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Le bouc émissaire

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Le BOUC EMISSAIRE1

Tout est liens qui finissent bien

Plus de limitation.

Dans la vie, dès qu’elle est exprimée au dehors, Tout finit par servir.

Elle s’est mise dans un certain ordre – parût-il désordre – de manière à servir, même s’il paraît révolte.

Henri Michaux 2

Par cette nouvelle proposition, nous aborderons le ”Bouc émissaire” et nous articulerons sa définition au lieu topique qui semble être Khôra (Bernard Salignon, Jacques Derida) « à décrire khôra : réceptacle, porte-empreinte, mère ou nourrice. » Soit un espace qui contient tous les possibles. Nous suivons la foule désorganisée et violente faisant consensus pour désigner sa victime, « les rituels accroissent la cohésion du groupe », écrit un neuroscientifique Thierry Ripoll.3 De nos jours le sacré à changer de forme, de nouveaux rituels non religieux sont mis en place. Désacralisé l’indésirable, celui qui sort de la sidération, de cette masse hypnotisée, est devenu l’individu bizarre, l’a-social.

Parce qu’elle est universelle et abondante dans l’Histoire de l’art, nous lierons la figure du bouc-émissaire à celle de l’icônographie du Christ autour de l’évènement de sa dénonciation au milieu de ses détracteurs. Cet évènement est son avènement. Nous visiterons les œuvres de quatre artistes majeurs dans l’Histoire de l’art : Giotto, sa fresque murale : le Baiser de Judas, Gustave Doré, sa gravure : Le baiser de Judas, Hans Holbein : Le baiser et l’arrestation, une partie du Retable d'Oberried et enfin Caravage par son tableau L’Arrestation du Christ.

Ces représentations artistiques peuvent-elle induire, par le filtre psychanalytique, le mouvement de la violence à la pacification des affects en plaçant le binôme Jésus-Judas comme figure du transfert ? Celui-ci passe-t-il par la figure charismatique du Christ désigné comme victime sacrificielle grâce à Judas ? Enfin, nous analyserons ce scandale, skandalôn, sous sa forme hystérique, qui renforce les liens entre les membres du groupe et authentifie leurs actes. Grâce à ces œuvres nous suivons les différentes étapes du mouvement de la violence à la pacification des affects à travers le bouc émissaire en la figure de « Jésus » désigné par Judas. Nous irons de la discorde à la concorde par René Girard et donnerons place à Sigmund Freud et « la masse psychologique ».

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1 – L’opposition de tous contre un

Bouc et tragique ont la même racine en grec : τράγος, Tragos le bouc et τραγικός tragique . Le bouc est, avant tout un animal d’une puissance légendaire, “mâle de la chèvre, mâle de toute espèce caprine. Devenu “bouc émissaire” lorsque les Juifs eurent l’idée “de le chasser dans le désert après l’avoir chargé des iniquités d’Israël, pour détourner d’eux, la malédiction divine”. De là, vient le sens commun d’une “personne que l’on charge des fautes commises par d’autres”.6 Cette personne désignée par un consensus aurait donc, de façon symbolique et rituelle comme mission de libérer les tensions de la communauté, en endossant, malgré lui, ses failles et ses imaginaires, il sacrifirait son appartenance au groupe en gagnant une promotion de grand rassembleur « singulier et unique »…

Comme Dionysos ou le dieu Pan, il désorganiserait la communauté tout en réorganisant les liens sociaux, par l’hubris, le débordement..Ici c’est l’hubris violent.

Nous pouvons suivre le cheminement du bouc émissaire depuis sa mise à l’index, sous diverses accusations, puis sa mise à l’écart de la masse jusqu’à sa disparition, jusqu’à son sacrifice, son meutre… La crise ainsi vécue devient une sorte de purification des affects collectifs : une catharsis. René Girard place ce perturbateur au centre de la liquidation “de la crise mimétique mise en scène par ces rites “ car ajoute-il :

« C’est l’unité d’une communauté qui s’affirme dans l’acte sacrificiel et cette

unite surgit au paradoxe de la division, au moment où la communauté se prétend déchirée par la discorde mimétique […] A l’opposition de chacun contre chacun succède brusquement l’opposition de tous contre un. A la multiplicité chaotique des conflits particuliers succède d’un seul coup la simplicité d’un antagonisme unique :

toute la communauté d’un côté et de l’autre la victime. »7

Cette hostilité peut mener par des insultes, puis par des violences diverses au lynchage, au meutre sacrificiel, à « la folie mimétique ». Ecarter la menace et la peur de l’inconnu par la désignation rituelle et arbitraire d’une victime permet à la communauté d’après René Girard :

  • de prendre une décision brusque purgeant sa violence vengeresse,
  • de passer outre les interdits, les tabous, les règles établis depuis l’origine,
  • de minimiser les responsabilité individuelles de la crise commune, et de ce fait, réconcilier les individus, par une « polarisation unanime », « ils [les rivaux] sont fascinés les uns par les autres »,
  • de s’octroyer une toute-puissance à l’égal du Dieu conciliateur.

« La mimésis d’appropriation [même objet, même victime] permet à la

communauté d’assouvir sa rage contre cette victime arbitraire, dans la conviction absolue qu’elle a trouvé la cause unique de son mal. Elle se trouve ensuite [une fois la violence et le sacrifice opérés] privée d’adversaire, purifiée de toute hostilité à l’égard

de ceux contre qui, un instant plus tôt, elle manifestait une rage extrême.»8

Cette personne stigmatisée est désignée fauteuse de troubles à l’intérieur de la collectivité, coupable à l’envi, elle devient victime à l’entour et a posteriori. L’Histoire convie Giordano Bruno (1548-1600), philosophe panthéiste italien, dominicain jusqu’en 1576. Il a la fâcheuse idée de critiquer la philosophie d’Aristote et surtout de défendre la théorie de Copernic.9 Accusé d’hérésie par l’Inquisition, incarcéré pendant sept ans, il meurt brûlé vif… Il devient un exemple pour mettre en garde ceux qui penseraient différemment de la doxa, politique, et religieuse (souvent les deux domaines gouvernent ensemble) ou ceux qui penseraient tout simplement… Notre actualité révèle des penseurs : écrivains, journalistes, emprisonnés, torturés à mort dans leur pays, pour avoir émis des idées contraires à

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l’orthodoxie d’un pouvoir totalitaire. Georges Orwell, ce visionnaire 10 , après avoir été du côté des oppresseurs dans sa jeunesse, reconnaît que celui qui fait cavalier seul s’expose à un tel châtiment. Le rejet de l’Autre est une singulière règle qui fixe la norme, qui devient la norme.

Et lorsque les idées individuelles dérangeantes ne suffisent plus à étayer cette figure du bouc isolé, c’est le « troupeau émissaire » ayant quelques mystérieux desseins nocifs, qu’il faut exterminer. C’est par sa couleur de peau ou par son origine que le peuple est désigné, sacrifié et victime. Des indiens d’Amérique, ces sauvages, atteints de la gale ou de la rougeole, (maladies importées par les colons) aux Juifs des ghettos, ces rats, attirant le typhus… la mythologie de la race pure et son eugénisme corolaire guident les conquêtes de territoire et l’appropriation des biens en exterminant à tour de bras… vers l’abattoir.

« L’Autre qu’il soit Juif, noir ou tsigane doit disparaître, le métissage doit être prohibé

et combattu. » 11

La violence des génocides s’adapte à l’actualité des « civilisations » et leur potentat. Les essentiels sont chanceux, ils sont juste rééduqués plus ou moins consciemment.

Cet acharnement sur une communauté entière résonne en France le 17 octobre 1961, lors d'une manifestation pacifique pour l'indépendance de l'Algérie, des dizaines d'Algériens ont été tués ou jetés dans la Seine par la police française, dans un contexte de répression violente. Bis repetita, le 1er mai 1995, à Paris, cette fois c’est Brahim Bouraam, marocain, qui est poussé dans la Seine par un manifestant skinhead en marge d’un défilé du Front national. Il ne sait pas nager, le fleuve est en crue, il se noie. L'agression n'est pas seulement raciste, mais aussi homophobe. Autre ostracisme.

Nous pouvons relever là une première contradiction : le bouc émissaire est à la fois : nécessaire et indésirable au sein de la cité. Il est déplacé : déplacée de son être, de ce qu’il est réellement, de son contexte de vie, de son terrain propre, et déplacé vers le hors-champs imaginaire et topique de la horde. Son lieu est Khôra, le désert pour les Juifs à l’origine du « Bouc émissaire », un lieu à-part.

2. Le lieu du sacrifice

Khôra, (χώρα) désigne l’espace complémentaire de la polis (ville), Khôra est inorganisée, indéterminée. C’est l’étendue encore libre, hors de la cité. Elle sert la connotation platonicienne de potentialité à venir. Comme la cité dont elle dépend, elle fait appel au lien archaïque et indivisible, qui met à disposition tous des lieux d'accueil et de rassemblement des contraires, « comme disponibilité, la disposition ouverte aux possibles ». Ces possibles sont ce que la polis, la cité, la ville nous abandonne « aux plis de la vie » pour laisser venir à nous « l'inconnu, le hasard, la surprise, l'étonnement à la vie sensible.»12 Ces possibles créent l’être-ensemble pour le meilleur et pour le pire. Peut-on penser le rite sacrificiel en un rituel acceptable, « un calmant cérébral car notre cerveau aime la répétition »13 ? Il condenserait et harmoniserait les gestes, les paroles, les cris, les émotions face à la crise imprévisible où les comportements individuels transpirent l’angoisse. Il rassemblerait et transcenderait les oppositions et les singularités.

Nous rencontrons Bernard Salignon sur le terrain de notre sujet, au lieu du sacrifice, lorsqu'il écrit :

« L'être-ensemble n'est possible qu'à partir du meurtre, sacrifice pris par l'être humain sur lui-même (les mortels).» 16

Le sacrifice dans l'Antiquité, dont l’origine est sacer, sacré, se fait toujours en dehors de la cité. La cohésion rejetant et excluant hors-ses murs, dans le hors-lieu du sens social, politique et religieux, ce qui trouble plus que de raison, sa légitimité. Un groupe, un peuple constitué sur des bases prédéfinies, tels des mœurs, des avantages, des désirs sociaux, ou encore des rancoeurs, vengeances et haines communes et ce, dans le seul but de sauvegarder le consensus, rejettera avec force l’intrus. Le groupe se rassemble pour excluer. Jacques Derrida place Khôra dans un hors-lieu sacrificiel commun à tous, qui peut être aussi vécu en tant que lieu du « dire du dire », poème philosophique, image, tableau, d’une étrange plasticité :

Le discours sur khôra joue donc pour la philosophie un rôle analogue à celui que joue khôra « elle-même » pour ce dont parle la philosophie, à savoir le cosmos formé ou informé d’après le paradigme. C’est dans ce cosmos qu’on puisera néanmoins les figures propres – mais nécessairement inadéquates – à décrire khôra : réceptacle, porte - empreinte, mère ou nourrice. Ces figures ne sont même pas de vraies figures. 17

La topique de Khôra est a-topique… Laissons khôra « à l’abri de toute traduction. »19 Elle est accueil. C'est l'acceptation, presque le passage obligé, l'invite à [l' ] « exister, c'est se perdre ». C'est sur le fond de ce lieu étrange, lieu atopique, du grec, a- privatif (sans) et topos- (lieu) : un sans lieu ou le sens d’un lieu déplacé. Nous retrouvons cette notion d'altération du sens et de la réalité, au profit de l’indésirable, par les liens familiaux et sociaux où l'intrus est l'individu par qui la cohérence du groupe, de la famille se fait et par qui le groupe s'interpelle. De ce fait, par lui le groupe existe, mais lui n’a pas d’ex-istence. Il devient le lieu qui cristallise les tensions et en tempère les effets.

C'est le principe « du bouc-émissaire victimaire » cité plus haut par René Girard, pour qui un homme prend en charge les énergies perverties ou non-accomplies d'un groupe pour les convertir ou les révéler. Nous replaçons la fonction de l'intrus au-delà de celle du Christ, en parité, avec celle de Judas car c’est par lui que le nazaréen, en tant que figure centrale, fédère les tensions et les haines d'une foule. Comme un seul homme elle réclame sa mort. La concorde nous guide vers la personne de Judas, et plus encore vers son baiser unique. C’est l'expérience d'un retournement, d’une métanoïa, qui déplie notre sujet du bouc-émissaire vers l'intangible.

3 - Bons baisers de Judas

Judas n'est pas un nom commun, ordinaire, c'est un nom divin. Apparenté à celui de Jésus dès son origine, Jésus, Yehou est né de la tribu de Juda, quatrième des douze fils d'Israël, et Judas, Yehouda, dernier des douze apôtres. Il est par son nom « l'incarnation de Yehou », par le Daleth, le delta en grec, le D, la porte, le passage et la trouée à travers la matière. Incarnation donc de celui dont le nom n'est jamais dit. De Juda à Judas entre la porte de la naissance-origine et celle de la mort-retournement, l'histoire peut s'écrire, elle passe par un baiser. Jésus-Judas, le pur et l'impur, l'un n'allant pas sans l'autre, comme l'histoire autour de Jean le Baptiste et Jésus le baptisé ou entre celui qui doute : Thomas et celui qui renie, Pierre, entre celui qui est de rang élevé Saül et qui devient Paul, simple soldat. (La tradition veut que l’initié au sortir de ses épreuves, change de nom).

D’autre part, l’une des particularités des humains, sans doute acquise dans leur vie primitive dépendante de la Nature, est de se regrouper et de coordonner leurs actes pour faire

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face au danger, à l’inconnu, à l’angoisse. C’est ainsi que les humains interprètent et miment les expressions de leurs congénères, par les neurones miroirs « découverts dans les années 1990 par Vittorio Gallese, Giacomo Rizzolatti et leurs collègues de l’université de Parme. »19

« Grâce au pouvoir d’imitation des gestes, l’être humain gagne en capacité d’apprentissage et en empathie. Car cette dernière naît en partie quand celui-ci reproduit les mimiques d’expression, nous explique le neuroscientifique, [Sébastien Bohler] la résonance motrice implique la résonance émotionnelle, « c’est pourquoi les rituels collectifs, en plus de réduire l’activité du cortex cingulaire en y introduisant de l’ordre, de la synchronicité et de la prévisibilité, favorisent un partage d’émotions qui

renforce le sentiment d’appartenance à un groupe ».21

Voyons le groupe reserré autour du « couple » Jésus-Judas » par le peintre Giotto.

GIOTTO di Bondone est né à Florence, en Italie en 1267, il y meurt en 1337. Il est le précurseur de la peinture de la Renaissance.

Sa fresque se nomme : « Le baiser de Judas »

Au centre, Judas enveloppe Jésus, de son large manteau, il le protège de nous, les regardants mais aussi des armes, lances et couteau. Le baiser « sous le manteau », en connivence, pour livrer le bouc émissaire, désigné par le personnage de droite en rose, et ainsi confirmé à une armée de soldats, des légionnaires romains resserrés sur ce point de faiblesse. Le manteau permet cette invisibilité de geste, ce qui se joue en dehors de nous, à l'abri de notre regard et de notre entendement, « sous le manteau, le pacte monnayé, sous le manteau le signe dénonciateur.

« En l’homme, ce qui est aisément observable, c’est qu’il n’aime pas être méprisé, tenu pour ignoble ou nul. Il tiendra généralement à cacher ce qui dans sa conduite ou ses penchants risque de paraître vil ou grotesque, tandis qu’il laissera apparaître volontiers ce qui le fait valoir. » 23

Chaque membre de la curie veut mener à bien la « mission » engagée par l’élan collectif. La part endossée par chacun devient nécessaire, non seulement pour le groupe, mais pour son estime, son autosatisfaction. Aux yeux de tous, Judas est un héros, il a fait sa part. Trahison ? non, cohésion pour que l'histoire cohérente se fasse sans notre jugement primaire. Faiblesse ? non. Force. Ce manteau est aussi la pelisse protectrice légitimant l'adoption, prendre sous son manteau, sous son aile, sa responsabilité.

De ce côté-ci de la préservation, nous pensons aussi aux nombreuses représentations de la Madone bienveillante qui développent, ainsi, sous son manteau, un rôle divin de protection aux humbles et aux commanditaires de l'œuvre. C’est l'œuvre magnifique de Piero Della Francesca, la Vierge de la Miséricorde 24.

Giotto choisit la couleur jaune du manteau, il est jaune d'or de la couleur de la puissance divine, rayonnante, qui, en se recentrant autour de l'événement, fait irruption dans le présent pour que lui survive l'avènement : la crucifixion et la rédemption. C'est aussi la couleur du vêtement de Mithras, symbole de l'action qui se fait parole, devenue Verbe en tant que Logos. L'action se passe dans une brume bleutée, la scène baigne dans le doré d'une aurore, orare, c’est parler en latin. Nous rappelons, ici que l'or, métal non corrompu et inaltérable, résiste à toute corruption, à toute souillure, l'acte vil de trahison ici, se substitut à la parole pour instituer le Verbe. Les bâtons et flambeaux ne le condamnent pas, mais deviennent des rayons prolongeant l'auréole du Christ, comme le protégeant. Les regards des personnages autour, si proches que les visages se touchent, leurs regards sont accrochés par un même souffle suspendu à cet instant du baiser. Le baiser de Judas, ce point de bascule dans l'histoire de la religion chrétienne, déplace cette réflexion de jugement qui ne cautionne aucune vérité pour vraie et absolue. Il interfère sur l'état morbide des choses arrêtées, il appelle à l'ouverture et à l'acceptation vers l'inconnu qui échappe à l’entendement.

Le peuple sacrifie un des leurs pour quelques pièces parce qu’il dérogeait aux règles religieuses et politiques des colonisateurs ? En ces temps d’occupation de leurs terres et de confiscation de leurs biens, surgit le sentiment d’imprévisibilté et de méfiance.

« Confronté à l’absence de sens, l’être humain panique et plonge dans une angoisse pouvant être apparentée à une réaction primale de survie ». 25

Judas plein de remords veut reverser les trente pièces d'argent, « le prix du sang », à ses commanditaires. Cet argent, il ne peut le rendre, tout entaché qu'il est, aux grands Prêtres et au Conseil des Anciens Juifs qui finalement l'acceptent et achètent le terrain d’ un potier pour en faire un cimetière pour les étrangers… Sans le signe distinctif de ce baiser l'autre histoire, celle de Jésus devenu le xenos, l'étranger, ne peut s'écrire dans la grande histoire chrétienne de l'humanité, elle est contenue par cet acte jugé ignominieux. Le baiser est ce sur quoi repose la vie d’un homme de 33 ans bien avant qu'un pauvre Judas ne s'en saisisse pour quelques deniers...

« Celui à qui je donnerai un baiser, c'est lui ; arrêtez - le! ».

En opèrant un signe, le groupe s’offre une victime, le bouc-émissaire. La communauté divisée se ressoude autour de ce contrat tacite et peut entamer son rite sacrificiel pour s’apaiser. Nous suivons à présent, comment la même scène est représentée et renommée de façon différente par d'autres artistes : Gustave Doré, Hans Holbein et Caravage.

Illustration du document original, page 10

Gustave DORE

Le Baiser de Judas - Gustave Doré, 1866, Bible de Tours illustrée .

Par cette gravure, Gustave Doré travaille l'ombre et la lumière guidant et accompagnant la foule à travers les bois. La torche brûle au-dessus des têtes et fait un écho à la torche des sacrificateurs, qui portent de ce fait un masque blanc tragique. Ils viennent d'un fond obscur, en procession, comme des ombres, et dans cette pénombre, aucun ne croise le regard de l'autre. Têtes baissées, détournées, en arrière, en l'air, de côté… Chacun suit l’autre, la foule se rendant au même endroit.

Le graveur nous fait une caricature du traître, un délit de faciès évident du mauvais juif, ce que ne fait pas Giotto, mais ce sur quoi s'attardent aussi Holbein ou Caravage comme nous le verrons.

Léonard de Vinci, lui-même s’interroge sur le visage qu’il doit donner à Jésus et à Judas sur sa fresque « la Cène » du réfectoire du couvent dominicain de Ste Marie-des-Grâces de Milan, vers 1496-97. Il avait jusque là peint assez facilement les visages des Apôtres leur donnant des sentiments respectifs : indignation, curiosité, doute… mais comment peindre le visage du Christ ? Peindre cet aspect divin et céleste qui ne peut faire figure humaine. De même, il hésite pour Judas, comment montrer l’infamie ? Il prend donc du retard dans son travail. Le prieur du couvent qui le presse de finir, ne comprend pas qu’il ne peigne pas, qu’il réfléchisse. « Arte es cosa mentale » écrit-t-il.

Léonard suspend donc son travail et répond ironiquement au Duc de Milan, le commanditaire de la Cène, qu’il pense finalement prendre la tête du prieur du couvent comme modèle de

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Judas, car dit-il, il est « importun et indiscret »… Cette anecdote nous montre combien nous investissons nos représentations de nos affects sur ces notions manichéennes et combien elles cristallisent nos sens sur le bien, le mal, le beau, le laid, le pur, l’impur… Le visage que nous donnons à l’autre nous apprend sur nous-mêmes. Jésus doit avoir le visage pur de celui qui enjoint à Judas de le livrer. Judas, de par son visage tragique, répond à cette sommation. Ils partagent les deux faces d’une même pièce. « Le visage est sens à lui seul » nous dit Emmanuel Lévinas, dans Ethique et infini.28 . Le visage et les mains, ajoutons-nous. Reprenons la gravure de Gustave Doré. La manche de Judas est retournée à mi- bras, comme pour libérer la main à la tâche prompte à ne pas rater: « Ami, fais ta besogne ». Alors s'avançant, ils mirent la main sur Jésus et l'arrêtèrent. (Matthieu, 26.47 à 54) . À cet instant de gravure, c'est Judas qui met fermement sa main dans celle du Christ, mains nouées ensemble comme par quelque destin tragique, il est prêt à s'agenouiller, son genou est fléchi, respectueux de la stature pleine et ouverte de Celui qui accueille son baiser dans toute sa majesté avec stoïcisme, sourire et bienveillance. Comme chez Dürer, les arbres constituent l'environnement tragique de la scène, ils se tordent et menacent la foule qui passe au milieu d'eux. Prenons à présent, la représentation d'Holbein qui est l’un des panneaux du retable, La Passion, formé de huit parties, huit scènes peintes sur bois de tilleul, vers 1524-1525.

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HANS HOLBEIN

Le baiser et l’arrestation, détail.

Le panneau étudié est dans la partie supérieure du retable. Il s'agit d'une scène trouble. Nous sommes dans les ténèbres, malgré, là aussi, quelques torches. Le bras recouvert de tissu jaune d'or tranche avec les ombres qui noient les corps, est appuyé sur l'épaule du condamné, paume fermée, contient-elle le prix de la trahison ?

Au fond, l'arbre se tord et renforce l'ambiance inamicale du désordre et de la tragédie, la gabegie. Nous pourrions presque entendre un fracas de tonnerre. Nous sommes dans une plus grande confusion et violence qu'avec les autres représentations. Tous les personnages empoignent ou sont empoignés au cou, à la tête. Pierre au sol s'apprête à trancher l'oreille de Malchus. Les armes sont lourdes, hétéroclites, hache, couteau, lance, pique, hallebarde…et grossières, prêtes à agir de façon désordonnée, suivant l'instinct, comme si ces personnages avaient pris en vitesse n'importe quoi pourvu que cela tue. Jésus conciliant s'avance pour recevoir les lèvres de son Apôtre, instant de calme étonnant, contrastant avec la furie alentour.

Il y a dans cette foule, comme dans toute les foules, des regards qui fuient, d'autres qui blessent, certains même récusent. Ces regards entrecroisés, les rassurent tous deux sur ce qu'ils ont à vivre malgré eux : ce baiser, parce qu'ils n'ont rien décidé, ni choisi… Dans toutes ces représentations, nous retrouvons Jésus et Judas, et l’entre-deux, ce baiser qui les isole de la foule acrimonieuse, mais qui les lie, les surlie pour qu'à travers eux, la Parole s'accomplisse et la communauté se ressoude

Le statut du bouc-émissaire en le Christ, serpent d'airain qui guérit de toute plaie et donne la vie, se déplace ainsi lentement en la figure de Judas.

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Pour René Girard, le fait que la communauté soit tout entière liguée contre le serviteur pour le persécuter et le tuer n'empêche pas cette victime d'être innocente et la communauté, dont il fait partie, coupable. 29

" La mort de la victime métamorphose les rapports au sein de la communauté.

Le passage de la discorde à la concorde n'est pas attribué à sa cause véritable, le

mimétisme unificateur de la violence collective, mais à la victime elle- même (…)

elle [la communauté] imagine cette pensée [la pensée religieuse] une quasi-substance maléfique, le sacré, qui se polariserait sur la victime et deviendrait bénéfique par l'entremise de l'opération sacrificielle, et par son expulsion hors de la communauté".30

A présent, voyons le tableau de Michelangelo Merisi da Caravaggio, dit Le Caravage de 1602. Ce peintre est né à Milan en 1571 et il est mort à Porto Ercole en 1610. Sa vie est tumultueuse.

LE CARAVAGE

Nous retrouvons le style de ce peintre, nocturne et violent. La lumière de ce tableau est violente en clair-obscur tout comme les sentiments des personnages ainsi exacerbés. La couleur orangée se décline du plus clair sur le costume du soldat au premier plan, puis par le bras de Judas, au plus foncé sur l’épaule du Christ pour finir presque brun sur l’apôtre de dos. L'œuvre ne s'appelle pas « Le baiser de Judas », qui est l'instant choisi de cette représentation, mais « L'arrestation du Christ ».

Toute la brutalité est développée dans la picturalité condensée et le mouvement baroque des cuirasses froides et métalliques, des casques plombés, aux éclairs fulgurants, violence déjà contenue dans le titre.

L'arrestation est oppressante, dans la confusion des bras, celui de Judas et celui du soldat. Le Christ est pris à la gorge, ainsi arrêté, il est sans doute dérangé, surpris dans sa prière, il est compressé, il se concentre sur la nécessité de garder ses doigts crochetés, mains vers le bas, vers la terre. Déjà il se rend. Il ne s'agit plus d'invoquer le Père céleste, d'en-haut, mais d'accueillir les coups bas portés dans l'angoisse. Viennent alors, le cri et le geste d'effroi du personnage de gauche, un apôtre, une tentative d’appel vers le hors-champs, pour prévenir de l’évènement. La main tendue du personnage de droite, au-dessus de la mêlée, est la main coupable serrant l'argent de la trahison. Judas s'agrippe au Christ, avance sa « trogne » ridée de sourcilleux. Par un mouvement de dégoût, le Christ recule au baiser reçu. René Girard parle « d'une collectivité en crise qui temporairement au moins se ressoude contre lui » puisque (…) « Tous les groupes et même tous les individus mêlés à la vie ou au procès de Jésus finissent par donner leur adhésion explicite ou implicite à cette mort : la foule de Jérusalem, les autorités politiques et religieuses juives, les autorités politiques romaines, même les disciples, puisque ceux-ci qui ne trahissent pas et ne renient pas activement Jésus s'enfuient ou restent passifs ».31

4 - Tout est liens qui finissent bien

Crise et réconciliation

Nous voyons ici une piste se dégager, celle d'un transfert de la notion de symbole. Ce qui se rassemblait en sumbolein, par la concorde, passerait aussi par le diabolein (dia = deux). L'équilibre pacifiant de la communauté passerait autant par la meta-bolé que par la kata-bolé. Ce qui se défait, désorganise la communauté, l’entropie des liens, est aussi ce qui la rassemble par la mise en commun de la violence. Le choix de ces tableaux souligne : la communauté soudée et virulente portée vers le meutre. C'est le principe du sacrifice, dont la victime bouc-émissaire est reconnue et désignée, mais elle reste singulière et cette singularité est porteuse de troubles. Elle trouble la lisibilité sereine de l'individu devenu inqualifiable et crée de l'ambiguïté. Les liens, les rapports infra - communautaires doivent être simples et unifiés, pour être gérables, nul ne pouvant se tenir à l'écart des normes. Dans un but de pacification des affects, il arrive que dans certains rites sacrificiels la victime soit choisie au hasard, pour ne pas donner aux hommes l’occasion de se quereller… nous dit Réné Girard.

La victime agirait comme un miroir ou plutôt comme l'image d'un miroir :

"Au sein de la crise mimétique, la victime n'est qu'un antagoniste parmi les autres, elle est le double de tous les autres, leur jumeau ennemi, mais la polarisation mimétique fait converger sur elle toutes les significations de crise et de réconciliation. Elle devient donc prodigieusement signifiante et spécifique. En elle donc, s'effectue le passage de l'aléatoire au spécifique, la fin des doubles et le retour au différencié" 32.

Ce n'est pas le retour au différencié entre la victime et le reste de la communauté qui s'opère à travers le sacrifice, car il s'agirait alors de retour à l'indifférencié, au même, mais au différencié en tant que coupure entre le domaine divin et le domaine humain. Les deux genres ne peuvent se superposer en un seul homme, fauteur de troubles, qui revendiquerait cette double appartenance, d'une origine obscure, non maîtrisable. Il déstabiliserait l'ordre du Nomos, la loi de la cité.33

"C'est bien ainsi que doivent se présenter les choses dans la perspective étriquée de la communauté sacrificielle. Jésus apparaît comme une force subversive et destructrice, une menace pour la communauté, ce qu'il devient réellement dans le contexte de la

méconnaissance dont il fait l'objet".34

Cette force destructive, liée à la méconnaissance, (ce que nous ne pouvons accepter conceptuellement) fait retour en la personne victimaire, se cristallise en elle. Nous la sommons de porter en elle nos défauts et nos manques. Cette charge déplacée devient, de ce seul fait de la dépossession de nous-même, un acte violent, destructeur, fédérateur de toutes ces frustrations dirigées vers l'Autre. Ce que nous ne pouvons reconnaître en nous de bon, mais qui existe chez l'Autre, nous le rejetons avec haine, au lieu de le prendre en nous, comme bon pour soi. Le bon pour soi, c'est le contrat tacite, cette passation, entre Judas et Jésus tel que l'a traité Giotto.

Chacun de ces « Baiser de Judas » montre une partie de cette cohésion, chacun ayant sa part de l'histoire qui se fait à travers lui pour que s'inscrive l'avènement du Christ.L'inscription de l’acte en tant que puissance subversive traverse le retournement. Tout ce qui est caché sera révélé, d'une façon ou d'une autre.

5 - Celui par qui le scandale arrive

Mimésis, catharsis, skandalôn, katabolé, métabolé. .

Nous articulons ces termes grecs au chemin qui conduit de la désignation d’un « bouc émissaire » : de la transformation du groupe à la fondation de quelque chose de nouveau. Cela passe par une crise hystérique : le scandale consensuel. D’un point de vue anthropologique, la horde humaine fabrique des scandales pour se survivre à elle-même, en stigmatisant un vulnérable qui doit sortir de la communauté… elle déplace et met au centre des relations humaines non plus l’objet-cible, tenseur des affects et des conflits réels, mais l’obsession duelle du modèle – obstacle.

C’est ce que nous appelons l’instrumentalisation du “sans-objet” car, en dernière analyse, le faiseur de scandale, démiurge d’un pur “bouc-émissaire”, ce chef de clan, est la première victime prise à son propre piège.

Dans la Bible, les pourvoyeurs de scandale, (“Malheur à l’homme par qui le scandale arrive”) sont du côté des ténèbres et attachés par le cou à la meule que tournent les ânes serviles… indéfiniment dans le même sens… La métaphore est éloquente quant à leur place et à leur cheminement… Un scandale est un obstacle, une pierre d’achoppement, un piège placé sur le bon chemin, (scandzo : je boite). Dans le sens du skandalon, sa racine grecque, il participe à la rivalité mimétique, au narcissisme et au transfert négatif du modèle. Le scandale est une forme de névrose collective.

Elle renforce son leader invulnérable et fascinant, par un jeu de miroir mimétique inversé. Le skandalôn, c’est le produit de cet objet aveuglant, sidérant, résultant du désir toujours plus dense de créer des priorités en posant des obstacles mais qui suscite plus de failles, de différences et d’incompréhension que de solutions, plus de haine, de colère que d’empathie. L’origine est souvent occultée, refoulée loin de son apparition car ce n’est pas la pierre qui fait chuter mais l’intention de la placer là, souvent de manière inconsciente, pour des raisons inavouables liées à un mal-être : des jalousies, des désirs, des refoulements, des non-dits mortifères, des sentiments humains… Il s’opère un transfert symbolique d’un manque à remplir à la jouissance de l’acte.

Un scandale est un épiphénomène des tensions communautaires latentes majeures qui s’orientent et se condensent favorablement c’est-à-dire violemment en un bouc-émissaire désigné par la communauté. Ce scandale renforcent les liens entre les membres du groupe et authentifie leurs actes. C’est la sortie de secours, l’issue favorable de toutes problématiques conflictuelles ne devant pas être résolues pour toutes sortes de bonnes raisons. Dans son acceptation, au sens médical, cette crise est salutaire. C’est la purge aristotélicienne des affects : la catharsis. Désigner l’individu au cœur du scandale comme “coupable ou victime” de dysfonctionnements permet d’éluder la remise en question de soi, sur ses limites, son implication dans l’action partagée jusqu’au sacrifice…

Cette crise provient :

  • d’un “encombrement structurel” (Lévi-Strauss) issu de notre “infirmité”, notre impossibilité à suivre la bonne marche du groupe…
  • d’un mimétisme unificateur s’édifiant autour de la différence et le refus des mélanges, c’est le principe même de toute communauté humaine.

6 - La nasse de la masse psychologique

Ce qui se défait au sein de la masse est ce qui se joue également pour l’individu isolé pris de « crise de panique », c’est-à-dire lorsque celui-ci se trouve dans l’incapacité psychique de gérer des affects devenus par trop violents, ingérables, vécus dans une situation majeure d’isolement face à un danger présupposé. La crise de panique serait de l’ordre de la résistance contre une menace d’anéantissement du moi voué à la fragmentation.

L’émergence d’une telle unité régressive, dans le cas pathologique individuel, ou idéale, culturelle, dans laquelle le sujet ne peut que disparaître par un non-moi, vient à la place d’un authentique contact avec la réalité. Le sujet divisé, menacé par un monde imaginaire inquiétant, met en place cette « unification » pacifiante. « Même pas en rêve » est la phrase récurrente et antagoniste d’une névrosée grande adepte des réseaux sociaux... Nous pouvons dire que l’investiture du sujet dans le monde est alors faussée, falsifiée par une dé-réalité qui ne mobilise rien d’autre que la force impersonnelle du Ça, « l’héritage archaïque de l’âme humaine » 38, ce noyau du moi menant à l’inconscient. C’est ce point de la lutte individuelle et collective contre l’angoisse que souligne l’anthropologue :

« Il existe un rapport entre les formes rituelles et la tendance universelle des hommes

à transférer leurs angoisses et leurs conflits sur des victimes arbitraires ».39

Nous comprenons ainsi ces notions de masses artificielles, religieuses, politiques, hautement organisées, mises en œuvre pour préserver la stabilité contre la dissolution « et empêcher des modifications à leurs structures » d’advenir. 40 Freud reprend le texte de Le Bon, significatif quant au caractère de l’individu prit dans la foule, faisant curieusement écho, par une certaine procédure mentale à des fins idéologiques mais aussi plus simplement à des nécessités consuméristes :

« (…) évanouissement de la personnalité consciente, prédominance de la personnalité inconsciente, orientation par voie de suggestion et de contagion de sentiments et des idées dans un même sens, tendance à transformer immédiatement en actes les idées suggérés, tels sont les principaux caractères de l’individu en foule » et il ajoute : « il n’est plus lui-même, mais un automate que sa volonté est devenue impuissante à guider »41.

La masse est conduite presque exclusivement par l’inconscient. Dans ce texte « Psychologie des masses et analyse du moi » de Sigmund Freud, la masse est le lieu de perdition de l’individu pris dans la nasse, « dans la dépendance d’une même structure » (…) par des processus d’agrégation. (Etienne Balibar, son étude sur ce texte voir en annexe III). L’intérêt personnel et la volonté durable sont exclus de toute orientation autre que celle édictée. Il n’y a plus d’espace entre le désir et sa réalisation possible–impossible, l’individu devient influençable, crédule, il perd son esprit critique, son taux de vigilance s’abaisse. Il noie son identité dans une masse qui « ne connaît ni le doute, ni l’incertitude » 42 sous l’impulsion vigoureuse d’un chef sachant gommer l’aspérité des conflits individuels et contradictoires, par la conciliation, la co-existence d’un idéal commun, dans un même sens. Et si « L’homme est un animal apprivoisé » comme l’énonce Théétète dans Le Sophiste de Platon (222b-c), c’est par la connaissance naturelle dont il dispose. Heidegger, reprenant Platon, distingue le sauvage et l’apprivoisé par l’échange et le discours (Logos, legein) pour « amener l’autre à partager la même conviction que celle que l’on a soi-même ».43 Dès lors, ceux qui ne partagent pas la même conviction sont ostratisés, tenus à l’écart ou détruits …

La masse détruit, détruit ce qui non-concevable, ce qui semble étranger à soi, ce qui pourrait être vécu comme potentiellement dangereux pour son intégrité propre, son soi suprême ou plus largement pour l’unité d’une civilisation ou son expansion …

Détruire semble être la seule solution de la survie d’un individu, d’un groupe, d’un pays « civilisé ». Nous sentons bien que la raison factuelle d’une défense d’un moi (individuel ou collectif) est issue d’une angoisse de disparition, de non-existence.

N’est-ce pas ce que nous avons entrevu à l’analyse du narcissisme et de la paranoïa de certains patients de Freud ? 44 La limite de l’étrangeté ayant atteint son paroxysme est la paranoïa. Sa définition commune issue du grec ancien : παράνοια / paránoia et des mots παρά / pará : « à côté de », et νοῦς/noûs : « esprit », est ce qui s’entend « contre l’entendement », ça pense à la marge, pas dans les clous…

Les délires sacrificiels ne formulent-ils pas un désir de monde idéal achevé, paisible, comblé sans dysharmonie ? Jusqu’à la crise mimétique, cette sortie dynamique, les masses menent les tensions violentes et les rendent légales.

Ces tensions existent encore, au regard des évènements tragiques de notre époque contemporaine. René Girard nous dit : « La violence se perçoit toujours comme légitime représaille. C'est donc au droit de représailles qu'il faut renoncer et même à ce qui passe, dans bien des cas, pour légitime défense. »

Fabienne Potherat Avril 2026

ANNEXE I

Sur la photo « Ici on noie les Algériens ! »

et Le massacre du 17 octobre 1961 à Paris

"Ici on noie les Algériens" : la photo mémoire du massacre du 17 octobre 1961

Par Elsa Mourgues, v endredi 23 août 2019, Radio France/France Culture.

Extrait de l’interview de Jean-Michel Mension, l'un des auteurs du graffiti.

« Quand on a appris ce qui s’était passé le 17 octobre, on s’est dit qu’il fallait faire quelque chose, qu’il fallait réagir, marquer le coup. On a marché le long des quais pour trouver un espace suffisamment large pour mettre cette inscription qui est quand même assez longue et on est arrivés ici devant l’institut. Et le pont Saint-Michel, c’est quand même de là qu’ils ont jeté les gars.

La photo du graffiti "Ici on noie les Algériens", prise sur les quais de la Seine quelques semaines après le massacre du 17 octobre 1961 a failli n'être jamais publiée. Pourtant aujourd'hui elle est devenue un symbole. Et la mémoire de la répression en France pendant la guerre d'Algérie.

17 octobre 1961, en pleine guerre d’Algérie le Front de Libération Nationale appelle les Algériens à manifester pacifiquement à Paris pour demander l’indépendance de l’Algérie et l’arrêt du couvre-feu qui les vise. La répression ordonnée par Maurice Papon est sanglante. Plusieurs dizaines d'Algériens, peut-être plus de 200, sont tués, certains sont jetés dans la Seine, c’est ce massacre qui est dénoncé trois semaines plus tard par le graffiti sur les quais de Seine.

Illustration du document original, page 20
Illustration du document original, page 20

ANNEXE II

Piero della Francesca, Polyptyque sur bois, entre 1445 et 1460, 273x323 cm, La Vierge de Miséricorde, (1460)

Musée municipal de Sansepolcro, Italie.Ci-desous, détail.

ANNEXE III

« (…) Pour Freud, au contraire (évidemment instruit par l’expérience de la Grande Guerre, dans laquelle le déchaînement des instincts criminels a été justifié et normalisé), les processus affectifs et cognitifs qui dégradent la capacité du sujet de juger de façon autonome et la rationalité du collectif, et dont il ramène le principe à l’identification, en tant que mode de canalisation et de fixation de la libido, s’appliquent d’abord aux institutions de l’ordre établi, dont il prend pour exemples l’Église et l’Armée (je vais y revenir). Ce sont là, nous dit Freud les véritables « foules primaires », et il n’est pas exclu d’entendre ici un jeu de mots intra-psychanalytique : il faut entendre en effet que, pour assister au surgissement et au développement au grand jour d’un « processus primaire », dans lequel l’association des idées et leur investissement par des affects obéit sans garde-fou ni « élaboration secondaire » aux lois de l’inconscient, il n’est aucun besoin de se pencher sur des pathologies politiques et sociales (ou des phénomènes considérés comme pathologiques, en même temps que comme criminels, par la rationalité dominante), il faut au contraire observer le ressort de la cohésion des institutions et de l’adhésion qu’elles commandent. Ou plus exactement (et cette idée est encore plus remarquable), il faut considérer ces institutions comme des mécanismes de défense contre les phénomènes de désagrégation qui les menacent toujours de l’intérieur, et contre lesquels elles doivent mobiliser en permanence les puissances de la pensée et de l’affectivité inconsciente, qui sont pourtant fondamentalement de même nature (…)

L’une est celle de la régression, qui donne lieu (en fait dans les trois derniers chapitres de Massen) au « retour » de Totem et Tabou dans le cadre de la théorie de l’identification, non pas tant au titre d’une origine anthropologique que d’un mécanisme pulsionnel. Elle est centrée sur l’idée que la constitution des foules (y compris et surtout ces foules « normalisées » que sont les institutions, et en particulier les institutions de l’État) « répète » un scénario archaïque qui en constitue, justement, la dimension inconsciente. Cette hypothèse, notons-le, majore fortement l’hypnose en tant que modèle du rapport de dépendance entre le moi des sujets et leur commun « idéal du moi », sans doute parce que, dans la description qu’en donne à ce moment Freud, la sujétion hypnotique (qu’il caractérise, en démarquant Le Bon, non seulement comme une « servitude volontaire », mais comme produisant une véritable « soif d’obéissance », Durst nach Unterwerfung), si elle n’est pas de l’ordre de la haine, est néanmoins de l’ordre de la crainte, et que la crainte ne semble pas faire bon ménage avec l’amour – disons qu’elle est plus « castratrice » que l’amour. Mais corrélativement elle met aussi l’accent sur le problème de l’égalité entre les sujets, dont le modèle est toujours encore celui de la « revendication d’égalité » (Gleichheitsforderung) des « frères » de la horde primitive. On peut alors penser que, pour Freud, suivant cette hypothèse, les « institutions » sont, sinon des hordes primitives (bien qu’elles puissent toujours le redevenir, suivant le corrélat « dégénératif » des schèmes évolutionnistes), du moins une élaboration secondaire du fantasme originaire, dans laquelle – au prix d’un isolement qui peut être douloureux – l’égalité des individus s’acquiert par la désexualisation de la pulsion de mort ou la sublimation de ses composantes violentes et destructrices. C’est ainsi que la cité « gère » la contradiction permanente entre l’autorité et l’anarchie, et refoule (plus ou moins complètement) la violence qui la constitue. Il n’y a pas de doute que ce schéma de Freud, à beaucoup d’égards, est un schéma conservateur. »45

Étienne Balibar https://shs.cairn.info/revue-research-in-psychoanalysis-2016 Psychologie des masses et analyse du moi, le moment du transindividuel. Article de revue Research in Psychoanalysis 2016/1 N° 21

Lire aussi :

Balibar, E. (2011). Freud et Kelsen 1922 : l’invention du Surmoi. Citoyen Sujet et autres essais d’anthropologie philosophique. Paris : PUF.

ANNEXE IV

« Nous abordons la masse par l’unité, par ces unités que nous sommes, chacun de nous, tour à tour incorporés et tenus à distance de l’homogène. Car l’unité nous tient aussi solidement qu’une ligature, elle nous lie, nous relie et nous permet de rejoindre d’autres unités plus vastes dont nous nous sentons tellement les semblables. Ce vaste ensemble communautaire se fractionne de plus en plus : famille recomposée, comité de quartier, groupe social, corporation politique, religieuse. Nous sommes devenus usagers du train, croqueurs de chocolat noir, clients de grand magasin, alcooliques anonymes, sportifs d’un club amateur, spectateurs du Journal télévisé de 20h00, internautes… Nous communiquons, nous partageons et nous défions l’espace-temps : La Lune nous y avons marché, Mars, nous espérons y trouver de l’eau, et Saturne, c’est comme si nous y étions . Nous pouvons être à la fois otages à l’intérieur de l’école de Boslan et touristes es-tsunami à l’extérieur sur la plage de Pukhet. Les images violent notre imagination et deviennent notre miroir universel, que nous pouvons écrire : « unis vers celle » qui nous engendre, l’image–forme globalisante. Ce « Nous » et ce « On » global sont la « forme générale du sujet noétique » nous souffle Lacan. La forme sait ce qui est bien, ce qui est b on, et beau pour chaque Un de nous, « Je » ignorant. Chaque action, chaque désir, chaque tentative d’existence individuelle requiert à présent une bannière sous laquelle se rassembler et un code barre pour nous situer, une émotion pour partager. Tout semble si simple une fois notre vie codifiée, quantifiée, démontrée, et reliée à celle de notre prochain dont nous sommes solidaires.

« Non seulement chaque homme cherche sans cesse des unités mais il veut prolonger à l’infini toutes les unités qui le satisferont, qui le tranquillisent (…) L’homme qui a une grande âme cherche d’instinct des unités spirituelles, les plus nombreuses et les plus complètes possible, et il essaye de les immortaliser, le philosophe dans ses écrits, le poète dans ses poèmes, l’artiste dans ses œuvres. »46

La masse fluctue, nous bougeons avec elle, composant, recomposant une identité, élargissant un lien, maintenant un rapport avec les autres, créant pour un temps, un discours ou une vie. Elle satisfait notre désir civilisable en garantissant notre différence, comme état d’exception, elle régule l’individu au collectif, l’un à l’autre, le singulier au normé, par la source intarissable de la sum-pathos, la sympathie plurielle.

De nos jours, c’est de la cum-pathos, compassion qu’il s’agit. La « fracture sociale » devient une « cohésion sociale », le pauvre un exclu, et le Ministère de la Guerre un Ministère de la Défense. Le discours de notre civilisation nous abreuve de ce dont nous avons soif : la sécurité, la cohésion, la jouissance ouverte et publique d’un tout-monde. L’information devient de la communication au service des entreprises cotées en bourse : il n’y a pas de morts, mais des disparus, des gens dont on n’a plus de nouvelles, dans les hôtels paradisiaques recouverts de boue et de détritus ou suite à tout autre épiphénomène. Nous paraphrasons autour du mot « mort » imprononçable, banni du langage économique. La mort comme la masse est lisse. La masse est sans heurt, transparente, elle sent bon la vie, la nature et l’évasion (le Bio, la Ferme, Ushuaïa…), la vérité et la démocratie (droit de réponse, droit de savoir, droit du consommateur, égalité des chances, collège unique…) et elle produit à foison l’objet désirable à la portée de notre main. Elle harmonise nos buts (commémorations, inaugurations, fêtes et jours dédiés tout au long de l’année…), elle pense à notre place (« Vie privée-vie publique », « Télé-achat »,« A qui appartiennent les enfants ? »47 ). La faille surmontée apaise la communauté d’hommes, écrit Freud. Elle gomme ce qui dérange : la sueur, le sang, la mort mais les organise ensemble de façon spectaculaire dans les arènes antiques. Elle pacifie les liens, nous rend beau, intelligent, moins vieux et certainement meilleur. Nous ne pouvons plus nous en passer. Nous ne sommes pas loin de Paul de Tarse prêchant pour une séparation qui doit être saturée, comblée ; car la masse est sans vide, sans ces articulations nécessaires qui autorisent encore à traverser l’espace symbolique pour aller à la rencontre de l’Autre, former le langage et s’installer dans une relation singulière. La masse englobe, étouffe et ne crée que de l’ordinaire et de l’utilitaire, en elle, nous ne côtoyons ni le vide, ni l’impossible, ni l’inconnu, nous n’y fréquentons que l’usage malléable du prêt-à- penser pragmatique. Certains s’y sentent bien, rassurés.

Fabienne Potherat, I ère partie, « De l’unité idéalogique à la masse psychologique» extrait de thèse soutenue en 2010 : « Dieu(x) et l’Un conscient, une approche de la maladie mentale en art », Etudes psychanalytiques, directeur de thèse : Monsieur Bernard Salignon, Laboratoire : CRISES 44 24, Esthétique et éducation en psychanalyse, UFR : ED ETC, Université Paul Valery Montpellier III.

BIBLIOGRAPHIE

AGEMBEN, Giorgio, Homo sacer, le pouvoir souverain et la vie nue, col. L’ordre philosophique, éd. Seuil, Lonrai, 1997.

BALIBAR, Etienne, Freud et Kelsen 1922 : l’invention du Surmoi. Citoyen Sujet et autres essais d’anthropologie philosophique. Paris, PUF, 2011.

BOLHER, Sébastien, Où est le sens ? Les découvertes sur notre cerveau qui changent l’avenir de notre civilisation, éd. Robert Laffont, Paris, 2020,cité par Frédéric Lenoir, op.cit.

CHAPOULOT, Johann, VIGNEUX Jean (dir) Des soldats noirs face au Reich, Les massacres racistes de 1940, PUF, Paris, 2015.

DERRIDA, Jacques,

  • Positions, Paris, Minuit, 1972.
  • Khôra,1ère éd. 1987, in Poikilia. Études offertes à Jean-Pierre Vernant, Paris, éd. de l’École des Hautes études en sciences sociales.

DICTIONNAIRE Hachette encyclopédique illustré Article “Bouc émissaire, 1996, France.

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  • Psychologie des masses et analyse du moi, Chap. VII, L’identification, Le moi et le ça, Œuvres complètes XVI, 1921-1923, éd. Presses Universitaires de France sous la dir. Jean Laplanche, André Bourguignon, Pierre Cotet, France, 2003, 1ère éd. 1991.
  • Psychologie des masses, Le moi et le ça, Autres textes. Les textes concernant la psychanalyse écrits par Sigmund Freud entre 1921 et 1923, en particulier les textes Psychologie des masses et Le moi et le ça. Nouvelle traduction des Œuvres complètes - Psychanalyse de Freud.Col. Œuvres complètes de Freud, PUF, 2010.

Direction scientifique : Jean Laplanche Direction de la publication : André Bourguignon, Pierre Cotet Notices, notes et variantes : Alain Rauzy Harmonisation : Janine AltounianGlossaire et index : François Robert. Traduction par Janine Altounian, Colette Avignon, Catherine Baliteau, Ingrid Biesinger, Albert Bloch, André Bourguignon, Bella Chabot, Pierre Cotet, Jean-Gilbert Delarbre, Joël Doron, Roland Doron, François-Michel Gathelier, Daniel Hartmann, René Lainé, Jean Laplanche, Alain Rauzy, François Robert, Joseph-Marie Rondeau, Johanna Stute-Cadiot.

GIACOMETTI, Alberto, Ecrits, col. Savoir sur l’art, éd. Hermann, présentés par M. Leiris, J. Dupin, France, 1997.

GIRARD, René Des choses cachées depuis la fondation du monde, recherche avec Jean-Michel Oughourlian et Guy Lefort, éd. Bernard Grasset Paris, France, 1978, nouv.éd. 2001.

HEIDEGGER, Martin, Platon : Le Sophiste, trad. J.F. Courtine, D. Pascal, col. Bibliothèque de philosophie, Nouvelles Revue Française, éd. Gallimard, France, 2001. LENOIR, Frédéric, L’Odyssée du Sacré, col. Le Livre de Poche, éd. Albin Michel, 2023.

LEVINAS, Emmanuel, Ethique et infini , dialogues avec Philippe Nemo, col. L’espace intérieur 26, éd. Fayard, France, 1985.

MICHAUX, Henri, façons d’endormi façons d’éveillé, col. L’Imaginaire, éd. Gallimard, France, 2004.

RIPOLL,Thierry, cité par Frédéric Lenoir, L’Odyssée du Sacré, Le Livre de Poche, éd. Albin Michel, 2023.

SALIGNON, Bernard, La cité n'appartient à personne, La cité n'appartient à personne, Architectures. Esthétique de la forme. Ethique de la conception, Thééthète Editions, Nîmes, 1997.

Articles en ligne :

BALIBAR, Etienne Article de revue Research in Psychoanalysis 2016/1 N° 21 https://shs.cairn.info/revue-research-in-psychoanalysis-2016 Psychologie des masses et analyse du moi, le moment du transindividuel.

HERNANDEZ, Marta, « La khôra du Timée : Derrida, lecteur de Platon ». Appareil 11 | 2013, mis en ligne le 26 septembre 2013, http://journals.openedition.org/ appareil/1780.

POTHERAT, Fabienne, https:// www. apsychanalyse.com/Kiosque/Textes/ Fabienne Potherat./ Par de là-soi Une étude sur la paranoïa.

ICONOGRAPHIE

PHOTO :

TEXIER, Jean et ANGELI, Claude,« Ici on noie les Algériens » : la photo mémoire du massacre du 17 octobre 1961 à Paris sur le site Radio France/France Culture. Par Elsa Mourgues, vendredi 23 août 2019.

TABLEAUX :

DORE, Gustave, Le Baiser de Judas, 1866, Bible de Tours illustrée.

GIOTTO, Le baiser de Judas, 1303-1306, Chapelle des Scovegni, Padou, Italie.

HOLBEIN, Hans, Le Retable d'Oberried, vers 1524-1525, Chapelle de la cathédrale de Fribourg-en-Brisgau.

LE CARAVAGE, L’Arrestation du Christ, vers 1602, National Gallery of Ireland, Dublin.

DELLA FRANCESCA Piero, La Vierge de Miséricorde, entre 1445 et 1460, Musée municipal de Sansepolcro, Italie.

Notes

  1. Cette étude revue et augmentée est ma participation à la Table Ronde: « Le Bouc -émissaire », sous la direction de Nicolas Dubourg assisté de Marie Vauzelle, au Théâtre de la Vignette en présence d'autres chercheurs attachés à l'Université Montpellier III et la Compagnie Moebius à Montpellier, le vendredi 13 mars 2015.
  2. Henri Michaux, façons d’endormi façons d’éveillé, col. L’Imaginaire, éd. Gallimard, France, 2004, p.141.
  3. Thierry Ripoll, cité par Frédéric Lenoir, L’Odyssée du Sacré, Le Livre de Poche, éd. Albin Michel, 2023, p. 483.
  4. Le dieu PAN, protecteur des bergers, des troupeaux et de la Nature.
  5. Article “Bouc émissaire”, Dictionnaire Hachette encyclopédique illustré, 1996, France, p. 225.
  6. René Girard, Des choses cachées depuis la fondation du monde, recherche avec Jean-Michel Oughourlian et Guy Lefort, éd. Bernard Grasset Paris, France, 1978, nouv.éd. 2001, p.33-35. René Girard (1923- 2015), était un anthropologue, historien et philosophe, ayant travaillé avec ces deux psychchiatres autour du thème de la violence collective , la mimésis et la persécution.
  7. Ibid. p. 35.
  8. Le Traité de Copernic de 1543 à Nuremberg : la Terre n’est pas immobile, au centre de l’univers, mais elle tourne sur elle-même et autour du soleil. Cet héliocentrisme n’est pas le système cosmologique admis à l’époque.
  9. Photo de Jean Texier et Claude Angeli., voir le récit de Jean-Michel Mension, l'un des auteurs du graffiti en annexe I.
  10. Le film de Raoul Peck, 2+2= 4, documentaire sur le parcours et l’oeuvre visionnaire de Georges Orwell sort actuellement en salle.
  11. Johann Chapoulot, Jean Vigneux (dir) Des soldats noirs face au Reich, Les massacres racistes de 1940, PUF, Paris, 2015.
  12. Bernard Salignon, La cité n'appartient à personne, La cité n'appartient à personne, Architectures. Esthétique de la forme. Ethique de la conception, Thééthète Editions, Nîmes, 1997, p. 26-27-28.
  13. Sébastien Bohler, Où est le sens ? Les découvertes sur notre cerveau qui changent l’avenir de notre civilisation, éd. Robert Laffont, Paris, 2020,cité par Frédéric Lenoir, op.cit. p. 484-485.
  14. Bernard Salignon, op.cit. p.28.
  15. Jacques Derrida, étudie Khôra d’après le Timée de Platon. Première citation de khôra au cours d’un séminaire tenu à l’École normale supérieure en 1972 (voir Jacques Derrida, Positions, Paris, Minuit, 1972, p. 101) et autre séminaire en 1985. La transcription de Derrida a été conservée à l’Institut mémoires de l’édition contemporaine. Khôra,1ère éd. 1987, in Poikilia. Études offertes à Jean-Pierre Vernant, Paris, éd. École des Hautes études en sciences sociales.
  16. Jacques Derrida, Khôra, Paris, Galilée, 1993, p.23. Référence : Marta Hernandez, « La khôra du Timée : Derrida, lecteur de Platon », Appareil [En ligne], 11 | 2013, mis en ligne le 26 septembre 2013, URL : http://journals.openedition.org/ appareil/1780.
  17. Frédéric Lenoir, op.cit, p.485.
  18. Giotto, Le baiser de Judas, 1303-1306, 200 cm x 185 cm, Chapelle des Scovegni, Padou, Italie. Détail (à droite)
  19. Frédéric Lenoir, op.cit. p.485.
  20. Henri Michaux, op.cit., p.120. 24 Voir en Annexe II..
  21. Sébastin Bohler, in Frédéric Lenoir op. cit. p. 488.
  22. Hans Holbein, Retable d'Oberried, vers 1524-1525, huile sur bois Chapelle de la cathédrale de Fribourg-en-Brisgau.
  23. Emmanuel Levinas, Ethique et infini , dialogues avec Philippe Nemo, Col. L’espace intérieur 26, Fayard, France, 1985, p. 91.
  24. Caravage, L’Arrestation du Christ, vers 1602, huile sur toile, 133,5 cm x 169,5 cm National Gallery of Ireland, Dublin.
  25. René Girard, op. cit, .p. 250.
  26. Ibid., pp. 56-57.
  27. René Girard, Des choses cachées depuis la fondation du monde, op.cit., p.189.
  28. Ibid., pp. 57-58.
  29. « Le nomos est le pouvoir qui réalise « d’une main entre toutes puissantes » l’union paradoxale de ces deux opposés [Bia la violence et Diké, la justice] » d’après un fragment de Pindare. « Chez Hésiode, le nomos est le pouvoir qui divise la violence et le droit, le monde animal et le monde humain (…) ». Giorgio Agemben, Homo sacer, le pouvoir souverain et la vie nue, col. L’ordre philosophique, éd. Seuil, Lonrai, 1997, p.39, p.47.
  30. René Girard, op. cit. , p. 232.
  31. Le Bon cité par Sigmund Freud, Psychologie des masses et analyse du moi, texte écrit en 1920, au sortir de la Première Guerre mondiale et publié sous le titre Massenpsychologie und Ich-Analyse en 1921. Traduction française 1924 sous le titre Psychologie collective et analyse du moi. p. 12.
  32. René Girard, op.cit. p.154.
  33. Lire en annexe IV, extrait de ma thèse sur la masse et ses effets psychologiques de nos jours.
  34. Sigmund Freud, op. cit. p. 12.
  35. Idem, p. 15.
  36. Martin Heidegger, Platon : Le Sophiste, trad. J.F. Courtine, D. Pascal, col. Bibliothèque de philosophie, Nouvelles Revue Française, éd. Gallimard, France, 2001. p. 280-281.
  37. Mon texte Par de là-soi Une étude sur la paranoïa, site https://www. apsychanalyse.com/Kiosque/Textes/ Fabienne Potherat.
  38. Et je pense qu’on doit aussi le mettre en relation avec une prise de position de Freud relativement au communisme (dont certains de ses disciples sont alors très proches, en particulier Ferenczi), et qu’il perçoit comme un égalitarisme radical, sans le distinguer vraiment d’un anarchisme.
  39. Alberto Giacometti, Ecrits, coll. Savoir sur l’art, éd. Hermann, présentés par M. Leiris, J. Dupin, France, 1997, pp. 105-106.
  40. Soirée thématique, Arte, mardi 22 décembre 2004.
Citer ce texte

Fabienne Potherat, « Le bouc émissaire », L’@psychanalyse, 15 avril 2026. En ligne : https://www.apsychanalyse.org/textes/fabienne-potherat-le-bouc-emissaire (consulté le JJ/MM/AAAA).

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