Textes

Lettre aux acteurs. Hommage à Novarina, qui vient de mourir

2 min de lecture · 1 page dans l’original Partager

SECTION DʼART DRAMATIQUE

Classe préprofessionnelle CONCOURS DʼENTREE 2022-2023 MONOLOGUE IMPOSE

TRRR LETTRE
AUX
ACTEURS

J’écris
par
les
oreilles.
Pour
les
acteurs
pneumatiques.

Les
points,
dans
les
vieux
manuscrits
arabes,
sont
marqués
par
des
soleils
respiratoires…
Respirez, poumonez
!
Poumoner,
ça
veut
pas
dire
déplacer
de
l’air,
gueuler,
se
gonfler,
mais
au
contraire avoir
une
véritable
économie
respiratoire,
user
tout
l’air
qu’on
prend,
tout
l’dépenser
avant
d’en reprendre,
aller
au
bout
du
souffle,
jusqu’à
la
constriction
de
l’asphyxie
finale
du
point,
du
point
de la
phrase,
du
poing
qu’on
a
au
côté
après
la
course.

Bouche,
anus.
Sphincters.
Muscles
ronds
fermant
not’tube.
L’ouverture
et
la
fermeture
de
la
parole. Attaquer
net
(des
dents,
des
lèvres,
de
la
bouche
musclée)
et
finir
net
(air
coupé).
Arrêter
net. Mâcher
et
manger
le
texte.
Le
spectateur
aveugle
doit
entendre
croquer
et
déglutir,
se
demander
ce que
ça
mange,
là‐bas,
sur
ce
plateau.
Qu’est‐ce
qu’ils
mangent
?
Ils
se
mangent
?
Mâcher
ou
avaler. Mastication,
succion,
déglutition.
Des
bouts
de
texte
doivent
être
mordus,
attaqués
méchamment par
les
mangeuses
(lèvres,
dents)
;
d’autres
morceaux
doivent
être
vite
gobés,
déglutis,
engloutis, aspirés,
avalés.
Mange,
gobe,
mange,
mâche,
poumone
sec,
mâche,
mastique,
cannibale
!

Aïe,
aïe
!...
Beaucoup
du
texte
doit
être
lancé
d’un
souffle,
en
l’usant
tout.
Tout
dépenser.
Pas
garder ses
petites
réserves,
pas
avoir
peur
de
s’essouffler.
Semble
que
c’est
comme
ça
qu’on
trouve
le rythme,
les
différentes
respirations,
en
se
lançant,
en
chute
libre.
Pas
tout
couper,
tout
découper
en tranches
intelligentes,
en
tranches
intelligibles
–
comme
le
veut
la
diction
habituelle
française d’aujourd’hui
où
le
travail
de
l’acteur
consiste
à
découper
son
texte
en
salami,
à
souligner
certains mots,
les
charger
d’intentions,
(…)
–
alors
que,
alors
que,
alors
que,
la
parole
forme
plutôt
quelque chose
comme
un
tube
d’air,
un
tuyau
à
sphincters,
une
colonne
à
échappée
irrégulière,
à
spasmes,
à vanne,
à
flots
coupés,
à
fuite,
à
pression.

Où
c’est
qu’il
est
l’cœur
de
tout
ça
?
Est‐ce
que
c’est
l’cœur
qui
pompe,
fait
circuler
tout
ça
?...
Le cœur
de
tout
ça,
il
est
dans
le
fond
du
ventre,
dans
les
muscles
du
ventre.
Ce
sont
les
mêmes muscles
du
ventre
qui,
pressant
boyaux
et
poumons,
nous
servent
à
déféquer
ou
à
accentuer
la parole.
Faut
pas
faire
les
intelligents,
mais
mettre
les
ventres,
les
dents,
les
mâchoires
au
travail.

(…)

Faudra
un
jour
qu’un
acteur
livre
son
corps
vivant
à
la
médecine,
qu’on
ouvre,
qu’on
sache
enfin
ce qui
se
passe
dedans,
quand
ça
joue.
Qu’on
sache
comment
c’est
fait,
l’autre
corps.
Parce
que
l’auteur joue
avec
un
autre
corps
que
le
sien.
(…)
Faudrait
ouvrir.
Quand
ça
joue.

Le
Théâtre
des
paroles Valère
Novarina

Citer ce texte

Valère Novarina, « Lettre aux acteurs. Hommage à Novarina, qui vient de mourir », L’@psychanalyse, 27 janvier 2026. En ligne : https://www.apsychanalyse.org/textes/valere-novarina-lettre-aux-acteurs-hommage-a-novarina-qui-vient-de-mourir (consulté le JJ/MM/AAAA).

Rechercher dans les textes, les auteurs, les activités…