Éditions Le Pli Quelque chose en son fond résiste
Jean-Bernard Paturet Quelque chose en son fond résiste... ISBN 978-2-914932-05-9 - 130 pages, 15€ : commandes à : [adresse protégée] Quelque chose en son fond résiste... Jean-Bernard Paturet
Qu’advient-il lorsqu’on se prend à méditer sur l’actuel du monde “contemporain” ? Face à l’indifférence du politique..., aux existences indifférenciées... soumises aux chiffres... à la logique du management – mise en place d’une “langue commune” en vue d’un “projet commun d’entreprise” : privatisation-marchandisation-expertise, soumises aux dénis de responsabilités, à l'hégémonie accélérée de l'opinion, à l’exaspération et l’enflure de la starisation, à la démesure (cet Ubris des Anciens), à la fluidité des liens, à l’injonction à la toute-jouissance d’un consumérisme où “rien ne manque” (?...), au déni de mort... Sombre constat qui ne date pas d’hier, mais s’est figé à l’arrivée d’un petit virus sous les formes d’une “catastrophe”... sidérante où l’horreur se produit dès que l’être humain, doué de parole, devient “négociable”... relents sinistres... Kata, en grec, est une préposition qui signifie “contre”, “du haut vers le bas”, et qui contient l’idée de dispersion ; et Strophé, c’est le mouvement, le tournant, le retournement... D’un mouvement de retour à la mémoire – soit le mouvement même de l’anamnèse qui signifie “faire advenir ce qui voudrait demeurer caché”, ces méditations entendent replacer délibérément les problèmes dans le champ du politique. Saisir Kairos comme ce “moment opportun” pour reprendre le questionnement anthropologique, philosophique et psychanalytique du démantèlement du lien social, c’est repenser, c’est-à-dire “peser” le sens des mots où quelque chose au fond résiste...
© Éditions Le Pli, mai 2021
La pandémie révèle en négatif “l’immonde” contemporain avec son absence de limites, son panoptique généralisé, son rejet de la parole au proft de l’algorithme, sa redoutable externalité et ses pseudos rêves d’immortalité et de bonheur. L’homme crédule se précipite toujours plus loin dans une fuite en avant en refusant de voir les menaces portées par l’Anthropocène. Or l’apparition soudaine et imprévue d’un minuscule virus vient bouleverser la logique anthropocènique qui se déployait ainsi sans contrainte. Au-delà de la sidération et de la détresse du monde actuel, on peut repenser le politique, c’est-à-dire peser les mots et leur sens, travailler dans l’ouvert des questionnements de l’anthropologie, la philosophie et la psychanalyse, se saisir de l’opportunité qu’est Kairos pour exercer l’anamnèse, ce mouvement de retour à la mémoire comme aux trous de mémoire, faire advenir ce qui voudrait demeurer caché...
Le “monde commun”, comme dit Hannah Arendt, devient une menace potentielle pour chacun.
Reste alors à maintenir pour nous tous beaucoup de lucidité et de vigilance pour ne pas succomber aux charmes des voix séductrices des sirènes “numériques” et “algorithmiques” et à nous attacher solidement comme Ulysse aux mâts des pratiques subversives : philosophie, histoire, littérature, arts, psychanalyse etc., envers et contre tout. Reste à se souvenir de la division structurelle du sujet humain comme être sexué et être parlant, mortel et limité, pour soutenir la puissance créatrice de la vie qui n’a de sens que dans le nouage avec la mort.
Éternel confit et inépuisable lien entre Tanatos et Eros pour que le premier ne fnisse pas par l’emporter sur le second... Telle pourrait être notre responsabilité fondamentale !
Jean-Bernard Paturet est professeur émérite à l’université Montpellier III, membre de l’équipe CRISES. Il conduit ses recherches au nouage de la philosophie, de la psychanalyse, de la littérature et des sciences de l’éducation.
ISBN 978-2-914932-05-9 15€
Citer ce texte
Jean-Bernard Paturet, « Quelque chose en son fond résiste », L’@psychanalyse, 7 juin 2021. En ligne : https://www.apsychanalyse.org/textes/jean-bernard-paturet-quelque-chose-en-son-fond-resiste (consulté le JJ/MM/AAAA).