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Le « pas encore » comme temporalité clinique : une réflexion à partir de la dépression en situation d’exil
Certaines rencontres avec des personnes en situation d'exil ont longtemps laissé persister en moi une interrogation clinique. Les patients que je recevais présentaient parfois des manifestations dépressives importantes : fatigue, retrait, insomnies, perte d'élan vital, tristesse persistante. Pourtant, malgré l'intensité de leur souffrance, quelque chose semblait ne pas pouvoir être rencontré. Ils parlaient de conflits familiaux, de problèmes matériels ou de santé, mais rarement de ce qui paraissait pourtant les affecter le plus profondément. Comme si la souffrance était là, sans pouvoir encore être pensée, reconnue ou adressée.
Derrière ces plaintes apparaissaient souvent d'autres réalités : précarité administrative, ruptures affectives et familiales, expériences de violence, isolement social, perte des repères culturels et symboliques qui avaient jusque-là soutenu leur existence. Ces dimensions, pourtant déterminantes, demeuraient fréquemment absentes du discours ou ne pouvaient être reconnues comme objets de souffrance. Plus j'avançais dans ces accompagnements, plus je constatais un décalage entre l'importance de la détresse observée et les possibilités qu'avaient ces patients de la relier à leur histoire, de lui donner sens ou de l'adresser à quelqu'un.
Cette expérience clinique m'a progressivement conduite à déplacer mon regard. Ce n'était plus seulement la présence des manifestations dépressives qui retenait mon attention, mais ce qui semblait en suspendre l'élaboration. Au fil des rencontres, quelque chose paraissait ne pas encore pouvoir advenir. Pas encore possible de reconnaître certaines pertes. Pas encore possible de se laisser soutenir par un autre. Pas encore possible d'investir un avenir. Pas encore possible, parfois, de demander de l'aide.
Ce constat s'est imposé progressivement, bien avant de prendre la forme d'une réflexion théorique. Il a trouvé une expression particulièrement éclairante dans la rencontre avec Jandira, jeune femme capverdienne de vingt-et-un ans adressée par le médecin de son village en raison d'un état dépressif marqué. À travers son histoire, j'ai été amenée à penser qu'au-delà de la souffrance dépressive se jouait parfois une temporalité particulière du travail psychique. Je propose de désigner cette temporalité par l'expression de « pas encore ». Le « pas encore » désigne ces moments cliniques où quelque chose est déjà à l'œuvre sans pouvoir encore être pleinement reconnu, représenté ou adressé. La souffrance est présente, parfois avec une grande intensité, mais elle peine à trouver les voies qui lui permettraient de prendre sens pour le sujet et d'être partagée avec un autre. Quelque chose travaille déjà psychiquement, sans pouvoir encore être élaboré.
La demande n'est alors ni absente ni refusée ; elle demeure en attente des conditions qui rendront son émergence possible. Elle existe davantage comme potentiel que comme énoncé. Dans cette perspective, le travail thérapeutique consiste moins à attendre l'expression d'une demande constituée qu'à soutenir le temps nécessaire à son apparition. Il s'agit de demeurer auprès de ce qui ne peut encore advenir, sans chercher à le forcer ni à le précipiter.
La clinique de l'exil paraît particulièrement propice à l'expérience de cette temporalité. Les sujets rencontrés sont souvent confrontés à des ruptures qui n'affectent pas seulement leurs liens affectifs, mais également les cadres sociaux, culturels, linguistiques et institutionnels qui soutiennent habituellement les processus d'élaboration. Dans ces contextes, les élaborations freudiennes, kleiniennes et winnicottiennes constituent des repères précieux pour penser le travail psychique de la perte. Certaines situations semblent toutefois confronter le clinicien à un temps où cette élaboration demeure provisoirement suspendue ou empêchée.
C'est à partir de cette réflexion que la question de la demande s'est progressivement imposée à moi. Dans les théories et les pratiques psychothérapeutiques, celle-ci occupe souvent une place inaugurale : elle marquerait le moment où un sujet reconnaît sa souffrance et s'adresse à un autre dans l'espoir d'y trouver un appui. Or certaines situations rencontrées dans l'exil invitent à nuancer cette perspective. Elles suggèrent qu'un travail psychique peut déjà être engagé avant même qu'une demande puisse être formulée, et que la rencontre thérapeutique peut parfois précéder ce qui sera reconnu plus tard comme une demande de soin.
Face à des patients dont les difficultés débordent fréquemment le champ du psychique, le clinicien se trouve alors sollicité dans son désir d'agir, de protéger, de comprendre ou de réparer. L'urgence de certaines situations confronte à la tentation du sauvetage ; à l'inverse, le sentiment d'impuissance peut favoriser le retrait ou le désengagement. Entre ces deux mouvements se pose une question essentielle : comment accompagner un sujet lorsque celui-ci ne peut pas encore se saisir de ce qui le fait souffrir ?
L'hypothèse développée dans cet article est que certaines situations d'exil confrontent le clinicien à cette temporalité particulière du « pas encore ». Le travail thérapeutique consiste alors moins à répondre à une demande déjà constituée qu'à soutenir les conditions de son émergence. Il ne s'agit pas seulement d'un état du patient, mais également d'une position clinique à laquelle le thérapeute se trouve lui-même confronté.
À partir de la rencontre avec Jandira, cet article explorera comment la confiance peut se construire avant la demande, comment la relation thérapeutique devient progressivement un lieu habitable et comment cette temporalité met à l'épreuve le clinicien lui-même. Elle conduira également à interroger ce que devient le cadre thérapeutique lorsque les conditions mêmes de la subjectivation demeurent fragilisées, ainsi que la place des relais interdisciplinaires dans l'accompagnement des sujets en situation d'exil.
Jandira
Jandira, jeune femme capverdienne de 21 ans, m’a été adressée à la suite d’une consultation auprès du médecin du village. Celui-ci estimait qu’un accompagnement psychologique était nécessaire. Lors de la première rencontre, elle se présente avec une plainte de profonde tristesse ainsi qu’une difficulté marquée à trouver le sommeil.
Elle est en France depuis trois ans. Son arrivée s’inscrit dans un parcours migratoire fragile, marqué par une étape au Portugal, où elle a été « accueillie » par une tante qui s’est finalement révélée être l’une de ses figures de maltraitance. Jandira est issue d’une famille nombreuse, dont elle est l’unique fille. Au Cap Vert, elle travaillait aux champs, dans les plantations de maïs et de manioc, base de la subsistance familiale.
Elle décide de quitter son pays après une enfance vécue dans la violence : son père, alcoolique, sans travail, n’était présent qu’intermittemment, principalement lorsqu’il exerçait des sévices physiques sur sa femme et ses enfants. Jandira rapporte avoir été particulièrement ciblée par cette violence en raison de sa position de fille dans une culture traditionnelle où la place faite aux femmes impose davantage de soumission et de tâches. Elle évoque également des situations où elle devait se soumettre au « service » de son père. La figure maternelle apparaît peu dans son récit, comme en retrait.
À l’âge de 16 ans, Jandira tente une première fuite avec l’aide d’un homme plus âgé qu’elle, projet qui échoue lorsque celui-ci ne se présente pas au rendez-vous prévu, la contraignant à retourner vivre auprès de sa famille.
Deux ans plus tard, elle parvient à obtenir un passeport et rejoint une tante éloignée au Portugal, qui lui promet un accueil. Après deux mois, cette dernière l’oblige à travailler au noir et à lui reverser la moitié de son salaire. Lorsque Jandira tente de refuser, elle est frappée. Elle enchaîne alors des emplois précaires : ménage, plonge, petits boulots.
A l’aide de sa cousine, elle quitte le Portugal et arrive en France. Elle est d’abord hébergée chez une amie, d’une amie de cette cousine, puis fait la rencontre d’un homme malgache avec qui elle décide de vivre. Les premières plaintes rapportées concernent cette relation : elle y subit un mode de vie qu’elle ne choisit pas. Elle travaille au noir comme femme de ménage dans un hôtel, doit assumer sa part du loyer ainsi que les « divertissements » de son compagnon.
Ce jeune Monsieur semble être à la fois son point de repère, ancrage au pays et une forme de continuité, et comme la répétition d’un mode relationnel marqué par la violence et l’emprise. Par ailleurs, Jandira se dit régulièrement exploitée sur son lieu de travail : collègues lui imposant des arrangements douteux (échanges de shifts sans accord), patron retardant le paiement de son salaire, affirmant lui rendre service. Elle se trouve en situation administrative irrégulière, sans titre de séjour (information dont je ne prendrai connaissance qu’après environ un an de suivi).
Premières rencontres
Notre première rencontre se déroule sous le signe du « silence », son regard est fuyant ; son corps semble se mouvoir mais par des petits bouts : tressaille de temps à autre. Elle s’assoit sans véritablement investir sa chaise. Elle paraît fatiguée, les traits sont marqués, les cernes prononcés. Malgré mes relances ponctuelles, les quarante-cinq minutes passées ensemble paraissent à la fois trop longues et trop courtes, mais certainement pas vides. Je perçois sa respiration, ses soupirs. Par instants, ses lèvres et ses yeux s’ouvrent comme si quelque chose cherchait à se dire, sans que la parole ne parvienne à advenir. Elle répond de façon monosyllabique aux questions posées : la fatigue, le manque du sommeil, ce que le médecin lui a indiqué, son travail, sans jamais entrer dans le détail.
Nous sommes là !!
Lorsque la séance touche à sa fin, je me lève. Elle ne bouge pas. Je l’invite à revenir la semaine suivante ; elle ne bouge toujours pas. Je me rassois. Nous restons là encore une dizaine de minutes, dans une présence partagée, dense, silencieuse. Puis, elle s’en va. Elle ne revient pas dans la semaine suivante, mais quinze jours plus tard. Les premières séances ne sont pas régulières, mais toujours marquées par un respect mutuel. À chaque fois qu’elle ne peut pas venir, elle me prévient à l’avance.
Nos rencontres se poursuivent, presque toujours silencieuses : des réponses brèves, parfois abruptes, à mes questions, comme si je la dérangeais. Elle est là, épuisée, marquée dans son corps ; elle vient et reste.
De mon côté, je n’osais pas me référer à des éléments qu’elle ne m’avait pas déposés, malgré la conscience aiguë de sa vulnérabilité liée à l’exil. Puis, à la fin d’une séance, à voix très basse : « tô precisando de ajuda » « j’ai besoin d’aide ». Et elle s’en va.
Je ressens alors à la fois de la surprise, un léger agacement et une forme de soulagement. Surprise et agacement, parce que la gravité de sa situation avait déjà été signalée lors de l'orientation. Soulagement aussi, car cette phrase prononcée au seuil de la séance me semble porter la valeur d'un consentement implicite ; comme si Jandira me signifiait : je peux malgré tout vous faire confiance.
Ce moment apparaît moins comme l'émergence soudaine d'une demande constituée que comme l'un des premiers effets du travail thérapeutique lui-même. Jusqu'alors, la souffrance de Jandira se manifestait principalement dans son corps fatigué, ses insomnies ou ses silences. Pourtant, quelque chose se construisait déjà dans la continuité de nos rencontres : venir, s'asseoir, rester. Lorsque Jandira murmure finalement : « j'ai besoin d'aide », la souffrance ne demeure plus seulement éprouvée ; elle commence à trouver un destinataire. Les élaborations de Lacan permettent d'éclairer ce déplacement. Pour lui, la demande ne se réduit jamais à l'expression d'un besoin : dès lors qu'elle s'adresse à un autre, elle engage une dimension relationnelle nouvelle. Comme il l'écrit, « le désir s'ébauche dans la marge où la demande se déchire du besoin »1.
Sans réduire l'expérience de Jandira à cette proposition théorique, celle-ci aide à penser ce qui se joue ici : la souffrance était présente depuis longtemps, mais quelque chose se transforme lorsqu'elle devient adressable. Le « j’ai besoin d’aide » n’est peut-être pas encore une demande élaborée, mais il constitue déjà un acte d’adresse. Quelque chose de sa souffrance devient partageable. La séance suivante ne diffère pourtant guère des précédentes : les silences demeurent et le discours reste fragmentaire. Ce qui a changé n'est pas tant le contenu des échanges que la possibilité qu'une parole ait désormais trouvé un destinataire.
C'est précisément cette temporalité que je propose de désigner sous le terme de « pas encore ». Non pas un temps vide ni une simple attente, mais un temps où le lien précède la demande et où un travail de transformation silencieuse s'accomplit avant même que la souffrance puisse être pleinement reconnue et formulée.
Dès lors, le « pas encore » ne désigne pas seulement une temporalité dépressive ; il renvoie également au temps nécessaire pour qu'un lieu puisse redevenir habitable et qu'une parole puisse progressivement trouver adresse.
Les élaborations de Winnicott permettent d’éclairer ce temps où la rencontre précède la demande. Certains patients nécessitent d’abord un environnement suffisamment fiable avant que puisse émerger une capacité à symboliser ou à s’adresser à un autre. Le « pas encore » désigne ainsi moins une absence de travail psychique qu’un temps de soutien et de continuité
1 Lacan, J., (1966). Subversion du sujet et dialectique du désir dans l'inconscient freudien. Dans Écrits (p. 814). Paris, Seuil. nécessaire à l’émergence d’une parole adressée. Avant de pouvoir dire, il faut parfois éprouver que quelqu’un demeure là.
Chez Jandira, jeune femme marquée par des expériences répétées de rupture, de violence et de discontinuité, ce temps ne constitue pas un préalable accessoire, mais bien l’une des conditions de possibilité du travail psychique ultérieur. La régularité du cadre, la possibilité de revenir, de rester silencieuse, de ne pas être immédiatement sollicitée à produire un récit ou une demande, semblent avoir participé à l’installation progressive d’un lieu suffisamment fiable pour que quelque chose puisse commencer à s’adresser.
Dans la perspective de Pierre Fédida, la dépression affecte également le rapport au temps. Le sujet peine à se projeter dans un avenir ou à inscrire son expérience dans une continuité psychique. Le silence initial de Jandira et l'absence de demande peuvent alors être compris non comme un vide ou une résistance, mais comme l'expression d'une temporalité suspendue. Le cadre thérapeutique offre dès lors un appui permettant qu'un mouvement psychique puisse progressivement se remettre en marche.
Cette temporalité se trouve souvent redoublée par les effets de l’exil. Comme l’a montré Georges Métraux, l’exil ne constitue pas seulement un déplacement géographique mais une rupture des cadres de sens qui soutenaient jusqu’alors l’existence. Dans ce contexte, la possibilité même d’adresser sa souffrance à un autre peut être fragilisée. La rencontre thérapeutique prend alors valeur de point d’ancrage provisoire à partir duquel une demande pourra, peut-être, émerger.
Le temps d'avant la demande n'apparaît alors ni comme un vide ni comme une parenthèse du travail thérapeutique. Quelque chose s'y élabore déjà, silencieusement. La rencontre précède la parole, le lien précède l'adresse, et c'est peut-être dans cette temporalité discrète que se préparent les premières transformations psychiques.
De mon côté, cette temporalité n'allait pas sans éprouver ma position de clinicienne. Face aux silences répétés de Jandira et à la conscience de sa grande vulnérabilité, la tentation pouvait être forte de vouloir faire advenir plus rapidement une parole ou une demande. J'ai pourtant été progressivement conduite à suspendre cette attente et à m'appuyer davantage sur ce qui se construisait discrètement dans la continuité de nos rencontres.
Lorsque le « j’ai besoin d’aide » surgit, il ne vient pas rompre ce qui s’est construit jusque-là ; il en marque plutôt une première inflexion. Quelque chose de la rencontre a suffisamment tenu pour qu’une parole puisse commencer à s’adresser.
Continuités et discontinuités dans le lien
Les séances avec Jandira se poursuivent, marquées par des variations notables dans sa manière d’être : parfois plus bavarde, parfois plongée dans un silence dense. Lorsqu'une parole plus élaborée devient progressivement possible, ses récits s'organisent autour de la tristesse et du manque provoqués par son compagnon puis ex-compagnon. Il part, puis revient, lui laissant entendre qu’il peut s’en aller et faire ce qu’il veut, quand il le veut. Elle décrit un véritable calvaire : la perte réelle de cet homme, mais aussi la menace constante de perdre la relation, la saisissent profondément, jusque dans les tripes.
La perte de cet homme ne semble pas seulement raviver une tristesse, mais menacer quelque chose de plus fondamental : un appui psychique minimal, sans lequel l’existence semble se dissoudre. Lorsqu’il s’éloigne, Jandira dit vouloir dormir tout le temps, ne plus avoir de forces, se sentir « vide ». Dès que je questionne la constance de son engagement auprès de cet homme ou la possibilité d’autres choix, elle se replie dans un discours d’auto-dévalorisation : « De toute façon, je suis à peine une migrante incompétente, je n’ai pas de forces. »
Elle revient alors sur les hommes qui ont traversé son existence : « Nada entendo dos homens, eles dizem gostar de você mas te fazem mal », « Je ne comprends absolument pas les hommes ; ils disent qu’ils vous aiment, mais ils vous font du mal. » Ses frères, son père, son compagnon, son patron : tous lui demandent, ou lui ont demandé, beaucoup. « Ils peuvent être violents », dit-elle. Elle affirme aimer son compagnon, sans comprendre pourquoi il se montre agressif avec elle, ni pourquoi il ne lui accorde pas l’attention qu’elle estime mériter. Il sort, la laisse seule dans leur petit appartement, puis rentre à l’aube en demandant pardon, disant ne pas comprendre pourquoi elle se met en colère. Jandira rapporte que, parfois, il « perd patience » : il l’a frappée deux fois, « seulement », précise-t-elle.
Elle se dit fatiguée, malheureuse, convaincue qu’il la trompe. Elle décrit une relation traversée d’une profonde ambivalence : il peut être « doux », puis devenir très « violent ». À certains moments, elle cherche à lui échapper : « J’ai besoin d’un endroit pour dormir, il va me faire du mal. » Lors de la séance suivante, elle parle pourtant de lui comme de l’homme avec lequel elle imagine construire des projets de vie.
Ce qui me frappe particulièrement n’est pas tant le contenu de son récit que la manière dont il se déploie. Quand Jandira parle de cet homme, quelque chose semble se figer dans la pièce. Sa voix devient plus basse, plus lente. Elle évoque la violence presque aussitôt contrebalancée par des paroles de justification : il peut aussi être gentil, attentionné, l’aider parfois. Il n’y a ni colère ni révolte ; la violence apparaît comme inscrite dans un paysage déjà familier. J’ai alors l’impression que la douleur est moins insupportable que l’idée d’être seule.
L'alternance entre attention et brutalité paraît maintenir Jandira dans une forme de suspension: ni tout à fait abandonnée, ni réellement reconnue. Prise dans ce mouvement contradictoire, elle semble captive d'un lien dont il devient difficile de s'éloigner.
Dans ces moments, Jandira apparaît profondément épuisée. Elle répète qu’elle n’a plus de forces, qu’elle ne vaut pas grand-chose, qu’elle n’est « qu’une migrante ». Ces mots tombent lourdement, comme déjà éprouvés ailleurs, mille fois répétés. Il me semble qu’ils servent à donner sens, voire à justifier ce qu’elle endure : si elle souffre, c’est qu’elle mérite cette place. Ce mouvement me touche directement ; je me surprends à me sentir ralentie, fatiguée moi aussi, comme si quelque chose de cet épuisement me parvenait.
Au fil des séances se dessine une même trame relationnelle : le père, les frères, le compagnon, le patron. Ces figures ne sont pas évoquées comme des événements distincts mais comme une continuité, au sein de laquelle la violence semble progressivement devenir ordinaire : une manière récurrente d’être prise dans des liens où l’autre occupe toute la place, au point de rendre difficile toute mise à distance. Dans la relation thérapeutique, je me sens souvent sollicitée avec intensité. Il y a chez Jandira une attente forte, parfois pressante, que je sois là, que je continue, que je ne lâche pas. Je ressens une forme d’urgence, comme si chaque séance devait contenir quelque chose de vital. Cette urgence, jamais formulée explicitement, se manifeste pourtant dans mon corps : tension, fatigue, parfois la crainte diffuse de ne pas être suffisante. Peu à peu, il m’apparaît que cette manière d’être en lien est peut-être la seule encore accessible pour elle. La relation qu’elle décrit alterne proximité et brutalité, réconfort et menace. Quitter cet homme n’apparaît pas tant comme une libération que comme la perte d’un appui fragile lui permettant encore de tenir dans un monde vécu comme menaçant. Je retrouve quelque chose de cette impossibilité dans mon propre vécu : le désir de la protéger se heurte à la crainte de provoquer une rupture trop brutale, trop coûteuse pour elle.
Ce que certaines lectures centrées sur la seule dimension culturelle pourraient réduire à une norme relationnelle ou à une soumission culturellement déterminée ne rend pas compte de la logique à l’œuvre ici. Dans un contexte où l’exil a profondément fragilisé les appuis psychiques, la relation violente apparaît moins comme une simple répétition traumatique que comme un lien organisateur, paradoxalement nécessaire. C’est pourquoi viser une sortie rapide de cette relation me paraît cliniquement risqué : aussi destructeur soit-il, ce lien constitue encore, à ce moment-là, une manière de rester en vie psychiquement.
Lorsque le matériel clinique devient envahissant, lorsque je me sens débordée ou mise à l'épreuve, je peux entendre cela, à la suite d'Élise Pestre, comme la nécessité de préserver coûte que coûte une continuité d'existence. Mon propre sentiment d'urgence me pousse parfois à souhaiter un changement plus rapide. Pourtant, cette impatience devient elle-même un indicateur clinique : elle me rappelle que ce qui apparaît aliénant de l'extérieur constitue encore, pour Jandira, un appui indispensable. Ce lien, aussi destructeur soit-il, constitue à ce moment précis une manière de rester en vie psychiquement.
Le travail thérapeutique ne peut consister à rompre, mais à accompagner Jandira là où elle est, sans cautionner la violence, sans la contraindre à une séparation qu’elle ne peut encore soutenir. Ma fatigue, mon sentiment d’urgence, parfois même d’être tenue dans la relation, deviennent alors des repères cliniques. Ils témoignent du coût du lien pour Jandira et de la place centrale que l’autre doit occuper pour qu’elle puisse continuer d’exister subjectivement. Le travail consiste peut-être d’abord à créer, pas à pas, d’autres appuis, afin que cette relation cesse progressivement d’être l’unique lieu possible de maintien.
C’est dans cet espace étroit, entre ne pas lâcher et ne pas enfermer, entre maintenir et ouvrir, que se déploie la rencontre thérapeutique avec Jandira : un travail lent et fragile, où il ne s’agit pas encore de sortir du lien, mais de rendre pensable, un jour peut-être, qu’une autre manière d’être en relation puisse exister sans que cela n’équivaille à disparaître.
Le « pas encore » comme épreuve éthique du thérapeute
Jandira est en situation irrégulière. Lors de l’orientation, j’étais mise au courant de la précarité dans laquelle la jeune femme vivait et du besoin d’un soutien « appuyé ». Cependant, l’information/confirmation vient à jour qu’après une année de suivi, malgré mes « suspicions » et tentatives d’apporter le sujet au cours de nos séances. Lorsqu’elle l’évoque enfin, cette information surgit sur un mode presque anecdotique, comme dépourvue de valeur, d’importance ou d’affect. Là où, de mon point de vue, il s’agissait d’un élément central, structurant même, du processus thérapeutique, Jandira semble l’écarter d’un geste : « não tenho papéis, e aí ? Não muda nada na minha vida », « je n’ai pas de papiers, et alors ? Ça ne change rien dans ma vie ».
Dans le même mouvement, elle revient à ce qui, pour elle, fait symptôme : l’impossibilité de dormir, malgré les traitements médicamenteux, une tristesse persistante, et un profond désespoir lié à la relation qu’elle entretient avec le jeune homme malgache. Jandira ne parle pas de sa situation administrative. La question du titre de séjour demeure hors de son discours, comme si elle ne pouvait encore être formulée, ni pensée, ni investie psychiquement. Pourtant, au fil des séances, cette absence même fait trace. Elle m’interpelle et m’inquiète : quelque chose de l’ordre de la survie se joue en silence, sans pouvoir encore être mis en mots. La question du séjour s’impose alors surtout de mon côté, non comme un projet ou une démarche à engager, mais comme une tension persistante : celle de savoir jusqu’où accompagner sans anticiper, jusqu’où soutenir sans agir à la place, jusqu’où attendre sans risquer de laisser s’aggraver une situation déjà extrêmement précaire. Ce « pas encore » devient un point d’épreuve éthique. Pas encore possible d’en parler avec elle, pas encore possible d’agir sans intrusion, pas encore possible de rester indifférente à ce qui menace les conditions mêmes du suivi. Je me tiens dans cet entre-deux inconfortable, où toute initiative prématurée pourrait faire violence, mais où l’inaction complète n’est pas non plus neutre.
Mon sentiment d’urgence, ma difficulté à tolérer cette attente, deviennent des éléments du contre-transfert : ils signalent à quel point l’insécurité de Jandira pèse sur le cadre et met à l’épreuve ma position de thérapeute en pratique libérale. Au risque de fragiliser le lien, je m’aventure parfois à faire des associations entre sa souffrance et l’insécurité de sa situation : dans le pays, dans ses relations : avec son compagnon, son employeur, ses collègues. Elle ne s’en saisit pas. Il me semble que cette articulation n’est pas encore audible. Je franchis parfois un pas de plus : je lui parle d’associations, comme la Cimade, où elle pourrait rencontrer d’autres femmes dans des situations proches de la sienne. Je lui transmets également des vidéos-témoignages, sachant qu’elle passe beaucoup de temps sur YouTube et d’autres réseaux sociaux. Ces propositions restent périphériques, peu investies. Là encore, le « pas encore » s’impose. Non comme un renoncement, mais comme une indication clinique : celle du rythme possible. Il s’agit alors moins d’ouvrir immédiatement vers l’extérieur que de soutenir, dans la relation thérapeutique, un espace où quelque chose de cette réalité pourra, peut-être, devenir pensable. Il ne s’agit pas tant de résoudre que de soutenir ce temps suspendu, sans le précipiter. Accompagner Jandira là où elle en est implique de ne pas lui imposer des questions qu’elle ne peut encore porter, tout en restant attentive à ce qui, silencieusement, menace la continuité de son existence psychique. Notre rencontre se déploie dans cet espace étroit, fait d’incertitude et de retenue, où il ne s’agit pas encore d’ouvrir un avenir, mais de maintenir les conditions minimales pour qu’un travail puisse se poursuivre, sans que, penser un jour d’autres appuis, n’équivaille à disparaître.
Le « pas encore » à l’épreuve du cadre : entre saturation du lien en libéral et relais institutionnels
Dans ma pratique libérale, soutenir le « pas encore » signifie souvent rester auprès de ce qui ne peut encore ni se dire ni se transformer. Avec Jandira, je me trouve régulièrement confrontée à la sensation qu'une partie essentielle de ce qu'elle vit déborde l'espace de la séance : la précarité administrative, l'isolement, l'incertitude des conditions d'existence demeurent présents, mais souvent en arrière-plan de son discours. Je ressens alors une forme d'écart entre ce qui me paraît peser de tout son poids dans sa vie et ce qui peut effectivement être investi psychiquement, entre l’épaisseur de ce qu’elle traverse et ce que le cadre me permet d’en soutenir comme une tension continue. Cela m’oblige à tenir une position incertaine : ne pas rabattre ces éléments sur un simple « contexte », ne pas les neutraliser psychiquement, tout en étant confrontée à mon impossibilité de les prendre en charge directement. Cet écart ne me laisse pas indemne. Il me confronte à ce qui, chez Jandira, ne peut encore trouver d’adresse ni d’élaboration psychique. Mon travail consiste alors moins à réduire cet écart qu’à le soutenir suffisamment longtemps pour que quelque chose puisse, peu à peu, devenir pensable.
C’est depuis cette expérience située que la question de l’interdisciplinarité prend, pour moi, une véritable consistance clinique. Face à certaines situations, la relation thérapeutique semble parfois sollicitée bien au-delà de sa fonction propre, comme si elle devait pouvoir accueillir, contenir, voire résoudre à elle seule des dimensions qui relèvent également du juridique, du social ou de l’administratif. L’interdisciplinarité apparaît alors moins comme un supplément que comme un manque éprouvé dans la pratique elle-même. Certaines dimensions, juridiques, administratives ou sociales, pourraient alors trouver d’autres lieux d’adresse sans reposer exclusivement sur le travail psychique du sujet ou sur la relation thérapeutique. Le lien clinique pourrait ainsi retrouver une certaine spécificité, moins exposé à la condensation de problématiques hétérogènes.
Avec Jandira, cette tension se cristallise autour de la question administrative. Bien avant qu’elle ne l’évoque, cette précarité est présente dans la rencontre ; elle traverse son existence, influence ses conditions de vie et nourrit mon inquiétude. Pourtant, elle demeure longtemps absente de ce qui peut être pensé ou adressé en séance.
Je me trouve alors confrontée à une réalité paradoxale : ce qui apparaît déterminant pour le clinicien n’est pas nécessairement ce qui est psychiquement disponible pour le sujet. Je ne peux ni susciter artificiellement une demande ni précipiter une élaboration qui ne lui appartient pas encore. Il me faut soutenir ce « pas encore » jusque dans cette dimension, accepter que certaines questions, pourtant cruciales, ne puissent être travaillées qu’indirectement et selon le rythme auquel elles deviennent pensables pour elle. Et pourtant, dans ce cadre contraint, quelque chose a pu advenir. Avec le temps, après deux ans et huit mois de suivi, j’observe un mouvement discret mais réel. Jandira entreprend des démarches auprès du Secours Catholique afin d’engager un accompagnement juridique autour de sa situation administrative. Elle s’est installée à Saint-Denis, où elle poursuit son activité dans des conditions précaires, tout en maintenant le lien thérapeutique, à distance ou lors de ses retours. Lorsqu’elle me parle de sa démarche, je perçois quelque chose d’un déplacement : non pas une réponse directe à ce qui faisait défaut jusque-là, mais l’amorce d’une mise en mouvement qui ne passe plus uniquement par l’espace de la séance. Sur le plan du lien, une transformation se laisse également entrevoir. Évoquant son compagnon, ils sont toujours « ensemble », mais elle formule : « eu gosto dele, mas eu gosto mais de mim », « je l’aime bien, mais je m’aime encore plus ». Cette phrase ouvre un écart. Elle témoigne d’une possibilité nouvelle de différenciation, d’un rapport à soi qui ne se confond plus entièrement avec le lien à l’autre.
Ce déplacement m’amène à interroger les conditions de son émergence. Aurait-il pu advenir autrement, plus tôt, si Jandira avait bénéficié d’emblée de relais institutionnels, de points d’appui extérieurs lui permettant de ne pas tout déposer dans cet espace ? La question reste ouverte.
Elle ne conduit pas à disqualifier la pratique libérale, mais à en préciser les enjeux. Travailler dans ce cadre, c’est accepter de se tenir au point de tension entre ce qui peut être élaboré dans le lien et ce qui le déborde. C’est aussi tenter d’inventer, au cas par cas, des modalités de relais partiels, en orientant vers des ressources extérieures sans pouvoir en garantir l’articulation ni la continuité.
Dans cette expérience, l’interdisciplinarité ne se présente plus seulement comme un horizon théorique ou une orientation professionnelle. Elle s’impose comme une nécessité clinique, particulièrement en contexte d’exil, où les dimensions psychiques, sociales, administratives et politiques sont étroitement intriquées. Lorsqu’un tel réseau peut être mobilisé, le lien thérapeutique n’a plus à porter seul l’ensemble des enjeux. Il peut alors soutenir plus finement ce « pas encore », dans le respect de sa temporalité propre, sans être sommé de répondre à lui seul à ce qui déborde le champ psychique.
Le « pas encore » entre répétition et possibilité de transformation
La trajectoire de Jandira invite à prolonger la réflexion autour du « pas encore » en l'articulant aux questions de la répétition, de l'emprise et de la dépression. Tout au long de son histoire, les expériences de violence, de dépendance et d'exploitation semblent se rejouer sous différentes formes. Pourtant, la clinique conduit ici à déplacer le regard : il ne s'agit pas seulement d'un retour du même, mais aussi d'une difficulté à investir psychiquement d'autres modalités de lien. Cette continuité interroge la possibilité même du changement. Certaines alternatives ne sont pas refusées ; elles ne sont pas encore devenues pensables.
L'exil ne produit pas nécessairement la rupture attendue. Chez Jandira, ce qui faisait violence dans le pays d'origine se retrouve sous d'autres formes au fil de son parcours. Le déplacement géographique ne suffit pas à introduire une discontinuité psychique ; les modalités relationnelles marquées par la dépendance et l'emprise continuent d'organiser la rencontre avec l'autre.
Dans le prolongement des travaux de Pestre et de Montagut, ces configurations peuvent être comprises comme des modalités de survie psychique autant que comme des formes d'assujettissement. La question n'est alors peut-être pas de savoir pourquoi Jandira reste dans des liens qui la font souffrir, mais de reconnaître qu'à certains moments de son histoire, les quitter n'est pas encore pensable sans risquer un effondrement plus profond.
La dépression n'apparaît alors pas seulement liée aux pertes subies. Elle témoigne aussi d'une difficulté à investir d'autres modalités de lien que celles qui, malgré leur coût psychique, demeurent les plus familières. Les ruptures successives semblent avoir fragilisé ce sentiment de continuité nécessaire pour soutenir le changement.
Le « pas encore » permet alors de penser cette situation autrement que sous l'angle exclusif de la résistance ou de la répétition. Il désigne cet espace intermédiaire où la transformation n'est pas absente mais demeure en devenir. Pas encore possible de quitter certaines relations. Pas encore possible de reconnaître pleinement certaines violences. Pas encore possible d'investir d'autres appuis. Pourtant, quelque chose travaille déjà.
Avec le recul, c'est peut-être ce qui me frappe le plus dans l'accompagnement de Jandira. Pendant longtemps, les mouvements paraissaient presque imperceptibles. Les mêmes récits revenaient, les mêmes souffrances, les mêmes hésitations. Il m'arrivait parfois de me demander si quelque chose pouvait réellement changer. Pourtant, rétrospectivement, je mesure combien certains déplacements étaient déjà à l'œuvre alors même qu'ils ne pouvaient encore être ni nommés ni reconnus.
Le passage du silence à la possibilité de dire, un soir, « j'ai besoin d'aide », en constitue un premier exemple. Plus tard, d'autres gestes apparaissent : la possibilité d'évoquer sa situation administrative, d'accepter l'idée d'un accompagnement extérieur, de s'autoriser à penser qu'une autre manière de vivre ses relations pourrait exister. Aucun de ces mouvements ne constitue une rupture spectaculaire. Ils s'inscrivent dans une temporalité lente, parfois à peine perceptible, où quelque chose se déplace avant même de pouvoir être pensé.
Je suis particulièrement frappée par cette phrase qu'elle prononce près de trois années après notre première rencontre : « eu gosto dele, mas eu gosto mais de mim » – « je l'aime bien, mais je m'aime encore plus ». Sur le moment, cette phrase aurait presque pu passer inaperçue. Pourtant, elle me semble aujourd'hui condenser une transformation essentielle. Non parce qu'elle annoncerait la fin de la dépendance ou de la souffrance, mais parce qu'elle introduit un écart là où il n'y en avait pas auparavant. Pour la première fois, quelque chose d'elle-même paraît pouvoir exister en dehors de la relation qui jusque-là occupait presque tout l'espace.
Les transformations observées chez Jandira ne concernent donc pas seulement ses choix relationnels ou ses démarches extérieures. Elles touchent également à sa manière de se vivre elle-même et de s'adresser à l'autre. De la présence silencieuse des débuts jusqu'à l'émergence progressive d'une parole davantage subjective, quelque chose de sa position dans le lien semble s'être déplacé. Là encore, il ne s'agit pas d'un changement brusque, mais d'une évolution lente, rendue possible par le temps accordé à ce qui n'était pas encore advenu. Ainsi, la clinique de Jandira conduit à penser la dépression en contexte d'exil comme le lieu d'articulation entre répétition traumatique, fragilisation des appuis symboliques et difficultés de séparation. Mais elle invite surtout à reconnaître que certaines transformations ne peuvent être ni provoquées ni précipitées. Elles demandent parfois qu'un espace soit maintenu suffisamment longtemps pour que quelque chose puisse devenir pensable.
Le « pas encore » désigne précisément cette temporalité paradoxale. Non pas un temps vide, ni une attente passive, mais un temps où le changement travaille déjà sans avoir encore trouvé sa forme. Il ne constitue pas l'échec du travail thérapeutique ; il en représente parfois la condition même.
Bibliographie :
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Citer ce texte
Tania Barboza da Silva Vasileiadis, « Le « pas encore » comme temporalité clinique : une réflexion à partir de la dépression en situation d’exil », L’@psychanalyse, 11 août 2026. En ligne : https://www.apsychanalyse.org/textes/tania-barboza-da-silva-vasileiadis-le-pas-encore-comme-temporalite-clinique-une (consulté le JJ/MM/AAAA).