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Espace(s), écriture(s) et cris de la lettre : bricolages po(ï)étiques et…

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Séminaire de l’@psychanalyse – 21 janvier 2023

Espace(s), écriture(s) et cris de la lettre : bricolages po(ï)étiques et chasse à l’être.

Jean Christophe Contini

« Le Poète est semblable au prince des nuées Qui hante la tempête et se rit de l'archer ; Exilé sur le sol au milieu des huées, Ses ailes de géant l'empêchent de marcher ». Baudelaire, Les Fleurs du Mal, « L’Albatros », p. 10, Paris, Pléiade Gallimard,

« Il faut travailler, sinon par goût, au moins par désespoir, puisque, tout bien vérifié,

travailler est moins ennuyeux que s'amuser ». Baudelaire, Mon Cœur mis à nu, XI, p. 1277, Paris, Pléiade Gallimard,

« Ce qui se réalise dans mon histoire n’est pas le passé défini de ce qui fut puisqu’il n’est plus, ni même le parfait de ce qui a été dans ce que je suis, mais le futur antérieur de ce que

Préambule : « D’où il est question de la pratique de la lettre, au ras des pâquerettes, au pied de la lettre justement ».

Tout d’abord, j’aimerais remercier Joseph et l’association pour cette invitation dans le séminaire de l’@psychanalyse. C’est au fond toujours une chance de pouvoir prendre la parole, et c’est un exercice dont je n’ai pas vraiment l’habitude, puisque je m’exprime généralement plutôt à travers la rédaction de textes et de livres, dans le sillage de deux thèses que j’ai réalisées en travail social et en littérature.

Alors ce n’est pas de ces livres et de ces textes que j’ai souhaité directement parler ni vous présenter aujourd’hui, mais de ce que j’ai appelé, autour de la question de l’écriture et de la lettre, « mes bricolages, poétiques et poïétiques », qui justifient le titre que j’ai choisi pour cette intervention : Espace, écriture et cris de la lettre : bricolages po(ï)étiques et chasse à l’être. J’aurais d’ailleurs dû écrire Espace(s) et écriture(s) au pluriel.

Je vais donc essayer, dans le déroulement de mon propos, de vous faire entendre quelque chose, de ce qui, dans ce titre, se situe et me situe, comme le veut la thématique du séminaire de cette année, « au pied de la lettre ».

J’ai pour habitude, presque pour méthode pourrais-je dire, – de me soutenir mes travaux d’une approche dite clinique, qui s’appuie :

  • 1) sur une méthodologie qui est indiciaire (j’en dirai quelque chose à la fin, si j’ai le temps)) ;
  • 2) une théorisation progressive qui s’en suit et que l’on peut qualifier, en écho à l’interactionnisme symbolique de l’école de Chicago, de théorie ancrée (ce qu’on appelle en américain « grounded theory »), ou théorie enracinée.

Il me semble dès lors, pour ce préambule, essentiel de dire deux choses importantes pour introduire les développements que je vous propose :

  • 1) Tout d’abord d’insister sur le fait que je n’ai pas essayé ici de formuler, de former, de donner ou de modéliser une quelconque théorie ni de proposer des considérations théoriques à proprement parler, mais que je me suis attelé, dans un style qui m’est assez habituel, de progresser au « ras des pâquerettes », comme on dit, à basse altitude, en rase-mottes… Cela ne veut bien évidemment pas dire qu’il n’y aura aucune théorie dans ce que je vais dire, puisque mon propos se soutient d’un texte que j’ai rédigé pour préparer mon intervention, et qu’il s’agit dès lors inévitablement d’une construction, d’un propos construit et élaboré en quelque façon, d’un texte qui, comme vous le voyez ce matin, me soutient.
  • 2) Le deuxième point sur lequel j’aimerais insister est celui-ci : à savoir que tout ce que je vais dire et que j’ai élaboré dans mon texte a indiscutablement quelque chose à voir avec la psychanalyse, c’est-à-dire s’inscrit dans ce que j’ai coutume d’appeler la « fenêtre du transfert ». Par « fenêtre du transfert », j’entends situer ce qui fonde mon propos à partir de ma rencontre de la psychanalyse, c’est-à-dire le cadre de la fenêtre qui oriente mon regard. Pour moi, cette fenêtre (je pourrais ici vous renvoyer aux travaux de Gérard Wajcman dont l’un des ouvrages porte le titre de « Fenêtre(s) ») s’est ouverte lors de ma formation d’éducateur spécialisé en Suisse, notamment grâce aux séquences de formation qu’y donnaient Joseph (sur les trois thématiques de l’histoire de l’éducation spécialisée, d’éducation et psychanalyse, de l’écriture de la clinique), ainsi qu’un autre psychanalyste freudo-lacanien, strasbourgeois, Pascal Martin, qui proposait une réflexion sur les limites et les symptômes du social : la-les violence-s ; l’exclusion ; les rapports à la loi ; l’amour-la haine. Avec ça, nous disait-il, je peux vous analyser n’importe quelle situation. Ce dernier point, relatif à la fenêtre du transfert, me semble essentiel et

fondamental, puisque c’est à partir de là que je peux dire que tout a commencé, et que tout a continué jusqu’à aujourd’hui et ce que je suis en train de dire ici, dans ce séminaire.

C’est donc d’une fenêtre de tir d’environ 22 ans que je vais tenter de rendre compte aujourd’hui et, en quelque sorte, de retracer.

J’ai, pour ce faire, élaboré mon propos en trois parties, qui suivront ce préambule et précéderont une conclusion, dans laquelle j’essaierai de reprendre l’ensemble des choses de manière succincte. C’est ici encore une méthode que j’ai progressivement développée, pour aborder une thématique, une méthode en quelque sorte ternaire, inspirée des trois brins du nœud borroméen — réel, symbolique, imaginaire —, qui permet des déplacements réflexifs sur un registre qui n’est ni temporel, ni chronologique et qui permet à mon sens d’aborder quelque peu, ou tout du moins d’ourler ce point d’impossible et d’indicible qui caractérise le lieu de la lettre, ou l’instance de la lettre comme disait Lacan, c’est-à-dire ce quelque chose qui en elle insiste.

Ce lieu existe-t-il d’ailleurs ? Je me suis proposé de considérer ici que ce lieu de la lettre, c’est en quelque sorte le Mont Analogue de René Daumal, que l’on recherche et autour duquel on tourne, sans jamais y aboutir… Je joue là sur les signifiants que j’ai choisis pour mon titre (j’aurais pu mettre espace au pluriel comme je l’ai dit) – espace du dedans de Michaux, rien d’aura eu lieu que le lieu de Mallarmé (dans le coup de dés), etc. –, mais aussi sur le fait que cet ouvrage de Daumal est resté inachevé et qu’il pose en soi la question de son devenir. Que serait-il devenu, qu’aurait-il pu devenir, si… À ce propos je vous signale cet ouvrage de François Ansermet qui vient de paraître : L’origine à venir...

Dernier point qu’il me semble important d’évoquer, pour conclure ce préambule : dire que c’est la deuxième fois que j’ai le plaisir de prendre la parole dans ce séminaire à Psychasoc la première fois, accueilli par l’@psychanalyse aujourd’hui, puisque j’y avais en effet déjà parlé, il y a maintenant dix ans de cela, sur la question des traces – des « traces de l’ombre » qui constituait le titre de mon intervention –, propos que j’avais élaboré à partir d’une énigme surgie dans le cadre de ma propre analyse : des carnets de traces informatisés, dont j’en reparlerai dans la deuxième partie de mon propos.

Il me semblait important de dire que c’est sur le fil et dans la suite de ce premier propos que celui d’aujourd’hui s’inscrit.

Première partie : « Soi-même comme un cas »

Alors bon, soi-même comme un cas, ce n’est pas tout à fait le « soi-même comme un autre », qui fait le titre d’un ouvrage de Paul Ricœur, dont je m’inspire ici de la configuration ou refiguration (ou reconfiguration) narrative. Quoique… Mais allons-y un bout.

Je suis né à la maternité de l’hôpital de Morges le 29 avril 1975 à 1h18 du matin – c’est ce qu’indique l’acte de naissance déposé à l’office d’état civil – d’une mère suisse, Madeleine Hélène et d’un père italien, Umberto Cornelio Silvestro.

Il paraît que l’accouchement a été rapide et s’est bien déroulé, 3.5 kg à la pesée, et que je suis ensuite longtemps resté avec ma mère à attendre dans un couloir de l’hôpital après ma naissance – ça, c’est ce que m’a raconté ma mère à l’occasion.

Je n’ai aucun souvenir ni de mes deux-trois premières années, amnésie infantile, ni de mon père, déjà âgé de 67 ans à ma naissance, qui est mort juste avant mes trois ans, d’une opération d’une tumeur au cerveau dont il ne s’est pas réveillé. Il avait, paraît-il, de violents maux de tête et n’arrivait plus à parler…

De lui, je n’ai donc aucun souvenir, ni de sa voix, ni de son regard et je dois dire que l’on m’a très peu parlé de lui durant toute mon enfance, et même après, à l’exception de quelques anecdotes que l’on m’avait racontées, et des éléments que l’on m’avait donnés en réponse à mes questions.

J’ai quelques souvenirs vaporeux d’une visite en Italie l’été suivant son décès, et me souviens de quelques bribes et scènes avec ma tante Mariuccia et mon oncle Manlio, mais pas de mon oncle Ennio, dont je reparlerai plus tard. Tout ce qui concerne l’Italie et mes origines de ce côté-là s’est donc arrêté pour moi à l’âge de trois ans et rien ne s’est réveillé depuis-là jusqu’à l’âge de 17-20 ans, environ.

À propos de mon père, je savais qu’il avait été militaire et s’était engagé dans trois guerres (Afrique orientale en 1935, Espagne en 1936, la 2e Guerre mondiale en 1939), qu’il avait été blessé, mais sans savoir ni quand ni pourquoi il s’était exilé en Suisse. Tout ce que je savais, c’est qu’il avait été sous-directeur, ou éducateur-chef, d’un home-atelier pour personnes handicapées et qu’il en avait été la cheville ouvrière dès sa création en 1967.

Cela je le savais d’autant plus que ma mère en avait repris le flambeau et que nous habitions sur place à la période de ma naissance. J’ai donc grandi dans cette maison, « avec les fous, les malades mentaux, les psychotiques, les épileptiques », les « bizarres » comme je le dis souvent, sans trop comprendre ce qu’il s’y passait. Mais j’y ai vu beaucoup de choses, des drôles et des moins drôles, sans rien y comprendre à l’époque. Je dirais aujourd’hui que j’ai vécu mon enfance à proprement parler dans un « bain de réel » – ce que familièrement selon l’expression on appelle le chaudron ou la « marmite », en disant qu’on y est tombé quand on était petit, comme Obélix dans la potion.

Ma mère a donc repris la direction de ce home et s’y est intégralement consacrée, particulièrement après la mort de sa grand-mère en 1980, de sa sœur et de son père en 1985. Nous avions, avec mon frère, ma mère et ma tante, encore un brin de vie de famille, notamment pour les vacances, mais après cela, et mon frère étant plus âgé de 9 ans, j’ai pour ma part vécu collé aux basques de ma mère. À partir d’une certaine période, je participai à tous les temps de la vie institutionnelle, repas, jeux, sorties, week-end, et même les vacances d’été et d’hiver, cela pendant de nombreuses années.

Ma mère ne voyait presque personne en dehors de son travail et presque personne ne venait à la maison, rarement quelques copains d’école que ce milieu institutionnel intimidait.

Mon seul extérieur était l’école, la petite forêt et la rivière dans le vallon où se situait l’institution, quelques voisins particuliers, la boulangerie (dont le patron était en guerre contre le propriétaire des lieux), les ouvriers, avec lesquels je fumais mes premières cigarettes, assez jeune.

En 1984, lors d’une sortie et une nuit passée chez l’éducateur nous hébergeant, j’ai été abusé sexuellement par un pensionnaire dont on connaissait pourtant les pratiques perverses — on savait —, après m’être étrangement retrouvé à devoir dormir à côté de lui, ou qu’il parvint à occuper cette place.

C’est ici un point de bascule sur lequel je ne m’arrêterai pas maintenant. J’en ai parlé récemment dans un texte publié dans le numéro 79 de la revue Sociographe consacré aux violences sexuelles faites aux mineurs, je n’y reviendrai pas plus longuement.

J’ai toutefois grandi, à partir de là, « dissocié », « clivé » comme on dit, sans trop comprendre ce que je vivais et s’en trop chercher d’ailleurs de réponses. Je sais qu’après l’abus, j’ai fondu en larmes au jeu de la couratte, alors qu’une camarade dont j’étais pourtant épris, m’eut embrassé sur la bouche puisque j’avais perdu ; que j’ai raté les examens pour le collège (la scolarité secondaire — je ne sais pas comment cela se dit en France), mais que j’ai eu ensuite la chance de rencontrer un maître d’école passionné d’histoire, de langue allemande, de dessins, de photographie et que je suis progressivement devenu assez bon élève, grâce à lui, à sa gentillesse tout autant qu’à ses exigences. Je me souviens avoir dû recopier intégralement mon carnet journalier tellement mon écriture était vilaine… J’ai donc changé d’écriture en imitant celle d’un adulte que je connaissais… Pour le reste, j’étais un enfant passablement lisse, et le terme est important, inhibé, sauf peut-être dans le sport que je pratiquais assidûment au début de mon adolescence.

Bref, je ne m’étalerai pas sur les détails ni de mon enfance ni de ma jeunesse, sauf à dire peut-être que je vivais toujours dans les murs de l’institution avec ma mère, encore plus après un déménagement où je ne pouvais pas rentrer à la maison sans devoir passer par l’intérieur de l’institution, que j’étais au fond le fils de la directrice, pour tout le monde, pensionnaires et éducateurs, et que je ne savais pas quoi faire de ma vie au terme de ma scolarité…

Ma mère me transmettait ainsi des consignes pour les éducateurs, et déjà à quinze ans, je devais l’accompagner en excursion avec des sujets psychotiques et handicapés. Enfin, bref, j’ai vu passer pas mal d’éducateurs et de pensionnaires…

Au terme de ma scolarité obligatoire donc et ne sachant que faire, j’optai pour une année de raccordement dans la voie de culture générale littéraire avec italien, l’un des deux seuls choix dont nous disposions avec la voie scientifique. J’appris donc l’italien et me rendis pour la première fois à Florence en voyage d’études.

Je poursuivais ensuite mon rattrapage au lycée de la cité à Lausanne, un lieu chargé d’histoire où enseignaient traditionnellement des écrivains et poètes romands. Mon professeur de français venait de publier un roman à succès en Suisse romande et je croisais Jacques Chessex dans les couloirs, ou encore le poète Jean Pache, et découvris Baudelaire, Céline, Rimbaud, Flaubert, Molière, Breton, Cyrano de Rostand, bref, la poésie et la littérature, à laquelle je n’avais que peu été sensibilisé dans les voies d’études inférieures que j’avais parcourues.

Je n’ai pas été un élève particulièrement ni doué ni brillant, mais je parvins tout de même à obtenir mon baccalauréat ès lettres en langues modernes. Durant mes années lycée, j’avais découvert, dans la bibliothèque familiale, plein de livres que personne ne lisait, et notamment les recueils de poésie de mon oncle Ennio Contini. Je les avais montrés à l’enseignante d’italien qui n’avait su que me dire qu’il y avait là un style ungarettien. Ces recueils restaient donc une énigme, sourde : le nom de mon oncle imprimé sur ses livres de poésie.

Le bac en poche, je ne savais toujours pas quoi faire de ma vie. Je passai du temps chez un éducateur que j’avais connu pendant longtemps dans le home, qui m’apprit à boire et à fumer, de l’herbe et du shit, tout autant qu’il m’apprit divers jeux et sports que je pratiquais avec assiduité : football, escalade, carambole, baby-foot, ping-pong… Ce qui est très pratique et utile quand on travaille comme éducateur… Je passais par ailleurs du temps à travailler avec lui sur la rénovation de sa ferme et m’étais inscrit au club de football local. C’est à l’occasion d’un déplacement pour l’un de ces matchs que j’eus mon premier accident de voiture : une perte de maîtrise avec collision frontale. Après quelques jours d’hôpital, je traînai dès lors en convalescence dans cette ferme, tout en réfléchissant à ce que je pourrais bien faire de ma vie.

J’approchai de mes vingt ans et n’avait que quelques maigres pistes : policier de la faune, criminologue, guide de montagne, ou éventuellement éducateur spécialisé, mais en suivant un cursus de formation spécifique em pédagogie dans une université suisse.

Finalement, je retournai dans la maison mère, trouvai un petit emploi de magasinier dans une grande enseigne américaine de jouets, découvris le monde du travail, mais aussi le brassage social du monde des bistrots et de la nuit, rencontrant des musiciens, écrivains, journalistes, graphistes, photographes, tout en continuant à me déplacer lointainement plusieurs fois par semaine pour les entraînements et matchs de foot.

Je ne dormais pas beaucoup à l’époque, roulais vite, me grisait toutes les nuits.

Je rencontrai une femme plus âgée, que j’appelle Biondetta, en écho au Diable amoureux de Jacques Cazotte et à Cet obscur objet du désir de Buñuel…

Je n’en dirai pas plus sur ce point, sauf à évoquer un deuxième accident de la route, une perte de maîtrise, que j’eus avec elle, un accident qui fonda le socle d’une relation relativement toxique qui durera assez longtemps.

Je ne savais toujours pas quoi faire de ma vie, vivais principalement la nuit, sans projet.

Dans une période de latence, je décidai toutefois de rechercher les coordonnées de mon oncle poète en Italie, pour savoir s’il était toujours en vie. Il l’était, répondit à ma lettre et nous invita à le rejoindre l’été suivant.

Je ne m’arrêterai pas en détail sur cette rencontre qui a duré une semaine, je l’évoque dans un texte paru cette année dans le numéro 77 de la revue Sociographe, dans un texte consacré à la lecture et aux braconnages bibliographiques en travail social, mais j’insiste en ponctuant le fait, j’y reviendrai plus loin, que cette rencontre, celle de mon oncle, a été fondamentale.

Le contact avec l’Italie sera, à partir de là, à nouveau interrompu et ne sachant trop que faire, je me décidai, sans trop me presser, à m’engager dans les démarches pour m’inscrire à la formation d’éducateur spécialisé que délivrait l’une des quatre écoles sociales romandes, tout en étant engagé comme éducateur remplaçant par ma mère, dans le home que je connaissais si bien et où j’habitai encore…

Après trois ans d’atermoiements et m’étant fâché avec cette première école qui m’accusait d’avoir caché le fait que j’étais le fils de la directrice du lieu où j’avais réalisé mon stage, je contactai une autre école d’éducateur, plus éloignée, et eu la chance d’y obtenir immédiatement une place pour m’y former en cours d’emploi, ayant tout juste l’âge minimum qui était à l’époque en vigueur pour s’engager dans une telle formation : 24 ans.

Dans cette école, j’allais y rencontrer la psychanalyse, et Joseph Rouzel, à qui je demandais rapidement un entretien pour parler d’un projet de travail de mémoire que je nourrissais autour de la question de la transmission. Je me rendis alors compte de la vision étroite que j’avais de l’éducation spécialisée, des certitudes nourries par la marmite dans laquelle j’avais grandi, que je commençais à remettre sérieusement en question.

Très rapidement, je fus pris, dans une « fenêtre transférentielle » qui venait tout juste de s’ouvrir, je n’en avais bien évidemment à ce moment-là pas conscience, et fus pris du désir de devenir formateur et psychanalyste, comme Rouzel, sans plus y réfléchir.

Je questionnai alors Joseph et Pascal Martin sur le « comment s’y prendre pour aller voir un psychanalyste », trouvais des indications précieuses de la part de la psychologue du home dans lequel je travaillais, et allais rencontrer pour la première fois un psychanalyste de renom, qui m’orienta vers plusieurs de ses collègues.

Je commençai un premier travail pendant ma formation, tout comme une supervision professionnelle avec un pionnier de l’éducation spécialisée, Jean Traber.

Le premier psychanalyste que je rencontrai, devant la pauvreté des éléments dont j’avais connaissance, me demanda si je n’avais pas envie d’en savoir un peu plus sur mon histoire familiale, mais ma foi cela ne me fit pas particulièrement réagir, enfin pas tout de suite…

Je le quittai ensuite pour engager un travail avec une psychologue spécialisée, notamment du fait d’avoir pris conscience de l’abus sexuel que j’avais subi à l’âge de 9 ans, presque vingt ans plus tard, un épisode dont je n’avais jamais parlé.

Je commençais par ailleurs à lire des livres, ceux de Rouzel et de quelques autres autour de la psychothérapie institutionnelle, et décidai sur le conseil (ou plutôt la condition pour qu’elle accepte de me prendre en thérapie) de la psychologue de quitter « l’institution-mère », ce que je fis, ayant quelques années avant d’emménager dans mon propre logement.

Je choisis ensuite de m’inscrire à l’université de Genève pour suivre des études en sciences de l’éducation, d’une part parce que mon père s’était engagé lui-même dans cette voie quarante plutôt, à l’époque où Piaget enseignait encore, d’autre part parce que je pourrai y suivre les cours de Mireille Cifali, historienne et psychanalyste qui a beaucoup travaillé sur la thématique de l’éducation et de la psychanalyse ; cela me permettait de maintenir un lien avec la psychanalyse rencontrée à l’école d’éducateurs.

J’y suivis avec assiduité les cours de Cifali, et parlai pour la première fois dans un document, un journal de cours qu’elle proposait pour la validation du cours, de l’abus que j’avais subi, entre autres choses. Je terminai mes études, toujours sans savoir quoi faire de ma vie, après avoir toutefois réalisé plusieurs remplacements dans un centre éducatif fermé pour adolescents. Après une courte période de chômage, je repris une formation continue en travail social pendant trois ans, tout en exerçant divers mandats d’éducateur dans plusieurs institutions médico-sociales, obtenant par ailleurs un poste dans le domaine de la protection de l’enfance.

Mais j’étais relativement insatisfait et ne trouvai pas de poste dans le champ de la formation et de la recherche, malgré les nombreuses démarches réalisées. Je décidai, par dépit, mais aussi par colère dès lors, de m’inscrire à la formation de superviseur, ici à Montpellier, tout en nourrissant un projet de doctorat pour lequel je n’avais pas véritablement trouvé de thématique. Là-aussi, le conseil d’un livre de Jean-François Laé, Les Nuits de la main courante, que m’avait indiqué Rouzel, mais aussi le souvenir du cahier de liaison du centre éducatif fermé dans lequel j’avais travaillé me permit de formuler un projet de doctorat, après avoir trouvé un directeur de thèse é l’université de Fribourg, non sans avoir cheminé deux ans avant de trouver la « bonne personne ».

Suite à un autre stage à Psychasoc sur les histoires de vie en travail social, je décidai de reprendre une analyse et recontactai le premier analyste auquel je m’étais adressé, sans succès, dix ans auparavant.

Voilà, j’arrive ici à la fin de cette première partie sur ces prémisses que sont mon engagement dans la formation de superviseur de Psychasoc (des retrouvailles en quelque sorte depuis la rencontre initiale dix ans plus tôt), la rédaction d’un projet de thèse fondé sur le cahier de bord du centre éducatif fermé dans lequel j’avais travaillé, sous la direction d’un sociologue dont j’avais apprécié les cours et dont je découvris qu’il avait développé une application du paradigme indiciaire pour les sciences sociales (toujours la question des traces), la reprise d’une analyse auprès du premier analyste auquel je m’étais adressé, et dont on m’avait dit qu’il était sérieux, renforcement du transfert.

Bon voilà donc une première lucarne, que je laisse en l’état, sans la commenter, mais non sans répondre à d’éventuelles questions de votre part, si les choses n’ont pas été claires dans mon propos. Comme j’ai volontairement été lacunaire, quelques compléments vous sont peut-être nécessaires. N’hésitez pas. Ça va ?

Deuxième partie : « Mais qu’est-ce donc que Stécritures : de l’ombilic du rêve au Trou d’R du cri »

« Vous ne comprenez pas stécriture. Tant mieux, ce vous sera raison de l'expliquer. Et si ça reste en plan, vous en serez quitte pour l'embarras. Voyez, pour ce qui m'en reste, moi j'y survis. » J. Lacan

A) Première énigme des carnets : des rêves, des projets : des ruptures.

Dans cette seconde partie, je vais essayer de rendre compte des phénomènes étranges qui se sont produits dans le cours de ma dernière tranche d’analyse, et les aborderai dès lors en quelque façon sous l’angle de la répétition.

Remémoration pour la première partie – soi-même comme un cas –, répétition pour cette seconde partie, avec ce qu’elle emporte de création et d’inédit – c’est là la question qui est au cœur de ces bricolages dont je souhaite vous parler aujourd’hui, en lien avec le thème du séminaire –, perlaboration enfin pour la troisième partie, enfin peut-être…

J’ai donc repris une analyse en 2010 avec le premier psychanalyste auquel je m’étais adressé, qui était pleinement inscrit dans la fenêtre de mon transfert qui s’était ouverte durant ma formation d’éducateur. On m’avait dit : c’est quelqu’un de sérieux...

Au début et après quelques séances espacées, le rythme s’est intensifié avec deux séances au minimum par semaines, avec certaines semaines, trois, quatre séances. Tout a commencé par des rêves que je notais méticuleusement, tout comme des notes que je rédigeais avant et après chaque séance, comme dans un souci didactique de m’engager dans un véritable souci d’analyse. J’ai lu parallèlement beaucoup d’ouvrages, Freud, Lacan et tout ce qui m’est passé entre les mains ou a attiré mon attention.

Très vite, un étrange mouvement m’a pris : celui de retranscrire l’intégralité de mes rêves sur un document informatique, dans lequel je reprenais également les notes que j’avais rédigées avant et après les séances. Pour ce faire et indiquer également les dates des séances, j’ai opté pour une sorte de journal informatique en deux colonnes, la première indiquant soit qu’il s’agit d’une séance soit d’un rêve ou autre chose, la seconde présentant la retranscription de mes notes manuelles.

Je me suis également mis à retranscrire d’anciens rêves de mes précédentes tranches d’analyse et ai commencé un curieux travail en me basant sur le texte de Freud Le rêve de l’injection faite à Irma, dont j’adoptai, à ma façon, la méthode d’analyse.

J’ai donc repris, manuellement au début me semble-t-il, l’intégralité de mes rêves en les découpant en petite séquence et en déclenchant à partir d’elle, un processus d’écriture associative, pour ne pas dire presque automatique.

Association libre d’écriture à partir des séquences de mes rêves, que j’ai déployée en fonction de toutes les idées qui me venaient depuis là.

Bref, petit à petit j’ai constitué ce que j’ai appelé des carnets d’analyse, qui visaient à tout rassembler et tout retranscrire, des carnets de traces au fond, sans qu’il s’agisse d’une écriture fictionnelle véritable et soignée, au contraire, tout était en quelque sorte jeté là pêle-mêle, tout était en sorte, j’insiste déjà sur ce signifiant, de l’ordre de la discontinuité, une discontinuité que j’ai essayé en quelque sorte avec ces carnets de contenir, ou à laquelle j’ai tenté de donner une forme continue, comme un livre, de contenir en tous les cas, voire de constituer.

Donc dans un premier temps a émergé la question de l’écriture, de ce qui s’écrit, dans le cadre de mes retranscriptions, de ce que l’on pourrait je crois appeler extraction, je ne dirai pas vraiment du signifiant, mais extraction signifiante en quelque façon.

Dans un deuxième temps, je suis arrivé à un moment de fatigue et presque de dégoût de ce travail de retranscription frénétique.

Plusieurs choses se sont ensuite passées dans le cadre de mon analyse en 2011 :

  • 1) Une première rupture où j’ai quitté mon analyste pour rejoindre des amis lors de la journée des poètes ; j’y suis retourné par la suite, mais c’est un phénomène qui s’est répété et qui a fait série dans la cadre ou la fenêtre globale de mon analyse, jusqu’à la rupture finale qui s’inscrit, elle-aussi, à mon sens, dans quelque chose de l’ordre de la discontinuité ;
  • 2) La reprise de contact avec Biondetta et de cette relation amoureuse toxique, qui s’est manifestée par l’écriture de centaines de lettres – amoureuses – de ma part ;
  • 3) Un mouvement de rupture ou de coupure qui m’a fait quitter mon emploi en protection de l’enfance, pour me consacrer, d’une manière assez étrange et personnelle – je pense ici au texte de Lacan Le mythe individuel du névrosé –, à un désir d’étude qui m’habitait, et qui m’a fait presque tout quitter pour partir à Paris, afin de m’engager dans un master recherche au département de psychanalyse de paris 8, sous la direction de Gérard Wajcman

Mouvement radical vers un ailleurs, j’ai quitté mon logement, trouvant toutefois un pied à terre en Suisse, ainsi qu’un petit logement à Paris, tout en effectuant chaque semaine des va-et-vient entre Paris, Genève et Lausanne, pour poursuivre mon analyse, avec aussi plusieurs venues à Montpellier, au séminaire de Psychasoc.

Le retour au bercail, ça se répète, la chute dans la grotte et les vieux papiers Bon, ça ne s’est pas passé comme prévu… Les trajets pour Paris étaient fatigants, et je fus à nouveau totalement absorbé par cette relation e toxique… J’abandonnai ainsi les cours et la formation à Paris, me suis retrouvant sans logement, sans travail, sans projet, et sans Biondetta, après avoir vécu une année et demie chez elle.

Je ne vous embêterai pas avec des détails, mais ce fut une période assez difficile, un peu comme après une chute dans un gouffre ou une crevasse. Je me retrouvai dans un petit logement étroit et bruyant pendant plusieurs années, seul.

  • 1) J’avais donc quitté mon analyste sur une période où les séances me devenaient insupportables, croyant avoir gardé comme signifiant le terme de transfert négatif, alors qu’il s’agissait, je ne l’ai retrouvé que très récemment, de réaction thérapeutique négative ;
  • 2) J’avais rompu, encore une fois, avec cette relation toxique dans laquelle je m’étais à nouveau engagé très énergiquement et presque intégralement ;
  • 3) Je n’avais plus de logement, plus de travail, plus de perspectives, quasi aucun projet.

Je me suis alors raccroché à la thèse de doctorat que j’avais engagée trois ans auparavant, que j’avais un peu laissée en jachère et pour laquelle je n’avais pas véritablement travaillé après le projet, sauf à maintenir mon inscription en thèse à l’université.

Par ailleurs, je crois que je n’en ai pas encore parlé ici, j’avais récupéré depuis quelque temps et m’étais préoccupé des vieux papiers de mon père, ses archives personnelles, dans lesquelles j’avais détecté quelques lettres d’écrivains célèbres, gravitant autour du nom du poète américain Ezra Pound, sans trop savoir ce dont il s’agissait véritablement. J’avais montré ces papiers à quelques amis poètes et engagé quelques démarches, mais sans succès.

Il faut ici que je mentionne toutefois le fait que ces vieux papiers autour d’Ezra Pound, et de mon oncle poète italien Ennio Contini (qui a publié un recueil commun avec le poète américain en 1952), ont été très présents, d’une certaine manière, dans le cours de mon analyse, puisque c’est à cette période que j’ai commencé à me procurer les ouvrages de ce poète américain, nourrissant des projets de mise en scène théâtrale passablement délirants et sans véritable possibilité de concrétisation. Ces papiers ont donc constitué, eux aussi, une énigme.

Mais pour le moment, je me concentrai sur la thèse doctorale à laquelle je m’étais remis et commençai à étudier de plus près sur le cahier de bord d’une équipe éducative spécialisée, dans laquelle j’avais fait des remplacements sur deux ou trois ans auprès d’adolescents en grandes difficultés et un peu par hasard, puisque je n’aurais jamais envisagé de travailler auprès d’une telle population, et que j’ai été proposé par le directeur d’une autre structure où j’avais postulé et qui m’avait recommandé.

Dans le cadre de la reprise de mon travail de thèse, je commençai à reconstituer minutieusement les trajectoires d’une dizaine de mineurs à partir des traces discursives laissées dans le cahier par les éducateurs, et parvins, après un immense travail – un travail de bénédictin m’a-t-on dit à plusieurs reprises

  • à reconstituer de ce que j’ai appelé le texte institutionnel de l’agir éducatif

spécialisé. Je me suis soutenu, bien évidemment, des travaux que j’avais consacrés préalablement aux motivations des éducateurs spécialisés dans mon mémoire de formation, ainsi qu’à la formation HES nouvelle mise en œuvre dans mon mémoire de licence en sciences de l’éducation.

Grâce au cahier de bord, je trouvai un point d’appui qui m’a captivé pour poursuivre mes réflexions et passais des journées entières à travailler dessus, puis à rédiger progressivement le texte à partir d’une méthodologie que me transmit très pédagogiquement mon directeur de thèse : élaboration d’un tableau ou d’une matrice permettant de voir l’ensemble des résultats de l’étude du matériau sur une seule page ; résumé du propos de la thèse dans un paragraphe de 10 lignes ; élaboration avant rédaction d’une table des matières susceptibles de permettre le déploiement de la thèse à partir de l’étude du matériel reconstitué, ce que j’ai appelé à proprement parler un texte institutionnel.

Il y aurait beaucoup à dire sur cette question du texte institutionnel, puisque je me soutenus non seulement de la psychanalyse en sous-main, mais également et plus clairement de l’approche anthropologique et ethnologique des textes. Je renvoie ceux qui sont intéressés à mes deux ouvrages et aux quelques articles que j’ai consacrés à cette question dans le fil de ma thèse.

Parallèlement à cette thèse, j’avais relancé les choses du côté des vieux papiers de mon père, et les avais confiés à un professeur d’université pour qu’il examine la possibilité d’en faire quelque chose dans la revue qu’il dirigeait. Après une année et sans nouvelles, je le recontactai et il me proposa d’en faire une thèse de doctorat et de solliciter un financement du fonds national suisse pour la recherche scientifique. Il ne me fallut pas plus que quelques secondes de réflexion pour répondre positivement à cette proposition et me précipitai dès lors dans la rédaction d’un projet de thèse et des démarches nécessaires pour cette seconde inscription.

Comme je n’avais pas de formation, mais comme pour la thèse précédente, je me ruai sur les livres nécessaires à l’élaboration de mon projet et commençai à examiner le matériel.

Je découvris qu’il s’agissait là d’un numéro d’hommage inédit consacré au poète américain Ezra Pound en 1958, année de sa libération après 12 ans d’internement psychiatrique en raison de sa conduite pendant la Seconde Guerre mondiale, un dossier coordonné par mon père et un autre acteur bien connu dans le milieu des lettres romandes.

Dans le cadre de la préparation d’un dossier de prédoctorat prévu au terme de la première année d’inscription en thèse, je découvris ainsi de nombreux champs de connaissances dont j’ignorai presque tout de l’histoire, alors que cela m’avait en quelque façon concerné dans ma propre histoire.

En examinant de plus près les archives de mon père, j’y trouvai ainsi un roman autobiographique écrit en italien et jamais publié, dans lequel il racontait sa traversée des guerres et son arrivée à Leysin en Suisse, dans les sanatoriums.

Grâce aux copies de son carnet militaire, je pouvais retracer précisément ses engagements, tout comme je pus, grâce aux documents administratifs qu’il avait conservés, découvrir l’année exacte (1951) et les motifs de sa venue en Suisse, plein de choses en sommes que j’ignorai totalement. Grâce au dossier littéraire l’accompagnant et à la correspondance avec son frère, je découvris ainsi ce dossier et les acteurs de la revue dans lequel ce dossier aurait pu être publié à la fin des années cinquante.

Je découvris ainsi le poète suisse Gilbert Trolliet, dont nous avons publié une anthologie au Mercure de France l’an dernier, avec Alain Borer et Valère Novarina, le neveu de Trolliet.

Je découvris également la poésie, la poétique et la trajectoire du poète américain Ezra Pound et examinai sa réception en langue française, retrouvant par là les noms de Philippe Sollers, Marcelin Pleynet, la revue Tel Quel, Denis Roche également, et puis Dominique de Roux, le fondateur des éditions et des bien connus Cahiers de l’Herne, notamment. Ce fut là pour moi l’occasion d’élaborer avec passion et assiduité un « gay savoir » que cette thèse me permettait d’engager.

B) Deuxième énigme… des écritures inspirées… (en référence aux écrits

inspirés évoqués par Lacan)

Alors dans le cadre de ma thèse sur ces archives paternelles et alors que je travaillais sur mon dossier de prédoctorat, un phénomène assez particulier et inattendu s’est produit, de l’ordre du ou d’un transfert, indiscutablement – mais de quel ordre ?

Je participai à ce moment à un séminaire de recherche à l’université, avec des collègues doctorants pour la plupart, ainsi que mon directeur de thèse et une enseignante du même département. Alors que ce séminaire avait été très ouvert dans les premières séances, l’enseignante devint plus stricte dans ses consignes et sa manière de diriger ce séminaire. Elle donna ainsi un cours très académique sur Roland Barthes, à l’occasion du 100e anniversaire de sa mort, et nous donna pour consigne de dire notre rapport à Barthes.

Face à cette injonction que je trouvai assez désagréable, je rédigeai dans la foulée un texte un peu particulier qui allait devenir « La Fiat @-Barthes »…

Un texte assez particulier qui me procura beaucoup de plaisir dans l’écriture et me fit beaucoup rire moi-même. Joseph a eu la gentillesse de publier sur le site de Psychasoc à l’époque.

Dans ce texte, j’évoque mon père décédé, l’amour et la mort, Ezra Pound et sa poétique, j’y injecte certains poèmes, et surtout dirai-je, il me faut ici insister sur ce petit passage de rédaction qui a surgi, un passage qui me paraît important et qui sera très important pour la suite : je vous le lis :

« Le 1er décembre 1995 à 1 heure du matin, sur la route sinueuse menant au village

de Vufflens-le-Château et après un dîner somptueux à l’Auberge du Soleil, 1 menu à 120.-, 1 menu à 98.-, 1 Puligny Montrachet 1989 à 155.-, 1 Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande 1982 à 210.-, 1 eau, 2 cafés, Jean-Christophe Contini perdit à très vive allure le contrôle de son véhicule, une Fiat Uno bleue, emportant avec lui dans ce tourbillonnement du réel et quelques tonneaux, la femme qui était assise sur le siège passager, Biondetta. 9 Deux vies ont ainsi risqué de rejoindre la tombe d’Umberto Contini à Chigny à 1 kilomètre de là en contrebas, ce somptueux petit cimetière pudique orienté vers le bleu scintillant du Léman et que surplombe de son regard, le protégeant par sa prestance haute et fière, le Château de Vufflens, celui-là même où le linguiste Ferdinand de Saussure émit son dernier souffle, et certainement

ses dernières paroles. Génie du non-lieu ».

J’évoque ensuite dans ce texte un certain nombre d’éléments et de réflexion, notamment en citant un passage de Robert Burton qui évoque l’amour-aveugle, je vous le recommande si vous voulez rigoler ; enfin, ce n’est pas sûr que cela fasse rire tout le monde.

Dans le fil de ce premier texte, et toujours dans une dimension en quelque sorte transférentielle à Barthes, ou « à je ne sais quoi » – il me faut rappeler ici que tout cela a surgi hors analyse ou post-analyse pourrait-on dire —, un second texte a surgi ensuite, un poème, un peu particulier, que j’ai intitulé « l’en-pire du rire ».

J’ai en quelque sorte écrit ce qui a surgi, puis je l’ai mis en forme en usant de quelques repères tirés de mes expériences et de ma connaissance de la psychanalyse, d’une manière un peu délirante, mais enfin, l’un de mes directeurs, poète reconnu à ses heures, dit souvent qu’un poème est un délire organisé… Alors pour celui-ci, je l’ai organisée en fonction de ;

  • deux colonnes pour la fonction phallique
  • des s1 et des s2, les s1 étant repris du livre de Barthes Le Plaisir du texte
  • d’une forme d’essaims, comme le titre de la revue éponyme, comme les

formes littorales qu’évoque Lacan dans « Lituraterre », des s1 rongeant le rivage des essaims s2 ;

  • des correspondances de contingences entre la colonne de droite et de

gauche.

À la fin de ce poème, je découvre, en faisant quelques recherches et après avoir beaucoup lu parallèlement, que Barthes a perdu son père alors qu’il avait deux ans, un peu comme moi, et que sans doute il n’en a eu lui non plus aucun souvenir ? On connaît la douleur de Barthes suite à la mort de sa mère, mais je crois que la mort de son père est un événement qui n’a pas été véritablement pris en compte ni analysé.

Bref, pour ma part, ce poème est assez fondateur, de ce que j’ai appelé une poétique analytique, ou « la poétique analytique », qui d’ailleurs n’existe pas, c’est-à-dire un questionnement et des tâtonnements autour de la question de l’écriture et de la psychanalyse, de la lettre au fond, hors cure dirai-je, mais postcure tout de même.

C’était une question de Serge André qui disait quant à lui « l’écriture commence là où finit la psychanalyse »… Pour ma part, je n’en suis pas si sûr, mais cela n’est pas très important ici. Ce qui m’intéresse dans ce poème curieux qui a surgi sous le mode de la création, c’est qu’il s’agit en quelque sorte de la réalisation symbolique d’un deuil impossible, celui de mon père mort à une période dont je ne me souviens pas… Il s’agit en tous les cas d’une adresse, d’une recherche d’adresse. Une amie à qui j’avais montré ce poème et qui venait d’être maman m’a dit qu’elle pourrait le mettre au-dessus du berceau de son enfant, comme à la place où on mettait jadis les crucifix…

Bon, là il y aurait des choses à creuser (autour de mon prénom et des fantasmes que je pourrais lui attribuer – ou des constructions qui nourriraient un mythe individuel autour de ce prénom qui m’affuble), mais ce n’est pas tant le sujet… Je ne sais pas s’il s’agit de psychanalyse amusante, comme le disait Lacan, mais en tout cas et pour ma part, je me suis bien amusé.

Jaillissements délirants et jouissifs Il me faut ici encore préciser une chose, à savoir que ces textes ont jailli dans le cadre d’un sentiment que je qualifierai d’urgence, en novembre 2015, alors que je devais rendre et soutenir mon dossier de prédoctorat en décembre. J’ai donc travaillé presque nuit et jour sur cette rédaction, pris dans des surgissements textuels inattendus, qui m’ont pris, mais que je me suis décidé à suivre sans discuter. C’est-à-dire que j’ai accepté ces surgissements et que je me suis laissé aller à en être en quelque sorte le scribe.

Bien que le cadre soit totalement différent, j’ai suivi à la lettre cette injonction qu’évoque Freud dans une lettre au Pasteur Pfister et qu’avais entendu Joseph citer à plusieurs reprises :

« Il faut être sans scrupules, s’exposer, se livrer en pâture, se trahir, se conduire comme un artiste qui achète ses couleurs avec l’argent du ménage et brûle ses meubles pour chauffer le modèle. Sans quelqu’une de ses actions criminelles, on ne peut rien

accomplir correctement ».

Et c’est précisément ce que j’ai fait en saisissant tout ce qui a surgi dans le cadre de la rédaction de mon dossier de prédoctorat, des surgissements sans queue ni tête, que j’ai fixés par l’écriture et insérés tantôt au début, tantôt à la fin, tantôt au milieu du reste du projet du document.

Cela a donné un dossier que j’ai présenté et qui bien évidemment a été refusé par mon directeur et le président de ma thèse, fort heureusement d’ailleurs, mais cela a constitué une extraction, une extraction de jouissance, je crois qu’on ne peut pas le dire autrement, qui aura été nécessaire, à la clarté des analyses que j’allais proposer dans le cadre de ma thèse.

J’ai rassemblé tous les éléments qui constituent cette extraction, ou peut-être pourrais-je dire soustraction de jouissance ?

J’aimerais notamment ce bout de texte que j’ai évoqué précédemment à propos de la Fiat@Barthes et qui est revenu et que j’ai repris dans cette rédaction, mais qui s’est prolongé par une étrange expérience que j’ai fixée presque instantanément sur le moment alors que j’étais en train d’écrire. Alors je vous le lis, mais ne vous garantis pas de ne pas être aspiré, car ce texte constitue pour moi un vortex, j’en reparlerai plus loin :

vies ayant ainsi risqué de rejoindre la tombe d’Umberto Contini à Chigny à 1 kilomètre de là en contrebas, ce somptueux petit cimetière pudique orienté vers le bleu scintillant du Léman et que surplombe de son regard, le protégeant par sa prestance haute et fière, le Château de Vufflens, celui-là même où le linguiste Ferdinand de Saussure émit son

dernier souffle, et certainement ses dernières paroles, […] …juste au-dessus de lieu-dit La Morgette, génie du non-lieu, où Jean-Christophe

Contini fut jeté par la mort dans la vie et où il rencontra pour la première fois cet handicapé cet homme pervers qui le viola quand il avait neuf années et qui lui fit découvrir et éprouver à même son corps pour la toute première fois ce que c’est que de vivre un crime contre l’humanité et de perdre son visage dans les reflets des bleus de

l’eau de la Fontaine.

Au moment où j’écris toutes mes larmes du monde jaillissent, je me lève et ma gorge

se serre, se crispe, je le sens, ma bouche s’entr-grande-ouvre dans une grimace que je ne vois pas et un cri silencieux éclate de sa toute petite voix, il ne vient pas dans les sons, je le retiens, mais il est là JE LE VOIS, ce cri, ce cri étouffé et forclos depuis trente ans, celui que Munch a peint et je sais maintenant que j’ai trouvé ce que j’ai toujours cherché depuis toutes ces années, ce cri, celui de ma vie, ce S1 fondamental, cet essaim qui bruisse et qui bourdonne à l’intérieur de moi en mon sein, ma vérité qui se mi-dit

dans un cri du corps sans voix que je peux voir et sentir devant moi. »

Au fond, à travers cette expérience, ce vortex, ce qui n’est pas sans faire écho aux mouvements poétiques auxquels Ezra Pound est associé, l’imagisme et le vorticisme, c’est un point commun que je retrouve à travers ce et ces traumatismes vécus, à savoir ceux des accidents.

Dans plusieurs rêves successifs, en temps de cure, j’en suis arrivé à retrouver presque à chaque fois un point, un seul point, mais qui s’est présenté à plusieurs endroits, un point où convergent tous les accidents vécus en rêve, comme un point de régression, comme on dit en statistiques : une droite de régression, cette droite qui, dans un nuage de points, est celle qui passe au plus proche de tous les points déterminés.

Non seulement, ce point de régression me ramène aux accidents qui se sont manifestés dans mes rêves – il s’agit la plupart du temps d’accident de la route, dans mes rêves sur des autoroutes, sans doute en lien avec les deux accidents de la route violents que j’ai réellement vécus vers l’âge de vingt ans, mais également au petit accident de vélo que j’avais réellement vécu et qui s’est représenté en rêve, un accident sur un chemin de terre, sur lequel voulant aller trop vite et faire la course avec un vélomoteur, j’ai chuté, violemment, me cognant le front contre une pierre, choc qui me vaut une cicatrice qui me reste encore, et qui se conjugue, dans un autre rêve, avec ce que j’ai appelé le choc du langage, se manifestant dans ce rêve par une pierre de forme polyédrique, qui arrive en ma direction alors que je me penche par la fenêtre de mon enfance au-dessus de la rivière.

Alors, point de traumatisme de l’abus sexuel, choc du langage et marque de l’accident, il me semble pouvoir ici situer ce point de régression comme un vortex, susceptible de m’aspirer dans le trou du troumatisme. C’est pour moi, à travers l’écriture, pour le cas de ce qui a surgi dans mon dossier de prédoctorat, le point qui me permet de cerner ce lieu extime, qui fait trauma de mon inscription d’être dans le langage, l’ombilic, comme le dit Freud à propos des rêves.

Il me faut ici toutefois ponctuer un élément qui me semble important et qui tient à cette cicatrice, marque qui résulte de mon petit accident de vélo et qui se présente, il me semble que c’est que me signifia le médecin après qu’il m’ait administré quelques points de suture, une cicatrice qui se présente comme un z à l’envers.

Cela me renvoie à cette expérience que j’ai insérée dans mes carnets d’analyse au moment de ma cure, et qui m’a fait me photographier cette cicatrice en me regardant dans le miroir, puis me photographiant directement, un peu décontenancé par l’envers et l’endroit de ce z dans le miroir retourné.

Il y a donc là un élément spéculaire que je souligne et qui est important, j’y reviendrai dans la troisième partie.

Je peux, me semble-t-il, maintenant clore cette partie consacrée à ce que je pourrai appeler mes écrits inspirés, carnets, poèmes et textes de poétique analytique, dossier de prédoctorat poétiquement délirant… Un délire organisé en quelque sorte…

Troisième partie : « De la maladie à l’écriture : chasse à l’être, chasse aux lettres » : des énigmes constitutives… de projets…

Bien, pour conclure sur ces « écritures inspirées », j’aimerais considérer que tant les carnets, qui ont surgi dans le cours de mon analyse, tant cette poétique analytique, qui a surgi dans le cadre de ma thèse fondée sur les archives de mon père, ont été à proprement parler des énigmes, énigmes dont Lacan disait qu’elles constituaient le comble du sens.

Ces énigmes m’ont ainsi mis au travail et m’ont conduit à élaborer plusieurs projets de recherche, qui n’ont pas directement abouti à une recherche concrètement inscrite dans une institution de recherche, ou dans le cadre d’une formation, mais cela a presque et failli être le cas.

Un des premiers projets de recherche que j’ai élaborés était ainsi fondé sur l’énigme de mes carnets d’analyse, un projet que j’avais adressé à mon analyste en lui demandant une orientation possible pour un projet de thèse, puisqu’il était également professeur de psychiatrie à l’université.

J’avais intitulé ce projet « Brouillons de soi, génétique textuelle, matérialisme discursif et psychanalyse ».

En 2017, je tentai de relancer la chose en rédigeant un projet de doctorat intitulé « De l’ombilic du rêve à l’indicible troud’R du cri : épiphanie et traces de la lettre du transfert… avec Freud, Lacan, Foucault, Mallarmé… »

J’ai finalement fait le choix de ne pas m’engager dans cette thèse doctorale, que Jacques Cabassut, que je profite de remercie ici publiquement, avait pourtant accepté de diriger, pour faire le choix de me consacrer à d’autres publications issues de mon premier travail de thèse consacré à l’agir des éducateurs spécialisés, tout comme à la réalisation de ma seconde thèse.

CONCRÉTISATIONS Deux thèses de doctorat J’ai donc soutenu une première thèse de doctorat en janvier 2017 et me suis attelé dans la foulée à publier deux ouvrages que j’ai élaborés cette même année ; ainsi que plusieurs textes dans divers ouvrages et revues dans les dernières années (je les indiquerai dans une bibliographie que je joindrai à mon texte lorsque je l’aurai finalisé.

J’ai soutenu ensuite une seconde thèse en janvier 2019, et me suis, de la même manière, attelé ensuite à des publications qui pourraient lui faire suite.

Par une sorte de hasard, ou tout du moins de manière inattendue, ne supportant pas le VIDE d’après thèse, j’ai travaillé comme un sourd à l’élaboration d’une anthologie de poésie consacrée au poète suisse Gilbert Trolliet, avec qui mon père avait collaboré et dont j’avais découvert l’existence dans le cadre de ma recherche doctorale.

J’avais, certes, ébauché dans le fil de ma seconde trois articles et envisagé deux projets de publication, mais cette anthologie s’est imposée de manière inattendue, quoiqu’à bien y réfléchir, je dirais plutôt qu’il est agi d’une occasion saisie.

Alors, j’aimerai maintenant encore faire un détour du côté de la poésie, avec le sous-titre que j’ai choisi pour évoquer la question :

Un souci de poésie : la poétique analytique comme invention…

Toujours dans le fil de ce que j’appelle mes bricolages, notamment ce poème et ce texte autour de Barthes dont j’ai parlé précédemment – La Fiat @-Barthes et l’En-pire du rire –, je me suis depuis 2015 consacré à une tentative poétique un peu particulière consistant à reprendre tous les rêves que j’avais retranscrits durant ma cure analytique, pour les transformer en poèmes, en essaims de poèmes, ou tout du moins dans une recherche de forme plus que de ver-sification.

Après cinq ans, j’ai envoyé un premier manuscrit à un petit éditeur, qui ne l’a pas pris, le trouvant trop mallarméen… ce qui n’était pas pour me déplaire.

J’avais depuis abandonné l’idée de le publier, ou l’avais tout du moins laissé en jachère.

Pendant la pandémie, et alors que je désespérais de souffrir des nuisances de mes voisins, j’écrivis un texte in-montrable à leur encontre INSECTES, mais aussi fit une expérience poétique assez particulière pour dire mon habitat trop étroit.

Je rédigeais avec passion, c’est-à-dire dans une forme de jouissance, Le Monde est trop vaste – que j’ai intitulé ensuite Dans l’œil du monde, une sorte de cheminement poétique que j’ai élaboré en reprenant quasi exclusivement des bribes de vers tirés de plusieurs lectures simultanées des Cantos d’Ezra Pound, mais aussi des Carnets de Paul Valéry et du Quarto Gallimard de (balaise me fait dire une faute de frappe) Blaise Cendrars : Partir.

Dans une sorte de transe intérieure, je rédigeai de manière presque compulsive ces poèmes, avec le sentiment de retrouver dans le même temps le cheminement dans lequel le fil de mes rêves, repris dans le recueil précédent, m’avait conduit. Ce fut encore une fois une drôle d’expérience, et en ce sens je dirais une énigme supplémentaire, puisque c’était moi qui avais composé ces poèmes, mais avec les mots et les vers des autres. Quoiqu’aujourd’hui, je ne suis pas sûr de pouvoir distinguer les deux…

J’ai réalisé encore quelques pages en utilisant cette méthode, puis me suis attelé plus tard, toujours en temps de pandémie, me semble-t-il, à deux autres entreprises où l’écriture des poèmes est plus personnelle, mais toujours avec un souci en quelque sorte analytique dans la démarche, c’est-à-dire de traiter des éléments personnels. Temps perdu et Auto-analytique sont ces deux dernières expériences… qui seront peut-être publiées dans un recueil repris et reprenant l’ensemble de ces expériences.

Bien, j’en ai terminé sur l’évocation et la présentation de mes bricolages d’écriture, et j’aimerai pour conclure revenir maintenant sur la question de la psychanalyse.

Et notamment sur le fait qu’à la sortie de la pandémie, et du fait d’être revenu à Lausanne après des années en quelque sorte nomades, je suis retourné suivre quelques séminaires et journées organisées par l’association de psychanalyse que j’avais passablement fréquentée dix ans auparavant, toujours par périodes, c’est-à-dire de manière discontinue.

En lien avec les bricolages réalisés et évoqués précédemment, je dois encore préciser que de manières répétées ces dernières années, j’ai quasi chaque été vécu un épisode de vacance, de passage à vide, assez pesant, déprimant, désagréable, notamment parce c’est la période creuse où les universités et de nombreuses activités sont interrompues… C’est à ces périodes que j’ai ressenti le plus fortement ce que j’appelle un désir d’ailleurs, de fuite probablement, une envie de partir en quelque façon, et que j’ai rédigé un certain nombre de textes dont je n’ai pas encore parlé ici :

Un projet de recherche que j’ai intitulé Révérences, et qui s’intéresse aux écrivains devant la mort, notamment ; j’ai donc lu beaucoup de livres sur ce sujet délicat, celui de la mort en quelque sorte, mais aussi une sorte d’autobiographie, que j’avais intitulée Exodium, ce qui est un titre un peu curieux, avec un sous-titre un peu particulier également : l’homme en panne…

Ces pannes se sont répétées à plusieurs reprises et font à mon sens série…

En participant de nouveau à quelques activités de cette association de psychanalyse, dont les thématiques étaient des présentations de cas cliniques et une série de journées autour de la passe, avec témoignage de plusieurs AE, je me suis remis dans un travail d’analysant, en quelque sorte, et j’ai un peu refait le tour avec des surgissements que j’ai, comme je l’avais fait à l’époque de ma cure, fixé par des notes sur papier. J’y retrouvai un certain nombre de choses que j’avais déjà identifiées, mais délestées de beaucoup de choses qui m’avaient encombré à l’époque.

Parallèlement et lors d’une de ces pannes estivales, je me suis rendu compte qu’il s’agissait là en quelque sorte de quelque chose de l’ordre d’un masochisme moral, à savoir qu’il me semblait que j’alimentais, inconsciemment, ce mal-être et qu’en quelque sorte j’en remettais des couches…

Cela m’a conduit à lire ce que j’avais en bibliothèque sur le sujet, à relire également ce que j’avais déjà lu sur la névrose obsessionnelle, qui me semblait jusqu’alors être la structure névrotique me correspondant le mieux sur un certain nombre de symptômes.

Finalement, je me suis rappelé les dernières séances de mon analyse furent extrêmement pesantes et lourdes, une pesanteur à laquelle j’avais mis fin, gardant en écho le souvenir d’un terme utilisé par mon analyste, presque de manière provocatrice : « oh, une réaction thérapeutique négative »…

M’intéressant de plus près à cette question, notamment dans certains textes de Pontalis, cela m’a ramené à la question de la pulsion de mort, à son silence assourdissant qu’il me semble avoir ressenti à certains moments dans ces dernières séances, des séances insupportables sous le regard de mon analyste, sous le regard de la présence de l’Autre, dans une inhibition parfois très forte et pesante, comme si j’étais figé en attendant que ça passe, en attendant la fin…

Une position mélancolique…

Dans mes recherches et lectures, un petit livre a fait fonction de révélateur, un livre de Ludivine Richaud intitulé De la mélancolie amoureuse à l’amour de la mélancolie.

Ce livre a fait effet, notamment du fait qu’il m’a permis de saisir les proximités et les différences, qui ne sont pas si simples à distinguer, entre névrose obsessionnelle et mélancolie.

J’ai donc lu tout ce que j’ai trouvé sur la mélancolie, et pas seulement dans le champ psychanalytique, et j’en suis arrivé étrangement à une sorte d’auto-diagnostic mélancolique, sur fond de fractales obsessionnelles, névrotiques quelque façon.

Alors, je ne vais m’attarder sur la question du diagnostic, mais il y a un certain nombre d’éléments qui me convainquent et ne me laissent pas de doutes sur la chose. Par exemple, j’ai pensé pendant un certain temps que j’avais une pensée en quelque sorte sexualisée, ce qui ne veut pas dire grand-chose, mais enfin c’est une manière de dire la chose, parce que j’avais toujours l’impression que la machine tournait à plein régime sans arrêt.

Ce qui est assez vrai. En méditant, en écoutant, je me suis rendu compte qu’il y avait en effet un certain disque qui tournait presque en permanence, et je me suis rendu compte qu’il s’agissait en réalité, si je l’exprimais à voix haute, d’un flot ordurier, d’un flot permanent d’injures dégradantes…

Disant cela, je vois le visage de ma mère dans le miroir de la salle de bains, quand j’étais adolescent, et me rappelle sa voix hurlante à l’époque de mon enfance.

Ma mère, c’était en quelque sorte la bouche d’ombre qu’évoque Rimbaud à propos de la sienne, elle criait et hurlait tout le temps, sur tout le monde. Je me souviens par exemple d’un épisode où elle entre dans l’appartement à ma recherche et en hurlant : je m’étais caché sous le canapé (faut le faire tout de même), jusqu’à abandonner et sortir terrifié par la voix…

Je me rappelle aussi de toutes ses phrases humiliantes à l’adolescence, relatives à l’odeur de ma transpiration, à mon accent lorsque je parlais en italien pour demander le chemin pendant les vacances en Sicile, les reproches en vacances parce que j’étais allé me promener avec deux compatriotes… Bref, en gros, un flot de reproches, un travail du Surmoi, le surmoi sur moi…

Alors : Constructions ou inventions… ?

Alors bon, tout cela, ce sont des constructions, des constructions dans le sens de ce que Freud évoque dans son texte Constructions dans l’analyse, à savoir qu’il faut « pêcher la carpe de la vérité avec l’hameçon du mensonge »…

Pour terminer cette partie, j’aimerai encore évoquer quelques bribes, entre construction et invention. Ce n’est que très récemment que je suis revenu à ce que François Tosquelles dit dans une conférence qui ouvre le petit film que l’on trouve en ligne Une politique de la folie. Dans cette conférence, Tosquelles dit que le patient ne se rappelle de rien de ses anecdotes et il ajoute : « eh bien, y a qu’à l’inventer ! ».

Tous les cheminements que j’ai suivis et que je vous ai relatés précédemment m’ont en effet conduit et ramené à la période de mon enfance dont je ne me rappelle rien, c’est-à-dire sans certainement mes trois premières années.

(Tout d’abord cette anecdote rappelée par ma mère de la longue attente dans le couloir de l’hôpital juste après ma naissance. J’invente, mais me dit, en écho aux rêves et au travail de ma cure, qu’il y a là dû avoir un moment de forte satisfaction après la détresse de la naissance et de la chute dans le monde aérien, une satisfaction relative à une accroche au sein auquel je me serai raccroché. Il y a quelque chose là du côté du ne plus bouger.)

Au moment de ma naissance et pendant trois ans, c’est sans doute mon père qui s’est occupé de moi, puisqu’il venait de prendre sa retraite, confiant la direction du home qu’il dirigeait à ma mère, laquelle a commencé sa formation d0’éducatrice en cours d’emploi au même moment. Elle devait donc être passablement occupée et absente.

Je ne sais pas vraiment ce qu’il s’est passé et comment ça s’est passé à l’époque, mais je me dis qu’il y a quelque chose là dont je ne me souviens pas : mon père, je le sais grâce à mes travaux et ses archives, était tout de même un peu mélancolique, et il devait sans doute déjà être atteint par une tumeur au cerveau. Je ne sais pas pourquoi, je pense aux volutes de fumée, il fumait beaucoup, et je me demande dans quelle atmosphère j’ai grandi ces premières années.

Atmosphère en effet, car mon frère, plus âgé que moi, m’a raconté qu’il faisait des cauchemars à cette époque en raison des engueulades de ma mère à l’encontre de son mari… Bonjour l’ambiance, me dis-je… En termes de soins, et pour avoir vu plus tard ma mère s’occuper de garder des nourrissons, j’ai pu constater ses gestes quelque peu mécaniques, sa façon un peu brusque de nourrir les petits, trop rapidement, sans laisser de temps et d’espace entre les bouchées…

Bref, je me dis que cette période n’a peut-être pas été très rassurante, qu’elle a peut-être été nourrie de longues attentes, de séparations, bon voilà, je n’en saurai jamais plus et sans doute jamais rien…

Alors toutes ces choses m’amènent encore à évoquer, et à rattacher peut-être à cette période, quelque chose qui m’habite comme une faille, je ne sais pas s’il faut dire du côté de l’identification, du narcissisme, du spéculaire en tous les cas dirais-je, puisque tout ce que j’ai mis au travail me ramène à cette faille qui soutient ce que je pense être à certains moments que j’ai évoqué précédemment une position mélancolique.

Lorsque j’évoque cela, j’ai toute une série d’images spéculaires, c’est-à-dire tout un jeu de miroirs qui se télescopent dans mon esprit, je vois le visage de ma mère dans le miroir alors qu’elle se coiffe, je vois la photographie de mon père sur son vieux passeport qui date des années vingt, je crois, je vois le reflet de mon oncle poète dans une vitrine sportive (mon père était sportif) dans un rêve évoqué dans ma cure et où je découvre ensuite, toujours dans le rêve, le visage du frère de mon analyse sur le journal…

Je ne l’ai compris que très récemment, je pense que la rencontre de mon oncle aura été très importante dans mon cheminement et que cette rencontre aura permis que quelque chose opère de l’ordre de l’identification du côté de mes origines et de ma famille paternelle, qui est venu en quelque sorte tamponner les suintements s’écoulant de cette faille ou fragilité narcissique évoquée.

Autour de mes vingt ans, je m’étais d’ailleurs préoccupé de récupérer ma nationalité italienne auprès du Consulat d’Italie, et ce n’est que pendant ma cure analytique que je suis allé conclure cette démarche pour l’obtention du passeport italien, que je viens d’ailleurs de renouveler en décembre dernier…

Je peux maintenant brandir mon passeport avec ma photographie, comme je brandissais celui de mon père avec étonnement en consultant ses archives… J’avais d’ailleurs photographié ces deux passeports et les avais intégrés dans mes carnets d’analyse…

Bien, je m’arrête là pour cette troisième partie, ainsi que pour l’évocation de ce que j’ai appelé, autour de la pratique et du maniement de la lettre, mes bricolages, poétiques et poïétique.

Alors, la conclusion maintenant…

Conclusion : « Valse à trois temps et pratique méthodologique et indiciaire de la lettre : lecture (R), parole (S), écriture (I) »

« Foule infinie : notre clan. Ce n’est pas dans la glace qu’il faut se considérer. Hommes, regardez-vous dans le papier » Henri Michaux, Passages (Paris, L’imaginaire Gallimard, p. 60.)

Alors, à partir de cette citation, je pourrais conclure en me posant la question : mais où est-ce que tout ce cheminement t’a mené ?

Réponse : à devenir moi-même…

« Deviens qui tu es » est une phrase que Nietzsche propose sous la forme de l’impératif dans Ainsi parlait Zarathoustra, mais il l’évoque aussi dans plusieurs lettres et cette maxime constitue le sous-titre de Ecce Uomo : « Comment on devient qui on est »… ;

« deviens ce que tu as appris à être », ou « deviens ce que tu es, l’ayant appris », ou encore « deviens tel que tu as appris à être », dans le texte de Pindare selon l’édition des Belles-lettres et la traduction d’Aimé Puech : « Sois tel que tu as appris à te connaître » (Pythique, II, p.45-46).

Voici la citation dans Ainsi parlait Zarathoustra :

Car bien suis celui-là qui, foncièrement et dès l’origine, tire, attire, élève, soulève, entraîne, forme, éduque, qui jadis ne s’est jamais à lui-même dit sans raison : « Deviens qui tu es ! ».

Alors, sans m’attarder sur cette citation, je le présente comme énigme, j’aimerais encore mettre en relief une autre citation de Pindare des Pythiques qui a fait énigme pour moi et qui dit de l’homme :

« Êtres éphémères ! Qu’est chacun de nous, que n’est-il pas ? L’homme est le rêve d’une ombre. Mais quand les dieux dirigent sur lui un rayon, un éclat brillant l’environne, et son existence est douce. » (Pindare, Pythiques. Paris : Les Belles Lettres, 2003, p. 124.)

Dans le fil de la mort de Dieu annoncée par Nietzsche, c’est là je crois le grand problème de la modernité et de la postmodernité : d’où peut maintenant venir ce rayon, qui nous environne d’un éclat brillant ?

Alors je me risquerai, avec prudence et en termes de proposition, de répondre : le transfert, les lumières du transfert ; et c’est peut-être là que se pose la question que peut exercer la psychanalyse en termes de fonction dans le social.

Donc si je devais résumer en deux mots tout ce que je viens de dire ce matin, je dirais qu’il a été au fond question de la question du transfert d’une part, de la question des traces d’autre part, des traces et des modalités méthodologiques permettant leur traitement à partir du concept de trajectoire, concept utilisé par Michel de Certeau dans L’Invention du quotidien pour étudier les arts de faire et les habitudes du quotidien en se fondant sur le concept de lignes d’erre de Fernand Deligny (je vous renvoie ici au chapitre 3 de cet ouvrage : « Faire avec : usages et tactiques »).

*

Donc, dernier mot de présentation, en prenant la métaphore de la chasse, on pourrait se demander quelle est la chose ou quelles sont les choses que j’ai tenté de saisir aujourd’hui dans les propos que je vous ai adressés ?

Je répondrai : la lettre, du moins ses entours, puisqu’au lieu de la lettre, si tant est que ce lieu existe, il n’y a que la trace de sa marque, trace de la frappe de la lettre, marque de cet oubli. La trace indique que quelque chose a changé, l’oubli est donc la trace que quelque chose s’est passé, même si l’on ne se souvient plus et que l’on ne retrouvera pas la chose dont il s’agit, puisqu’elle n’a peut-être, comme l’objet perdu freudien, jamais existé…

Instance de la lettre, cependant, comme le dit Lacan, puisqu’il y a quelque chose qui a insisté et dont j’ai tenté de témoigner, à ma façon.

Ce que j’ai donc essayé dans cette présentation, c’est d’identifier et de mettre en relief un certain nombre d’indices, au sens de Charles Pearce, l’indice ayant un lien sensible à la chose et constituant ici des indices discursifs.

Voilà, je vous remercie de m’avoir écouté.

Bibliographie personnelle

Ouvrages L’Identité indicible : le « savoir-faire » en éducation spécialisée, Bâle, Schwabe, 2019.

Éducation spécialisée : l’écriture de l’agir. La fabrication du quotidien, Paris, L’Harmattan, 2020.

Édition Gilbert Trolliet, Le Fleuve et l’Être. Choix de poèmes (1927-1978), préface d’Alain Borer, postface de Valère Novarina, Paris, Mercure de France, 2021.

Préface « Chansons de geste d’un troubadour et autres « présences… », préface à l’ouvrage de Jean-François Gomez, Délivrez-nous du management ! Monde d’avant et monde d’après dans les métiers de l’humain, Paris, éditions Libre et Solidaire, 2022.

Contributions « Une amnistie sans pardon : Ezra Pound en France. Premiers passages et passeurs d’une réception », dans Benoît Tadié, Anne Reynes-Delobel (S/s. la dir. de), Passeurs de la littérature américaine en France, 1917-1967, dans Transatlantica, 2022.

« Violences sexuelles et traumatisme. Réflexion sur une double paralysie de la pensée », dans Le Sociographe no.79 (« Mineurs victimes de violences sexuelles. Accueillir et accompagner), Association Le Sociographe, septembre 2022. « La lecture des livres et des écritures ordinaires-mineures en éducation spécialisée. Lire c'est agir ! », dans Le Sociographe 2022/1 no.77 (« Braconnages bibliographiques. Le travailleur social et la lecture »), Association Sociographe, mars 2022.

« Ezra Pound : Tel quel ! », TRANS- [En ligne], 26 | 2021, mis en ligne le 22 mars 2021. « L’écriture comme génétique et politique du quotidien : l’exemple du cahier de bord en éducation spécialisée », dans Connexions, no. 114, Toulouse, Érès « Dans les voiles de l’éducation spécialisée : écritures et cris de la limite », dans Sébastien Fournier et Joseph Rouzel (dir.) L’Éducation spécialisée : enjeux éthiques, politiques, cliniques, Paris, L’Harmattan, 2020. « Déterminé pour ne pas l’être : peut-on parler d’un agir discrétionnaire, entre éducation spécialisée et travail social ? », dans Marc-Henry Soulet (Éd.), Pouvoir discrétionnaire pratique réflexive. La position paradoxale des « faiseurs » d’action publique, Bâle, Schwabe, 2020.

« Vertige des passions et clinique de la limite : la pratique de la prudence en éducation spécialisée », dans Morgane Kuehni (Éd.), Le Travail social sous l’œil de la prudence, Bâle, Schwabe, 2020.

« L’agir éducatif spécialisé : la transmission des limites dans la pratique professionnelle », dans Revue Suisse de pédagogie spécialisée, no. 3, Berne, 2019.

« Parole de l’ombre », dans Cultures & Sociétés, no. 26, Paris, Téraèdre/L'Harmattan, 2013.

Bibliographie générale

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Notes

  1. j’aurai été pour ce que je suis en train de devenir ». Jacques Lacan, Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 300 ».
  2. (« Postface », publiée à la suite de la transcription par J.A. Miller du Séminaire de 1964 qu’il intitule : « Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse », Seuil, 1973, p. 251-254.)
  3. « 25. Cette proposition, cette idée est née, a été nourrie et élevée, construite et élaborée, créée, au cinquième étage du Chemin de la Grosse-Pierre 8 à Morges, au numéro 507 dans un logement d’une pièce avec 1 petite cuisine, une salle de bain, au milieu de mes livres, l’ordinateur branché sur mon IPhone connecté à internet, en écoutant en boucle le disque de John Scofield Up all night, son album de cantos musicaux à lui, voyant à travers la porte-fenêtre l’hôpital de Morges où je suis né le 29 avril 1975 à 1 :18 du matin et à deux ou trois kilomètres à peine de l’endroit où le 1er décembre 1995 vers 1 heure du matin, sur la route sinueuse menant au village de Vufflensle- Château et après un dîner somptueux à l’Auberge du Soleil de Bursins, 1 menu à 120.-, 1 menu à 98.-, 1 Puligny Montrachet 1989 à 155.-, 1 Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande 1982 à 210.-, 1 eau, 2 cafés, et après avoir emprunté la route du vignoble, Jean-Christophe Contini perdit à très vive allure le contrôle de son véhicule, une Fiat Uno bleue, emportant avec lui dans ce tourbillonnement du réel et quelques tonneaux, la femme qui était assise sur le siège passager, Biondetta, deux
  4. « Singulièrement le monde humain, l’humaine — en laquelle à présent je jette ma ligne d’or, et dis : Ouvre-toi abîme humain ! Ouvre-toi et me lance tes poissons et tes scintillants crustacés ! De mon meilleur appât je m’appâte aujourd’hui les plus merveilleux poissons-hommes ! — C’est mon heur même que je lance à tous les lointains et les prochains, entre levants, midi et ponant, pour voir si à mon heur ne sauront se prendre et frétiller maints poissons-hommes. Jusqu’à ce que, mordant à la pointe de mon secret hameçon, il leur faille s’élever jusqu’à ma cime, les plus multicolores goujons de l’abîme, jusques au plus cruel de tous les pêcheurs d’hommes.
Citer ce texte

Jean-Christophe Contini, « Espace(s), écriture(s) et cris de la lettre : bricolages po(ï)étiques et… », L’@psychanalyse, 24 janvier 2023. En ligne : https://www.apsychanalyse.org/textes/jean-christophe-contini-espace-s-ecriture-s-et-cris-de-la-lettre-bricolages-po (consulté le JJ/MM/AAAA).

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