – d’âme, il va s’en dire –, celle d’ignorer, de ne pas re-con-naître l’affront qui la blesse, l’aurait blessée, plutôt que de s’abaisser à s’en plaindre, ou de se risquer à devoir pardonner, oui, alors, d’accord, avec les manières… tout de même… les bonnes – elle ne va pas s’en médire… Illusion de grandeur naissant de la disparité verticale, entre la profondeur de la faute et la hauteur du pardon, décrite par Ricœur dans La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli, 2000. Cette disparité verticale tient pour lui à la possibilité de délier l’agent de son acte. Elle se nourrit de conceptions théologico-politiques, d’un ton apocalyptique, où celui qui pardonne, est en haut, il possède la faculté de créer sans cesse, d’originer encorps, à nouveau, et où celui qui est pardonné – passif – est en bas, parce qu’il a fauté, qu’il a chu.

Le grec pourrait, peut-être, qui sait, nous en sauver : suggignôskein, συγγιγνώσκειν, pardonner, convoque sun-, avec, et gignôskein, apprendre à connaître, reconnaître … Quitter la verticalité disparate, pour quelque isonomie d’une sorte de transversalité, plus encorps que celle d’une quelconque horizontalité.

Face à une déchéance, fuir la dispense – elle s’accommode d’un déni de savoir. Tenter un partage, responsable, qui, tel Levinas, répondrait de l’autre, pour redéfinir l’espace, politique, éthiquement politique, athéologico-politique : l’espace d’un « nous ». Un collectif, qui (se) parlerait, plus qu’une communauté, qui (se) prierait. Mises en parenthèses des réflexions, autour des « (se)… », … mises en parenthèses des intentions…

En quelques cheminements, en quelque Dào : 道, cheminant sans chemins… Nous sommes éthiquement sommés d’imaginer des formes à de la transversabilité. Pour ce qui concernerait nos agora, nos places publiques de la chose publique.

Dans le secret de nos cabinets, qu’imaginer, alors, en manières de transfert ? Comment accueillons-nous la haine en séance, celle de nos séances mêmes ? Nous nous la recueillerions, certes, de quelque accueil transitoire…, illusoire… En transit…

En nous en laissant traverser, qui sait, vers quelque troisième personne, dite Dritte Person, tout en retournant, cependant, plus ou moins, tant soit peu, encore à son émetteur, en son corps, quand même, pas force…, par force et ment, d’la même – d’la nôtre, quelque peu… tout de même !

Comment transmuter de la haine dans le transfert ?

Words… Words… Words…

J’ai été touché, il y a peu, par un courrier, qui, pur bonheur, m’est arrivé. Une lettre manuscrite de trois pages.

Magnifique ! Apaisée !

Apaisante !

La lettre d’une femme que j’avais reçue, jeune femme, durant quelques années. Il y a déjà plus de vingt-cinq ans… … … que nous nous sommes « quittés »… Elle m’écrit – elle « nous » écrit !

Calligraphie…

Elle vient de retrouver ses écrits de l’époque, petits carnets, où elle con signait nos séances : « Beaucoup (trop) de “Je sais pas”, beaucoup (trop) de silences », m’écrit-elle. Elle m’épistole, certes, pour me donner des nouvelles, surtout, souligne-t-elle, pour mettre des mots, (d’)aujourd’hui, sur ses “Je sais pas”, sur ces silences, de l’époque. « Au fond – écrit-elle –, je savais, mais je n’avais pas les mots pour le dire. » Elle note : « Et tout ce que je n’ai pas su dire, vous l’avez entendu malgré tout. » Nous l’avons entendu, malgré tout… à notre insu, de notre plein de mauvais gré, mal gré, malgré nous, malgré tout… et rien, qui n’est pas rien.

« Précieux », précise-t-elle.

… … …

Elle parle de pardon.

Du pardon donné à ses parents… encorps vivants…

« J’ai cessé de leur en vouloir, de chercher à comprendre ou à réparer. » Enfin, depuis quelque temps, temps soit peu, quelquefois, quelque peu, elle évoque un pardon donné à soi-même, donné par… à elle-même, par… elle-même. À pastoutes celles qu’elle (n’)a été, qu’elle (n’)est et qu’elle (ne) sera.… (plus)… Ça travaille encorps…

… … …

Entre les lignes, elle m’aura semblé, quelque peu – vous vous en serez douté –, y parler, en corps, d’un pardon donné à “moi-m’haime”… et, en filigranes, à une troisième… … … …

Elle parle de haines indicibles.

Qui la consumaient…

De haines, transférées, endurant toutes ces années, en séances. En silence… et encorps…

Qui la travaillent encore… et encorps…des fois… parfois… Plus ou moins vivement, plus ou moins vaguement…

Ça travaille encorps, au fur et à la démesure, au fil de l’air du temps qui passe, fils de l’analyse, qui ne cessent de se défiler, de se déficeler, de bas en haut, sur le métier… « Aujourd’hui encore – m’image-t-elle –, je continue d’avancer sur le chemin de la résilience que nous avions commencé tous les deux. »

… … …

À l’époque, elle ne pouvait rien dire de son malheur…, de ses souffrances.

Elle les re connaissait, sans doute, sans cesse, sans dessein. Elle n’en « savait » rien.

Elle n’en disait rien. Elle ne disait rien.

Elle disait « rien ».

Res, la Chose, “sa” Chose, sein Ding !

Ça transférait de la haine.

… … …

Ça me con primait…

… intensément… douloureusement…

En des « mal à respirer… »

Je défaillais… je manquais de…

Je manquais d’air…

  • à tous les sens… de tous les sens, dans tous les sens.

« En silence », … et froides sueurs…

… … …

Silences, siens, sans doute encorps miens.

Enfin ceux, si sublimement abyssaux, de quelque troisième. Elle parle des silences.

Elle écrit de ses silences, de ces silences…, qui lancent…

  • comme on le dit d’incertaines douleurs… –,

… qui lancent… et qui, en quelque hasard heureux, relancent… Elle les crie, muettement.

Elle parle de vécus, encorps vivant.

Elle parle de l’éprouvante, épouvante, durée de tous ces silences. Encorps, après coup, de leurs étonnantes, apaisantes, corrosions… … … …

Le silence comme, d’aventures, un possible condensé, con dansant ? Comme, en quelque hasard, un possible enchaînement associatif très serré ? L’intensité d’la vengeance y trans verserait, y impulserait, en quelque par… don… … … …

Écrire ne rompt pas le silence.

Elle parle de silence… en silence.

… … …

Elle disait, elle « nous » disait, sans doute, : « vengeance »…

  • vindicabāt…, elle disait d’ça « force »…

… en silence… en séances… … …

… vengeance de, dans, par… la séance… elle-même…

… du, dans, par… le silence… lui-même… de la séance, même… … … vengeance « sur », de, par… « nous »-« m’ »haime… ont… … … eurent… auront… … …

… … …

Elle parle de transmutations muettes… … …

Merci ! L’IA nous ratatinera, sans aucun doute, balayant, sans rencontrer d’encombre, tous les psychologues comportemento-cognitivistes, qui n’auront fait que scier la branche… Je n’ose même pas parler des psychiatres en voie d’extinction même plus critiques. Elle accaparera sans coup férir nos restes de temps de cerveaux disponibles.

L’intelligence pleine d’artifices ne connaîtrait pas, encore, pas en corps…, à ma con naissance, de silence…, de silence vivant – j’entends.

De celui que l’on entend…, juste ment… juste avent…

… de celui que l’on attend… que l’on attend d’un corps encorps vivant… Ulysse aurait pu sur vivre, aurait pu sous nous venir, au chant des Sirènes. Pas à leur silence – de mort…, il ne va pas plus s’en dire.

Telle est la thèse de Kafka.

L’IA n’aurait sans doute pas d’ce silence vivant… d’un corps vivant… Elle a peut-être, elle a sans doute, des silences de mort.

Elle n’aurait pas de ces respirations.

Point de respirs…

Ni de soupirs…

Elle n’aurait pas d’atmosphère…

… pour respirer…, s’é-mouvoir…

Respirer…, inspirer…

expirer…, enfin !

Elle n’aurait pas d’ailleurs…

Elle n’aurait pas de Stimmung, pour le dire à l’allemande.

Die Stimme…, c’est encorps d’la voix…

… d’ses grains… d’ses grains vivants… …

… qui s’y (en) émeuvent… qui s’y cassent… d’aventures… … … qui, soudain… manquent… … … manquant… … …

… manquant d’air… … … de tous les sens… dans… par… … …

Décliner, de décliner le sadisme ambiant, ne veut pas, pour au temps, dire disparaître…, juste passer dessous… juste en-dessous… … …

Ô combien sont puissants les retours de refoulement !

Par… infusément… indéfiniment… de bas en haut… … …

Silence vivant d’une respiration de quelque dormeuse en train de rêver… Le souffle s’accélère…

Les yeux se mettent en branle…

Le sexe bande…

Nous pouvons continuer de rêver…

d’une oreille…

quelque temps… encorps… Psychanalyse’s not dead!

Just, for ever, and so on…, underground!

Raw and underground!

Wild!

Forever!

Unendlich…

Castelnau, le Dimanche 19 avril 2026. … les uns l’aiment cruelle…, et les autres généreuse…

Illustration du document original, page 13

Albrecht Dürer

Illustration du document original, page 14

Raffaello Sanzio

Notes

  1. les-ateliers-garance.fr (affiche du colloque d’octobre)
  2. Apocalypsis cum Figuris, 1496-98, (Die heimlich offenbarung Iohannis) Apokalypse, Die sechste Posaune: Die vier Racheengel und das reitende Heer [Les Quatre Anges vengeurs de l'Euphrate (Ap 9,13-21)] Staatliche Kunsthalle Karlsruhe
  3. Madonna Sistina 1513-14 Gemäldegalerie Alte Meister, Dresde
Citer ce texte

Luc Diaz, « Glissantes digressions, en pour suivantes de « mon » montage… », L’@psychanalyse, 10 mai 2026. En ligne : https://www.apsychanalyse.org/textes/luc-diaz-glissantes-digressions-en-pour-suivantes-de-mon-montage (consulté le JJ/MM/AAAA).

Rechercher dans les textes, les auteurs, les activités…