Textes

De « ma » pratique @psychanalytique…

20 min de lecture · 11 pages dans l’original Partager
  • Séminaire de l’@psychanalyse –
  • mardi 18 décembre 2018, 3 rue Urbain V, Montpellier –

Bonsoir …

Je tiens, d’abord, et encorps, à remercier, chaleureusement, l’@psychanalyse, et, bien sûr, plus personnellement, Joseph Rouzel, et mon ami, Jacques Cabassut, de m’inviter à di-gresser, à propos de “ma” pratique @psychanalytique, dans le droit fil rouge de ce Séminaire, sur les métiers impossibles.

Je vous remercie, tout aussi chaleureusement, d’être là.

Je vais me risquer à quelques numéros d’équilibriste.

En jonglant avec des hypothèses aux pieds d’argile …

Un peu : Pirouette, cacahuète …

*

L’homme parlant demande un voile.

L’angoisse est notre seule nudité.

Nous sommes une espèce totalement asservie à la mise en récit. Sans cesse, nous mendions un récit, dans l’espoir insensé, et, bien vite, désespérant, de mettre un peu d’ordre dans le chaos de nos mondes, qui, pour autant, n’existent pas. Sans cesse, nous nous la racontons.

L’homme parlant demande un voile.

L’angoisse est notre seule impudeur.

L’homme parlant reporte des masques.

Il est en porté, plus qu’il n’en porte.

Une personne, c’est, étymologiquement, un visage-masque, ou encorps, un pronom grammatical, pour les êtres parlants que nous sommes.

Ça sonne à travers.

Ça sonne, ça resonne et ça résonne.

. Parfois, ça sonne de travers Ça dissone, au risque, et à la chance, de n’être, bientôt, plus personne.

*

Personne elle ment, je fais profession de psychiatre-psychanalyste. Il y a peu que j’ose m’affubler, m’affabuler, ainsi. D’emblée, je suis pris, surpris, dans mes propres contradictions, en m’introduisant d’un oxymore.

Déjà, le psychiatre est depuis le début, disons, depuis Pinel et Pussin, au moins, un être bifide, dont on ne sait jamais très bien, s’il sert le Prince, ou s’il sert son patient. Par le Prince, j’entends toute autorité gouvernementale, se-disante garante de l’ordre public, c’est-à-dire, avant tout, de sa propre autoconservation.

En tant que psychiatre, je navigue, à vue, entre deux garde-fous, du Roi, que sont, d’une part, l’internement arbitraire, et de l’autre, la non-assistance à personne en danger. Je ne cesse de m’y poser la délicate et épineuse question du libre-arbitre. Elle recèle, encorps, celle d’une éventuelle altération de la conscience. Soit je considère que le sujet a son libre-arbitre, l’internement est arbitraire. J’écoute, alors, essentiellement ses libres associations, dans un face à face, que je troisquardise, et où je baisse les yeux.

Soit je considère qu’il ne l’a pas, ou plus, il est une personne en danger. Je ne le quitte, alors, plus vraiment des yeux, que pour prescrire des ordonnances.

La psychiatrie est une spécialité médicale, estampillée par des mandarins. La psychanalyse doit, quant à elle, se passer, absolument, de tout Prince, afin de préserver ses colloques singuliers.

Freud a toujours été très clair sur l’analyse laïque, sentant le danger, et proclamant haut et fort, que l’analyste n’était ni prêtre, ni médecin.

Il ne doit vouloir le bien de personne.

Surtout pas celui du Prince.

Il ne doit vouloir ni sauver l’âme, ni sauver le corps.

Qui, s’ils font, peut-être, plus qu’un, ne font, jamais, deux.

Alors, comment se prétendre, à la fois, psychiatre, mot à mot : de l’âme médecin, et, psychanalyste ?

Tous les jours, je me dois de remettre, sur le métier, des pendules à l’heure, qui n’auront jamais la même heure.

Je bricole. Je m’en débrouille en me la racontant :

En tout cas, l’éthique de mon écoute serait @psychanalytique, ce qui ne m’empêcherait pas d’écrire, encorps, parfois, des ordonnances.

Funambule, je reste …

Last but not least, subsiste une dernière contradiction, et non la moindre : Comment peut-on se prétendre psychanalyste ?

On n’est jamais psychanalyste a priori !

Ce n’est qu’a posteriori, dans l’après-coup d’une séance, nachträglich, disait Freud, que l’analysant pourra, d’aventures, dire, au futur antérieur, qu’il y aura eu de l’analyste …, dans le corps-à-corps d’une relation transférentielle. Pourtant, en ces temps, où l’analyse freudienne est, encorps, si férocement attaquée, où elle y perd heureusement un peu de son arrogance, un peu de sa suffisance, nous devons nous avancer, et nous déclarer, publiquement, politiquement : psychanalystes ! Nous devons le dire, sans, pour autant, nous y adonner à la mascarade de croire, et de tenter de faire croire, pouvoir l’y être.

Par contre, dans le sérail, et plus encorps, sur notre fauteuil, dans le secret de notre cabinet, nous devons continuer à ne pas pouvoir le dire, tout en pariant, nonobstant, sur quelque imprévisible, qui ne s’atteint que d’aventures …

*

Parler de ma pratique @psychanalytique, c’est parler de l’asymétrie de sa double face, plus précisément de sa double place, en commençant par ce qui fut mon divan d’analysant, avant de faire la passe pour ce qui devient mon fauteuil d’analyste.

Je suis entré en analyse, comme d’aucuns entrent dans quelque ordre. Je survivais dans la désespérance de mettre fin au désordre.

De mettre fin au chaos.

Je me consumais de l’impossible désir d’en finir avec le désir.

J’en suis sorti, je m’en suis sorti – pour autant que l’on (s’)en sorte – avec celui, que ça ne cesse plus de désirer.

Avec celui d’y vivre, des temps soient peu, mon chaos.

Après le mépris, et sa méprise, des autres et, donc, de moi-même, après la culpabilité, et, son orgueil, c’est la honte, et sa vanité, que j’ai connues, que j’ai re-con-nues, sur le divan de mon analyste.

Cette honte biblique d’Adam et d’Ève, cette honte d’être nu, en vie, en vain …

Le samedi 11 octobre 2014, Joseph nous avait invités salle Pétrarque. Il recevait Pascal Quignard autour de Psychanalyse et écriture. J’avais intitulé mon billet : une apaisante corrosion …

Les méditations de l’auteur de Vie secrète me sont si précieuses, dans ces mouvant clairs obscurs, où nous ne cessons d’errer, non pour tenter vainement, de les éclairer, mais pour, déjà, jadis, les habiter.

La voix, qui s’élève en moi, lorsque je lis ses textes, me procure une apaisante corrosion, proche de celle de mes séances d’analyse.

Si la métaphore ne guérit pas, elle allège.

Elle m’arrache à moi-même, c’est la corrosion.

Elle me fait changer le sac d’épaule, c’est l’apaisement.

Mes séances d’analyse m’ont emmené jusqu’au point où la langue défaille. Pour y côtoyer du chaos, pour y côtoyer les fonds, sans fonds, des mondes, qui, pour autant, n’existent toujours pas. Peu à peu, leurs effrois y sont, aussi, devenus, encorps, des joies.

J’y ai sacrifié le verbe, dont j’ai la passion.

La Passion, c’est, toujours, et encorps, le sacrifice du Verbe.

Sacrifier le verbe, pour re-trouver le silence, et re-con-naître les ténèbres. Puis, que dans ce silence, puis, que de ce silence, le verbe ressuscite, le verbe ressur-gisse, par surprise, par enchantement.

Et qu’au moment où il ressuscite, il soit au plus près du réel qu’il quitte.

L’analyste fait vœu de silence en lui.

Il rejoint la contradiction propre au vœu de silence :

Prétendre avec des mots édifier du silence.

En m’allongeant sur le divan, je me suis retrouvé confronté à la contradiction par la face, où c’est la langue même, qui doit se résoudre.

Elle doit retourner ses armes contre elle-même.

Elle doit se porter en avant.

Elle doit s’exposer dans le dessein insensé de perdre, définitivement, la bataille. Alors, elle détruit toute signification affectée aux mots qu’elle utilise. Soudain, elle fauche la matière même de la phrase …

Défi et carnage.

C’est ce que nous dit le mot : « sarcasme ».

Rabelais a emprunté le mot au bas latin, sarcasmus, lui-même pris au grec, sarkas-mos, rire amer, dérivé du verbe sarkazein, mordre la chair.

La langue doit mordre, elle doit se mordre, elle doit mordre la chair. À s’en mordre les lèvres …

Une de mes lectures de L’homme Moïse … m’inclinerait à supputer qu’une analyse freudienne opèrerait, encorps, une circoncision des lèvres.

Une circoncision du prépuce moïque, de ce Moi, qui les boursouffle et qui les pince, dans l’illusion mortifère, d’être maître et possesseur, non seulement de lui-même, mais plus encore, pire encore, de la nature même, de la phusis…

Ce sont ces Moi, qui comptent, et qui se la racontent, ce sont ces visages-masques, où je m’accroche, et que je m’accroche, désespérement, que l’analyse freudienne, ou les lectures des textes de Pascal Quignard, m’invitent, et m’aident, peu à peu, par moments, fugacement, à lâcher, à (laisser) tomber.

Les Bibles emploient l'épithète, incirconcis, pour quatre parties du corps : le sexe des mâles (Genèse 17,14, sa circoncision y est le signe de l’Alliance avec Abraham), les lèvres (Exode 6, 12 et 30, quatrième des difficultés opposées par Moïse au buisson ardent, pour ne pas aller trouver Pharaon), les oreilles (Jérémie 6, 10), et le cœur (Lévitique 26, 41). Encorps, du non-fini, à l’image du nom imprononçable Ça-même. Du non encorps à jamais fini, jusqu’à ce que mort s’en suive. Ces quatre parties du corps doivent éviter tout contact avec tout « prépuce ». Avec toute tendance à l'insensibilité.

Avec toute tendance à la démesure, à l’hubris des Anciens Grecs. Dès que l’une d’elles est atteinte, affectée, immédiatement, les autres le sont aussi. Le Moi entre en scène : il se met en branle.

Il enfle.

Il croît, et il fait croire, qu’il est, à la fois, le dard et le fourreau.

Freud, par la psychanalyse, en dépossédant un peuple, auquel il appartenait, du plus grand de ses fils, aurait rapporté, à l’humanité toute entière, la circoncision du cœur, celle des lèvres étant plutôt dévolue aux analysant(s), et celle des oreilles aux analystes.

*

Quant à en savoir, un peu, sur ce qu’incarnerait un.e analyste, la meilleure métaphore, que je connaisse, à ce jour, c’est un collègue des CCAF, Jacques Nassif, pour le nommer, qui me l’a (re)filée.

Encorps, merci, cher Jacques.

En 1982, il a traduit/trahi une nouvelle d’Heinrich von Kleist, datant de 1810 : Sur le théâtre de marionnettes. Il en a fait son miel.

Un.e analyste ne serait rien d’autre qu’une marionnette, une marionnette animée, pour le meilleur et pour le pire, par les fils invisibles des grains de la voix de l’analysant.

L’analyse freudienne, c’est d’abord, et encorps, un corps-à-corps. Un corps se tait.

Il peut parler en se taisant : il peut (s’)écrire …

Le symptôme, c’est, encorps, ce qui résiste à la raison, aux oraisons. Ce qui parle sans parole.

C’est l’indéchiffrable de ce qui insiste, illisible, invisible.

S’il est illisible, et fait souffrir, c’est que son texte reste en souffrance(s). Il ne peut être dit, et, encorps, moins lu.

Il a dû être écrit : 1/ dans moins que des lettres, 2/ dans plus d’une langue, 3/ sans signature, et ce, aux fins d’abriter une vérité, aussi cruelle que futile, aussi précieuse qu’insupportable, Lire, pour un.e analyste, ce serait danser.

Pour rendre pour le moins visible, ce qui lui est confié comme illisible.

Dans la nouvelle d’Heinrich von Kleist, l’interlocuteur du romantique allemand, danseur réputé, démontre que les mouvements des marionnettes à fils sont plus parfaits que ne le seront jamais ceux des êtres humains.

L’avantage, qui permet aux marionnettes de l’emporter sur les danseurs humains, est de ne jamais être affectées. Affectées de quoi ? Affectées d’une conscience, cette petite voix caverneuse, à demi maternelle, à demi collective.

Elle se met à tourner en boucle, à résonner, dans nos cerveaux éveillés, à partir de l’âge, que l’on appelle, non sans raison, de raison.

Elle fait des carnages dans la grâce naturelle de l’être parlant.

Heinrich von Kleist soutient qu’en suscitant une conscience, le fruit de l’Arbre de la connaissance du Bien et du Mal affecte l’âme des danseurs humains. Il l’empêche de se trouver au point du centre de gravité du mouvement Il ne serait rien d’autre que le langage lui-même.

Le dialogue entre le “serpent” et Ève est le premier de la Genèse. Les quatre lettres imprononçables et Adam ne communiquent, précédemment, essentiellement, que par une sorte de télépathie.

Le Où es-tu ? divin (Genèse, 3, 9) n’intervient qu’après ladite consommation.

L’expression de libres associations est en soi impropre, ou plutôt incomplète. Elles ne seraient jamais libres que de la conscience.

Elles n’en demeurent pas moins soumises aux cahots des chaos de l’Ics.

*

Si l’on continue de filer la métaphore, où un.e analyste ne serait qu’une marionnette, dont l’analysant serait le marionnettiste, et dont les fils seraient les grains de la voix de ce dernier, alors, alors …, se pose la question de l’hypnose, ou plus précisément de l’autohypnose, puisqu’il n’y aurait que de l’autohypnose. L’hypnose et son altération de la conscience … L’altération hypnotique de la conscience, opérerait, encorps, une circoncision des oreilles, et du corps lui-même.

Freud, à l’insu de son plein gré, n’aurait jamais, vraiment, abandonné l’hypnose. Là encorps, il aurait, seulement, simplement, inversé les places, pas les positions. Il aurait accepté de se laisser autohypnotiser par les voix de ses analysantes. Un tour de passe-place, pour, peut-être, parer, plus sûrement encorps, ses suggestions. Il s’est mis à écouter les leurs, et, en premier, celle de se taire. Freud n’a pas arrêté l’hypnose : il a arrêté de toucher les corps. D’abord avec les mains, puis, avec le pouce, bientôt, avec les yeux, et, autant que faire il aura pu, avec la voix.

En 1890, époque où il pratiquait encorps l’hypnose, il écrivait dans Traitement d’âme : Tandis que le sujet se comporte, à l’égard du monde extérieur, comme s’il était endormi, c’est-à-dire, comme si tous ses sens en étaient détournés, il est éveillé dans son rapport à la personne qui l’a hypnotisé : il ne voit et n’entend qu’elle ; c’est elle seule qu’il comprend et c’est à elle seule qu’il répond.

Obéir, étymologiquement : obaudire, c’est : écouter la voix au point d’y être soumis. Le 26 janvier 1980, dans une lettre, adressée au Monde, datée du 24, l’on pouvait lire : Oui, le psychanalyste a horreur de son acte. C’est au point qu’il le nie, et dénie, et renie

  • et qu’il maudit celui qui le lui rappelle, Lacan Jacques, pour ne pas le nommer …

Je ne vous parle pas, seulement, d’une élucubration théorique. Je vous parle de ma pratique quotidienne.

Je vous parle de ces moments vagues, que je dis vagues, où je divague, où ma conscience même s’absente, de ses absences, de mes absences.

De ces absences de Moi.

Elles m’épuisent profondément.

Je ne dors pas pourtant.

Je ne dors pas pour autant.

Nous savons quand nous dormons.

Freud va jusqu’à poser l’existence d’une instance qui sait si le rêveur est éveillé ou endormi : c’est celle-là même, qui, pour satisfaire le désir de dormir, lui laisse la possibilité d’affirmer que : ce n’est qu’un rêve !

Je vous parle de ces états très particuliers, que je traverse, qui me traversent, d’aventures, que je qualifie d’hypnotiques, et que rythment, me semble-t-il, de profondes respirations. Vagues impressions, que c’est par une ample et longue inspiration-expiration, que s’effectue mon réveil autohypnotique.

Apaisante corrosion …

L’analyse dissout – ce en quoi elle est merveilleuse.

Elle ne découvre pas – ce en quoi elle reste mystérieuse.

*

Pour arrêter, un temps soit peu, le fil de la métaphore, nous devons méditer ce mystère. Ce mystère transcende transversalement toute la psychanalyse, pour ne pas dire toute l’humaine humanité.

Il nous faut concevoir une transcendance transversale, et non verticale. Ce mystère n’est pas plus haut, ni plus bas d’ailleurs, il est seulement plus loin. Plus lointain …

Ce mystère n’est autre que celui du transfert, lui-même.

Il n’est autre que celui de la survenue de ces instants fugitifs, qui ne s’atteignent que d’aventures.

Ceux où l’éventuelle et non programmable, non protocolisable, dit-on aujourd’hui, autohypnose de l’analyste, s’induit, soudain, d’un court-circuit, c’est le cas de l’entendre, celle de l’analysant.

Alors, le marionnettiste s’éprend du mouvement de sa marionnette. Et s’éprenant, il se prend dans le rythme qu’il lui imprime, au point d’en devenir, dans ce même tour, l’espace de cet aléatoire instant, lui-même, la marionnette. Seule la danse d’une marionnette peut réellement faire danser une autre marionnette. Leur rythme exhibe, alors, subliminalement, allusivement, l’achose de leur désir.

La jouissance arrache à la vision, ce que le désir n’avait fait que commencer de dévoiler, écrit Pascal Quignard, dans le Sexe et l’effroi.

Alors, Jean Oury s’avance et pose la question éthique :

Qu’est-ce que je fous là ?

Par le foutre, il fait entendre celle de la jouissance.

Par le là, il donne l’espace, et, donc, le temps.

C’est-à-dire : à chaque instant.

Lacan Jacques a dit : Kelsensjoui ?

Quoi, de quoi, me je jouis, quand je me fous psychiatre-psychanalyste ? Cette question me reste, inlassablement, indéfiniment, problématique.

Au-delà, et peut-être, plus encorps, en deçà, du praticien, quel pratiquant suis-je ? De quelle profession, je fais foi ?

De quelle foi, je fais profession ?

Il nous reste à continuer de nous interroger sur nos métiers impossibles. D’où l’importance de ce Séminaire, et de lieux, tels que celui-ci.

Si je ne peux y parler en place d’analyste, je peux, peut-être, quand même, tenter d’y parler en celle d’étudiant, et, plus particulièrement, d’étudiant en analyse freudienne. Le participe au présent d’étudiant me renvoie à celui de l’analysant que j’ai été, dont je reste, et dont je resterai, encorps, jusqu’à ma mort.

L’étude est ma seule lumière.

Il y a un apprendre qui ne rencontre jamais le savoir.

Un apprendre qui reste indéfiniment non-fini.

Ce non-fini est ma vie, qui, pourtant, se finira …

Je vous remercie, encorps …

Luc Diaz faciebat, Castelnau le Lez, Angers, Palavas, Montpellier, Les Vernets, Lachamps, Frontignan, Maguelone, Paris, Montreuil, St Jean du Gard, Brignac, Clermont-l’Hérault, mi-août – mi-décembre 2018.

Notes :

1 [à insérer tiers inférieur p. 3, après la phrase : « Il recevait Pascal Quignard autour de Psychanalyse et écriture. »] cf. Psychanalyse et écriture, rencontre avec Pascal Quignard, sous la direction de Joseph Rouzel, Études psychanalytiques, L’Harmattan, Paris, 2015.

2 [à insérer tiers inférieur p. 4, après le début de phrase : « Une de mes lectures de L’homme Moïse …. »] Sigmund Freud, L’homme Moïse et la religion monothéiste, Trois essais, (1939), trad. Cornélius Heim, Gallimard folio essais, Paris, 1986.

3 [à insérer tiers supérieur p. 5, après la phrase : « En 1982, il a traduit/trahi une nouvelle d’Heinrich von Kleist, datant de 1810 : Sur le théâtre de marionnettes. »] Jacques Nassif, Par les Marionnettes parler, [in Le Coq-Héron n°83, Paris, 1982, pp. 28-62], repris dans Le livre des poupées qui parlent [E.M.E., Bruxelles, 2012]. Traduction/trahison d’Über das Marionettentheater, qu’il a délicieusement commise, avec Jean-Michel Rey. J’ai omis dans mon texte les guillemets, dans ma bonne raison de ne pas l’alourdir, et ma mauvaise foi de m’approprier ses mots… L’oubli ne serait-il pas un des prix de la parole ? D’autant plus que ces propositions n’ont pas du tout vocation à nous unir vers Cythère…

Il en ira de même quand je m’avancerai plus loin dans l’hypnose à propos de son immense L’écrit, la voix [Fonctions et champ de la voix en psychanalyse, éditions Flammarion, département Aubier, Psychanalyse, Paris, 2004], qui reste malheureusement et injustement inaperçu depuis sa parution. À lire et à relire d’urgence !!!

P. S. : CCAF est l’acronyme de « Cartels Constituants de l’Analyse Freudienne ».

4 [à insérer milieu p. 6, après la phrase : « Elles n’en demeurent pas moins soumises aux cahots du chaos de l’Ics. »] Cf. le passage relatif aux associations libres dans Die Traumdeutung : « La méthode exige une certaine préparation du malade. Il faut obtenir de lui à la fois une plus grande attention à ses perceptions psychiques et la suppression de la critique, qui ordinairement passe au crible les idées qui surgissent dans la conscience. Pour 2002] : « On ne surestimera jamais trop l’importance de l’hypnotisme dans la genèse de la psychanalyse. D’un point de vue théorique comme d’un point de vue thérapeutique, la psychanalyse gère un héritage qu’elle a reçu de l’hypnotisme. » (p. 99) et « La méthode cathartique est le précurseur direct de la psychanalyse et, malgré tous les élargissements de l’expérience et toutes les modifications de la théorie, elle est toujours contenue en elle comme son “noyau“. » (p. 101).

Deux ans auparavant, avaient paru Perspectives de la psychanalyse, dans lequel Ferenczi et Rank interrogent toute coupure définitive entre psychanalyse et hypnose [Sandor Ferenczi, Otto Rank (1922). Perspectives de la psychanalyse. Trad. Michele Pollak-Cornillot, Judith Dupont et Myriam Viliker, Bibliothèque scientifique Payot, Paris, 1994]. Cette même année 1924, Freud reçoit, sur l’initiative de Ferenczi, le jeune hongrois Franz Polgar pour travailler encorps autour de l’hypnose.

Jusqu’à la fin sans fin d’Analyse avec fin, analyse sans fin (1937), Freud continuera de payer son tribut à l’hypnose (et à Ferenczi) : « L’influence exercée par l’hypnose semblait être un excellent moyen pour atteindre nos fins ; on sait pourquoi nous y avons renoncé. On n’a pas trouvé jusqu’à présent de substitut à l’hypnose, mais on comprend, de ce point de vue, les efforts thérapeutiques, malheureusement infructueux, auxquels un maître de l’analyse tel que Ferenczi a consacré les dernières années de sa vie. » [In : Résultats, Idées, Problèmes, tome II, op. cité, p. 245] Je me dois, à mon tour, de payer mon tribut à Antoine Bioy, de l’Université de Vincennes-Paris 8, département de psychologie clinique, dont les travaux m’ont accompagné dans mes recherches, notamment le remarquable Sigmund Freud et l'hypnose : une histoire complexe, que l’on peut consulter à cette adresse : https://www.researchgate.net/publication/270817610_Sigmund_Freud_et_l%27hypnose_une_histoire_complexe

6 [à insérer tiers inférieur p. 6, après la phrase : « En 1890, époque où il pratiquait, encorps, l’hypnose, Freud écrivait dans le Traitement d’âme : »] Cité par Jacques Nassif (in L’écrit, la voix, op. cit., p. 255)

Le passage plus complet mérite le détour d’un coup d’œil :

« … l’hypnose n’est en aucune façon un sommeil comparable à notre sommeil nocturne ou au sommeil artificiel produit par les somnifères. Des modifications y apparaissent et des facultés psychiques y sont conservées, qui font défaut au sommeil normal.

Maints phénomènes de l’hypnose, comme par exemple les modifications de l’activité musculaire, ne présentent qu’un intérêt scientifique. Mais le trait le plus significatif, et pour nous le plus important, de l’hypnose réside Après avoir introduit la notion de « suggestion », et balayé les craintes qu’une telle thérapeutique « provoque un dommage concurrençant ses avantages, par exemple, en laissant derrière elle une perturbation ou un affaiblissement durables de la vie de l’âme de l’hypnotisé », il écrit : « Un seul point doit être soulevé : lorsque les circonstances nécessitent un usage prolongé de l’hypnose, il s’établit une accoutumance à l’égard de l’hypnose et une dépendance à l’égard du médecin hypnotiseur qui ne peuvent pas être le but du traitement. » Ibid.,

  • p. 19.

« C’est aussi dans ces cas-là qu’ont tendance à s’installer chez le malade une dépendance à l’égard du médecin et une sorte d’addiction à l’hypnose (Sucht nach der Hypnose). » Ibid., p. 21. Déjà la question du transfert ?

7 [à insérer milieu p. 7, après la phrase : « Elle ne découvre pas – ce en quoi elle reste mystérieuse. »] cf. Pascal Quignard, Performances de ténèbres, Paris, Galilée, 2017, pp. 141/142

8 [à insérer tiers inférieur p. 7, après la phrase : « Alors, le marionnettiste s’éprend du mouvement de sa marionnette. »] Dans les Études sur l’Hystérie [Sigmund Freud, Joseph Breuer (1895), trad. Anne Berman, Paris: PUF, 1956]. Freud écrit à propos d’Élisabeth von R., qu’en lui demandant simplement de s’allonger, de fermer les yeux, et de dire tout ce qui lui passait par la tête : « Sans doute suis-je parvenu ainsi à obtenir le degré le plus élevé possible d’hypnose », (p. 85), et elle « semblait tomber spontanément dans un état analogue à l’état hypnotique. » (p. 110)

9 [à insérer après la troisième phrase, p. 8 : « La jouissance arrache à la vision, ce que le désir n’avait fait que commencer de dévoiler, écrit Pascal Quignard, dans le Sexe et l’effroi. »] Cf. la quatrième de couverture, Le Sexe et l’effroi, [Gallimard, 1994 (Gallimard folio, 1996)]. Citons, encorps, de façon non exhaustive : Le Vœu de silence, Essai sur Louis-René des Forêts, [Fata Morgana, 1985 (2nde édition, Galilée, 2005)], Kong-souen Long, Sur le doigt qui montre cela, (Tche-wou Louen) [Michel Chandeigne, 1990], La Raison [Le promeneur, 1990], Le Nom sur le bout de la langue [POL, 1993 (Gallimard folio, 1995)], Rhétorique spéculative [Calmann-Lévy, 1995 (Gallimard folio 1997)], Vie secrète [Gallimard, 1998 (Gallimard folio, 1999)], tome VIII et capiton du Dernier royaume [Grasset 2002-2018-… (Gallimard folio, 2004-…)], La Nuit sexuelle [Flammarion, 2007 (Éditions J’ai lu, 2009)], …, …, …,

Notes

  1. qu’il puisse observer et se recueillir, il est bon de le mettre dans une position de repos, les yeux fermes ; pour qu’il élimine toute critique, il est indispensable de faire des recommandations formelles. On lui explique que le succès de la psychanalyse en dépend : il faut qu’il fasse attention, il faut qu’il observe et communique tout ce qui lui vient à l’esprit [...]. Comme on le voit, il s’agit en somme de reconstituer un état psychique qui présente une analogie avec l’état intermédiaire entre la veille et le sommeil et sans doute aussi avec l’état hypnotique au point de vue de la répartition de l’énergie psychique. » [Sigmund Freud (1899), L’Interprétation des rêves, traduction par Janine Altounian, Pierre Cotet, René Lainé, Alain Rauzy, François Robert, Nouvelle édition révisée, Paris, PUF, 1976, p. 94-95.]
  2. [à insérer tiers inférieur p. 6, après la phrase : « Freud, à l’insu de son plein gré, n’aurait jamais, vraiment, abandonné l’hypnose. »] Nous connaissons tous la formule de 1917 lors de sa 19e conférence d’introduction à la psychanalyse, résistance et refoulement : « … la psychanalyse proprement dite ne date que du jour où on a renoncé à avoir recours à l’hypnose. » [in Introduction à la psychanalyse, trad. S ; Jankélévitch, petite bibliothèque Payot, Paris, 1922, 1961, p. 273]. Ce qui ne l’empêchera pas d’écrire en 1924, dans son « Petit abrégé de psychanalyse » [In : Résultats, Idées, Problèmes, tome II, 1921-1938, 6e éd., trad. J. Altounian, A. Bourguignon, P. Cotet et A. Rauzy, Paris, PUF,
  3. dans l’attitude de l’hypnotisé à l’égard de son hypnotiseur. Alors que le sujet se comporte, vis-à-vis du monde extérieur, comme un dormeur, c’est-à-dire, en a détourné tous ses sens, il est éveillé vis-à-vis à la personne qui l’a plongé en hypnose : n’entend et ne voit qu’elle, la comprend et lui répond. Ce phénomène, qu’on appelle dans l’hypnose le rapport [note q. : (en français dans le texte) Le terme vient de Mesmer, qui désignait par là la circulation « harmonieuse » du « fluide magnétique » entre le magnétiseur et le magnétisé.], trouve son pendant dans la façon de dormir de certaines personnes, par exemple la mère qui nourrit son enfant. Il est tellement frappant qu’il devrait nous mener à la compréhension de la relation entre l’hypnotisé et l’hypnotiseur. Mais il n’y a pas que cette réduction, pour ainsi dire, du monde de l’hypnotisé à l’hypnotiseur. Il s’y ajoute le fait que le premier devient tout à fait docile à l’égard du second, obéissant et crédule, et cela de façon quasi illimitée en cas d’hypnose profonde. Et la façon dont se réalisent cette obéissance et cette crédulité révèle dès lors une des particularités de l’état hypnotique : l’accroissement extraordinaire, chez l’hypnotisé, de l’influence de la vie psychique sur le corps. » Sigmund Freud, « Traitement psychique (traitement d’âme) », 1890, in Résultats, idées, problèmes, I, 1890-1920, trad. M. Borch-Jacobsen, P. Koeppel, F. Scherrer, p. 15-16, Paris PUF, 1984. « La conjonction de l’attachement exclusif et de l’obéissance crédule compte généralement parmi les traits caractéristiques de l’amour. » Ibid., p. 17.
  4. Cerise sur le gâteau, cette réplique d’A. dans Carus : « La voix est une plaie contuse ! » [Gallimard, 1979 (Gallimard folio,1990)].
Citer ce texte

Luc Diaz, « De « ma » pratique @psychanalytique… », L’@psychanalyse, 3 janvier 2019. En ligne : https://www.apsychanalyse.org/textes/luc-diaz-de-ma-pratique-apsychanalytique (consulté le JJ/MM/AAAA).

Rechercher dans les textes, les auteurs, les activités…