J. Rouzel rappelle : « Qu’il s’agisse de la névrose, de la perversion ou de la psychose, il est nécessaire de considérer que le symptôme fait signe d’un sujet qui, dans un processus d’auto-réparation, tente de se bricoler une réalité dans laquelle il puisse vivre2. » En conséquence, dans la psychose, « le symptôme, c’est-à-dire finalement le bricolage du sujet pour constituer une réalité, qu’il s’exprime en formations délirantes ou toute autre invention pratique, n’est pas alors à considérer comme négatif, mais comme une voie de guérison, comme un mode de réparation de ce dommage, de ce ravage radical infligé par l’Autre3. » À propos du Président Schreber, Freud précise ainsi qu’il « rebâtit l’univers, (…) au moyen de son travail délirant. Ce que nous prenons pour une production morbide, la formation du délire, est en réalité une reconstruction4. »
Quelles hypothèses sont avancées quant à l’instauration d’une
psychose ?
Denis Vasse montre que l’enfant ne peut se structurer qu’à partir du moment où le corps se referme (éléments instinctuels comme les couleurs…, les pulsions à l’état brut et à l’état violent qui s’expriment envers l’objet : le père5. Une des difficultés des enfants psychotiques serait à la fois de se repérer soi-même en utilisant le regard maternel dans la fonction du miroir (Winnicott 1934, Lacan, 1936) et ce système de bouchon du flux, de ce nombril qui ne s’est pas fermé… Pour Lacan, le Nom du Père doit être inscrit dès la naissance, et c’est la fonction de la mère de le faire exister. Dans le monde non différencié, un peu chaotique, dans lequel vit le jeune enfant, le père amène son nom et sa grammaire. Le père correspondrait alors à ce que René Kaës nomme l’institution. Lorsqu’il se produit une forclusion, une exclusion, un rejet primordial de ce Nom du Père, l’enfant se retrouverait dans l’impossibilité de se constituer autour du refoulement primaire nécessaire lorsqu’il doit se construire dans une relation triangulaire au moment de l’Œdipe. Pour Lacan, la psychose se situerait principalement autour de cette forclusion.
D.W. Winnicott insiste sur le fond commun à tout sujet : « Notre tâche est rendue infiniment complexe par le fait que nous avons tendance à penser à nos malades psychiatriques non comme à des personnes atteintes de diverses maladies mais comme à des gens blessés dans la lutte que mène l’homme pour son développement, pour son adaptation et pour la vie. Lorsque nous voyons un psychotique, notre sentiment c’est que ‘sans la grâce de Dieu, ce serait moi’. Nous connaissons cette maladie, dont nous voyons un exemple plus poussé devant nous1. » C’est ce que soutient aussi Mélanie Klein, lorsqu’elle avance qu’au cours de notre construction de sujet, nous passerions tous par des phases schizoparanoïdes avant de passer par des phases dépressives. Nous avons pu également toucher du doigt ce qu’il en est de ces angoisses et des éventuels délires qui peuvent surgir, nous envahir, au réveil d’une anesthésie ou encore dans ce qui est nommé un « délire hyperthermique », qui peuvent être accompagnés d’angoisses, comme le morcellement ou la chute. À propos de l’autisme, Howard Buten souligne : « La véritable cause de l’autisme, on ne la connaît pas... En tant que professionnel, je me dois de me méfier des explications psychologiques basées sur des causes invisibles et les souvenirs subjectifs des autres2. »
Les psychanalystes s’accordent de plus aujourd’hui pour ne pas dire d’un sujet – et surtout d’un enfant ou d’un adolescent, lesquels sont en pleine construction d’eux-mêmes - qu’il EST névrosé ou Psychotique, c’est-à-dire à le définir d’une manière figée, définitive. Le « moment critique » de l’adolescence par exemple peut prendre les apparences les plus outrées des manifestations psychotiques. On ne peut pas parler de structure psychique avant l’âge adulte et tout peut encore évoluer. D’où l’importance de ne pas trop se précipiter à cet âge sur un quelconque diagnostic3. (…) Médicaliser, psychiatriser, psychologiser à ce moment-là sont de mauvais aloi. Il s’agit d’accueillir, d’écouter, même parfois sans comprendre4. On parle dorénavant plutôt « d’angoisses psychotiques » en les considérant comme les moyens les moins mauvais que le sujet a trouvé pour tenter de vivre quand même. Il est dit alors que le sujet habite comme il peut une structure pour se défendre contre ses angoisses et pour tenter de vivre tant bien que mal avec son histoire et son environnement. De plus, il n’est pas rare que ce diagnostic lui-même, lorsqu’il est posé, change, évolue. Il et affirmé également qu’un sujet n’est jamais « TOUT psychotique », paranoïaque, obsessionnel, etc. et il existe chez le sujet des zones intactes, des zones apaisées à rechercher et à développer, en espérant que ces parties saines prendront un jour le dessus, tout en prenant en compte que la « part saine » du sujet souffre de ce que fait sa « part psychotique ».
De sa place et dans sa fonction, le professionnel du travail social peut être conduit à accompagner, d’une manière éventuellement complémentaire à une thérapie, des sujets dont les angoisses massives peuvent les inscrire dans le registre de la psychose. Il lui est nécessaire de considérer le psychotique, (le « fou »), « non comme un être entièrement à part, à redresser, orthopédier, soigner, mais comme un parlêtre5 à part entière.... Le classement de ces manifestations, la nosographie très riche développée par le savoir psychiatrique, doivent d’abord être considérés comme faisant signe d’un sujet, plutôt que d’un dysfonctionnement. Soit le sujet s’en débrouille tout seul, et la clinique nous enseigne qu’il existe un savoir-faire remarquable de ces sujets ; soit il faut lui donner un coup de main : c’est toute la noblesse des professionnels du soin et du travail social que de répondre à cette invitation...1 ».
On distingue 4 grandes déclinaisons de la psychose2 La paranoïa
Dans la paranoïa, l’autre persécuteur est extérieur au sujet et ce dernier mène une lutte acharnée, une guerre permanente pour survivre. Le sujet (S) tente une séparation mais il est entouré par l’Autre (A) d’où une relation de persécution. ». Dans un hôpital de jour, Hakim, qu’Henri Bauchau nomme Orion, est un garçon de 13 ans, « en qui alternent l’application, de fortes inhibitions et des crises de violence 3 ». Cet Autre, c’est le « démon de Paris » qui persécute Orion de ses rayons. Howard Buten évoque à quel point la relation avec les autistes est difficile. « Les jours pairs, je me dis qu’en fin de compte je vais acheter une île déserte ; que je vais prendre tous les autistes de la terre et les emmener avec moi, loin des sociétés de soi-disant être humains qui ne se sont jamais donné la peine de leur faire une place, de s’occuper d’eux, d’en prendre soin, de les aimer comme des êtres humains. Je les prendrai tous, et ensemble, entre eux, et près de moi, nous vivrons comme vivent les gens. Et ils seront enfin des êtres humains. Les jours impairs, je me dis que non, en définitive4… »
La schizophrénie
Dans la schizophrénie, la distance entre le sujet et l’Autre est infinie, d’où des tentatives de colmatage, de jointure dans le maniement du langage, en utilisant notamment des condensations, des holophrases, afin de tenter de colmater cette
S A
S A
distance, y compris par des délires. Orion, le jeune décrit par Henri Bauchau1, s’exclame : « Et Pourquoiment et Commentquoi ? « ça bouillonise », « ça bombardise », alors qu’il connaît le vocabulaire habituel. (Nombreux sont les peintres et les poètes qui étaient des grands malades psychotiques : les poètes James Joyce, Louis Wolfson, Raymond Roussel par exemple...).
(Extrait d’un texte de Michaël Lonsdale)
« Les artistes sont très souvent schizophrènes. Mais il faut qu’ils le soient pour être artistes. Ils inventent un monde à eux et ainsi ils peuvent vivre. Avec leurs lois, parce qu’ils ne supportent pas les lois du monde. Heureusement pour eux qu’ils sont schizophrènes. L’art est le lieu de libération, leur bouée de sauvetage. Chagall par exemple peint des vaches vertes dans le ciel parce qu’il voit des vaches vertes. Il les voit. C’est un lieu de liberté absolue. Les artistes sont souvent très en avance sur leur temps. Le temps n’a ni d’arrière, ni d’endroit… Il leur faut ça pour vibrer, pour vivre. Ce n’est pas dans la réalité de notre monde. Ils se soignent à condition de faire comme ils sentent. Tout le monde est extrêmement coincé, d’abord par l’éducation : « Je fais ceci, pas cela. » Et puis vient le moment où : « Je fais autre chose. » Cela peut passer par les sons, les notes de musique, les couleurs… Une autre chose inexprimable. Bien sûr, à propos des vaches vertes dans le ciel, on peut parler de la folie… Les montres molles, par exemple, quand elles ont été peintes par Dali, n’existaient pas dans la réalité. Maintenant si. On commence à en fabriquer. Elles étaient pressenties. De même les prophéties extraordinaires de Victor Hugo sur le monde industriel annoncent la catastrophe. Les artistes savent. »
Le malade schizophrène connaît des angoisses de type paranoïaque : le persécuteur est extérieur au sujet, mais tout peut devenir persécution : une parole, un objet, l’autre qui est le plus proche dans le transfert… Le schizophrène est de ce fait « ni seul, ni en relation ».
Dans son ouvrage, Dialogue avec moi-même, Témoignage d’un schizophrène, Polo Tonka rapporte comment il a été habité jusqu’à l’extrême par des pulsions violentes qui a retournées contre sa femme. Il relie en particulier l’origine de cette violence à ce qu’il a pu vivre au cours de son enfance, alors qu’il était devenu un bouc-émissaire de ses camarades à l’école2.
La mélancolie
La mélancolie est comme l’envers et le retournement de la paranoïa. L’Autre est interne et il persécute le sujet de l’intérieur, par des hallucinations auditives ou visuelles
S A
par exemple. Le mélancolique adopte une série de stratégies pour tenir à l’écart ou pour se débarrasser de ce qui l’encombre. (C’est ce qu’ont vécu par exemple Antonin Artaud ou le philosophe Louis Althusser…)
Ce tyran interne peut être lié à l’envie, l’avidité, la jalousie... Ce peut être le masochisme - ou sadisme retourné contre soi-même -, une idée ou une idéologie délirante. La mélancolie peut conduire au suicide lorsque le sujet veut éliminer définitivement cet Autre qui le menace à l’intérieur de lui.
L’autisme
Howard Buten propose une définition de l’autisme : « À mon sens, le critère qui distingue le plus clairement un autiste de, disons, un cas de psychose infantile – l’air d’être seul quand on n’est pas seul -, l’isolement psychique qu’on observe chez les véritables autistes, qui ne réagissent pas aux bruits inattendus, aux cris et, ce qui est le plus frappant et qui en dit le plus long, ne se retournent pas quand on les appelle. En effet, ce trait, très particulier, est sans doute la caractéristique la plus déterminante de l’autisme1. »
L’autisme peut être représenté par une indistinction, une abolition des frontières entre le sujet et l’Autre. Toutefois, tous deux sont « enfermés dehors », à l’extérieur d’une « forteresse vide » comme l’a décrite Bruno Bettelheim. L’autiste passe son temps et son énergie à renforcer les remparts de cette forteresse, notamment en développant des rituels extrêmement répétitifs afin d’éviter tout contact avec cet Autre. L’autiste est le gardien des frontières, le conservateur de l’ordre du monde, d’un ordre du monde figé, qui doit rester immuable. La moindre modification brouille les frontières où sujet et Autre sont confinés. Il est capital que surtout rien ne bouge. Cette recherche de protection exacerbée de l’autisme se manifeste contre sa propre affectivité, contre la réalité. Le sujet est étranger à lui-même, comme si son corps n’existait pas ou comme si les limites de ce corps n’existaient pas, comme s’il était menacé en permanence de se confondre ou de se diluer dans l’Autre ou encore d’être détruit par l’intrusion de cet Autre en lui. D’où l’importance de ne jamais le menacer de la voix ou du regard. S’ils connaissent des émotions fortes (colère, peur, joie, tristesse, qu’ils expriment clairement « à l’état brut ». Howard Buten souligne que « la plupart des autistes... ne connaissent pas la honte, la fierté, l’amitié, l’empathie, la compassion, l’orgueil ou la générosité2 ».
Samuel, présenté par Salomon Resnik3, s’enferme et re-construit en permanence « un oeuf-maison », une coquille protectrice, comme si « Samuel avait besoin de transformer sa maison en bunker où il se protégerait d’un monde très menaçant ». Il
S A
est entouré et protégé par une escorte de soldats et de prêtres (en deux dimensions, comme des cartes à jouer), qu’il domine. Salomon Resnik se retrouve par moments hors du « cercle » et par moments englouti à l’intérieur de ce cercle ... Il dit un jour à Samuel qu’il se sent paralysé par le regard de celui-ci, comme transformé, aplati, contrôlé, « à la merci de Samuel cartomancien-tyran ».
Dans son ouvrage Le petit prince cannibale, Françoise Lefevre témoigne de son vécu de mère d’un enfant autiste1.
« C’est une chance au fond de pouvoir communiquer avec toi, les moments où tu décides que tu es un autre. C’est toujours toi qui décides quand le jeu commence. Quand il finit. C’est toi qui distribues les dés. J’aime bien te suivre sur les chemins de ton royaume. Je n’ai pas peur de ce déferlement de mots dont je suis le seul témoin. La seule oreille. N’est-ce pas mieux de penser que tu es un Petit Prince plutôt qu’un enfant psychotique, présentant des troubles du comportement et de fortes tendances autistiques ? Ces étiquettes ne m’intéressent pas, aussi grises, aussi anonymes que les murs d’un hôpital. Face à toi, je suis face à un être qu’il faut sauver, un être enseveli sous les décombres. Un emmuré vivant. Te sortir de là. Te tirer de dessous ces pierres enchevêtrées. T’arracher à cette ville morte.
Pendant ces quatre années, le plus dur aura été de subir, non pas ton mutisme et ton silence, mais tes cris atroces et tes rages démentielles. Je crois que j’aurais pu te tuer pour que tu cesses de hurler ainsi, me rendant folle à mon tour. Pour moi les choses sont devenues beaucoup plus supportables quand j’ai cessé de t’affronter, et que je t’ai imaginé hurlant dans tes murs invisibles pour les autres mais qui se resserraient autour de toi. Alors, j’ai cessé de crier à mon tour. Je n’ai plus eu l’envie de te battre, ni de me fracasser la tête à cause de tes abominables cris, stridents, répétitifs, qui étaient une torture. J’ai cru perdre la raison tandis que tu hurlais. Je comprends l’expression voir rouge. J’ai vu rouge plus d’une fois. Mais du jour où j’ai fait taire ces pulsions de malheur dans ton désert, je me suis servie de tout pour aller vers toi et que tu le sentes et le saches. Que tu me voies enfin. (…) Comme après une lutte, un corps à corps sans merci, je te cloue au sol. Te chevauche et te maintiens les poignets. Je scande les syllabes de ton nom. J’attends que tu ne cries plus. Alors, je desserre ma prise, prends tes mains dans les miennes et les passe sur mon visage, dans mes cheveux. Je te dis que moi aussi je pleure parfois. Je te dis aussi : -Tu es mon fils ! Mon petit garçon. Je sais que tu m’entends. Si tu comprends, bouge la main. Comme ça ! – Et je te fais un pied de nez. Tu détournes aussitôt le visage et les yeux pour me cacher l’esquisse de ton sourire…
Je dois être vigilante et ne pas perdre contact avec toi. Ne jamais te laisser dériver seul. Dès que tu tournes des roues, j’essaie de t’entraîner ailleurs. Je touche ton épaule. J’y exerce quelques pressions comme pour te réveiller. Je descends le long de ton bras, sur ta main où je pose la mienne, jusqu’à ce que tu sortes de cette fascination, de cette stupeur hypnotique où te plongent les objets ronds que tu tournes ou encore cette curieuse façon de les tenir en équilibre du bout de tes doigts en psalmodiant deux ou trois syllabes sur un ton si monocorde qu’il en devient obsédant. Longtemps après, ta petite chanson résonne dans ma tête. Je t’appelle en scandant fort les syllabes de ton prénom. Tu te bouches les oreilles. Il arrive aussi que tu t’arrêtes net. Alors commence un rituel que nous répétons plusieurs fois par jour. Avec un air grave et recueilli, tu promènes ta main sur mon visage. Tu t’arrêtes sur mes paupières. Mes cheveux. Nous nous étreignons longuement. Nous traversons les étoiles. J’imprime à ton corps le rythme d’une berceuse millénaire. »
Howard Buten s’interrogera sur le diagnostic d’autisme posé sur Hakim, un jeune accueilli dans le centre qu’il dirige. « Aujourd’hui on parle tout simplement du « spectre autistique » qui comprend autisme et psychose infantile. Cette politique me semble être, de par son manque de précision, justement la plus utile1. » « Au réfectoire, un jeune garçon s’approche de nous, nous tourne autour, le visage neutre. Sa démarche alterne entre des pas normaux et des petits sauts. On dirait que ces petits sauts sont involontaires, presque des réflexes, des explosions à l’intérieur de lui – des petites explosions qui le propulsent en avant, les yeux exorbités, la bouche pincée ; un gémissement en sort parfois. Ce garçon serait miné alors, habité par des mines. Mais, pour qu’une mine saute, il faut que quelqu’un marche dessus, et l’on ne peut pas marcher sur une mine qui se trouve à l’intérieur de soi. Qui marche donc sur les mines à l’intérieur de ce garçon ? Qu’y a-t-il là-dedans ? Maintenant, il fixe le front de l’un d’entre nous, il n’arrive plus à en détacher son regard ; ses yeux s’agrandissent….
Dans un éclair, son bras est parti. Les doigts de sa main courbés en griffe… Ses griffes… Hakim ne ressemble pas exactement à ce qu’on appelle, pour aller vite, un autiste. Il ne se renferme pas derrière un « mur invisible ». Il nous regarde droit dans les yeux, il cherche toujours à être près de nous, trop près même. Son visage est très expressif et, à part quelques gestes stéréotypés classiques - regarde fixement les doigts de sa main qu’il brandit au niveau de sa tête, tourne sur lui-même comme un derviche -, on ne constate pas la plupart des caractéristiques qui font de quelqu’un un autiste, pour aller vite. Il mord, en revanche. Il nous tape sur le crâne. Il nous griffe les yeux. Il nous lacère les mains. Il nous casse des assiettes sur la tête. Il nous crache à la figure, puis il s’en va, hilare…. Une chose est sûre : Hakim est dangereux. […] Au lendemain d’une crise particulièrement violente au cours de laquelle Howard Buten a été agressé et blessé par Hakim, le groupe regarde un film au réfectoire. Le garçon entre discrètement dans la pièce, s’allonge sur la table à côté de lui, prend sa main griffée puis le bras, les pose sur lui et s’endort, la tête sur ses genoux.
Howard Buten ressent un grand besoin de le protéger. "Je ne bouge pas ; je ne bougerai pas." […] On en a parlé l’autre jour, à la grande réunion du lundi. Toujours les mêmes éducateurs qui râlent : je n’en peux plus, je ne suis pas là pour me faire mordre et griffer toute la journée… Je les ai informés que si. … Je leur ai expliqué : ou bien Hakim est réellement diabolique, auquel cas il convient de le tuer, ou bien il est très malade, et la mort ne figurera pas parmi nos options. (…) Hakim est attiré par nous... notre établissement sera bel et bien le lieu du dernier recours pour Hakim2. »
Un autre monde...
Il est dit de la psychose que c’est l’envers du penser, c’est-à-dire qu’à l’origine il y a un manque à comprendre, un insaisissable, un inacceptable. Pour Wilfred Bion, la psychose se définit par « la capacité de déliaison et d’attaque des liens en particulier au sein de l’activité de penser, expulsant dans l’acte ou dans la réalité extérieure le matériel psychique non intégré. »
« Dans la psychose, on n’est plus dans notre univers, mais dans un autre...1 ». Véronique, psychologue, vient d’être embauchée et elle est elle-même très désorientée, mal à l’aise. Un conflit existe entre le directeur et l’équipe, et il lui arrive souvent de remplacer des professeurs absents. Véronique doute parfois et se décourage souvent : « Quand on passe tant d’heures, tant de jours face à la psychose, on ne peut s’empêcher de penser que l’ogre a bien des chances de triompher. » Elle se dit à elle-même : « Avec toi qui n’en sais pas tellement sur la psychose. Faut-il poursuivre ? Orion répète inlassablement " on ne sait pas". Comme lui je me réponds intérieurement : On ne sait pas2. Dans la partie de nous qu’on cache, on est tous paumés. Orion, lui, ne peut pas le cacher, c’est pour ça qu’il doit jeter des pupitres contre les murs et casser des vitres3. »
Henri Bauchau donne la parole à une infirmière psychiatrique : « Des psychotiques j’en ai beaucoup vu, beaucoup soigné. Je ne peux pas dire que je les connais, car personne ne les connaît vraiment, mais j’ai beaucoup travaillé avec eux, je sais que c’est dur et que cela te fera du bien d’en parler... (Se protéger ? Ne pas trop s’impliquer ?) Avec les psychotiques, si on n’en fait pas trop, on n’en fait peut-être pas assez4 ».
La psychose est un moyen de défense contre l’angoisse
Le sujet qui a recours à des modes de défense psychotiques vit sous la menace d’envahissement par les angoisses archaïques de chute, d’abandon, de morcellement, de confusion, d’effondrement, de liquéfaction, de persécution qui menacent son intégrité corporelle et son existence elle-même. Or, ces angoisses sont celles du bébé et elles persistent au fond de tout être humain, comme noyau premier du psychisme. Cependant, chacun parvient normalement à faire avec et à les dépasser (avec l’aide de son entourage immédiat).
Salomon Resnik évoque le cas de Samuel, agoraphobique ( = peur des espaces ouverts et de la foule) qui a besoin de sentir en permanence un contenant protecteur : « Les patients psychotiques ont tendance à habiter à l’intérieur des objets. Parfois, ces objets habités sont comme les matriochkas russes, emboîtés les uns dans les autres... Il s’agit pour ces patients d’éviter l’ouvert. Le moi est si fragile qu’il peut se défaire ou éclater lors de la crise 5. »
Orion exprime son impossibilité à unifier son Moi : « Parfois on est à deux étages en même temps6. » Il saura dire que « C’est toute la part domestiquée de lui-même, […] qui a été refusée et ravagée par sa part sauvage7. »
Du fait d’un changement d’emploi du temps, Véronique, sa thérapeute à l’Hôpital de Jour, ne doit pas recevoir Orion ce jour-là (d’habitude elle va le chercher à la sortie du métro). Celui-ci n’a pas été prévenu. Il arrive « pâle, en nage, la bouche ouverte et hurlante ». Il a déjà renversé deux chaises et fendu la porte en l’ouvrant. « On a attendu, attendu, puis on a dû marcher très vite... Et avec le blouson et le sac on avait chaud, on brûlait comme l’enfer. Véronique se dit surprise, terrifiée, et ne peut que dire : « Il fallait enlever ton blouson, c’est l’été... ». - On ne pouvait pas, Madame, le démon de Paris faisait sentir déjà le malheur, on devait marcher puis courir... avec le blouson !... Tu n’étais pas là !... Pas là ! ». Au fil des rencontres, Orion parvient à dire comment le « démon de Paris » lui lance des rayons et le pousse à devenir violent, comme s’il se substituait à lui. Orion transpire beaucoup à l’approche d’une crise et lors de celle-ci. Après la crise, il s’effondre et pleure comme un petit enfant qui a besoin d’être consolé.
Le sujet est malade de l’Autre
Chez le sujet psychotique, il existe un Autre tout-puissant, potentiellement dangereux voire persécuteur, situé à l’intérieur ou à l’extérieur du sujet, selon les déclinaisons de la psychose. Cet Autre, c’est l’ogre, le tyran qui attaque, qui persécute, qui fait agir d’une manière pulsionnelle. Tout ce qui peut être ressenti comme une intrusion est source d’angoisses catastrophiques de disparition de soi, d’anéantissement. Le sujet se présente comme une merde, un objet bon à jeter à la poubelle, un déchet de cet Autre qui possède un Savoir absolu. D’où des réactions défensives très violentes tournées vers l’autre, vers tous les autres, ou retournées contre soi. Dans L’enfant bleu, Véronique, la « psycho-prof-un-peu-docteur », comme il la nomme, fera alliance avec Orion pour lutter contre les invasions, les irruptions, les infiltrations de jouissance débridée d’un Autre terrible qui prend pour Orion la forme du « démon de Paris », qui le terrasse de ses rayons, le traque, le cloue au sol ou le fait sauter sur place, agiter ses bras et pour finir, agir d’une manière violente. Depuis tout jeune, Orion a déployé une quantité d’énergie considérable et divers savoir-faire pour s’en préserver, dessins, rituels, mais le démon devient de plus en plus fort avec la puberté, et il n’y arrive plus tout seul. Le dessin est un des boucliers qu’il déploie pour se défendre. Une force tyrannique interne contraint par ailleurs Orion à demander à faire des dictées, selon le désir de sa mère et de sa grande sœur. Véronique tente d’adopter un comportement apaisant, tout en accompagnant ce qui s’impose comme une contrainte : « Je reprends la dictée, je dicte lentement, je souligne un peu de la voix les mots où il fait des erreurs. Il s’efforce, il soupire en barrant des mots, il transpire. Après dix minutes, il n’en peut plus, j’ai pitié de lui : - Arrêtons, tu es fatigué, on reprendra plus tard. Il me tend sa feuille, puis, comme une chose qu’il constate soudain : - On a peur... on a peur des volcans. - Des volcans... - Ceux qui sont dans ma tête. Qui crient : Que de fautes ! Que de fautes ! Qui gueulent : Pourquoi ? Et puis : Comment ? Et Pourquoiment et Commentquoi ! Et puis nul, nul, on t’aura ! Et alors ça bouillonise de partout. Il est en transpiration, ses yeux brillent, ses paupières clignent... Il est si agité... 1».
L’acte violent est accompagné de jouissance
L’acte violent est accompagné de jouissance et le sujet n’y est plus. « ... Dans le bureau, (Orion) regarde le trou qu’il a fait dans le mur en lançant un fauteuil sur l’apparition du démon.... Il regarde le trou avec une certaine satisfaction : « Le démon, il a la force de faire ça malgré mon coup sur la bouille. - Quand tu l’as vu, Orion, tu n’auras pas pu l’engueuler, l’injurier plutôt que de casser mon mur et mon fauteuil ? - Non, Madame, on ne pouvait pas. Le démon de Paris, il parle, il parle, il gueule, il pète, il bombardise, mais rien, il n’écoute rien. Jamais !1 » À la suite d’un acte de violence d’Orion à la cantine, on lui en a interdit l’accès pendant une semaine. Problème, il ne peut pas déjeuner seul. Véronique, l’accompagne dans l’un des self-services du quartier. « Le premier jour il revient avec un plat de viande et des frites. Il mange les frites puis contemple la viande avec désespoir. - Laisse-là, si tu veux, tu n’es pas obligé de la manger. Il me regarde avec un regard affolé qui signifie : Si, on est obligé. Il mâchonne longtemps un premier morceau mais le second ne passe pas. - Laisse le reste, je vais te chercher une assiette de pâtes, j’ai un ticket pour ça. Je vois la peur grandir dans ses yeux et, au moment où je me lève, il plante brusquement son couteau fort pointu à la place où était ma main. Je le regarde en riant comme si c’était une blague, il me semble qu’il se détend. Quand je reviens, il tourne toujours lugubrement dans sa bouche le second morceau de viande. Il n’arrivera jamais à l’avaler, alors que les pâtes, je le vois à ses yeux, il aime. - Crache ce morceau sur ta fourchette, comme ça ! - Sur mon assiette, on le verra. - Non, sur la mienne, j’ai fini. Et mange les pâtes. Je lui tends mon assiette et, après avoir regardé tout autour si personne ne l’observe, il dépose son morceau sur le bord. Il ressent un soulagement manifeste et je ne puis m’empêcher de penser : Qu’est-ce qu’il est ligoté ! Pendant qu’il dévore ses pâtes, je vais chercher deux desserts et un café pour moi. Lorsqu’ils partent, Véronique lui fait remarquer : - Tu as fait, avec ton couteau, un trou dans la table. Comme le trou est assez visible, je mets ma tasse dessus et nous nous en allons. Quand nous sommes dehors, il rit très fort : - Personne n’a vu le trou, et nous, on s’est échappé. On aime ça !
Comment accompagner un sujet psychotique, d’une place
d’éducateur ?
Comment l’institution répond-elle à la pathologie d’un bénéficiaire pris dans des angoisses psychotiques ? Comment les éducateurs peuvent-ils y répondre eux-mêmes ? Comment étayer et construire une action éducative sur la part saine de son Moi ?
« Dans un premier temps les éducateurs demandent : que faire pour que ça s’arrête, cette folie, cette boursouflure, cette démesure ? L’analyste ne répond à la question que de biais, en accueillant les paroles, qui tant bien que mal, vaille que vaille, essaient de faire bord à ce qui les excède. Il n’y a pas d’autre réponse à la question que la formulation de la question. Car refermer la question dans une réponse, nous avertit Maurice Blanchot, tue la question2. »
Un transfert massif
La psychose, cela se lit dans le transfert, cela s’éprouve dans la rencontre, car les éléments qui la constituent sont proprement transférés sur le corps de l’éducateur, de l’enseignant, du soignant, du psychanalyste. « Autrement dit, le transfert, l’éducateur le sent passer3 ». Qu’est-ce que l’usager transfère sur les professionnels de sa prise dans un cloaque, comment les entraîne-t-il inconsciemment dans le registre très primitif qui semble régir son fonctionnement ? Quel effet de miroir ? Il est important de ne pas perdre de vue que le psychotique est malade de l’autre. C’est l’autre, qu’il soit intérieur ou extérieur à lui qui peut devenir dangereux à tout moment, qui peut l’envahir, le dévorer, l’anéantir, le laisser tomber… Le transfert du psychotique est massif, sans nuances et tout est vécu sur le plan de la réalité (c’est-à-dire que le fantasme qui peut faire la part de l’imaginaire et de la réalité n’existe pas). « Contrairement à ce que racontent certains pour s’en débarrasser, le transfert dans la psychose est massif et prenant, facteur de confusion et d’embrouille.
Là où dans la névrose et la perversion, le Sujet Supposé Savoir (SSS) n’est jamais que supposé, dans la psychose c’est plutôt un Autre qui sait de manière absolue, sans aucun doute, un Sujet Sachant (SS !). Le rapport à l’Autre, que le professionnel peut incarner à son corps défendant dans la relation au psychotique, est alors marqué d’une certitude absolue qui peut revêtir toutes les nuances d’une trop grande proximité dans la paranoïa, d’un trop grand éloignement dans la schizophrénie… Le sujet dans le transfert se trouve alors en position de déchet, d’objet persécuté, laissé tomber… dans son rapport à cet Autre tout jouisseur. L’éducateur vit l’angoisse, il se ressent persécuteur, il existe un risque de passage à l’acte réciproque, etc. Le sujet psychotique développe des stratégies pour combattre la persécution ou la terreur totale de l’envahissement ou celle au contraire liée à un éloignement excessif, pour les dénier dans des rituels, pour apaiser cet Autre trop proche ou trop lointain, pour calmer ses rayons ou ses traits menaçants, pour conjurer sa jouissance débordante, pour démonter et détourner ses paroles terrifiantes, etc.
Il s’agit donc pour l’éducateur ou le thérapeute de parvenir à ne pas se sentir atteint personnellement par la violence qui s’exprime. « Un acte d’agression de la part de quelqu’un qui ne distingue pas la violence de la douceur n’aura d’existence réelle que si la personne qui subit ce geste le ressent comme tel1 ». En conséquence, comme le souligne Joseph Rouzel, « s’il s’agit de faire une hypothèse structurale (névrose, perversion ou psychose), c’est dans le but de permettre au professionnel de mieux cerner la place qu’il occupe dans le transfert, et d’en faciliter un maniement, qui est à cent lieues, je ne le soulignerai jamais assez, des pratiques de manipulation2... ». D’où il est dit avec insistance : « Le traitement de la psychose… c’est le traitement de cet Autre que parfois le professionnel endosse malgré lui, dans la relation3. » Dans un temps premier, l’éducateur ne peut donc qu’y être pris. Encore s’agit-il, dans un second temps, de s’en déprendre. Comme le disait souvent François Tosquelles (1992) : « Il faut commencer par soigner les soignants ! »
Avant tout, s’occuper de soi. Exprimer ses ressentis, repérer et analyser son propre transfert
Une constante, avec la psychose, c’est que ce sont les personnes les plus proches qui sont le plus attaquées, parce qu’à un moment donné, l’angoisse de l’intrusion dans un Moi non constitué, dans un Moi poreux, qui n’a pas de limites précises, domine. D’où la consigne aux éducateurs : ne soyez ni trop proches, ni trop loin… La priorité pour accompagner un sujet psychotique est donc de s’occuper de soi-même, de tout faire pour s’apaiser, afin de ne pas entrer dans une recherche de domination, dans une lutte pour le pouvoir, dans une position qui peut être ressentie par l’autre comme toute-puissante, persécutrice, ou risquer de se retrouver soi-même dans un éprouvé d’impuissance totale, ces deux attitudes nourrissant, justifiant et relançant l’angoisse du sujet.
Comment se dégager de ce transfert massif dans lequel ce sujet entraîne l’éducateur malgré lui ? Il s’agit de traiter cet Autre du psychotique, en commençant par soi, car on est conduit à occuper transitoirement cette place. Cela veut dire que la priorité n’est pas de s’occuper de ce bénéficiaire, mais de soi, de ce que nous fait ce sujet-là. Comment traiter l’Autre du sujet qui est en train de parler à travers moi ? Qu’est-ce que cet Autre me fait ressentir ? Comment suis-je débordé par cela ? Qu’est-ce qui me fait dire cela ? Pourquoi ces mots-là ? A quoi me pousse-t-il ? Quel est cet Autre qui n’est pas moi, mais qui s’exprime à travers moi ? Cet autre qui veut le lyncher, le rejeter ? Cela révélera peu à peu cet Autre auquel ce sujet a affaire… C’est déjà prendre de la distance que de pouvoir le dire, l’ex-primer.
De ce fait, le professionnel a besoin d’exprimer librement « les mille et un avatars que ne manque pas de déclencher le transfert, dont la palette très large parcourt les affres de l’amour comme de la haine... Ces paroles exigent un espace protégé du contrôle institutionnel pour se dévoiler1. » Tel est l’un des objectifs de la supervision ou analyse clinique de la pratique. Le maniement délicat du transfert pour les cliniciens commence ainsi par le repérage de la place qu’occupe le professionnel en tant qu’Autre pour le psychotique. Seul ce travail produit la bonne distance et permet d’avoir accès à un savoir sur la façon dont un sujet est structuré dans son rapport à l’Autre, au monde et à soi-même. Autrement dit, le travail avec les psychotiques commence par le travail des professionnels pour se dégager d’un transfert engluant et pour en dégager un enseignement que seul le psychotique peut transmettre. Il s’agit de faire ouverture en croisant les regards et les points de vue différents vis-à-vis du bénéficiaire qui semble pris dans cette pathologie. Comment chacun vit-il sa relation avec lui ?
Lors d’une séance de supervision, Pascal, éducateur dans un ITEP, exprime son désarroi, un ressenti d’impuissance, et de l’épuisement face au comportement de Yann. « Je ne sais plus quoi faire pour arrondir les angles et comment l’accompagner ». Ce garçon « entend des voix multiples, il est alors envahi, et il n’y a plus rien qui existe ». Des angoisses semblent « bouillir à l’intérieur de lui » et il dit à Pascal : « Ne me parle plus, tu me fais mal ». Yann se remplit de tout et de n’importe quoi : nourriture, herbe de la pelouse, contenu de la poubelle ; il semble n’y avoir aucune limite entre lui-même et les autres, et il ignore les règles sociales. Il lui est impossible d’attendre, de différer, de supporter la frustration. Il explose de façon imprévisible et fait exploser le groupe. Pascal termine son récit en affirmant : « Il n’est pas pour nous... Il va se faire gicler... ». Au cours des échanges, il est avancé que Yann se sent persécuté par l’Autre, par tous les autres. Suite à ses accès de violence, il « s’effondre et pleure ». Comme pour confirmer à quel point le sujet psychotique développe des stratégies pour combattre la persécution ou la terreur totale liée à l’envahissement, il est rapporté que ce garçon « s’est acheté des menottes ».
Ainsi, une part de lui lutte en permanence contre l’autre part de lui-même. Lors des analyses, il apparaît à l’évidence que ce garçon pousse les éducateurs, du fait de leur propre transfert, du côté des persécuteurs. En réaction, il va se défendre. Il faut que le professionnel puisse traiter cette jouissance qu’il a pu éprouver. Le travail du groupe vise alors à repérer, par le langage et par les mots là où les professionnels sont pris, et c’est de ce lieu-là que l’on pourra traiter ce que Yann provoque en eux. En s’apaisant, ils parviendront mieux à apaiser l’enfant. Les échanges dans le groupe ont permis ensuite de mettre en évidence une activité spécifique qui a pu faire vivre à Yann une expérience de réussite et de restauration narcissique : lire une histoire aux plus jeunes.
Claude Deliot, éducateur, rapporte qu’il accompagne un garçon autiste dont un des symptômes est de retourner la violence contre lui en se scarifiant. « Si je considère que Sébastien se scarifie davantage lorsqu’il se sent menacé, lorsqu’il croit que je le persécute ou lorsqu’il croit que j’ai tous les droits sur lui, je ne vois une nouvelle fois qu’une seule issue : m’apaiser et lui témoigner que je ne suis pas tout-puissant ni tout-sachant. A priori, il y aurait donc vraisemblablement un lien entre ses angoisses et les scarifications qu’il s’inflige mais également un lien entre ses angoisses et la toute-puissance qui se dégage parfois et de son point de vue des personnes, moi y compris, qui sont chargées de son accompagnement ? En conséquence, s’il me revient effectivement de la laisser m’enseigner et me guider, il m’incombe également de ne pas lui demander de se comporter comme tout le monde1. »
Ce « tout le monde » renvoie à une forme de renoncement vis-à-vis des principes éducatifs habituels.
Accepter de lâcher prise et de ne pas comprendre
Face aux manifestations du monstre, du tyran interne ou externe, que faire ? Howard Buten rappelle à son équipe que « les punitions n’ont pas d’effet sur Hakim, Hakim n’est pas punissable ». Avec les enfants névrosés, on travaille les règles, les limites, et des sanctions peuvent être pertinentes lors des débordements vis-à-vis du cadre posé. Avec les enfants psychotiques, ça pète. Il doit y avoir un renversement nécessaire, y compris dans le transfert. L’enfant qui est dans un registre psychotique n’a pas construit ce que l’Œdipe permet, c’est-à-dire l’intégration de la Loi, de la règle, des limites… Et ce qui va avec, le sentiment de culpabilité et de responsabilité. Ce sujet est bien en deçà au niveau de sa construction, c’est la raison pour laquelle les règles, les sanctions, ça ne marche pas. Les éducateurs soulignent d’ailleurs : « Il ne comprend pas, il ne donne pas de sens à ces sanctions ».
Accepter de ne pas comprendre, c’est aussi, pour le professionnel, accepter de lâcher sur son désir, sur ses attentes, et ce n’est pas facile. Il s’agit par contre d’être là, présent, d’apporter la garantie et la sécurité de la permanence d’un lien stable et fiable, quand ça va bien et quand ça va mal. C’est déjà beaucoup, même si cela ne paraît pas être grand-chose. « La condition princeps est de reconnaître la validité de ses constructions et de son savoir-faire étrange2. »
Face aux manifestations de violence d’Orion, Véronique est désemparée. « Quand c’est l’ouragan on ne peut pas penser, on essaie des rester présent c’est tout ... Orion n’a pas besoin que tu comprennes. Seulement que tu sois là et que tu l’écoutes3 ». (…) « Je ne comprends pas…, je ne cherche pas à comprendre mais, comme le dit Orion, c’est lourd, lourd. (…) Comment croire au démon de Paris ? Est-ce que j’y crois ? Je ne peux pas y croire mais Orion a fait entrer le démon et les trois-cents chevaux blancs dans mon existence. Ils y sont chaque jour, comme des images vitales qui nous incitent à poursuivre, pas à pas, notre chemin à travers les rafales de la psychose… Avec Orion, j’apprends, j’apprends beaucoup. Que recouvre cette étrange certitude ? Que j’apprends à ne pas savoir, à ne pas comprendre et pourtant à vivre. Que j’apprends surtout à attendre. Attendre quoi ? Est-ce Orion qui répond à ma place ? On ne sait pas1. » (À souligner que « on ne sait pas » sont les paroles même d’Orion au sujet de ce qui l’envahit et le déborde…)
Offrir un accueil, un étayage et un contenant au quotidien
Howard Buten souligne l’importance des fonctions d’accueil et d’étayage. « J’ai été étonné d’apprendre un jour qu’il existe des professionnels de l’autisme qui ne regardent jamais les autistes dans les yeux. C’est pourtant la chose la plus indispensable ! Il faut non seulement les regarder droit dans les yeux, mais avec un regard si accueillant, si ouvert, sans contenu ni jugement, qu’ils ne pourront pas nous résister. Il faut faire de son regard une maison conçue pour eux, la porte grande ouverte, peinte à leurs couleurs, meublée à leur goût. Il faudrait passer des heures, des années, à travailler ce regard, à pouvoir le retrouver chaque fois avec chacun d’entre eux, à pouvoir le reconstruire. Parce que nous ne pouvons savoir quand la maison sera finie. Il n’y a qu’eux qui peuvent nous le dire, à travers leur regard à eux, droit dans les yeux2. »
L’enfant psychotique, l’adolescent ou l’adulte qui décompensent sur le mode psychotique, sont transpercés par des excitations innommées. « Il sera alors essentiel de tenir le plus grand compte de cette dimension dans l’accueil (…) de manière à (re)constituer avec eux un tenant lieu de pare-excitation, une fonction de contenance qui les mette à l’abri des radiations du réel. Pour ce faire, nous disposons, dans nos rencontres avec les psychotiques et leur entourage plus ou moins proche, d’un matériau inépuisable pour peu qu’on veuille bien y prêter attention : la vie quotidienne. C’est vrai que ce partage de la vie quotidienne n’est pas quelque chose d’aisé, à tel point que les infirmiers se servent souvent de cet argument auprès des médecins peu présents dans leur service au contact des malades : « Ce n’est pas vous qui passez huit heures avec eux ! ». Mais au-delà d’une vaine polémique, c’est bien ce bain de vie quotidienne partagée qui fait problème : manger avec eux, laisser plus ou moins envahir son esprit et quelquefois son corps dans diverses circonstances qui vont des plus maternantes aux plus violentes n’est pas rien. On pourrait dire que c’est même une part essentielle de l’énergie des soignants qui est consacrée à « gérer » cette activité contactuelle. Aussi est-il très important d’en faire une lecture métapsychologique, dans le but de s’en servir comme un terreau spécifique dans lequel va pouvoir ou non prendre racine le transfert de tel ou tel sujet en souffrance qui y est accueilli3. » Tout objet du quotidien est ainsi, d’une certaine manière, langage. Orion raconte à Véronique comment une enseignante réalisait cet accompagnement. « ...à l’école enfantine avec Mademoiselle Julie... On avait toujours des bons points alors, et Marcelline aussi. Mademoiselle Julie, elle nous donnait la main pendant les récréations quand les autres faisaient du bruit et des mauvais coups. Elle savait que le démon peut lancer des rayons et faire mordre et cracher. Il y en a qui disent que le démon n’existe pas. Par moments, c’est vrai, mais tout à coup il fait sauter et rouler des yeux comme une espèce de fou qu’on n’est pas. Ils disent : ce n’est pas le démon qui saute, c’est toi, il faut te retenir. Quand on doit faire pipi, on peut se retenir un temps mais quand il faut y aller, il faut y aller. Quand le démon veut qu’on saute, ou qu’on casse les carreaux comme on aime, il faut y aller, on ne peut plus se retenir. Mademoiselle Julie, elle comprenait ça1. »
Lors d’une séance de supervision, l’éducateur d’un ITEP évoque les comportements asociaux et paroxystiques d’un petit garçon de six ans, comportements qui mettent l’équipe à mal. Que vit-il et que fait-il vivre aux éducateurs au sein d’un transfert massif ? Les échanges ont mis en évidence à quel point l’objectif de normalisation, de socialisation à tout prix, le recours au registre de la sanction, sont alors contre-productifs et peuvent augmenter les angoisses de ce garçon. Les adultes deviennent ou confirment alors que l’Autre est tout-puissant, persécuteur, et c’est justement contre cela que se défend un sujet qui est dans la psychose. Je rappelle alors qu’il s’agit avant tout d’accepter de se laisser enseigner et guider par le savoir-faire que ces sujets ont développé pour se maintenir à flot dans leur rapport au monde, aux autres et à eux-mêmes, puis d’accompagner ces savoir-faire et les soutenir lorsqu’ils sont contraints d’en chercher d’autres parce que les premiers ne suffisent plus. « Se faire les secrétaires de l’aliéné » disait Lacan, c’est-à-dire l’accompagner dans ses besoins, ses bricolages, ses tentatives de modes de défense et tenter de décompléter cet Autre trop puissant qui l’angoisse… Sans que tout lui soit permis pour autant… La question devient ainsi : sur quoi les éducateurs vont-ils pouvoir s’étayer pour aider ce garçon ? Qu’est-ce qu’il met déjà en œuvre ? Qu’est-ce qu’il sait faire ?
« Donner un coup de main... » - L’importance des médiations
Quelle place accordons-nous au plaisir et au désir comme moteurs de tout projet et de toute envie de vivre, d’aller de l’avant ? Sur quelle partie intacte du Moi de ce bénéficiaire pouvons-nous étayer, greffer notre action éducative ? Quelle prise en compte de la part de « normalité » du sujet le plus « fou » ? Quel coup de main pour l’aider à se défendre de ses démons, sans oublier, comme le soulignait déjà Freud, que tout n’est pas éducable dans la pulsion.
Si le sujet est aux prises avec un Autre absolu, tout-puissant, tyrannique, persécuteur, invincible, qui voit tout, qui entend tout, qui pénètre jusqu’au fond de sa personne, le psychanalyste, le soignant ou le travailleur social doivent donc agir pour entamer cet Autre, pour le décompléter. D’une part et dans le transfert, en ne se montrant pas eux-mêmes tout-puissants, et d’autre part en faisant alliance avec le sujet pour l’aider à trouver en lui-même les ressources nécessaires pour se défendre, pour apprivoiser, pour pacifier cet Autre absolu, le démon ou le tyran, pour en atténuer ou en diminuer la puissance. Il est important de même de laisser au sujet psychotique un espace de liberté. Important que ce qu’il dit ou fait ne soit pas rapporté en totalité à sa famille, comme s’il devait y avoir une circulation totalitaire entre les lieux. Il s’agit aussi de proposer des dérivés à sa jouissance, des possibilités d’exprimer autrement ses angoisses, de les apprivoiser, de décompléter quelque peu cet Autre, de l’entamer, par le biais de médiations éducatives et thérapeutiques. « C’est ce que j’appelle donner un coup de main à ce que le psychotique a entrepris et inventé pour se défendre1 », avance Joseph Rouzel. « Avec les (sujets) psychotiques, les activités et médiations thérapeutiques ou éducatives prennent tout leur sens. Il s’agit d’offrir un champ d’expression au sujet malade de l’Autre2. » Ces médiations, qui permettent d’exprimer les peurs, les délires, de donner forme aux angoisses tout en se situant soi-même à distance et en se tenant, en tant qu’éducateur ou thérapeute, suffisamment à distance, sont principalement le jeu et les mises en scènes du sujet, le dessin libre, le modelage...
Lorsqu’un enfant veut faire un dessin pour l’adulte, c’est une chance car l’autre existe encore, et il faut prendre cette place.
Avant même de rencontrer Orion, Véronique a vu, accroché au mur, « le dessin d’une très petite île, une île bleue, entourée de sable blond et couverte seulement de quelques palmiers. Cette île, son ciel, sa lumière, sa minuscule solitude protégée par une mer chaude3 » lui ont semblé exprimer le désir, la douleur d’un cœur blessé. Ce dessin va servir de médiateur à leur première rencontre : « - J’ai vu ton dessin, il est très beau, je l’aime beaucoup... C’est un dessin qui fait du bien. Ce à quoi Orion répond : - Oui, dessiner une île, ça fait du bien 4. » La thérapeute incitera Orion à représenter par le dessin ce qu’il ne lui est pas possible de dire, son rêve de cette île qu’il nommera « Ile Paradis n° 2 » mais aussi les monstres contre lesquels il se bat. « - Aujourd’hui il y a en toi des monstres. Des volcans en activité. Ils te tourmentent, tous ne sont pas mauvais. Tu ferais mieux de dessiner un de ces monstres, les monstres te font moins de mal quand tu les dessines. - Ils me font mal dans la poitrine, Madame, ils me tordent, et plus bas ils cognent. - Tu as voulu les faire sortir en cassant des assiettes, en essayant de briser la porte, mais tu n’as réussi qu’à te faire mal. Ce serait mieux de faire des œuvres avec eux. Ça ferait une série de monstres... » Au fil des rencontres et des dessins, Véronique incitera Orion à construire une histoire dans laquelle il projette des éléments de sa propre histoire. Saisissant son grand intérêt pour les dessins de labyrinthes, elle lui raconte l’histoire de Thésée et du Minotaure. Orion s’approprie l’histoire et dessine... Enfin, elle l’incite à sculpter.
Aider le sujet à apprivoiser sa violence, à réparer et à se réparer...
Afin d’aider le sujet débordé et emporté par sa violence, il est important que le professionnel puisse se montrer ni tout-puissant, ni impuissant, qu’il marque des limites et verbalise à la fois l’acte et ses conséquences. Ainsi, Véronique accompagne par ses mots et par sa posture ce que ne peut s’empêcher d’accomplir Orion mais elle parvient aussi à en limiter l’excès possible.
« Orion est en retard, je vais l’attendre... Il arrive en nage, l’air égaré. Il s’arrête devant le banc où je suis assise. « Lève-toi, Madame, on va casser le banc, on a reçu un rayon. » ... Je me lève : « Renverse-le mais ne le casse pas ou tu devras le payer. » Il prend le banc et le renverse. ... Je remets le banc en place. Orion m’aide5. »
Aider le sujet à re-construire un Moi unifié...
Ce qui est recherché, c’est la possibilité pour le sujet de réconcilier les différentes parties de son Moi, de faire se rejoindre « le moi disséminé de la partie psychotique (...) (avec) la partie non psychotique ou névrotique de la personnalité, pour être davantage en syntonie avec le monde1 ».
Lors d’une séance d’analyse de la pratique avec une équipe d’éducateurs qui accompagne des adultes en Foyer Hébergement, il est rapporté que Pauline, une résidente, va nettement mieux depuis qu'elle a été acceptée en ESAT. Elle s'est sentie entendue dans sa pathologie, dans ses difficultés et ses besoins, mais aussi dans ses ressources. Du coup, elle fait tout pour accomplir au mieux les tâches qui lui sont confiées. Étayée par les éducateurs, elle désire montrer qu'elle peut faire des choses intéressantes, s'affirmer, se sentir valorisée, y compris et peut-être avant tout vis-à-vis de sa mère qui l'a toujours rabaissée, mais aussi vis-à-vis du regard qu'elle porte sur elle-même. L’éducateur qui avait partagé cette situation lors d’une séance précédente s'interrogeait alors sur son positionnement possible vis-à-vis des demandes nouvelles de cette résidente à son égard. Il a réalisé que celles-ci étaient sans aucun doute du côté du désir de vivre de celle-ci et qu'il lui suffisait d'y répondre simplement, dans la mesure du possible, en étant disponible et à l'écoute.
Pour
conclure…
Confronté aux angoisses psychotiques chez un bénéficiaire qu’il accompagne, l’éducateur, étayé par l’équipe à laquelle il appartient, doit pouvoir repérer et se désengluer du transfert massif dans lequel cet autre risque de l’entrainer vers une lutte de pouvoir et de domination. Il devra prendre en compte également que le sujet ne se réduit pas à ses symptômes et qu’un sujet qui est « malade de l’Autre2 » a quelque chose à dire et à reconstruire, y compris et avant tout, dans le lien avec le professionnel qui l’écoute, le sollicite, l’accompagne dans ses délires éventuels, considérant que ces symptômes lui servent de béquille pour tenter de vivre, de se supporter et de supporter le monde qui les entoure.
Ce sujet a alors la chance que les professionnels lui proposent autre chose que des techniques comportementalistes, ou que des activations de telle ou telle zone de son cerveau, ou encore de substances médicamenteuses. Il a la chance d’être accepté comme il est, au point où il en est, en dehors des systèmes normatifs qui veulent s’imposer de force.
Notes
- Lors de séances de supervision avec plusieurs équipes de travailleurs sociaux, ceux-ci ont regretté ne pas avoir été formés pour accompagner certains bénéficiaires nouvellement accueillis par leur service, lorsqu’ils souffrent de troubles psychotiques. Il revient bien entendu aux professionnels de solliciter une formation spécifique auprès de leur Direction et il n’est pas question pour un superviseur de répondre à cette demande de formation ou de faire un cours. Leurs questionnements m’ont cependant incitée à partager avec eux, dans un texte mis à leur disposition, quelques repères a minima pour un accompagnement éducatif, repères énoncés par différents auteurs qui ont été confrontés eux-mêmes à l’énigme de la psychose.
- J. Rouzel, 2007, La supervision d’équipe en travail social, Dunod, p. 148.
- Ibid.
- S. Freud, « Le Président Schreber », Cinq psychanalyses, PUF, 1973, p. 315.
- Denis Vasse, L’ombilic et la Voix.
- D.W. Winnicott, De la pédagogie à la psychanalyse, p. 389.
- Howard Buten, 2004, Il y a quelqu’un là-dedans, Odile Jacob, p. 142-143.
- J. Rouzel, 2013, La prise en compte des psychoses dans le travail éducatif, érès, p. 55.
- Ibid. p. 56
- Terme inventé par Jacques Lacan pour signifier que ce qui caractérise l’être humain c’est qu’il parle, qu’il est immergé dès avant sa naissance dans la symbolique du langage et que c’est le langage qui le détermine.
- J. Rouzel, 2007, La supervision d’équipe en travail social, Dunod, p. 149.
- Les schémas qui suivent sont reproduits de l’ouvrage de Joseph Rouzel, 2007, La supervision d’équipe en travail social, Dunod, repris par le même auteur dans son ouvrage La prise en compte des psychoses dans le travail éducatif, 2013, érès.
- Henri Bauchau, 2004, L’enfant bleu, Arles, Actes Sud, p. 94.
- Howard Buten, 2004, Il y a quelqu’un là-dedans, Odile Jacob, p. 26-27. Docteur en psychologie, il dirigeait un centre pour psychotiques. Howard Buten, alias le clown Buffo, jouait aussi de la musique dans le métro… Je l’ai vu sur scène jouer les autistes d’une manière magistrale.
- Henri Bauchau, 2004, L’enfant bleu, Arles, Actes Sud.
- Polo Tonka, 2013, Dialogue avec moi-même, Témoignage d’un schizophrène, Odile Jacob. (Cf. par exemple : p. 38-39, p. 67, p. 77, p. 83).
- Howard Buten, 2004, Il y a quelqu’un là-dedans, Odile Jacob, p. 110.
- Ibid. p. 44.
- Cité par Albert Ciccone et al., 2003, Psychanalyse du lien tyrannique, Dunod, p. 57-59.
- Françoise Lefevre, 1990, Le petit prince cannibale, Actes sud, J’ai lu. (Extraits) p. 95-110.
- Howard Buten, 2004, Il y a quelqu’un là-dedans, Odile Jacob, p. 112.
- Ibid. p. 136-148 (Extraits).
- Henri Bauchau, 2004, L’enfant bleu, Arles, Actes Sud, p. 75.
- Ibid. p. 28.
- Ibid. p. 207.
- Henry Bauchau, 2004, L’enfant bleu, Arles, Actes Sud, p. 166 et 168.
- Cité par Albert Ciccone et al., 2003, Psychanalyse du lien tyrannique, Dunod, p. 58.
- Henri Bauchau, 2004, L’enfant bleu, Arles, Actes Sud, p. 332.
- Ibid. p. 95.
- Henry Bauchau, 2004, L’enfant bleu, Arles, Actes Sud, p. 27-28.
- Ibid. p. 194.
- J. Rouzel, 2013, La prise en compte des psychoses dans le travail éducatif, érès, p. 137.
- J. Rouzel, 2013, La prise en compte des psychoses dans le travail éducatif, érès, p. 23.
- Howard Buten, 2004, Il y a quelqu’un là-dedans, Odile Jacob, p. 123.
- J. Rouzel, 2007, La supervision d’équipe en travail social, Dunod, p. 150.
- Ibid.
- Joseph Rouzel, 2013, La prise en compte des psychoses dans le travail éducatif, érès, p. 57.
- Claude Deliot, 2017, Éducateur auprès d’un jeune autiste, À l’écoute des leçons quotidiennes de Sébastien, érès, p. 68.
- J. Rouzel, 2013, La prise en compte des psychoses dans le travail éducatif, érès, p. 35.
- Ibid. p. 67 et 75.
- Henry Bauchau, 2004, L’enfant bleu, Arles, Actes Sud, p. 66-67.
- Howard Buten, 2004, Il y a quelqu’un là-dedans, Odile Jacob, p. 144.
- Pierre Delion, 1996, Prendre un enfant psychotique par la main, Matrice.
- Henry Bauchau, 2004, L’enfant bleu, Arles, Actes Sud, p. 190.
- Joseph Rouzel, 2007, La supervision d’équipes en travail social, Dunod, p. 148.
- Joseph Rouzel, 2007, La supervision d’équipes en travail social, Dunod, p. 148.
- Henry Bauchau, 2004, L’enfant bleu, Arles, Actes Sud p. 12
- Ibid.
- Ibid. p. 236-237.
- Salomon Resnik, 2005, Culture, fantasme et folie, érès, p. 67.
- Rappelons qu’à la suite de Jacques Lacan, la psychanalyse nomme l’Autre, avec un A majuscule, ou Grand Autre, tout le contexte social du sujet et le discours qui l’accompagne, dans lequel l’enfant baigne dès avant sa naissance. Cet Autre, c’est en particulier tout l’héritage culturel, le contexte social, tout le symbolique dans lequel les parents eux-mêmes sont pris et qu’ils transmettent, toutes les paroles qui ont déterminé le sujet, qui l’ont assigné à une place et pas à une autre.
Citer ce texte
Jeannine Duval-Héraudet, « Psychose et accompagnement éducatif », L’@psychanalyse, 16 novembre 2021. En ligne : https://www.apsychanalyse.org/textes/jeannine-duval-heraudet-psychose-et-accompagnement-educatif (consulté le JJ/MM/AAAA).