Agnès Benedetti, psychanalyste, psychologue, superviseure d'équipe en travail social Directrice ACPI, www.atelierscliniques-arles.fr
Résumé : Dans cet article je tente de rendre compte de ce que l'épreuve du confinement a pu produire de modification dans ma pratique et les questions éthiques, cliniques et techniques subséquentes. L'affaire s'ouvre par la question de l'acte, puisqu'il s'est agit de choisir entre suspendre les consultations ou les poursuivre à distance. Conséquemment ont eu à se traiter ce qui du dispositif de la cure a été bousculé et les effets sur la pratique, sur les cures en cours, résonnant aux questions politiques soulevées au coeur et à l'extérieur de la communauté des analystes.
Mots-clés : acte, désir, pratique, téléconsultation, dispositif, déplacement, discours et vérité, psychanalyse et politique, rêve, silence.
Lors de la mise en place du premier confinement après plusieurs jours de tergiversations, j'ai proposé la poursuite des séances par skype ou par téléphone.
Sur le nombre de personnes que je recevais début mars, plus de la moitié ont souhaité spontanément poursuivre à distance. Parmi elles, trois ont cessé donnant la raison des difficultés rencontrées pour respecter leur intimité pour la séance pendant le confinement. Les autres ont pu, voulu et réussi à s'organiser1. Après avoir refusé dont une assez vivement, initialement opposée à la consultation numérique pour des raisons politiques, deux ont finalement demandé des séances par téléphone, au bout de deux semaines environ. Une petite minorité n'a pas trouvé désirable de me parler à distance et n'a pas revu sa position. Trois d'entres eux sont des analysants et le retrait de leur cure fut facilité par un événement qui ne nécessitait pas de parler plus avant de leurs résistances au travail.
Parmi ceux qui ont souhaité poursuivre leur analyse à distance certains sont des analysants depuis plusieurs années, d'autres des personnes arrivées récemment au cabinet. Ces dernières se trouvaient donc à la mi-mars dans un moment d'ouverture de la parole et des premières modifications induites, dans des traversées émotionnelles souvent intenses. Voilà que cette mise en oeuvre de la parole se heurta soudain à l'impossibilité de la rencontre concrète à cause de ce qui nous arrivait. J'ai pu lire, ou entendre que des collègues choisissaient de suspendre leur activité, du jour au lendemain. Ce fut le cas de mon propre analyste, et nombre de membres de certaines écoles. La possibilité d'appeler ne fut pas laissée par tous en ce cas, et elle n'eut pas la même place pour tous. Pour plusieurs cela se réduisit à « appelez si besoin, mais il n'y a pas d'analyse sans la présence des corps, tout ce qui sera dit là aura à être « validé » sur le divan2 ».
Il se trouve que voici quelque mois j'ai été amenée à prendre en consultation une personne habitant à plusieurs centaines de kilomètres de chez moi. Les rendez-vous avaient donc lieu par skype, une fois par semaine. Cette personne était dans l'incapacité de se déplacer du fait de sa névrose, et avait eu eu mon contact par un collègue en qui elle avait confiance et qui quant à lui pratique les consultations par téléphone ou par skype3. Certaine qu'il n'y aurait pas de cure par skype, je l'ai accompagnée dans l'objectif d'ouvrir la possibilité d'une consultation chez un collègue de sa ville. Ce travail bref, deux mois seulement, a été pour autant analytique en ce sens qu'il a permis de faire apparaître par le transfert les signifiants à l’oeuvre chez ce sujet, qui la maintenaient dans sa chambre d'enfant et dans l'impossibilité d'en sortir. Elle a pu lever un voile sur ce qui constituait la prison à laquelle elle participait et se saisir de ce début de travail pour sortir, se rendre au cabinet d'un collègue et se donner la chance de s'engager dans une cure analytique.... Avant d'être comme nous tous confinés !
Sans cette expérience récente aurais-je aussi spontanément proposé la poursuite du travail par téléconsultation à mes analysants lorsque le confinement a été déclaré ? La question reste sans réponse, mais ce n'est qu'en les écoutant que j'ai pu faire retour sur la portée de mon acte et ce qu'il tient du désir de l'analyste.
Α – La surprise du premier confinement : un corps de silence au rendez-vous
1/ Carcéralisation et force du dire
J'ai été impressionnée par la force de la parole engagée dans toutes les séances, et l'intensité de l'écoute induite. Ce que j'ai entendu lors de ma première journée de téléconsultation, je ne l'avais jamais entendu en 17 ans de pratique. Avais-je donc déjà écouté ? Quelle incidence cette nouvelle rencontre sur le dire lui-même ? C'est-à-dire que chaque séance a engagé vivement une urgence à dire. Je prend pour signifiant "confinement" même si le dispositif (vidéo ou téléphone) a eu aussi ses effets, j'y reviendrai. Il est certain que l'effet de carcéralisation dans un contexte où la mort est aux portes a induit un précipité de l'acte de parole devant l'épreuve de castration. Dans le premier confinement, le temps s'est compressé ; l'horizon s'est bouché, il semblait, une fois confinés, qu'il n'y ait plus d'ailleurs. Ce point là ouvrait une dimension de l'intime qui se nouait au politique. Dans nos bulles confites que devenait le désir ? A chacun de le décliner au un par un, mais, tout de même l’endormissement général ne risquait t-il pas de faire de nous tous des BBD (Belles au Bois Dormant) qui n'attendaient qu'un Maître pour les réveiller ? Il est en effet impossible de délier la question du désir, du réel de l'inconscient et du politique. J'y reviendrai au sujet du deuxième confinement qui est en court au moment où j'actualise ce texte. La parole sous transfert dans le cadre de la cure et non pas dans le cadre de l'aide à son prochain fabrique un dire neuf qui déplace. On est loin ici du simple soutien d'âme en peine. Bien entendu ce fut important de soutenir le lien, cela a compté pour soutenir la parole. J'ai d'ailleurs une patiente psychotique pour qui les enjeux de la parole sous confinement ont été tout autre, et le travail que j'ai conduit a consisté davantage à maintenir les bords. Mais même pour elle, l'épreuve d'un Autre décomplété, qui est le propre de ce à quoi va se heurter le sujet dans la cure, s'est présenté. Car j'ai eu beau tenter de border et donner des conseils pour séquencer ses journées, l'aider à penser le lien avec ses filles, il fallait s'y résoudre, je ne pouvais rien savoir au sujet du déconfinement, j'ignorais quelles seraient les règles qui seraient mises en place par le gouvernement, et je les subissais moi-même. Elle me posait ces questions-là, « Et vous, vous savez ? »
C'est bien la question qui se pose, quel est le savoir de l'analyste ?
Au cours de cette première journée, de séance en séance, j'ai en effet entendu les femmes parler de leur relation à leur mère d'une façon inédite, des prises de conscience que ce soit du côté de l'intrusion ou de l'abandon induisant des réactions émotionnelles importantes. D'emblée, le confinement a révélé ce qui du maternel fut vivement convoqué (jusqu'à celle qui, cessant de voyager et de se déplacer, acheta une yaourtière !). Le seul homme ayant voulu téléconsulter a mis en jeu voire parlé directement de son agressivité envers son père au sujet de qui il se mit à rêver pour la première fois de le dépouiller ; il évoqua le corps de sa mère, le désir de femme qu'il lui supposait, son dégoût de petit garçon devant ce réel. Les effets se firent sentir rapidement dans le remaniement des liens familiaux qui s'en sont suivi. Le processus de séparation enclenché se poursuivit et aboutit à l'aube du deuxième confinement à un déménagement et des remaniements professionnels.
Le paysage émotionnel général fut modifié chez l'ensemble des consultants. Il semblait qu'il y avait eu comme un précipité,4 au sens chimique, des signifiants. Ce changement de cadre de travail sous confinement paraissait être un virage à 90° qui laissait apparaître un paysage nouveau du dire, un changement de cap, une chute soudaine des défenses. Même la mise en place du paiement via virement automatique aussitôt après la séance fut investie par tous avec sérieux, comme pour tenir l'instance du dire dans l'ensemble du dispositif analytique.
2/ Confinement ; et maintenant, stop ou en-corps ?
Alors, bien sûr, la cure comme l'affirmait Lacan, c'est en présence des corps, n'en doutons pas. Mais il en fait une affaire majeure pour la rencontre et les entretiens préliminaires: « quand quelqu'un vient me voir dans mon cabinet pour la première fois et que je scande notre entrée dans l'affaire de quelques entretiens préliminaires, ce qui est important c'est ça, c'est la confrontation de corps. C'est justement parce que c'est de là que ça part, cette rencontre de corps, qu'à partir du moment où on entre dans le discours analytique, il n'en sera plus question”. Cette remarques soulève bien des questions sur le corps de l'analyste dans la cure, pourquoi “après il n'en sera plus question?” L'expérience pourrait prouver le contraire et donner raison au détracteur de la téléconsultaion. Cependant qu'est-ce qu'un corps et où est-il ici ?
Des collègues ont affirmé que sans présence effective présence il n'y avait pas d'analyse. Pour autant, selon ce que j'ai pu lire et entendre ici et là en séminaire, échange épistolaire divers depuis le confinement et quelques textes produits, parmi ceux qui se sont engagés à ce type de consultation, il s'est éprouvé partout l'effectivité d'une parole tout à fait spécifique qui a eu pour effet un traitement rapide des symptômes névrotiques usuels. Le doute, les ruminations et la honte de soi ont cédé la place très rapidement à des questions plus structurelles, soutenues par le récit de nombreux rêves engageant le transfert à l'analyste, levant un voile sur le fantasme et la position du sujet. Ces points n'ont pas pu être examinés par les collègues qui ne se sont pas livrés à l'expérience. Mais pour ceux qui s'y sont livrés pourquoi l'ont-ils fait sans savoir a priori, pourquoi ne se sont-ils pas plutôt arc-bouté sur une assertion? Je ne pourrai répondre que pour moi-même et j'affirmerai que ce qui a commandé, au coeur de cette ignorance qui soutient l'acte, c'est le transfert et le désir de l'analyste pour reprendre le titre du travail de Moustapha Safouan5. Et dans la cure, le transfert et le désir de l'analyste apparaissent dans l'acte analytique. Décider de poursuivre par téléconsultation, ce fut, au fond, remettre le cadre à sa place ; un outil dont tout psychanalyste hérite, mais qui s'invente et se modèle dans sa pratique ; prioriser l'acte de parole, côté analysant, l'acte de garantir l'espace de cette parole, côté analyste, c'est répondre présent à ce qui s'est noué dans la décision pour l'un de venir parler à cet analyste-là, pour l'autre de se laisser mettre à cette place-là, ce qui engage, pourrait-on dire : on a donné sa parole. Le contraire aurait été jeter a priori un anathème sur l'outil quel qu’en fussent les raisons, et rompre le pacte de parole engagé. Une éthique, donc.
3/ Le dispositif c'est du corps
On constate que tout outil, quel qu'il soit, pour peu qu'il soit intégré aux gestes du quotidien d'un sujet, se noue à ses signifiants au point qu'il paraît parfois devenir son annexe. Je parle là, mettons, de mon couteau de cuisine, de ma voiture, de ce que vous voudrez de très usuel mais qui a une incidence concrète sur mes actes. Comment la voiture « sait » tomber soudain en panne à bon escient, comment je me gare au mauvais endroit sans même l'avoir vu, et comment je dois alors aller la chercher à la fourrière le lendemain. Comment le sujet oublie t-il les contrôles nécessaires, l'anticipation, comment apparaissent les lapsus sous nos doigts trop rapides en chattant, en tapant du texte à longueur d'heures et à longueur d'années. Comment donc l'inconscient file dans les gestes, tout aussi bien dans le foie, dans les pieds, et que dire du ventre lors des séances, bref la liste est longue pour dire par où passe le dire, mais il passe par le corps, et le dispositif de la cure c'est du corps. Agamben élargit la notion de dispositif foucaldien à tout ce qui capture, contraint, place les sujets « assure les gestes, les conduites, les opinions et les discours des êtres vivants »6 .
C'est bien parce qu'on se sert du dispositif de la cure comme un outil qu'on l'oublie et qu'on s'y meut et c'est dans cet abri-là par ses contraintes et par ses failles qu’apparaît le dire. La crise de la pandémie du Covid-19 nous arrive et propose/impose de bouger le cadre. Soit. Quel est notre travail sinon tenter de faire passer dans la parole ce qui nous arrive, ce réel qui nous percute ; il ne sera pas gagné de si tôt de lui donner un nom ; et notre place d'analyste vient à cet endroit crucial se retrouver interrogée par l'éthique et le désir. Notre voix, nous y venons, la voix ! La voix c'est le coeur. A savoir : recevoir, en tant qu'analyste, ce qui nous arrive et en faire quelque chose dans la parole passe par la voix, fut-elle silence. Ici, celle qui se tient de l'autre côté du téléphone, ou de l'écran, voix de de silence mais voix malgré tout en tant qu'elle signe le désir de l'analyste7. Cette présence du silence de l'analyste est au rendez-vous de la consultation par téléphone ou par visio.
4/ L'irréductible du déplacement réel
Ce propos pourrait paraître tenir une plaidoirie pour les nouvelles technologies, il n'en n'est rien.
Pour autant et malgré ce que j'ai développé de mon choix, à un moment donné, et pour des raison éthiques, j'y vois une limite très sérieuse car s'il y a du corps, ce n'est pas du tout la même expérience de se réduire à cette pointe extrême de la voix et/ou de l'image, ce qui, dit au passage est une épreuve8, car c'est épuisant, et d'opérer l'acte de dire en présence réelle. Alors la présence du corps c'est quelque chose dont il faudrait bien parler un peu plus.
Je souhaite pour l'heure attraper la question du déplacement, du fait de venir vers l'autre, de quitter sa maison et aller. Ce point a été au démarrage des téléconsultations une question abordée par plusieurs analysants. Je suis dans mes préoccupations et mes activités ici. Vous entrez chez moi. L'arrière plan n'était en effet pas toujours réorganisé, et je pouvais avoir le chat en séance, ou bien le Tancarville avec les torchons et les petites culottes en arrière plan. Le pli fut pris rapidement, les habitudes se sont installées. On fait de multiples séminaires et réunions de travail avec divers outils de visioconférence, cet espace s'est socialisé désormais. Mais au démarrage j'ai vite eu à me prononcer sur le fait qu'on doit s'installer et qu'on se mettre à part pour la séance, voire s'allonger et on ne fait pas sa cuisine en même temps. Bref, j'ai posé un dispositif de la séance. Il fallait s'accorder sur le fait qu'on ne parle pas en séance comme on parle chez soi.
Cependant se déplacer c'est aussi permettre à sa parole de filer, de « déconner » comme disait Tosquelles quand il parlait de l'association libre9, de prendre les chemins de traverse, de trouver par la voix les voies pour l'énigme du désir. Pour cela il faut mettre le corps en route, et passer des portes. Il me semble donc que ce que j'ai observé doit être situé précisément: j'avais reçu ces personnes au cabinet auparavant – entretiens préliminaires en présence des corps -et nous savions que nous allions nous revoir. L'expérience d'analyse par téléconsultation est donc bien une expérience limitée et sous confinement, ou sous toute forme où la rencontre réelle est rendue impossible, et où l'éthique de l'analyste commande de soutenir le travail déjà engagé dans le transfert. Reste ouverte la question des téléconsultations avec un analyste au bout du monde alors qu'il n'y a pas d'analyste dans le lieu ou le pays où l'on se trouve... Ainsi s'ouvre l'espace d'une réflexion sur la téléconsultation en général, que nombre de collègues ont ouvert depuis un moment, travaillant comme certains avec le monde entier. Il faut sans doute ici revoir notre physique quantique pour les nuls.
B – L'épreuve du deuxième confinement : l'intime et le politique.
Ce n'est plus ici la question de la téléconsultation puisque nos cabinets restent ouverts. Ce sont davantage les effets dramatiques du confinement qui s'imposent. Effondrement des entreprises, des commerces, que certains de mes analysants soutiennent seuls à bout de bras – et revoir le montant des honoraires fut aussi une conséquence, qui a aussi ses implications cliniques -, restriction du lien social et reprise du télétravail pour beaucoup, restriction de liberté et les résonances sur chacun en écho à la cacophonie médiatique et des réseaux sociaux. Il ne s'agit pas ni de sociologie ni de phénoménologie mais de voir comment les analysants poursuivent l'activité de déconiatrie sur le divan.
Au plan technique, je dirai que pour éviter les pièges du « comment ça va ? » qui s'est amplement systématisé au premier confinement, j'ai eu la surprise de me voir systématiquement demander à presque tous mes patients « avez-vous rêvé » en réponse, comme rappelant sur quel dire nous étions. Sortis du confinement, j'ai poursuivi en ce sens dès lors que ça cessait de déconner. Notamment, à chaque fois qu'ici ou là, on me parlait dans les quelques minutes de la séance du « monde » comment il va. C'est un des effets majeurs du confinement sur l'évolution de ma pratique, et cela se noue avec une activité et une recherche onirique nouvelle pour moi-même, associée au désir de relire l'interprétation de rêves. Les effets de cette position ont été cruciaux pour une analysante qui ne rêvait pas et s'abrutissait sur le monde des choses. C'est par l'insistance et la mise en route d'une parole nouvelle fondée sur le corps des rêves et les associations qui en naissaient, accueillant la surprise du travail de la lettre, que sa construction symptomatique s'est fendillée et qu'un profond remaniement au prix de le perte des semblants a lieu. Si c'est le travail habituel de la cure, il fut ici précipité par les modifications liées au contexte.
Mais ce deuxième confinement, avec son cortège de lassitude et accusations contradictoires, on en fait trop ou pas assez, c'est selon, parfois les mêmes soutenant les deux discours, pose des questions politiques que j'ai déjà étudiées lors du colloque de l'@psychanalyse de mai 2019, texte paru sous le titre Je parle ! Parole intime, parole publique10. Il s'agit de la virulence à l'endroit de la tyrannie de l'intrusion et de la surveillance maternelle. La dimension de colère politique ici se noue au désir échoué d'émancipation, témoignant de processus de séparation très aléatoires, ou le recours aux vérités bradés sur le marché médiatique ou des réseaux sociaux tente vainement de faire office de rempart contre l'envahissement du discours dit dominant, des grands médias, du monde politique...cf. Le trumpisme ou le fake au pouvoir. Une analysante en colère dit en séance ces jours-ci : « Je supporte pas ce qui se passe et je peux pas dire alors que j'ai un feu qui couve. Quand j'étais ado c'était pareil. Je voulais dire mais ne faisais que crier. Je me suis permis de diffuser sur facebook la lettre d'un archevêque d'Italie qui dénonce ce qui se passe. Il est inquiété comme tout ceux qui disent ça... comme j'étais inquiétée dans mon adolescence quand je disais tout ce qui était camouflé. On m'a dit c'est pas bien, mais moi y a ce feu. Je me suis soumise, résignée, je continuais à accepter cette dictature maternelle...J'ai culpabilisé d'avoir publié la lettre, il disait savoir ce qui se passerait, l'ordre mondial, l'obligation de se vacciner, le fichage, le masquage des enfants à 6 ans, Est-ce que c'est moi qui cherche une explication et je la trouve là ? Ou est-ce la réalité ? Quelque chose se réveille d'avant, de mon enfance. C'est pas une petite révolte. »
Le statut de la vérité est ici interrogé, et ses coordonnées sont dans notre pratique bien différentes que la grande braderie actuelle où chacun se dispute une vérité déliée du savoir. Ce qui devrait faire l'objet d'un autre recherche.
En conclusion la question pourrait -être : comment poursuivre la pratique de la cure sous confinement ? Il est nécessaire selon moi d'affirmer qu'il convient de rester au travail, que l'analysant soit présent ou à distance, permettre dans cette activité d'écoute et de silence où le dire de l'analyste trace un trait dans le vide, se noue à son désir et son éthique ouvrant au savoir de l’inconscient, qui émerge non pas du tumulte mais de la voix de fin silence entre le corps et la lettre.
Notes
- « Voulu et réussi » marchent souvent de pair pour représenter la marque du désir à l’oeuvre, cf. le séminaire sur l'Acte Analytique.
- Propos entendus ou rapportés.
- Merci à Fred Fliege, SOS.PSY pour sa confiance et l'expérimentation qu'il a permis.
- Corps insoluble formé par réaction entre deux ou plusieurs substances en solution, ou par une action physique sur une substance en solution`` (Man.-Man. Méd. 1977). L'hydrogène sulfuré donne dans une dissolution aurifère (...) un précipité de sulfure d'or - https://www.cnrtl.fr/definition/pr%C3%A9cipit %C3%A9
- Tout un travail à rouvrir ici !
- Giorgio Agamben, Qu'est-ce qu'un dispositif ? Rivages poche, 2006, p.31
- Jean-Jacques Moscowitz, Silence de l'analyste, style, désir de l'analyste, sexuation, La clinique Lacanienne, n°31, Erès, p.195
- GRAV., Feuille d'essai imprimée sur une planche gravée, sur une pierre lithographique, qui permet à l'artiste de juger du degré d'achèvement de son travail et des retouches qui pourraient être nécessaires; (...) toute estampe imprimée d'une planche gravée ou d'une lithographie`` - https://www.cnrtl.fr/definition/%C3%A9preuve 9« Une caractéristique générale de toutes les histoires psychanalytiques, c'est qu'il faut inventer (…) et alors il déconne, on l'autorise à déconner, on lui dit déconne déconne mon petit, ça s'appelle associer. » https://www.youtube.com/watch?v=YDPRkpNo14g
- Agnès Benedetti, Je parle ! Parole intime, parole publique, in La clinique lacanienne n°31, p.177
Citer ce texte
Agnès Benedetti, « Peut-on poursuivre sa cure sous confinement ? Le désir en question », L’@psychanalyse, 18 novembre 2020. En ligne : https://www.apsychanalyse.org/textes/agnes-benedetti-peut-on-poursuivre-sa-cure-sous-confinement-le-desir-en-question (consulté le JJ/MM/AAAA).