Si l’usage poétique de la parole Répond à un espoir De désaliénation N’y a-t-il pas là Une raison de le rapprocher De l’espoir Qui anime le début d’une cure ?
Odile Bombarde. (1)
Passer par la poésie pour penser la pratique analytique, est la façon dont se pose ma question.
Tenter de dire en quoi l’écriture poétique participe de cette opération de libération que constitue une analyse.
La poésie connait l’impossible et parvient toutefois à passer l’obstacle, à en dire un bout. L’impossible à dire autrement qu’en poésie (écriture, peinture, danse, musique, théatre, sculpture etc..) est le paradoxe dans lequel l’être humain se situe à partir du moment où il rencontre en lui, en soi, ce qui le troue, ce qui fait vide. Conséquemment il se trouve dans la nécessité de s’appuyer sur ce vide pour dire quand même, pour créer. La parole, nouage de tous les corps (biologique, physiologique, imaginaire, symbolique) devient poétique. La poésie, alors, réalise le paradoxe d’inclure l’impossible et de le dépasser en même temps.1
(1) Poésie et Psychanalyse : «ouvrez moi cette porte… »
in « La conscience de soi de la poésie » collection le genre humain. Seuil 2008 Une couleur aussi peut dire l’indicible. La couleur a une plastique, une tessiture. Elle peut être dure, tendre, douce, farouche, chaude, froide. Michel Pastoureau, historien et anthropologue, nous apprend qu’elle n’a pas toujours été considérée comme matière mais aussi comme lumière puis comme phénomène perceptif et enfin comme fait de société : 2
« .. pour l’ensemble des sciences humaines, la couleur se définit et s’étudie d’abord comme un fait de société. Plus que la nature, le pigment, la lumière, l’œil ou le cerveau, c’est la société qui « fait » la couleur, qui lui donne ses définitions et significations, qui organise ses champs et ses modes d’intervention, qui la décline en de multiples codes et systèmes de valeurs. Sans société, sans culture, pas de couleurs nettement découpées, nommées, catégorisées ; seulement d’infinies colorations formant un insaisissable continuum. » (2) La couleur de la chaleur vient ici comme absurde, et pourtant, elle touche. L’analyste ne peut tout dire, de façon complète, significative. Elle a un dire poétique qui inclue l’impossible et donc la question. Enseignée par sa propre cure elle ne peut être avec son analysant dans l’interlocution commune du quotidien. Elle est elle aussi dans l’impossible à dire l’indicible, cependant, tout comme le poète, jaillit d’elle une interprétation qui fait entendre ce qui ne peut se dire.
Eprouver de ne pouvoir dire ou écrire autrement que poétiquement est aussi le fait de l’analysant à la fin de sa traversée analytique. C’est aussi ce qu’il a expérimenté tout au long de son chemin : éprouver de n’avoir pas tout dit à l’issue d’une séance, éprouver que cela ne se rattrapera pas lors de la prochaine séance. L’analysant en quête de sujet pense pouvoir trouver la cause de ses souffrances psychiques et essaie, par la parole entendue, de produire cette cause. Il y parvient d’une certaine manière puisqu’il retrouve à la fin l’impossible du départ mais cette fois associé à un espoir, celui de pouvoir dire, penser, vivre autrement, en poète. Il y a ouverture possible au changement. La cause est dans l’impossible, de handicap elle devient moteur. En route un retournement s’est produit, un retournement dans le mode de jouissance. La croyance a chuté. Quelle croyance ? Celle de la possibilité de la satisfaction immédiate du fantasme qui se présente comme bi-polaire, tout ou rien par exemple. La chute de la croyance est celle des idéaux, bien sûr, faisant la place au désir. « Il n’y a que le désir pour trouver à se satisfaire sans jamais s’assouvir dans les expressions théoriquement sans limite que permettent la parole, les images et les fantasmes. » (3)
Depuis longtemps la poésie me concerne.
Depuis longtemps l’inconscient et la psychanalyse me concernent.
Dans le premier temps de l’analyse j’ai adressé sinon plusieurs, au moins un poème dont je me souviens, à l’analyste.
Dans le temps de conclure, deux, adressés à l’analyse, via l’analyste. Le dernier jour, confrontée à l’impossible à dire, je n’ai pu parler autrement qu’en poème. Le poème incluait l’analyste que j’emportais dans mes pensées, bouquet de couleurs.
(2) JAUNE, Histoire d’une couleur-p-8 Seuil 2019 (3) Françoise Dolto in « l’image inconsciente du corps » La joie d’avoir trouvé la terminaison a été celle, le lendemain ? les jours suivants ? les semaines suivantes ? les mois suivants ? a été celle de penser que cet impossible est la condition de la création, de l’invention.
La poésie donne orientation à la vie humaine qui doit faire avec l’absence, un vide, l’impossible raccord, le néant, le silence de Dieu, le renoncement aux chimères, aux apparences, la condition mortelle. « Les poèmes mettent un cap » dira Paul Celan (4) dans son allocution de Brême, « un cap sur quelque chose d’ouvert. »
La poésie donne vie, comme l’Albatros qui retrouve sa beauté, arraché à la cruauté humaine. C’est confronté à l’impossible que l’être humain crée, invente, passe l’obstacle. La poésie, constituée par un vide, structurée par un vide, elliptique, l’écriture poétique, devient appui pour un autrement.
Démuni, en détresse, l’être humain peut trouver un autrement, sans fin.
Dans sa conférence légendaire énoncée au collège de France en 2001, Yves Bonnefoy définit la poésie comme une tentative de penser, parler, dire autrement. Une définition est souvent réductrice par sa précision ; celle-ci est large, vaste, elle fait la place à ce qui, toujours, pour l’être humain, peut se fabriquer, se construire autrement : les interprétations, les façons de penser, de sentir, d’être affectée. Poësis, on le sait, signifie fabriquer. J’ajoute : fabriquer sa poésie ; le autrement d’Yves Bonnefoy vient signer le déroutage, le changement de voie et aussi la singularité.
Cette singularité est la quête du sujet, celui de l’inconscient qui cherche l’unité. Ce sujet cherche, désire toujours l’Un des origines, puis trouve à faire un avec son désir singulier qu’il ne peut pourtant nommer.
Comment le sujet peut- il trouver accord, unité avec l’impossible à dire ?
Le jour de la fin de mon analyse, je me suis heurtée à cet impossible à dire autrement qu’en poème.
Je me suis heurtée à l’impossible et je m’entends encore dire « qu’il n’est peut-être pas possible de le dire autrement qu’en poème. »
L’impossible forçait à la création, à la poésie, à l’écriture d’un poème. La fin pouvait s’acter sous la forme de ce poème et l’impossible était sa condition d’existence.
L’analyste, qui, tant d’années, avait écrit avec moi cette traversée du fantasme qu’est une analyse, était inclus dans ce poème, perdait son incarnation, chutait en tant qu’objet cause de désir. Dans une lettre à Hans Bender du 18 Mai 1960 Paul Celan écrit : « Le poète, du moment où le poème est vraiment là, est congédié de la position qui le faisait à l’origine partager son secret. » J’étais dans ce moment de hâte où j’avais trouvé la solution. Je savais, en arrivant, que j’avais fini cette analyse. Il a toutefois fallu ce passage au poème pour que je puisse partir en éprouvant la fin, la terminaison, le point mis à une longue phrase, à un long texte réécrit tant de fois et voué à l’infini.
Cet impossible que Lacan nomme « Réel » est la suprême rencontre que peut faire l’analysant, celle qui pousse le sujet à la transformation par la parole qui travaille le langage. La rencontre avec l’impossible est la condition d’un passage. Ce passage est celui d’un sujet 3
3 (4) in « le Méridien et autres proses » -Seuil 2002 qui unit sa parole à son corps. Le langage de ce sujet a pris corps, ce sera le moteur de sa poésie, sa langue étrangère. Chevillé au corps.4 Le « devenir ce qu’on est » de Nietzsche, ou le « là où Ça était JE doit advenir » de Freud et Lacan équivalent à la révélation possible, pour le sujet, de sa poésie, de sa beauté, de ce qui le fait singulier et lui imprime son mouvement. Le sujet devient ce qu’il résistait à être, un objet.
Pour vivre singulièrement, il y faudrait donc la condition de cette rencontre suprême. Soutenir son désir, ne pas céder dessus.
Ce sont quelques mots pour dire une bonne part de la condition humaine, contredite ou affirmée par la violence du monde.
La violence du monde est celle de ses habitants dont je suis.
La violence du désir inconscient, sa grande faim, appelle à la transformation, à la sublimation.
La déjà analysante appelle, fait appel, pour s’adresser. Il faut un Autre, il faut une adresse. Terminer son analyse avec l’écriture d’un poème est une façon de terminer. Ça se termine comme ça a commencé, c’était déjà là. Autant de façons de finir que d’analysants.
Pour autant je soutiens que le processus analytique, cette écriture à deux, est un processus poétique ; que l’interprétation, comme l’a dit Lacan à la fin de son enseignement, trouve sa force à être poétique.
Si je pars du « autrement » de Bonnefoy, je peux décliner l’équivoque, la polysémie, la polyphonie, le découpage du mot, de la phrase, le jeu de mots, l’interprétation qui fait entendre autrement, qui bouge une fixation de pensée, la traduction du conscient à l’inconscient et retour, du visible à l’invisible et retour, la scansion comme ponctuation, découpe dans le texte de la jouissance.
Être déroutée !
Etonnée !
Ne plus penser la même chose de la même façon qu’avant.
Sentir l’allègement.
Eprouver sa vie autrement.
Il s’agit d’un processus, d’un chemin en train de se faire où l’on se perd, se retrouve, se trouve, se découvre aux détours des formations de l’inconscient. La fluidité du passage entre le conscient et l’inconscient est ce qui s’obtient et produit libération et reconnaissance du désir ; la réalisation en est la conséquence. L’analyse est un processus, comme la vie, c’est la vie et les changements accompagnent les séances sur le divan. Un être humain est un être parlant. Sa parole travaille, laboure, cultive le langage et c’est ainsi qu’il se construit et fait sa vie. C’est ainsi qu’il se tient debout, sans souvent le savoir. Ses trébuchements sont ceux de ses constructions, interprétations, des barrages qu’il met en travers de ses pas.
Le grand loup du désir montre les crocs, le sujet s’effraie. La tendance à rester sous la domination d’une autorité enferme son désir, le sujet ne s’autorise pas. S’avancer dans la vie en solitude de pensée, jugement, discernement, de passage à l’acte de parole et d’action fait office d’impossible. La confusion règne et donc l’aliénation.
Une analyse est une opération de libération via la parole et le langage. IL s’apprend que l’intérieur et l’extérieur circulent en continuité, une analyse est aussi, conséquemment, une opération politique ; le singulier cohabite avec le collectif en y affirmant sa poésie. Indomptable ?
La poésie n’est pas que belle, elle est rebelle a chanté Julos Beaucarne. Elle est subversive car elle ne se renie qu’au prix de la vie des poètes. Le poète parfois se renie, comme Heidegger, le poème toutefois continue d’exister.
L’analyse est rebelle car elle ne se renie qu’au prix de la vie des analystes. Ça arrive.
La poésie se lit à haute voix, se met en bouche, fait entendre la matière sonore des mots. Dans cette conférence légendaire Yves Bonnefoy étend sa définition de la poésie : « la poésie cette forme qui porte le son ». Il précise : « entendre le son du mot, permettre au son de révéler son pouvoir au-delà de la signification. »
La théorisation de la poésie vaut ici pour théorisation de la psychanalyse.
Ecouter est écriture.
Parler est écriture.
« Le minimum ce serait que les Psychanalystes s’aperçoivent de ce qu’ils sont poètes. » (5) Un minimum c’est déjà pas mal ; ça n’a pas l’air évident. Il n’est pas si fréquent que psychanalyse soit associée à poésie.
Le poète et le pitre ne feraient-ils pas sérieux ? François Weyergans a intitulé son roman mettant en scène Lacan : « le Pitre ».
Nombre de poètes se sont essayés à dire, à écrire ce que peut bien être la poésie. En rebelle elle échappe, elle aussi au tout dire, à la belle cohérence. Elle est belle autrement la poésie. Elle n’est pas entichée de fanfreluches grammairiennes, elle peut vivre sans le verbe et le complément. Sa beauté peut être terrible : dans le journal de Gisèle de Lestrange, épouse de Paul Celan on trouve à propos des poèmes de son mari : « Souvent je ne les acceptais pas. Ce sont des réalités si terribles, si dures à vivre. » (13 janvier 1958)
L’écoute est écriture.
La parole est écriture.5
Comment l’écrivez- vous demandera l’analyste ?
Et l’analysante qui épèlera son orthographe entendra en même temps que ça peut s’écrire autrement et qu’un autre chemin peut se prendre. Or continuer à penser de la même façon
5 (5) jacques Lacan-«Mon enseignement »-p.60 est ce qui maintient la souffrance de l’analysante. Réécrire autrement avec l’analyste est le processus de transformation de l’analyse. Il s’agit d’une écriture à deux qui produit un autre 678sujet, un sujet du désir. Jouissance, désir, castration sont des concepts de l’analyse dont l’analyste s’occupe. Elle entend l’économie subjective entre les mots, les phrases, les sons des mots, les signifiants. L’espace analytique est un dispositif qui permet une rencontre entre deux désirs ; l’écriture d’un poème, une rencontre entre des mots. L’entre deux, dans les deux cas est le lieu de la production, de la création. Entre les mots, entre les deux corps incarnant un désir, un impossible à comprendre, à expliquer, à dire. La poésie ne s’explique pas, elle contient en elle une énigme, un mystère, un vide qui tente de se révéler par l’écriture et aussi son énonciation, sa sonorité. La poésie est autant faite pour être dite que pour être lue.
L’impossible à dire, à écrire est la condition de la création.
La poésie naît de l’impossible comme le sujet naît d’un inconnu en lui mais qu’il reconnait pourtant comme sa force de création.
Le désir de l’analyste participe de cette joie retrouvée que procure le possible de la création. Lire et écrire participe du désir d’analyste qui, toujours, étonnamment, s’émerveille de la subversion du sujet, de sa capacité à passer l’impossible. Il pourrait s’en émerveiller sans aller jusqu’à incarner le désir d’un autre. Certains sont poètes, d’autres peintres, sculptrices. L’analyste non plus ne peut dire « pourquoi » même s’il s’en approche plus que d’autres. « Le désir du désir de l’autre » est son point de départ. La cause travaille sans qu’elle soit représentée imaginairement et symboliquement. Lacan lui a quand même donné le petit nom d’objet a, cause du désir, reste, trou faisant partie du Réel. « Il s’agit de s’offrir comme cause de son désir à l’analysant » (6). La cause agit sans qu’on puisse la dire origine. L’être humain a affaire à l’inexplicable tout comme le poème peut nous le flanquer à la figure : « la terre est bleue comme une orange » est un sens insensé par exemple. Il peut faire s’écarquiller les yeux, il peut aussi faire sourire avec tendresse, avec sensualité. L’orange est en bouche.
Nous avons affaire à l’insensé.
L’inattendu de l’analyse est sans doute de découvrir que c’est sur ce vide que le sujet peut trouver appui pour la réalisation de son désir. La philosophie chinoise antique, comme l’a développé François Cheng dans son ouvrage « Le vide et Le plein », avance que le souffle provient du vide. N’est-il pas possible de traduire souffle par désir ? Subversion cela signifie prendre un autre chemin que celui de l’ordre établi, des idées toutes faites, des idées des autres, de l’idéologie. La subversion du sujet c’est le mouvement par lequel un sujet devient. La poésie est une forme de devenir, à mon avis la plus singulière. Elle ne se limite pas à l’écriture de poèmes.
Ecrire, dit Guillevic dans inclus :
C’est trouver Le lieu où tous les lieux Qui touchent tes regards Se rassemblent pour toi.
(6) Jacques Lacan in « la troisième » in Lettres de L’EFP n°16, p ;182 La psychanalyse n’est pas une science parce que c’est irréfutable.
Une interprétation qui fuse comme une phrase poétique ne peut être contredite. Elle fait mouche. Elle provient de cet entre-deux qu’est l’espace analytique, cet espace composé de deux corps. Elle est une vérité, ni vraie ni fausse.9 C’est un art à deux.
Du recyclage ; fabriquer du neuf avec du vieux, bricoler une nouvelle façon de vivre et de Penser, inventer, respirer.
Comment le sujet peut- il trouver accord, unité avec l’impossible à dire ? Le sujet divisé de partout.
Qu’est ce qui me fait parler d’unité ?
Vivre selon mon désir, en le soutenant, me fait éprouver l’unité. Comme une flèche, le trajet d’une flèche qui me mène.
Comme avec une interprétation sans queue ni tête mais qui fait mouche, j’éprouve une unité. Le désir indicible qui peut se dire. Cible, Je suis touchée. Ce qui continue à faire énigme me parait juste. Rien n’est résolu mais je suis pourtant un chemin. je suis tout autant du verbe être que du verbe suivre. je suis le temps car c’est moi qui chemine, ce n’est pas lui qui passe. Qu’est-ce qu’éprouver l’unité de son désir ? serait- ce une capacité aiguisée de savoir ce qu’on aime ? L’effet du symptôme transformé ? renouer avec ce qui était déjà là et qui reste insu ? ne serait-ce pas simplement suivre ce qui, singulièrement, apparait comme vital ? la vie, la vie, encore la vie, désir de vie, fruit d’un retournement dans l’économie du désir. « C’est une question de vie ou de mort » Je m’entends encore le dire sur le divan, je n’entendais pas alors que je parlais de jouissance et de désir, d’immobilisme et de mouvement. Est-ce cela ?
Se tenir sur une crête en funambule ou dans l’entre deux fugace des mots ? FAIRECORPS avec ce mouvement d’entre deux, se vivre comme la flèche d’une interprétation, si invisible et pourtant présente. Ténue et pourtant puissante, unité dans le chaos du monde, l’unité comme détermination. Dans ses entretiens avec jacques Darras (7) Yvon le Men dit « Tu me dis qu’à 20 ans tu n’as pas fait le pari poétique que moi j’ai fait, parce que si je ne l’avais pas fait je serais mort ». Il y avait urgence à écrire, à écrire en poète.
Dans l’avant- propos de son livre consacré à dix poètes de Bretagne, jean Lavoué (8) formule ces belles phrases : « …ce qui ressort aussi chez ces auteurs, c’est la blessure intime par laquelle s’est engouffré pour chacun le goût d’écrire et de créer. C’est au fond la pauvreté la plus fondamentale, celle qui nous fait manquants, marqués d’une cicatrice inguérissable. » Jean Lavoué, dans cet ouvrage, fait le lien entre la biographie des poètes et leur œuvre et met en évidence l’impossible à dire comme condition de la création. Ces phrases sont métaphores de l’analyse et plus précisément de l’interprétation de l’analyste. C’est l’impossible à dire de l’analysant, son réel, qui peut permettre l’interprétation poétique. Plus l’interprétation sera poétique plus il y aura pour l’analysant création de nouveau, création de sa singularité, de sa poésie, de sa beauté.
(7) « A ciel ouvert » ed. La Passe du vent p.84 (8) Jean Lavoué « Voix de Bretagne » ed. L’enfance des arbres-collection Poésie et intériorité 2021 La création c’est de la joie.
L’interprétation poétique de l’analyste c’est de la joie. Même si c’est pas tous les jours Dimanche !
Chacun a son réel.
Le désir de l’analyste est de produire cette joie de la création pour lui et pour l’analysant. C’est du moins une des façons de le dire, ce désir. Diffère-t-il en cela de celui du poète qui écrit aussi pour les autres ?
« Ce qui pousse quelqu’un à passer à l’analyste, n’est-ce pas pour une grande part l’amour du Réel ? ou le désir de rencontrer le Réel en amoureux ? Ce Réel qui implique l’absence de loi : jacques Lacan in « le Sinthome » Leçon du 13 Avril.
Dans les temps de la fin de l’analyse, et après l’avoir fini, j’ai surtout été curieuse de la parole des poètes. J’ai lu leurs œuvres mais aussi leurs biographies et les entretiens qu’ils ont donnés.
Freud et Lacan ont tous deux formulé que l’artiste, le poète, précèdent l’analyste. Ai-je souhaité connaitre les pas du poète, sa façon de marcher pour en savoir plus sur ce qui se passe dans l’espace analytique ?
Certainement. Un travail de reconnaissance du terrain, de la matière. J’ai souhaité aussi éclairer ma lanterne chaque jour.
Régine Le Beller Le 30 Janvier 2024
Notes
Citer ce texte
Régine Le Beller, « La Couleur de la chaleur. Pratique analytique, écriture poétique », L’@psychanalyse, 11 novembre 2024. En ligne : https://www.apsychanalyse.org/textes/regine-le-beller-la-couleur-de-la-chaleur-pratique-analytique-ecriture-poetique (consulté le JJ/MM/AAAA).