Séminaire 2020-2021

* Mardi 16 juin,  Clôture du séminaire... Séance d'abord décalée au 30 juin, puis annulée.

Le dispositif de la cure analytique…

 

« Alors, il faut cliniquer. C’est-à-dire, se coucher. La clinique est toujours liée au lit – on va voir quelqu’un couché. Et on n’a rien trouvé de mieux que de faire se coucher ceux qui s’offrent à la psychanalyse, dans l’espoir d’en tirer un bienfait, lequel n’est pas couru d’avance, il faut le dire. Il est certain que l’homme ne pense pas de la même façon couché ou debout, ne serait-ce que du fait que c’est en position couchée qu’il fait bien des choses, l’amour en particulier, et l’amour l’entraîne à toutes sortes de déclarations. Dans la position couchée, l’homme a l’illusion de dire quelque chose qui soit du dire, c’est-à-dire qui importe dans le réel. » Jacques Lacan, Ouverture de la section clinique de Vincennes, 5 janvier 1977, Ornicar ? n° 9, 1977, pp 7-14. 

Qu’en est-il du dispositif de la cure ? Le terme de setting s’est imposé dans le milieu anglophone. Il semble que ce soit James Strachey qui l’ait proposé. Mais il est problématique: il joue sur le set, l’établi, le figé et perd de la souplesse. Freud en 1904 parle de « procédé » (Verfahren: procédure, procédé, méthode, façon, technique...) et il y ajoute : la « règle fondamentale » (association libre, côté patient; attention suffisamment égale, côté analyste, que j'ai traduit par « attention inattentive »!).  Winnicott en 1956 définit le setting comme « la somme de tous les détails de l’aménagement du dispositif ». José Bleger y intègre et le processus de la cure et le cadre en tant que tel...

 

La pandémie dont on nous rebat les oreilles rebat-telle les cartes au point de modifier les fondements, pratiques et théoriques, du dispositif de la cure ?  L’espace, le temps, le matériel, la présence du corps, la nature de la parole, le geste du paiement… en sont-ils bouleversés ? D’aucuns s’en sont remis aux différents outils techniques que met à disposition notre modernité (téléphone, Skype, WhatsApp etc) pour maintenir le fil de la parole ; d’autres s’en sont tenus à l’impératif d’une cure corps présent et ont par conséquent mis en suspens le processus. Il ne s’agit nullement de polémiquer, mais de mettre en tension les raisons de chacun. Le moment est venu de tirer dans l’après-coup les leçons de cet événement inédit : l’irruption dans nos pratiques d’un réel sans foi ni loi, incarné par un petit virus à la limite du vivant. Un réel du monde qui réveille le réel auquel chaque sujet est confronté. 

 

La notion de dispositif est mise en exergue par Martin Heidegger (à travers le concept de Gestell), Michel Foucault et reprise par Giorgio Agamben qui la définit comme : « … tout ce qui a, d’une manière ou une autre, la capacité de capturer, d’orienter, de déterminer, d’intercepter, de modeler, de contrôler et d’assurer les gestes, les conduites, les opinions et les discours des êtres vivants. » (Qu’est-ce qu'un dispositif ? Rivages poche, 2014). Dans le champ des sciences dites « humaines » le dispositif, avant tout critiqué par Foucault comme dispositif disciplinaire, dans la foulée du Panopticon de Jeremy Bentham,  est surtout pensé comme  « instaurant certains rapports de force pour orienter, bloquer, stabiliser et utiliser des formations sociales prises dans les effets pragmatiques d’un discours, d’une technique, d’une idéologie. » (Wikipedia)

 

Mais cette approche nous suffit-elle ? Qu’offre de spécifique le dispositif de la cure analytique ? Comment échappons-nous aux risques de la pulsion d’emprise ? Comment se traite dans le dispositif la question du pouvoir ? Quels sont les fondamentaux qui en sous-tendent les moyens mis en œuvre ? En quoi ces moyens sont-ils en adéquation avec la visée de la cure ? S’agit-il de  fétichiser le dispositif comme certains s’y prêtent ou bien que chaque praticien, comme le recommandait Freud dans La technique psychanalytique, le fasse à sa main ? Le dispositif en analyse est-il rigidifié ou bien est-ce un champ rigoureux d’invention et de création ?  Qu’en est-il à partir de ce point de butée de nos manières de faire en tant qu’analyste ? Qu’est-ce qu’un corps dans cette pratique singulière ? Comment la parole fait-elle écho dans le corps, entraînant des remaniements subjectifs ? Peut-on virtualiser la dynamique du transfert ? Comment le dispositif lui-même s’inscrit-il dans la cité ? etc.

Anna O. ne désigna-t-elle pas en son temps, le travail de la cure avec Josef Breuer, avant l’invention à proprement parler du dispositif analytique, comme un  « chimney sweeping » (ramonage de cheminée ), à l’aide d’une « talking cure » (cure de parole) ?

Alors aujourd’hui, après cette secousse qui nous a tous touchés dans notre corps, nos pensées, nos modes de relation :  où est la « cheminée » ? Comment ça « ramone », la parole ?  Quelle place pour un corps parlant dans ce dispositif ? Mais aussi, partant, quid du "désir de l’analyste" (Jacques Lacan), du "sujet et de ses institutions" (Julia Kristeva)…  

 

Il s’agira de penser les questions autant dans le cadre strict de la cure analytique que, pour ceux qui y prennent appui, dans ses extensions dans le champ du travail social, du soin et de l’aide psychologique.  

 

Les séances se déroulent le mardi à 19h. dans les locaux de Psychasoc, 3 rue Urbain V, à Montpellier. Code : 4238.

C’est ouvert et gratuit.

Pour nous contacter : apsychanalyse@gmail.com

 

Première séance le mardi 6 octobre.

Joseph Rouzel : Psychanalyse corps présent…

  

17 novembre. Agnès Benedetti

8 décembre. Fred Fliège: "Un dispositif analytique hors les murs".

19 janvier. Jacques Cabassut

16 février. Guillaume Nemer

16 mars. Benoît Le Bouteiller (skype du Brésil)

13 avril. Luminitza Claudepierre Tigirlas: "Ce dire dont l'écriture dispose"

18 mai, Marie-Jean Sauret (Skype de Toulouse)

15 juin, Geneviève Dindart

 

 

 

 

 

 

 

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