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Sur l’ouvrage de Geneviève Dindart, « Au risque du style et du tracé. Une clinique des formes » (Le Retrait)
Geneviève Dindart, Au risque du style et du tracé. Une clinique des formes, Orange, éditions le Retrait |, 2025, 124 p., 16€.
Le lecteur qui lira ce beau livre aura peut-être le sentiment d’entendre et d’écouter une fugue de Johann Sebastian Bach, La Toccata et fugue en ré mineur, BWV 565 pour ma part, plus particulièrement.
Composé de bric et de broc, sautant parfois du coq à l’âne (« mais du coq à l’âne, il n’y a pas si loin », disait Boris Cyrulnik dans ses travaux d’éthologie) réflexions, pensées, rencontres, expériences et témoignages cliniques divers, l’ouvrage de Geneviève Dindart chemine délicatement et avec beaucoup d’élégance au risque du style et du tracé, justement, avec au final un ensemble de belle tenue érigé sur le socle d’une discontinuité continue, ou d’une continuité discontinue, c’est au choix. Quoique.
La question de la trace et à partir de là de la lettre et de l’artisanat de lettre ouvre des fenêtres étonnantes menant le lecteur à sortir du cadre de la scène au diapason de la fugue, jusqu’à nous amener à traverser, à travers ce qu’elle nomme justement clinique des formes, de l’autre côté du miroir.
Le travail d’écriture est délicat et la réflexion sérieuse, l’auteure nous mène par la main dans des déambulations chaleureuses, sans que l’on ressente l’inquiétante étrangeté que certaines pentes qu’elle arpente dans ce livre auraient pu présager.
« Comme matière première du signifiant et matrice des significations, comme lieu bordé par le plus archaïque de la lettre d’où naîtrait une constellation de lettres, nous pouvons dès lors confondre le lieu et la lettre. Pressés que nous sommes, de trouver le lieu et la formule, comme Rimbaud nous y invite. »
« De mon côté, j’essaie à ma manière, d’écrire et de traduire la psychanalyse : celle qui se parle toujours à la première personne et directement, sans alibi, ou alors en excès, même en perte, ravinement, dépersonnalisation, ravissement ou douleur. »
Geneviève Dindart nous propose ainsi tout au long de son livre, truffé de références poétiques, littéraires et artistiques, de cheminer avec elle dans ses lieux et ses formules, au risque de l’interprétation :
« Créer, greffer, réparer, trois mots pour acter la tentative d’un corps perdu, à un corps retrouvé, avec la tentative de toujours renforcer, et parfois de toute urgence, le monde imaginaire.
Le travail peut aussi se faire sur le divan, où le patient, réunifiant l’image de son corps, peut entrer (enfin) dans le temps de son histoire. » Un livre chaleureux, tendre et émouvant.
Jean Christophe Contini
Citer ce texte
Jean-Christophe Contini, « Sur l’ouvrage de Geneviève Dindart, « Au risque du style et du tracé. Une clinique des formes » (Le Retrait) », L’@psychanalyse, 11 mars 2026. En ligne : https://www.apsychanalyse.org/textes/jean-christophe-contini-sur-l-ouvrage-de-genevieve-dindart-au-risque-du-style (consulté le JJ/MM/AAAA).