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Ce que les femmes psychanalystes ont fait à la psychanalyse

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Pour le bulletin de @psychanalyse décembre 2019.Françoise Wilder.

Comment les femmes se sont-elles saisies d’une théorie inventée par des « messieurs », médecins de femmes « malades », théorie dont des femmes ont été la matière, théorie avec laquelle elles ont exprimé de nombreux désaccords, et qu’elles ont modifiée par de nombreuses ouvertures et constructions théoriques et pratiques (psychanalyse avec les enfants, avec les schizophrènes, avec les autistes, avec des femmes enceintes, avec les institutions psychanalytiques – Michèle Montrelay) ? Et s’il s’agissait seulement de théorie et d’ouverture de champs ! Que dire alors de leur intervention forte dans le dispositif inaugural même de la règle dite fondamentale : « Je suis sûre que si vous me laissez parler sans m’interrompre, si vous ne me posez pas de questions… », invention de Berta Papenheim !

Cela esquissé, de cette pratique théorique, des femmes se sont

saisies pour en faire au vingtième siècle la première profession libérale largement féminisée.

J’ai cessé de « prendre en analyse ».

Je cherche à réaliser ce que c’est que d’avoir été si longtemps en

rapport avec la psychanalyse, d’être entrée dans son effet, dans son efficace, dans son mode de transformation comme analysante, analyste, et, si je précise encore, d’avoir mis en œuvre ce qu’il y a le plus souvent de gérondif dans l’acte d’analyser : l’analysant/analysant et l’analysant/analyste. Pourquoi m’y prendre ainsi ? Parce que j’aime la psychanalyse, que j’aime les théories.

Je disais, dans une conférence d’il y a 11 ans, à Cerisy : « Et

maintenant j’aimerais traverser cela et m’en libérer :

« La psychanalyse me prend trop de temps, m’impose une immobilité que j’ai du mal à supporter, me met dans une situation de patience… qui m’impatiente. »

Lorsque je fis part à l’écrivaine Anaïs Nin que je fréquentais à la fin des années soixante et au début des soixante dix de mon souhait de laisser en plan la carrière qui était la mienne pour pratiquer la psychanalyse elle me répliqua :

Oh non, Françoise, n’en faites rien. C’est beaucoup trop desséchant !

Ça ne m’a pas arrêtée : je ne craignais pas le sec. Cette pratique théorique, outil majeur de mon émancipation,

m’autorise à me servir d’elle pour accomplir ce qui me séparera d’elle. Accomplir une « passe » de sortie de la pratique de la cure.

Depuis quand la psychanalyse me bride-t-elle ?

Depuis que j’ai franchi le pas d’écrire à ma façon. i. e. selon les

avatars de ma lecture du livre de Catherine Millet : La vie sexuelle de Catherine M.publié en 2001. Je viens de la lecture. Je n’écris que de lire. Là se jouait une inhibition particulière : je voulais que chaque mot fût justifié d’être écrit, dans une économie de la rareté qui, elle, m’asséchait et me limitait. On peut adorer les romans de toute sorte (Alexandre Dumas, Victor Hugo, Virginia Woolf, Virginie Despente, Elena Ferrante…) et subir l’idéal d’un écrit à densité maximale dans un format restreint. »

Ce que j’appelle « la psychanalyse » ne m’a jamais bridée pour lire — et elle n’a pas fait de moi une lectrice spécialiste d’ouvrages de psychanalyse ! Lire Freud m’a plu, me plaît toujours. J’aime le lire à haute voix. J’apprécie son mouvement, ce qui « passe » de son style dans les avatars divers de sa lutte avec les destinataires de son écrit, sa rhétorique inventive. Lou Andreas-Salomé m’a beaucoup entraînée. Lacan me faisait peiner ; il avait du mal à écrire — et, comme le dit un ami « on eût préféré qu’il écrivît autrement… » Même si je m’y appliquais je n’ai jamais autant éprouvé le sentiment d’être une lectrice lacunaire. Comme on sait Lacan a peu écrit.

Heureusement les séminaires auxquels j’assistais et dont je lisais les transcriptions lestaient ce que les écrits avaient de fuyant.

« Je ne suis pas comme Lévi-Strauss : je ne laisse pas une œuvre

derrière moi » l’ai-je entendu dire à son Séminaire.

(J’aime lire les psychanalystes qui font de moi leur lectrice. Je n’ouvre pas de liste. Pour le moment elle serait trop courte.)

La politique que contiennent les écrits psychanalytiques

Comme ailleurs, il y a, dans les écrits des psychanalystes une

politique sexuelle des mots « femme », « homme », « féminin », « masculin », « fille », « garçon », « père », « mère », « enfant » (Lire Luce Irigaray) Ça se joue le plus souvent à bas bruit, et, quand on s’en aperçoit c’est dans les occasions de combat : en 1909 Sadger se déclare contre l’entrée de femmes dans la Société de Psychanalyse de Vienne. Sadger n’est pas le seul. Freud s’oppose à lui. Plus tard on peut lire son écrit de parti pris pour l’analyse par les non-médecins (« La question de l’analyse profane ») comme politiquement destiné au soutien des praticiennes et candidates à la Société PsychanalYtique même si l’occasion en fut donnée par les poursuites entreprises contre Reik.

On lit maintenant et on entend des collègues s’affronter sur le

mariage gay, l’adoption d’enfants par des couples d’hommes, de femmes ce que les bornés appellent homoparentalité, les dites mères porteuses…

Les « pour » comme les « contre » argumentent à partir du stock de théories et « d’expérience clinique » qu’ils font fonctionner le plus souvent comme clichés. Il y a aussi ceux, dont je fais partie, qui disent : je ne sais pas, analytiquement parlant, opiner sur ces questions ; la psychanalyse ne sait pas ce que c’est que « masculin » ou « féminin » ; elle a affaire à des processus d’identification et non à des identités qui, elles, intéressent la Police et l’Administration. Pére, mère, sœur, frère etc. sont des désignations anthropologiques et non psychanalytiques.

Je me demande souvent, en pensant à la conférence de ce soir, si la réponse créative d’un psychanalyste pourrait être : « je

ne sais pas » ?

S’en tenir à ce qu’on sait est plus difficile qu’on ne croit. Freud a

problématisé le sexuel, et Lacan la jouissance d’une manière incompatible avec la préservation d’une identité sexuelle stable : voilà ce qui me paraît établi par leurs enseignements. Je me souviens des Trois essais sur la théorie du sexuel (1 903) :

« Nous avons réalisé que nous nous sommes représenté comme trop intime le nouage de la pulsion sexuelle à l’objet sexuel… La pulsion sexuelle est vraisemblablement tout d’abord indépendante de son objet et ne doit probablement pas non plus sa genèse aux attraits de celui-ci ».

Cette indépendance nous décroche des idées de nature : « d’abord indépendante de son objet », i. e. de l’objet que sera (futur antérieur) devenu le sien… s’il le devient !

Une certaine Mélanie Klein a fabriqué la notion d’objet partiel de la

pulsion partielle… ce qui n’est pas freudien ; il n’y a pas chez Freud une telle adéquation, même dans le partiel.

Cette invention visait-elle la promotion d’un objet qui, lui, serait

total : l’objet génital ?

Comment penser sans opposer ?

Si les paires opposées constituent un des éléments forts des

procédures de la pensée en Occident pourquoi leur laisser l’hégémonie ? D’autant qu’il s’agit d’une hégémonie souvent dogmatique, celle d’une théorie qui ne s’interroge pas sur les conditions de sa production.

Au lieu de faire ici une revue des éléments dogmatiques en circulation je vais raconter deux histoires qui en tiennent compte tout en permettant de les déplacer.

La première :

Un analysant confie au cours de la séance ceci :

« Comme Freud a raison sur la castration, le penisneid. ! Les enfants parlent la théorie comme c’est écrit dans les livres. Ma fille aînée de cinq ans joue avec une amie. Elles sont sur un tapis avec divers jouets. Venant cherche un objet j’entre dans la pièce doucement — et j’entends Marie dire : moi j’en ai pas ; j’en ai plus ; peut-être qu’on me l’a pris-coupé-et ça va repousser, tu sais, comme les cheveux : on coupe et ça repousse pareil long ! » [et le père de s’émerveiller…] — Plus tard, il prend sa fillette à part : mais Marie, je t’entendais tout à l’heure, comment dis-tu ces choses ? Maman et moi t’avons bien expliqué, tu as un sexe, il ne te manque rien, et rien n’a été coupé…

  • Que tu es bête ! Je sais tout ça et tous les mots, mais, moi, je

préfère raconter les histoires ! »

Le point exquis de l’anecdote n’est-il pas dans la comparaison non

dramatique avec les cheveux qu’on coupe et qui repoussent " pareil long…" ?

Une autre fable : des collègues ont organisé un colloque Des homos sur le Divan. On s’aperçoit d’abord de ce qu’est le dispositif implicite du colloque : les homos sur le divan, les hétéros dans le fauteuil. On se demande en quoi un tel binarisme concerne la psychanalyse. On questionne, l’air de rien,

-ah oui ! des homos en analyse ?

-oui, certains viennent pour une analyse…

-homos,…mais comment le savez-vous ?

-eh bien, leur vie, leurs relations avec les autres, leur choix

amoureux…

  • oui, oui, d’accord, mais comment le savez-vous, vous ?
  • eh bien, ils le disent !
  • oui, oui, d’accord, ils le disent, mais vous, comment le savez-vous, -…
  • comment le savez-vous, analytiquement parlant ? C’est là que ça devient scabreux.

Revenons à mon expérience de lectrice des écrits psychanalytiques. J’aime lire les correspondance freudiennes. Freud avec Jung, avec Fliess, avec Ferenczi, Lou Andreas Salomé, avec Martha, sa femme. Il y a toujours un moment où l’on s’ennuie ferme mais faites comme je l’ai fait l’exercice de lire les lettre adressées par Freud à ses correspondants en un mois, et celles qu’il reçoit d’eux en temps réel et croisé ; plus tard on peut procéder de la même façon avec celles que les correspondants échangent entre eux, hors Freud. Là se révèle la face claire des Liaisons dangereuses de la psychanalyse, où Freud, sorte de Merteuil à barbiche performe son image de fondateur, de premier qui, de seul à….L’exercice est convaincant. La pluralité de destinataires, leurs relations, le réseau qui subvertit le dispositif maître/disciple : c’ est tout à fait instructif.

Je viens de tracer le « slash » entre maître et disciple, le même que l’on trouve barrer les relations binaires opposées. Je propose d’appliquer à ce « slash » la fonction que lui ajoute Linda Hart : celle du avec et non du contre, qui s’ajoute à sa fonction d’effacement d’un terme unique (lorsque Lacan écrit barre oblique sur La femme, écrivant là son fondement non ontologique ,« Elle » n’a pas de référent dans la réalité mais seulement une existence fantasmatique dans l’imaginaire masculin. »(Linda Hart Entre corps et chair EPEL p. 137). Je renvoie aussi à un article épatant d’Anne Marie Ringenbach dans L’Unebévue n° 23 hiver 2005.

Ce travail est l’occasion d’une ouverture vers Ce que les analystes-

femmes ont fait à la psyachanalyse

Voilà une profession que des femmes ont très tôt investie, comme

praticiennes, théoriciennes, analysantes.

La première à être admise membre de plein droit de la Société

Psychanalytique de Vienne en Janvier 1910 après une procédure longue de onze mois, le Dr. Margarete Hilferding ,est également la première femme docteur en médecine de la Faculté de Vienne. Admise malgé des oppositions (13 membres !) elle fait en janvier1911 une conférence très remarquable dont on a la teneur grâce au long compte-rendu de Rank. Cette médecin, très cultivée, poéte publiée, femme d’un pédiatre et théoricien socialiste,plus tard ministre de la République de Weimar, a toujours travaillé comme médecin dans des lieux institutionnels. Lors de sa conférence inaugurale elle soutient que l’amour maternel n’est pas « dans la femme qui devient mère » et qu’il vient à partir des expériences érotiques dont la grossesse, les mouvements du fœtus, puis l’allaitement et les soins divers sont l’occasion pour la femme.1 « L’enfant est d’abord un objet sexuel pour la mère » soutient Margarete Hilferding.

Si les Minutes de la Société Psychanalytique rendent compte de la

conférence et des discussions, il est patent que les messieurs-auditeurs de la conférencière n’ont rien entendu…à l’exception de Sadger- très opposé à la participation de femmes à la Société- qui, se référant à Havelock-Ellis, s’intéresse précisément aux descriptions et arguments de la conférencière en faveur d’ une érotique de la grossesse et du maternage. Freud qualifie la tentative de « méritoire » et la renvoie…aux statistiques ! La discussion montre aussi que ces messieurs préfèrent évoquer des sujets très « hard » tels que les sévices à enfants et les infanticides plutôt que l’érotique maternelle.

Cette femme, qui est la première collégue avec laquelle Freud

travaillera (1 réunion hebdomadaire, pendant 2 ans) quittera le groupe en desaccord avec sa gouvernance par Freud. Elle continuera seule avec les femmes et les enfants dont elle veut être « la médecin –et pas seulement de leurs organes ». L’essentiel de sa pratique : les dispensaires des arrondissements ouvriers de Vienne. Elle militera pour la contraception et même pour la dépénalisation de l’avortement.

1 Amour maternel et psychanalyse. Teresa Pinheiro. (webarchive)

Margarete Hilferding mourra, à 71 ans,aprés son transfert du camp de Teresin à Treblinka (elle sera gazée à son arrivée) en 1942, en même temps que les vieilles sœurs de Freud. M.H. a beaucoup publié. Ses archives sont regroupées. A l’exception d’une historienne autrichienne personne ne les étudie. Ce n’était pas une « groupie » freudienne.

J’ai publié un livre pour tenter de la tirer de l’oubli. Margarethe

Hilferding, Une femme chez les Premiers Psychanalystes, 2015, éditions Epel, Paris.

Je vous donnerai un aperçu de ce que le livre de Janet Sayers « Les mères de la psychanalyse » relève des parcours ainsi que des positions théoriques d’Helene Deutsch, Karen Horney, Anna Freud et Melanie Klein. L’auteure soutient qu’il y a « féminisation » de la théorie, quand ces psychanalystes femmes mettent l’accent, la lumière, sur les place et fonctions de la mère, du maternel, dans le développement psychique. Dans son introduction l’auteure indique :

La psychanalyse a subi un profond bouleversement. Autrefois

patriarcale et phallocentrique, elle se retrouve aujourd’hui presque intégralement centrée sur la mère. Elle est passée de ses anciennes questions sur le pouvoir du père, le refoulement, la résistance, la connaissance, le sexe et la castration à ses actuelles préoccupations des relations aux autres, des relations mère-enfant et leurs vicissitudes :l’identification , l’idéalisation et la jalousie, la dépossession et la perte d’amour, l’envie et la haine, l’introjection et la projection.

Les féministes auraient, selon l’auteure, pris largement appui sur les théories de ces « mères » contre le monde patriarcal de S. Freud.

Si je n’ai pas ici la possibilité de rendre compte avec précision des

thèses de ces théoriciennes je me suis beaucoup intéressée à la façon dont elle ont produit leur théorie.

Il me semble qu’elles ont opéré d’une façon très originale. Les thèses freudiennes, les hypothèses freudiennes ne sont pas directement contestées. Elles sont rappelées et même reformulées comme clairement attribuables au socle de la psychanalyse. A partir de là chacune des pionnières élabore, en fonction du matériel qu’elle amène, son invention théorique. Oui, elles inventent, comme Freud invente, c’est à dire produit ce qui n’a aucune existence en dehors de la théorie qui le construit. Chacune pose ses objets théoriques / cliniques, rendant ainsi compte de fonctionnements que même une observation fine ne saurait produire. J’ai

suivi pour l’exemple, leurs thèses concernant l’Œdipe féminin. Toutes les quatre sont en désaccord implicite avec Freud (et entre

elles !), mais on dirait que leur stratégie est la suivante :

avançons, faisons-nous entendre, faisons entendre ce qui n’était pas là, pratiquons, communiquons des cas, des résultats. La tactique, elle, se déduirait de leur réponse à la question : à quoi servirait-il de critiquer des raisonnements avec d’autres raisonnements (indiscutables ?) puisque la logique binaire ne nous convient pas et enfermerait notre propos, limitant notre

avancée ? Avançons nos pions !

Leur création théorique et pratique peut se trouver aux antipodes de celle de fondateur sans qu’elles se donnent la peine d’argumenter contre lui. Par contre on les trouve toujours là où Freud énonce ses

« hypothèses-dont-il-ne-pourrait-pas-se-passer » et écrit: ceci est validé pour le garçon ; il n’y a pas de raison que ce soit différent pour la fille.

Là, elles foncent…et occupent le terrain par leurs travaux au lieu de livrer bataille. Comme femmes, comme mères, comme thérapeutes d’enfants, comme psychanalystes tout-terrain elles

parlent et écrivent comme si elles savaient ce qu’elles disent !

Celle qui joue le plus clairement les enjeux explicites d’une critique de Freud est Karen Horney : elle s’en prend au soi-disant « penisneid » (Abraham, Freud) par l’ironie et met cette théorie sur le compte d’un déplacement du narcissisme masculin ! Des quatre mères, Karen Horney est aussi celle qui met clairement en avant son enjeu de lutte contre toute subordination. Et celle dont les thèses sont le plus éloignées des thèses de

Sigmund Freud : sa fille Anna !

Il y a aussi beaucoup à dire sur la théorie de Françoise Dolto dans

« l’image inconsciente du corps » qui se passe tout à fait de Lacan, même lorsqu’est évoqué le fameux stade du miroir, très éloigné de l’assomption jubilatoire qualifiée par Lacan.

Ce que je présente comme « ce que les femmes ont fait à la

psychanalyse » m’apparaît après que j’ai moi-même à partir d’un témoignage-fiction, le livre de Catherine Millet, opéré une petite razzia dans les théories sexuelles et leur usage convenu. Un collègue m’ a dit de mon livre « c’est un livre féminin : il ne prend rien de front, enveloppe son sujet et en même temps le disperse… » . Je ne sais pas si c’est du lard ou du cochon. Mais enfin s’il me signifie ainsi que j’ai écrit selon une autre organisation des idées et de la discussion que ce à quoi nous sommes habitués…je le prends pour un compliment.

Pour le reste, je n’ai aucune opinion sur la qualification de « féminine » pour une écriture et j’ai parcouru sans aucun intérêt les ouvrages : moi-mes règles-mon vagin-mes avortements , mes orgasmes,etc.

L’incidence majeure de l’action de femmes au cours des années 70, dans la société française, a été le détournement du premier féminisme en mouvement « psychanalyse et politique », époque au cours de laquelle Lacan dans son séminaire minait le binarisme . Si vous vous reportez à la séance du 17 Février 1971 d’ Un discours qui ne serait pas du semblant vous remarquerez sa critique des signes utilisés par la biologie moderne pour désigner le masculin et le féminin, le yin, le yang chinois et d’autres couples qui ambitionnent tous de dire une bi-partition sexuelle.

Lacan prend un appui logique : Tout ce qui n’est pas homme n’est pas necessairement femme.

La fonction phallique, qu’il invente, revient à féminiser le phallus en même temps que la dite fonction est un fait d’écriture et l’ écriture d’un rapport. Son efficace : relier deux séries , non pas « hommes » et « femmes » mais « êtres parlants » et «modes de jouissance ».On peut faire idéologie de tout, peut-être même de cette écriture là, de cette pensée là ! On peut aussi en tenir compte. Si on peut en garder l’idée que le sexe n’est pas un réel mais une donnée il peut s’ensuivre un discours un peu moins péremptoire.

Mais, alors que je cesse de m’engager dans la cure analytique avec ceux qui me le demandent, je me tiens sur cette brèche, la même qu’au temps de mon début de pratique : celle de l’aventure singulière de parole

qui fait vivre un corps. « Nul ne sait, écrit Baruch Spinoza, ce que

peut un corps ». C’est là que ça commence, et ne cesse de commencer.

FIN Françoise Wilder, psychanalyste encore ?. Copyright Françoise Wilder.

Si on veut lire :

Les Premiers Psychanalystes, Gallimard, tome 3 Les dessous du divan, C.C.A.F., Colloque de Lille 2007 Janet Sayers Les mères de la psychanalyse PUF Paris 1995 Françoise Wilder Un Provocant Abandon, Desclée de Brouwer,Paris

Françoise Wilder Margarethe Hilferding Une Femme chez les Premiers Psychanalystes, Epel, Paris.

Françoise Wilder,in « Dictionnaire Sauvage de Pascal Quignard »,

entrées Freud, Ferenczi, Lacan.

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Françoise Wilder, « Une saison inhabitable »,e.roman, sur Amazon.

Citer ce texte

Françoise Wilder, « Ce que les femmes psychanalystes ont fait à la psychanalyse », L’@psychanalyse, 13 décembre 2019. En ligne : https://www.apsychanalyse.org/textes/francoise-wilder-ce-que-les-femmes-psychanalystes-ont-fait-a-la-psychanalyse (consulté le JJ/MM/AAAA).

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