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Invisible et irregardable ou le secret des images

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1° « Moteur ! »

Chers de tous continents, bonjour et merci pour cette rencontre, laquelle se prolonge à présent à travers cet écrit, à suivre l’onde de choc du réel nommé Covid 19 et des bouleversements que la pandémie entraine, tant dans le lien social qu’au sein des pratiques et autres dispositifs de la clinique analytique. Entre la communication orale – dont j’ai conservé la phrase d’ouverture – et le présent texte, la « dit-mension » énigmatique de l’image persiste, en particulier pour ce qui concerne l’opposition entre virtuel et présentiel des corps en jeux [au travail, à l’université, à l’école, à l’hôpital, au théâtre et autres concerts de musique, chez soi avec ses proches, etc.]. C’est alors une réflexion sur le statut de l’image, le flux des images [tv, écrans, ordinateur, …] dans leurs prescriptions massivement obscènes, qui s’impose à nous. Il nous faut donc en compagnie de Régis Debray (1992, 11) « (…) prendre pour objet les codes invisibles du visible, qui définissent très naïvement et pour chaque époque un état du monde c’est-à-dire une culture. Ou comment le monde se donne à voir à ceux qui le regardent sans y penser ». Car parler des images, c’est immédiatement se faire happer par le « Un » de l’image, ce semblant unitaire du corps propre à l’imaginaire spéculaire et au Miroir. Pourtant :

1° L’image, les images seules ne signifient rien. Elles s’inscrivent toujours dans un discours qui les organise3 : civilisation de l’image à suivre nos contemporains. 2° L’invisible et l’irregardable de l’image sont autant de points de réel irreprésentables, qui lui donnent sa consistance et d’où elle tire sa puissance.4 Là réside l’ambition du présent écrit, renouer avec les codes invisibles du visible, pour en tirer quelque enseignement dans le lien social et la pratique analytique.

2° Invisible et Irregardable de l’image

L’image renvoie à l’imago latine, cette tête du mort dont on fait le moulage une fois découpée, et que les romains plaçaient dans une petite armoire de l’atrium, au centre du domus (Quignard, 1998, 112/115-116). L’image ici est présence vivante : on vit avec ses morts.5 Place est laissée à l’irreprésentable de/et à l’absence du disparu. Mon ami Luc Diaz, dans Médiapart, a écrit en réaction aux mots du président français légitimant le confinement : « nous ne sommes pas en guerre, nous sommes en deuil ».

Nous cernons là un des traumas fondamentaux de la psychanalyse, celui de la mort, que Freud rencontre dans les névroses de guerre, où le sujet est confronté à l’irreprésentable et au non intégrable de la « soudaine intimité de la mort » (Barrois, 1998, 8). Il aura auparavant inventé la psychanalyse dans la rencontre d’un autre trauma fondamental, celui du sexuel, via la souffrance hystérique.

Bref, le tourment du traumatisé s’origine de la production d’une image « qu’il n’y pas » de sa mauvaise rencontre du réel. Laquelle est marquée par l’irreprésentable et l’irregardable. Le traumatisé crée une image d’absence d’images.

Et l’humain est traumatisé de structure [langagière], via l’irruption du sexuel pulsionnel à suivre le père de la psychanalyse.

Freud (1922) interprète d’ailleurs de cette manière, la tête de Méduse du Caravage : regard porté sur le manque d’organe mâle sur le corps de la mère. La castration signe l’invisible dans le visible, l’irreprésentable dans la représentation. Le secret de l’image rajoute Philippe De Georges, est précisément ce qui ne se représente pas : la castration. Et Freud de conclure que c’est à la fois ce qui fige et stupéfie, qui rend dur comme le marbre, dans l’horreur comme dans l’érection (De Georges, 2017). Louis Ferdinand Céline également, qui écrit dans son réputé « Voyage ... » (1932) : « On est puceau de l'horreur comme on l'est de la volupté ».

3° Faire entrer l’invisible dans le visible …

… est exactement la formulation utilisée par le regretté Daniel Arasse (2004, 78) concernant le tableau de l’Annonciation peinte par Ambrogio Lorenzetti en 1344 : l’histoire visible de l’Annonciation se représente, pas l’Incarnation qui elle, est invisible. Querelle iconoclaste et controverse, encore, du culte des images.6 Pascal Quignard (1994, 10) rassemble ces divers points dans son ouvrage magnifique « le sexe et l’effroi »7, joignant le trauma de la mort au trauma du sexuel :

« L’homme est celui à qui une image manque ».

Invisible et Irregardable de l’image du fantasme, celui de l’origine [forgeant la scène primitive] comme de notre mort, constituent le secret des images, en tant que justement, ils ne « rentrent » pas dans l’image.

Ils en composent le « Hors cadre », ou plutôt le « Hors champ » comme on dit au cinéma. Auschwitz marque l’accolement terrible du « hors champ » de par l’invisible et l’irregardable de l’extermination. Il faut voir « le fils de Saul » (2015), film aussi magistral qu’intolérable. László Nemes, le réalisateur, fait du cadre un hors champ, et intègre une part du réel dans la réalité des images en floutant tous les arrière-plans.

Ainsi, les images réintroduisent-elles la dimension de la croyance : au-delà de la perception, il faut y croire au hors champ ! 8

4° La dimension de la croyance

Précisons comme l’écrit Malraux dans ses « Antimémoires », que les croyances ne sont pas seulement religieuses, ce en quoi elles regardent chacun et au demeurant le psychanalyste, lequel n’est pas sans croire à l’Autre, au signifiant et au sens (Askofaré, 2015, 55). Car l’on ne croit qu’à ce dont on n’est pas sûr. D’où cette nécessaire croyance en la mort telle que l’énonce Lacan, dans sa conférence de Louvain (1972) : « La mort est du domaine de la foi. Vous avez bien raison de croire que vous allez mourir bien sûr ; ça vous soutient. Si vous n’y croyez pas, est-ce que vous pourriez supporter la vie que vous avez ? Si on n’était pas solidement appuyé sur cette certitude que ça finira, est-ce que vous pourriez supporter cette histoire ; néanmoins ce n’est qu’un acte de foi ; le comble du comble, c’est que vous n’en êtes pas sûr ».

Ainsi, croire au « Un » de l’image qui tient au corps, c’est croire à l’identité et l’autonomie du moi (Koren, 2015, 42)9 dont les images spéculaires constituent essentiellement l’imaginaire : la belle image qui lui donne sa consistance masque l’horreur inexorable d’un corps qui « fout le camp à tout instant » (Lacan, 1975-76, 66).

5° Le lieu du corps

Le dispositif de la cure emprunte finalement à celui utilisé par László Nemes dans son film : l’interdit du regard spéculaire - en écho à l’interdit théologique de la représentation de Dieu -, soutient la règle fondamentale de la cure, produisant par le récit, l’invention de l’image qui manque chez l’analysant.10 La présence « corporéisé » de l’analyste et de l’analysant, fait du corps le lieu, au sens de la poésie de Mallarmé : « Rien n'aura eu lieu que le lieu ». Le lieu de quoi ? De la Jouissance : irreprésentable, invisible sinon irregardable.

Car pour jouir il faut un corps : la jouissance comme réel vivant du corps parlant. Telle est la signature singulière de la clinique analytique, celle de prendre acte de l’éprouvé corporel – notons le renvoi à l’épreuve- propre à l’excès du jouir. Dans les rapports du sujet à l’Autre, ladite épreuve de la rencontre prend donc valeur de réel : « la clinique comme réel en tant qu’il est l’impossible à supporter » écrit encore Lacan (1977), l’impossible à supporter du clinicien, précisera-t-on.

Ce lieu « là » est bien le corps et non l’image ou le signifiant [même si ce dernier en détermine l’unique accès au jouir].

Quant au corps comme lieu de jouissance, ne s’agit-il pas de l’autre nom du symptôme 11 ? Au passage, cher lecteur, qu’est-ce qu’un corps en psychanalyse ? C’est un mixte, un nouage RSI : Réel [l’organique -non en tant que tel- mais hors langage et hors sens] - Symbolique [le langage] - Imaginaire [le sens, la signification]. Et justement le symptôme est ce qui « « (…) empêche cette trinité du réel, du symbolique et de l’imaginaire de tourner en rond et de se combiner dans un rapport harmonieux qui recouvrirait fallacieusement le questionnement proprement humain concernant l’impensable que constitue l’avant de ma naissance encore plus que l’après de ma disparition » (Bruno, 2000, 15).

Lorsque le corps comme lieu s’efface au profit de l’image, comme dans les dispositifs du virtuel, quels sont les effets de ce dénouage RSI, de cette désintrication du jouir, du signifiant et de l’image ?

Réponses :

  • Une multiplication de sens sur le non-sens du réel, à l’instar du traumatisé.
  • Une production de significations imaginaires, à l’image de la structure paranoïaque du moi12.

La situation socio-politique au Brésil, du fait de la pandémie du Covid mais aussi de la « présidence » Bolsonaro, ne plonge-t-elle pas le sujet de l’individuel comme celui du collectif13 entre traumatisme et paranoïa ?14 Je termine alors par ce par quoi j’ai commencé : l’image seule n’est rien, elle est nécessairement prise dans un discours.

6° Logiques de(s) discours

Le lien que nous pouvons établir entre corps de l’être et corps social, c’est celui du discours, soit ce qui fait tenir « l’être ensemble » -comme l’écrit A. Arendt- des corps des parlêtres. Si le sujet ne peut changer de discours et passer de l’un à l’autre, alors c’est la folie ou la débilité : « Entre folie et débilité mentale, nous n’avons que le choix » (Lacan, Séance du 11 janvier 1977).

La folie peut se définir en effet, comme l’enfermement dans un seul discours, là où la débilité mentale se caractérise par le fait qu’entre plusieurs discours, ça flotte.15 Rigidité contre labilité en quelque sorte, voire, selon les contextes, dialectique sinon alternance entre l’une et l’autre. La logique paranoïaque propre à Bolsonaro transforme, à l’instar des psychoses, la croyance en certitude et en toute puissance, celle, par exemple, d’être plus fort que le virus. Incarnation mégalomane du maître absolu, qui n’est autre que la mort. Il occupe cette place de prédilection du psychotique qui peut traiter son errance et sa folie en maltraitant son prochain (Bruno, 2010, 41).16 Quid de la clinique, lorsque le discours paranoïaque envahit le lien social,17au Brésil comme ailleurs puisque nos sociétés modernes ne sont pas tant d’enfermement comme l’avancent Foucault et Deleuze, mais de contrôle ? De contrôle par l’image évidemment : reportons-nous au débat actuel en France sur la 5G et à la technologie du contrôle facial qu’elle permet, malgré les risques de problèmes de santé qui lui sont parfois « scientifiquement » associés. Peut-être parce qu’« une image n’est ni vraie ni fausse, ni contradictoire, ni impossible. N’étant pas une argumentation elle n’est pas réfutable. Les codes qu’elle peut ou non mobiliser sont seulement de lecture et d’interprétation » (Debray, 1992, 60).

Bien sûr, pour ce qui concerne la résonnance du discours de l’analyste dans la cité, le numérique et les espaces virtuels comme le nôtre aujourd’hui semblent se constituer en pôle de résistance, puisqu’ils permettent de rediscuter ensemble des semblants de réel, qui, par le biais des images, deviennent plus grands que le réel dont ils sont le réel (Badiou, 2015, 21). Ils confirment qu’une parole clinique et politique est susceptible de remplacer les affrontements guerriers par les débats d’idées. Et que cette « parolisation » comme l’écrit Michel Lapeyre, a pour nom démocratie (Cabassut, 2020).

Cependant, dans son exercice clinique même, il nous confronte à quelques risques majeurs18: D’abord du fait d’encourager la soif d’y croire à ce Maître tout puissant et rédempteur, Dieu, tyran, ou bien pouvoir des images.19Poreuse est la frontière entre supposé savoir et sujet sachant. Certaines sociétés savantes n’évitent pas cet écueil, celui de produire un discours quasi religieux de significations dogmatiques sur le réel, transformant ce dernier en discours débile. Idem concernant l’intégration de sens et de savoirs hétérogènes : que peut signifier par exemple la neuropsychanalyse ?

Mais aussi et surtout dans la pratique analytique même. L’exemple pris par M-J Sauret (2009, 70)20nous amène à réfléchir : sous la dictature argentine, existait une psychanalyse de contrebande, les cures se faisant en cachette du pouvoir. Nombre de psychanalystes pourtant furent contraints d’arrêter ces dernières, moins par peur d’une infiltration policière parmi les analysants, que de leur difficulté à changer de discours. Certains ont persévéré - probablement en fonction de là où en étaient leurs analysants -, ou ont préféré s’exiler. Le discours analytique peut ainsi exister à certains endroits et pas à d’autres, mais à l’instar de l’image ou du signifiant, il n’existe pas seul.21

7° Triomphes

Lacan dans son texte « le triomphe de la religion » (1974), nous aura mis en garde sur le risque de transformer le discours analytique en nouvelle religion, affiliée à un Maître [certaines associations ou écoles analytiques n’en sont d’ailleurs pas exemptes]. Wacjman, dans « l’œil absolu » parle quant à lui du « triomphe de l’image », comme discours dominant du monde contemporain.

J’y vois là une nécessité d’interpréter ces deux « triomphes » : pour que la psychanalyse continue à rater - ce dont Lacan fait les conditions mêmes de sa survie - rater soit réussir à échouer à nous débarrasser du réel et du symptôme (Askofaré, 2013, 158), il nous faudra réintroduire l’invisible et l’irregardable dans les dispositifs cliniques de nos rencontres virtuelles22; et ce, afin de ne pas les assimiler à la présence des corps parlants [et non au « présentiel » comme on dit à l’université !] : effet de trou à conjoindre à effet de sens (Sauret, 2005, 168).

Car seul le réel du transfert, soit le hors champ de jouissance de l’image, peut trouer la puissance de l’imaginaire spéculaire … sinon pseudo-spéculaire : si l’analogique reflète la réalité [comme un appareil photo argentique ou un thermomètre à mercure], ce n’est pas le cas de l’image numérique qui, quant à elle, transpose une variable éventuellement continue [paysage, température] en variables discrètes comptables [des tableaux de pixels, dont la couleur est elle-même commandée par un code de 0 et de 1]. Perfectionnement voire mathématisation du monde (Sauret, 2019, 158). L’image intègre alors le fantasme paranoïaque propre au discours de la science moderne : tout du réel est symbolisable.

Or, l’objet @ n’est pas spécularisable. Invisible et irregardable, il reste définitivement hors champ. Autre façon de dire que le virtuel façonne le lien, qu’il relie et sépare les êtres dans son « comme Un » de l’image. Certes, la rencontre comme la relation nécessitent parfois des aménagements, telle que la paranoïa du discours religieux au Brésil et celle des sciences médicales en France, l’exigent. L’existence du lien analytique et aussi celle du lien social. Mais le discours analytique et le statut de parlêtre ne se supportent que du non-rapport. Et le lien n’est pas le rapport. Nous le savons, « il n’y pas de rapport sexuel ». La psychanalyse bâtit là son éthique, dans le rapport à une jouissance dont le dispositif clinique révèle et trahit l’intraduisible au(x) sujets(s) en présence, non sans reste, le reste de qui ne cesse pas de ne pas s’écrire. Au passage, l’expérience d’une analyse inaugure le départ d’une autre croyance qu’au maître, celle à l’inconscient. Pas celui de la vérité et du sens donc, mais à l’inconscient réel, propre à lalangue, à la jouissance et au sinthome (Askofaré, 2015, 59). Le psychanalyste alors, n’est-il pas un nom du réel, comme a pu l’évoquer Colette Soler (1987,

  • 19) ?

Bibliographie

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Badiou, A. (2015). A la recherche du réel perdu. Paris : Librairie Arthème-Fayard. Barrois, C. (1998). Les névroses traumatiques. Paris : Dunod.

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Notes

  1. Ce texte est repris de : Cabassut, J. (2020). Invisible et irregardable ou le secret des images. In 4ème Congresso internacional de psicanalise : os efeitos tecnicos e clinicos da crise atual. Intervention du 25 juillet 2020. Organisé par Benoit Le Bouteiller, Janilton Psicologo e psicanalista, Varginha MG (Brésil). A paraître, Actes du colloque.
  2. Jacques Cabassut est Psychanalyste, Président de l’Association l’@psychanalyse, Professeur de psychopathologie clinique à l’Université Côte d’Azur (UCA - Nice), membre du LIRCES [Laboratoire Interdisciplinaire Récits Cultures et Sociétés]. Superviseur d’équipes, il a été auparavant Psychologue clinicien dans le champ de la Santé, du Social et du Médico-social.
  3. « Un discours c’est, cette sorte de lien social (…), chez ceux que nous appellerons d’un commun accord (…), l’être parlant, ce qui est un pléonasme (…) » (Lacan, 1972). Le discours compose la qualité du lien social de la culture ou de la civilisation du moment. Tout comme le miroir, il implique un Autre qui authentifie le reflet : être langagier et être social naissent simultanément pour la psychanalyse.
  4. « L’image tient sa puissance réelle de ce qu’elle est prélevée sur un monde qui n’est pas dans l’image mais qui en construit la force » (Badiou, 2015, 31).
  5. L’imago est cette moulure de cire de la tête des pères morts à qui les romains ont rendu un culte (Diaz, 2008).
  6. Evoquons quelque peu la « querelle iconoclaste » ou « querelle des images ». Il s’agit d’une controverse relative au culte des images. Elle constitue le prolongement des hérésies sur la nature du Christ [qui, au cours des siècles précédents, avaient profondément divisé l’Eglise] qui déchira les églises d’Orient. Pour l’iconoclaste le divin étant indescriptible, son image ne peut être que « pseudo » et non « homo » (Debray, 1992, 84). Aussi, le concile de Nicée convoqué par Constantin en 325, autorisa-t-il le culte des images, tout en interdisant son commerce. Notons que d’un point de vue théologique, concevoir une image de l’invisible, c’est d’emblée penser l’existence d’un champ visuel qui est cependant non représenté (Michels, 2010, 180-182), et qui n’est autre que celui de Dieu.
  7. « Aussi la reproduction sexuée aléatoire, la sélection par la mort imprévisible et la conscience périodique (que le rêve restaure et fluidifie, que l’acquisition du langage réorganise et enténèbre) sont une seule et même chose regardée en même temps. Or, « cette chose regardée en même temps », nous ne pouvons la voir. Nous sommes venus d’une scène où nous n’étions pas. L’homme est celui à qui une image manque ».
  8. Sans parler de l’universalisation du « Credo » par les images chez les chrétiens qui, a contrario du peuple juif, ne forment pas un peuple ! Il leur faut se propager, convaincre, séduire et convertir : là où ni les grecs ni les juifs ne croyaient en leurs dieux [ils sont là et ne posent pas une question de foi mais d’identité] (Debray, 1992,96). Et pour conquérir le monde, et imposer le « Credo », il faudra en passer par l’image, car Dieu n’est plus à adorer là où il est, mais partout où l’on se trouve (Debray, 1992, 96-99).
  9. « Cette conviction dépasse la naïveté individuelle du sujet, qui croit en soi, qui croit qu’il est lui, folie assez commune, mais qui n’est pas une complète folie, car cela fait partie de l’ordre des croyances. Evidemment nous avons tendance à croire que nous sommes nous. Mais nous n’en sommes pas si sûrs que ça » (Lacan, 1978, 20).
  10. En ce sens, la présence des corps est une barrière à la jouissance phallique [que Lacan avait distingué dès « la logique du fantasme », de la jouissance narcissique, en tant que celle-ci se rapporte à l’unité, même illusoire, de l’image corporelle – Bruno et Guillen, 2012, 62].
  11. Soit la forme que prend ce réel qui appelle le sens mais ne s’y confond pas (Sauret, 2008, 228).
  12. Et ce, du fait d’exclure le sujet comme trou : « Le sujet se prend pour l’image que lui renvoie le miroir : il ne connait que son moi, il se me-connait » (Sauret, 2005, 107)
  13. Au croisement du symbolique et de l’imaginaire propre au nouage borroméen, Lacan positionne le sens. L’imaginaire a donc trait à tout ce qui relève de la représentation humaine et qui désigne ce qui est du domaine de la signification, de l’ordre du sens ; en tant que ces derniers dépendent de l’existence du langage, qu’ils sont commandés par le signifiant, subordonnés à lui (Lapeyre et Sauret, 2000, 61).
  14. « L’homme pathologique d’aujourd’hui est plus un traumatisé qu’un névrosé (ou un psychotique), il est bousculé, vide, agité » (Ehrenberg, 2000, 261).
  15. La citation de Lacan (Leçon du 15 mars 1972) tirée du Séminaire inédit … Ou pire nous le rappelle : « J’appelle débilité mentale le fait qu’un être, un être parlant, ne soit pas solidement installé dans un discours. C’est ce qui fait le prix du débile. Il n’y a aucune autre définition qu’on puisse lui donner sinon d’être ce qu’on appelle un peu à côté de la plaque, c’est-à-dire qu’entre deux discours il flotte ».
  16. Le psychotique « (…) entre en maître dans la cité du discours pour échapper à la pulvérulence, sinon de son délire (le culte du Un le prémunissant de son éclatement) », tout au moins de sa folie : « pourquoi cette place de führer est-elle aujourd’hui, à tous les niveaux de la hiérarchie sociale, sans excepter les associations de la psychanalyse, la place de prédilection où le psychotique peut traiter son errance en maltraitant son prochain ? » (Bruno, 2010, 41).
  17. Fétichisation de l’image par la pluralité des supports [TV, écrans, tablettes, etc…] : « The medium is the message » [le message, c’est le medium] comme l’énonce Mc Luhan, célèbre théoricien canadien de la communication.
  18. Une société où la psychanalyse est impossible, pose le problème d’échanger le traitement de la jouissance [par les quatre discours organisateurs du lien social et du rapport à la castration] contre un utilitarisme généralisé (Sauret, 2009, 69-70).
  19. Cette « soif de soumission » comme l’écrit S. André (2015,73) n’est pas sans solliciter son envers, cet « au moins un » transgressif et pervers au-dessus de la Loi et des lois du peuple (Pommier, 2019, p.65). Celui-là, il faut qu’il jouisse, qu’il transgresse, que rien ne lui soit interdit (André, 2015, p.73).
  20. Merci à Marie Jean Sauret, qui a bien voulu m’apporter quelques précieuses précisions sur ledit exemple.
  21. A moins, à l’instar de n’importe quel autre discours, de s’apparenter à celui du maître totalitaire : entre folie et débilité mentale.
  22. Séances regroupées en cas d’éloignement, déplacement et changement de lieux de l’analyste, alternance sur un mode « hybride » - tel qu’on l’énonce à l’université pour le coup ! -, réflexion sur les modalités techniques et la
  23. règle fondamentale qui les accompagne, réinvention des modalités de « passe » et de sa fonction, ... Que sais-je !? Autant de récréations nécessaires et possibles de/dans nos pratiques types.
Citer ce texte

Jacques Cabassut, « Invisible et irregardable ou le secret des images », L’@psychanalyse, 13 janvier 2021. En ligne : https://www.apsychanalyse.org/textes/jacques-cabassut-invisible-et-irregardable-ou-le-secret-des-images (consulté le JJ/MM/AAAA).

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