Présentation du 4 avril 2026 au Gazette café (Montpellier)
Je vous propose un chemin de lecture autour de mon livre « la fabrique de la souffrance au travail ». Je dis « autour » parce que j’en ai déjà fait une présentation à sa sortie en 2024. Je vais simplement et avec mes faibles moyens, essayer d’élargir le propos aux conséquences sociales d’un « travail en Soi » que je requalifierai de « soi mis au travail par l’autre » que je décrirai plutôt comme une forme de « tyrannie de l’existence ». Je laisse une grande part au manque, aux oublis et incertitudes dans mon propos. Et je compte sur vous pour aiguillonner ce travail.
Je reprends une citation empruntée à Dany-Robert Dufour dans son dernier livre : « Sadique époque – Comment en sommes-nous arrivés là ? » qu’avait déjà cité Joseph lors d’une précédente séance :
« L’obscurité croît. Et moi, je ne crois plus à rien. Car rien ne pourra plus nous sauver.
Pas même un Dieu. »
Ce qui signifie peut-être que, bien que l’homme soit un loup pour l’homme, il est, malgré tout, le seul à pouvoir se sauver. Lui-même.
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On ne vit qu’une fois. Dit-on. « C’est la vie ». Mais quelle vie ? Est-ce bien la nôtre si cette vie est une « vie vécue à côté de soi » et si les premières questions qui se posent à nous sont existentielles : « qui suis-je et que me veulent-ils ? » ; la dernière pourrait bien être tyrannique : « Qu’ai-je fait de ma vie ? ».
Ce qui suit interroge notre désir et le désir du désir de l’autre. Notre désir a pris l’habitude de s’encanailler à celui des autres, pour faire tout pareil, faire semblant et séduire par dépit ou par colère.
Déjà, mon propos ne dit rien qui vaille. Ce n’est pas la « joie », celle dont on parlait au dernier séminaire. En effet, je vais vous parler du « bien-être » et du « bonheur » revendiqués par une norme – « alitée », parce que bien malade. C’est ma façon de voir le verre à moitié vide.
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La fabrique de Soi consentant au néolibéralisme et à la société de consommation, c’est un peu comme les poulets de chair de souche à croissance rapide. Ils doivent cohabiter à 22000 dans un élevage-prison sans horizon, bourrés d’hormones, nourris de façon industrielle, pour finir le 36ème jour de leur existence en barquette sous plastique dans un étal de grande surface. Nous ne sommes pas des poulets, me direz-vous. Et pourtant ! Notre Soi est éduqué dans des usines à bac, sous le contrôle de Parcoursup, en nous soumettant aux mots d’ordre de « bien travailler à l’école », d’être sage, obéissant pour valoir et mériter une existence, une identité, une place sous le soleil de la consommation, pour s’achever en fumée ou sous- terre au cimetière.
Tout est sous contrôle nous disent les machines. Le Soi sera éduqué à « l’employabilité ». Il servira doublement l’État et l’idéologie libérale, en travaillant et en consommant.
Le Soi est devenu l’objet de jouissance et d’investissement d’un capital sadisé. Il est contrefait pour penser que travailler, participe au développement du bien commun et du pays. Ruissellement oblige, le Soi pourra espérer, un jour, promis, pas si lointain, en retirer quelques avantages. Oyé ! Oyé ! Braves gens, endormez-vous, nous veillons.
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Au sens usuel, le travail englobe toutes les activités humaines, organisées et coordonnées dans le but de produire ce qui est nécessaire à nos besoins, telle que l'activité rémunérée qui crée des biens et des services utiles, ainsi que les tâches essentielles, le travail domestique, le bénévolat (comme mentionné dans le rapport Stiglitz).
Le travail sous-tend domination, acceptation, subordination, soumission à un système de direction, de gouvernance, de management d’institutions publiques ou privées disposant d’un pouvoir de vie et de mort sociale sur les individus et pour lequel le travail reste essentiel pour continuer à prospérer.
Il y a le travail vivant qui est dilatation, motivation et le travail mort qui est angoisse, rétractation, dépression.
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Le travail regroupe le labeur (laborare, labore, arbeiten), un travail forcé qu’impose la pression sociale, économique et politique où le Soi est contraint, et le verbe œuvrer-créer (facere, work, werken) qui serait un travail libre de toute pression, choisi par passion où s’accomplit le Soi par inclination et ferveur.
Ainsi, l’artiste échappe au taylorisme, à la lutte contre la flânerie, et aux logiques des pendules. Comme l’écrit Nietzsche : « Ces hommes difficiles, qu’il est dur de satisfaire, n’ont que faire d’un bon salaire si le travail n’est pas lui-même le salaire de tout salaire. À cette espèce d’hommes exceptionnelle appartiennent les artistes et les contemplatifs de toute sorte, […]. Ils ne craignent pas tant l’ennui que le travail dépourvu de plaisir : ils ont même besoin de beaucoup d’ennui pour réussir leur travail ». L’artiste et ceux qui font encore référence aux valeurs et à la dispute, apparaissent comme des idéaux de liberté au sein d’une modernité en pleine expansion gouvernée par la rationalité économique et instrumentale. Le travail est vu comme un accomplissement possible de soi pour l’artiste ou comme un fardeau dont il faudrait se libérer pour le laborieux.
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Chercher un travail pour avoir un salaire, presque tous les hommes sur Terre sont aujourd’hui semblables sur ce point.
Depuis Épicure (-341, -270 av JC), et « La lettre à Ménécée », on distingue les besoins naturels et nécessaires, ce que Frédéric Lordon nomme « L’aiguillon de la faim », et les besoins qui ne sont pas essentiels.
Pourtant, on le sait, une majorité d’individus dispose d’un salaire qui dépasse largement de quoi lutter contre « l’aiguillon de la faim ». Quelle peut-être la motivation de ces hommes dans le travail qui s’oppose à Aristote qui écrit : « la vie est action, non production » ?
Cette « ardeur au travail » insatiable serait à interpréter dans le contexte de la société de consommation : il faut nourrir les feux de la croissance, pour assurer les investissements, avoir des emplois, et consommer. Nous ne travaillons pas pour consommer, mais nous consommons parce que nous travaillons. « C’est le travail qui crée le besoin » nous dit Nietzsche.
Pour Dany-Robert Dufour la société s’est transformée : « Demander ce que vous voulez, nous avons tous les objets manufacturés, tous les services, tous les fantasmes pour satisfaire toutes vos appétences quelles qu’elles soient, même celles que vous ne connaissez pas parce que nous les connaissons par nature en étudiant le nombre de clics que vous faites et nous pouvons interpréter ces clics pour connaître mieux que vous vos moindres désirs (une interprétation de la psychanalyse du clic) ».
Le sujet est le réceptacle passif sadisé d’une marchandisation de l’existence. Plus l’être abdique face à la pression du marché, plus son « malaise dans la civilisation » s’accroît sans qu’il puisse y comprendre quelque-chose, et plus le sujet régresse en voulant donner sens à cet expérience diffuse, à ce non-reconnu.
La conquête du temps est au cœur même du capitalisme et des avancées techno-scientifiques. Cette accélération ruine tout espoir de temps libre consacré à des activités nobles que sont la culture et l’oisiveté. Un consensus tend à dire que l’espèce humaine n’est pas adaptée à l’accélération des rythmes. La sursollicitassions, l’intensification du travail du fait de la numérisation, de l’adaptation imposée de l’homme à la machine et la rupture des digues entre métiers, vie privée et intime, ne laissent pas indemne les individus.
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Le soi signifie l’individu ou la personne qui se désigne elle-même. Cela correspond à l'ensemble des connaissances qu'un individu possède de lui-même (image de soi) ainsi que les émotions qui l'accompagnent (estime de soi).
Le Soi est un concept développé par Jung. Et nous avons aussi le concept de Dasein désignant "l'être là" chez les philosophes existentiels, évoqué par Martin Heidegger.
L'image de soi est une image mentale que la personne se forge autant par elle-même qu'au travers du regard des autres. Cette image est généralement peu résistante à un changement. Tout comportement qui se défend ou s’interdit d’être ce qu’il est et qui cherche impérativement à correspondre à l'image demandée par l’autre répond au principe du faux self décrit par Winnicott.
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La femme au « travail » est le paradigme du travail en soi. De ce travail, (naît) un futur travailleur ainsi qu’un récit mit en branle par d’autres récits pour se décoller du réel. Mais sans une pensée signifiante pour accompagner ce résultat, la présomption d’innocence n’existant pas, le passage à l’acte de vie peut être circonscrit. Faut bien vivre « ma brave dame ».
Le travail serait, paraît-il, une des clés du bonheur. Fausse idée véhiculée par le capital pour entretenir la machine à cash. En effet, travail et consommation sont les deux mamelles du maître des horloges s’adressant aux captifs du travail addict aux produits manufacturés. Le travail en soi est aussi un perpétuel mouvement entre alternance et ambiguïté. Il se nourrit de l’esprit des vivants et des morts. Sans ce mouvement, pas de psychanalyse. Il y a le travail en soi, celui que nous méconnaissons en général et qui fait un gros boulot par devers soi. Il nous transforme sans s’y être autorisé.
Il y a le travail de soi pour soi, sur le divan. Une servitude volontaire, analytique et transférentielle. Nous souhaiterions être ce qu’on n’est (naît) pas encore. Et pour naître au monde, il faut du temps, du langage et du monde. Ce travail avance masqué, capé d’effets où l’association libre est une promenade en et hors de soi, où souffle un transfert qui en trace le chemin. Ce travail, vous le connaissez beaucoup mieux que moi. Je n’en dirais pas grand-cas. Enfin, il y a le travail en Soi du fait de l’autre. Nous n’y pouvons pas grand-chose, mais cela nous troue bien. Nous sentons parfois un vent tempétueux souffler sous le casque. Je dis cela pour les motards. Mais faut-il encore être en capacité de le ressentir, l’accepter ou le rejeter et pas de s’en défendre. Ce travail de l’autre participe au premier travail cité, il se fait également par devers soi. Parce que je perlabore, tu perlabores, etc…
Le travail en soi du fait d’autrui et le travail du politique et de l’économie, exercent sur nous une influence déterminante : ils participent à notre évolution, à notre transformation, à notre structuration, tout en nous imposant des contraintes, voire des formes d’aliénation, que nous en ayons conscience ou non.
C’est cette activité interne, ce travail à l’œuvre au cœur du sujet, qui sera au centre de cette présentation.
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Nous sommes trompés sur la démocratie qui devrait être, en Soi, un art de gouverner. Elle nous est présentée comme un idéal de représentation citoyenne au travers des élections des représentants du peuple à la majorité et pas comme ce qu’elle devrait être, un idéal de progrès social et de perfectionnement de tous. La démocratie ne doit pas me représenter, mais elle doit m’augmenter socialement et individuellement.
Et il n’est pas vrai que ce soit la majorité qui gouverne. Les habitants d’un territoire, c’est aussi les sans-papiers, les étrangers, les enfants, les adolescents, les personnes âgée, c’est-à-dire beaucoup de « gens de rien » qui ne votent pas. Cela reste une minorité qui vote et c’est la majorité de la minorité qui gouverne, c’est-à-dire une minorité qui s’impose par la force à une majorité, et cela tout le temps.
Il est en effet indécent de dire à une minorité de se taire lorsque la loi qui est votée à la majorité, n’est ni majoritaire, ni une loi d’intérêt général. La démocratie, qui se voudrait égalitaire, n’a pas supprimé, ce pourquoi elle a été initiée, à savoir la règle majoritaire qui n’en est jamais une et qui reste la loi imposée par le plus fort.
Pour Geoffroy de Lagasnerie dans « L’âme noire de la démocratie » sortie récemment, la démocratie devrait s’appuyer sur trois règles : 1 – le droit et le respect des libertés individuelles ; 2 – la science, la connaissance et les acquis de la connaissance ; 3 – le respect de la vie. En effet, personne ne veut mourir de maladie ou du travail ou être éborgné par la police lors de manifestations.
Politiques et médias nous parle de violence des jeunes, des manifestants, des terroristes, mais jamais de la violence d’État. Nous n’avons pas le droit de voler, blesser, taper ou tuer. Mais l’hypocrisie de l’État manipulateur est d’être en mesure de faire voter des lois qui vont esquiver l’éthique et favoriser, par procuration, toutes ces violences et discriminations et ensuite employer la force pour faire appliquer ces lois (toutes les lois sécuritaires depuis de nombreuses années, la Loi Duplomb qui s’attaque à notre santé, entre-autres).
Si à l’origine l’État œuvrait au bien-être et à l’épanouissement des citoyens, à préserver leur dignité, l’égalité des droits et du social à tous, à soutenir l’éducation, la culture, l’État n’a plus ce rôle protecteur contre les dérives idéologiques, économiques, contre la fraude des entreprises. Son rôle s’est inversé avec la démocratie dite « illibérale » en s’attaquant directement aux deux piliers de la démocratie que sont l’État de droit et la souveraineté populaire. (L'illibéralisme est le rejet des principes de la vision libérale politique et/ou sociale).
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La société patriarcale (église, famille, traditions) faisait autorité. Elle était fondée sur le poids des institutions et des lois, la reconnaissance du semblable, la hiérarchie des sexes et des générations
- masculin, féminin, aînés, cadets. L’entreprise elle-même se trouvait prise dans le jeu de la sous-
traitance ou dans les griffes de la politique locale ou soumise aux politiques générales des administrations, petites ou grandes. Quant aux grands groupes ils pesaient sur la politique générale de l’administration et de l’État coincés eux-mêmes par des accords européens ou internationaux. Ce qui faisait loi, de sa place, permettait de tenir ensemble et dépendait d’un fondement généralement divin ou sacré, supérieur à la nature humaine. Le monde a basculé de cette société patriarcale, verticale, où nous étions produits par de l’autre « divin », vers une société horizontale de production de masse et de consommation peer to peer, un retour au « troc » où nous revient la responsabilité de nous faire nous-même sous la coupe froide, inflexible et inhumaine de la loi du marché. Ce qui est violent et suicidaire ! Comment peut-on se lier à des gens quand le lien est révocable et qu’il ne tient pas ? Pas de règle, ni de loi pour garantir la transaction. La société va finir par se dissoudre. (Éric Sadin – L’intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle).
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Au début, le soi rencontre la parole. La parole du monde. Cette rencontre passe par l’autre bien évidemment. Je parle parce que je ne suis pas seul. Même dans le soliloque, je me réfère à l’autre qui est en moi. L’autre est, pour chacun, condition d’existence. Et je me dois de participer au rythme de la tribu, non pas un contre tous, mais un pour tous. Le soi n’existe que dans la réciprocité avec l’autre.
Les autres m’ont donné la parole, mais, ce faisant, ils ont peut-être étouffé en Moi une voix singulière, faible et vulnérable, lente à se libérer. Nous sommes captifs, par notre soumission forcée, aux formules toutes faites inscrites dans le langage établi. Nous sommes donc privés de toute liberté vis-à-vis du langage qui nous contraint par essence.
Il existe une tension permanente entre la volonté singulière d’un désir de liberté et celle normalisatrice du monde qui s’impose au travers de son organisation sociale, économique et politique.
Autre ambiguïté, s’ouvrir au monde et à toutes les formes de langage et de culture peut aider à se libérer de cette forme d’aliénation. La culture est un outil de résistance. La connaissance libère.
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Orwell nous prévenait de la force des expressions qui pensent à notre place. Le locuteur doit penser à ce qu’il dit ; avec quels mots il le dit ; avec quelle image il se sert pour être efficace.
Mais pour beaucoup, l’effort de recherche du sens des mots pour se faire entendre, se résume à laisser leur esprit ouvert aux expressions toutes faites et à l’élaboration de phrases machinales et automatiques. Ces phrases penseront même à leur place dans la mesure où ils n’abandonnent pas leur inscription au sein de leur communauté qui représente un lieu sécure.
Nous sommes envahis par la banalité du mal comme pensée par Hanna Arendt. C’est le flou du sens qui culmine dans les équivoques et dans la répétition. Ce sont des éléments de langage, des slogans, des phrases toutes faites qui structure le sujet du social et du politique : « Je vous ai compris », « Yes we can ! » « Nous sommes le peuple », « Nous sommes la démocratie », « le wokisme », « l’islamo-gauchiste », « liberté de parole », « le bien et le mal », « l’ennemi », etc. Et comme disait ma grand-mère, « cela rentre par une oreille et cela ressort par l’autre ». Mais ça laisse des traces, des traces de signifiants qui font contagion, qui engourdissent et congèlent la pensée. Si Orwell est si souvent invoqué pour comprendre le présent, c’est que le totalitarisme des années 1930 fait retour aujourd’hui. Le totalitarisme n’est pas mort avec le mur de Berlin et le monde ne s’est pas démocratisé pour autant. Les voix des historiens (comme Johann Chapoutot entre-autre) nous le rappelle, nous préviennent et nous incitent à entendre et à se préserver de ces répétitions. Mais nos petits intérêts nous interdisent de l’entendre et d’agir.
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La puissance des mots consiste à faire « être » ou « advenir » ce qui est dit. « Que la lumière soit » et la lumière fut. « Je vous déclare uni par les liens du mariage », « La séance est ouverte ». Le langage ne décrit pas le monde mais le fabrique. Le langage ne dit pas les choses, il les fait. Il construit la vérité.
Certains hommes politiques se sont appropriés ce format performatif. Le langage leur appartient, il est à eux. Cela était vrai dans les années 1930 pour Staline, Hitler et Mussolini. C’est particulièrement vrai aujourd’hui pour Trump, Poutine et encore trop d’autres qui se prennent pour Alexandre-le-Grand, héros divinisé et personnalité empreinte de démesure.
Travail du langage : Les tweets de Trump valent mieux que de longs discours, ils tiennent les gens par les mots comme « on tient la femme par la chatte » (Dixit Trump). Donald Trump joue à être nous. Il parle, écrit comme nous. Avec nos mots, nos fautes, notre argot. La langue de Poutine, agrémentée d’humour cynique, inquiétant, drôle sans faire rire, est un recyclage de discours différents qui demandent, non à être crus, mais à être obéis. Et il est impossible de savoir si l’auteur est sérieux ou ironique.
Travail du corps : Ils incarnent le pouvoir et leur corps le rend réel. Trump exhibe ses décrets, et montre le réel. Alors que Poutine seul derrière sa table, à bonne distance de ses interlocuteurs, qu’ils soient généraux ou chefs d’état, dit le réel. Il ne cherche pas à faire avec la réalité, c’est lui qui décide de ce qui est réel et de ce qui ne l’est pas. Et ils font ce qu’ils disent qu’ils feront. Contrairement à l’Europe où les dirigeants sont tout aussi délétères pour leurs concitoyens mais ils ne font que très rarement ce qu’ils disent.
Nicolas Sarkozy s’y est collé en France avec la présence massive de fautes d’orthographe, notamment sur le site de la présidence de la république. Je suis le peuple et vous êtes moi. Vous et moi ne faisons qu’un « Si je parle comme eux, si j’écris comme eux alors ils croiront que je pense comme eux ». Alors il nettoie au karcher les banlieues. Mais Nicolas Sarkozy ne parle pas, il communique. (Barbara Cassin – La guerre des mots)
La puissance de cette parole est à même de déclasser celle des vulnérables, femmes, travailleurs, enfants, seniors, précaires, immigrés, etc. « On va vous en débarrasser » nous dit Sarkozy. La performance de ce langage tranche le réel et lamine toute culture scientifique et universitaire pourtant à la base de l’éducation au jugement. La destruction de cette culture chez un maximum d’individus submerge de crédulité la parole des sachants, en introduisant par paresse ou manque de jugement les croyances et les idéologies.
Comment cela marche ? Les gouvernants doivent captiver, surprendre, assener et répéter sans cesse. Il faut assener ce qui est faux et avoir l’air d’y croire. La répétition sème le doute et transforme cette rupture de langage, cette violence de l’étonnement, en norme et en évidence. Cela produit de la sidération et du silence, la fuite dans la soumission pour ne pas se confronter à la police du pouvoir, car il n’y a plus de mots pour s’y opposer. De plus ils peuvent changer d’idée parce que leur conviction n’a pas d’ancrage autre que stratégique. L’absence d’un front commun pour s’opposer à ce langage amène à s’interroger sur ses propres critères de jugement. Ce que nous avons appris et ce à quoi nous avons cru seraient-ils erronés ?
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Les trois slogans de la Novlangue selon Orwell – 1984 : « La guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force ».
Le langage, par sa structure et son emploi courant, contribue à asseoir une normalité, et participe à l’autorité, à la contrainte et à la crainte. La pensée dominante s’impose à Soi par le seul fait de la propagande mensongère balancée « droit dans les yeux ». La pensée critique se trouve alors isolée et jugée complotiste ou terroriste, au choix.
Le point commun des Novlangues sur le fond est de parler toujours de grandeur nationale et de patriotisme en évitant le sujet du social. Sur la forme il faut des répétitions stratégiques de formules et de slogans, prises dans un langage émotionnel en jouant sur la peur, la colère, l’agressivité d’une part et l’autosatisfaction d’autre part.
Le savoir est devenu algorithmique construit sur la donnée, sans humanité, sans imaginaire, sans inventivité, sans aucune folie. La parole est alors marginalisée. Le monde devient simplissime en faisant croire le contraire. Les gens pensent maîtriser la machine alors qu’ils en sont devenus un engrenage. Désormais, ils font leur plein d’essence, passent leurs articles aux caisses automatiques, impriment leurs factures et font le travail des services publics ou des entreprises ayant dématérialisé leurs prestations.
Les entreprises et les administrations évoquent sur le fond leurs valeurs, le bien commun des services proposés, le bien-être des salariés. Mais leurs actes contredisent leurs propos. La soumission à ces pratiques est obtenue par une peur latente sous la pression d’une hiérarchie qui ne sait que « faire péter du galon ou du chiffre », et celle du « juge de paix » du contrôle systématique et déshumanisé du tout numérique, « qui dit oui, qui dit non, qui dit je vous attends … au tournant ». Le travail des entreprises est fait pour annihiler la volonté et la rébellion des individus pour les soumettre. Avec pour conséquence : « Une entreprise tu la kiffes ou tu la quittes », car « L’armée de réserve » est là pour vous remplacer.
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Tous les pays se revendiquent de la démocratie, de Trump à Giorgia Mélonie. Les démocraties, comme la Turquie ou la Hongrie, utilisent la souveraineté populaire au travers de sondages, de statistiques ou de votes, pour disqualifier les contrôles que sont la presse et l’opposition qui pèsent sur l’État. Cela permet de transposer des lois fondées sur la généralisation et la banalisation du mensonge. Car rien ne résiste aux mensonges en l’absence de liberté d’expression ou de réunions.
Des livres et le récit des crimes soviétiques sont proscrits par Poutine, les archives russes sont rendues inaccessibles. L’histoire réécrite donne un cadre légal aux attaques soviétiques et justifie l’envahissement de la Crimée et de l’Ukraine en les transformant en État fascistes et nazifiés et en disant que ces territoires sont Russes depuis toujours et que la Russie s’est faite dépouillée et que c’est elle la victime.
Trump n’est pas en reste. Au travers d’un décret, il veut « restaurer la vérité et le bon sens dans l’histoire américaine ». Il s’attaque à la culture, la recherche, aux universités, sources de toutes les critiques de ses démarches concernant les récits de l’esclavage, de la ségrégation, du féminisme ou des inégalités raciales. Pour lui ce sont les blancs qui sont victimes de la discrimination. Il supprime plus d’une centaine de mots du vocabulaire de l’administration. Et supprimer les mots c’est tuer la chose.
La loi « anti-woke » interdit l’enseignement sur l’identité de genre et l’orientation sexuelle dans les écoles. Et plus de 10.000 livres sont interdits.
Les discours de Trump correspondent au vocabulaire utilisé par un enfant de 5ème de 11 ou 12 ans avec une grammaire du niveau d’un enfant de 9 à 10 ans. Le ridicule ne tue pas, malheureusement (Barbara Cassin).
Trump, depuis son élection, profère plus de 20 mensonges par jour, 30000 en quatre ans ont été recensés. Trumperie également de Boris Johnson sur le brexit. (Barbara Cassin – la guerre des mots)
Les mensonges font florès également en France avec les scandales Perrier, le lait pour bébé, les procès contre Sarkozy, la sextape à St Etienne, etc. Macron utilise des verbes intransitifs comme réformer, transformer, avancer : mais quoi et vers où ?
Le quatrième pouvoir, la presse et les médias sont devenus d’opinion, manipulée par les grands patrons du CAC40 qui diffusent l’idéologie libertarienne à la mode Trump : Bolloré, Bernard Arnault, Rodolphe Saadé, Daniel Krétinski, et j’en passe. (Martin Bouygues, Serge Dassault, François Pinault).
Dans son ouvrage « Logocratie, Comment nous sommes déjà sortis de la démocratie », Clément Viktorovitch, argumente sur la société patriarcale évincée par le mensonge, la déloyauté et l’individualisme. Nous serions passés de la démocratie à la logocratie (Logos - parole, Kratos -Pouvoir). La parole officielle ne dit plus le réel, mais ce que le pouvoir veut qu’il soit. Nous ne serons plus capables de raconter des histoires de loup pour endormir nos enfants. Nous ne pourrons que leur raconter la vérité vraie qui leur fera faire des cauchemars. Malheureusement il nous est demandé de nous adapter à ces nouveaux paradigmes en nous construisant une identité normée et singulière à la fois. Pour cela il nous est proposé de faire appel à la science des coachs du développement personnel. « Il faut ! Y-a qu’à ! Faut qu’on ! », c’est le nouvel adage du libertarianisme.
Les institutions qui tenaient le « tout » et dont c’était la tâche, elles sont désormais devenues les cibles et l’objet de sévères critiques de la part des libertariens qui ont pour fâcheuse tendance de confondre liberté fondamentale (assurés dans un État de droit et une démocratie) et liberté individuelle (liberté d'expression, d'opinion, de conscience, de circulation).
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Pour Foucault « Les techniques de soi (du développement personnel) ont été intégrées dans des structures d’autorité et de discipline, ou remplacées et transformées par l’opinion publique, les médias de masse, les techniques de sondage – qui jouent un rôle formateur pour notre attitude à l’égard des autres et à l’égard de nous-mêmes-, de sorte que la culture de soi est maintenant imposée aux gens par les autres et qu’elle a perdu son indépendance. » Fin de citation.
Le Moi du développement personnel entend une volonté constante de libérer sa véritable nature supposée bonne, juste, aimable, mais simplement empêchée de s’exprimer par des pensées limitantes, incapacitantes.
Balancé dans un contexte de mondialisation, l’individu devenu isolé est contraint de faire appel à toutes ses ressources pour se maintenir attractif dans la course économique. Ne pouvant prendre appui sur un État juste et un collectif protecteur, l’individu est sommé d’être autonome, d’être soi-même, quoiqu’il lui en coûte.
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Les impératifs du développement personnel sont : osez, soyez créez, devenez, réveillez, ou encore gérez vos émotions, reconnectez-vous avec vous-même, accédez à une meilleure vision de Soi.
Il y a un jeu dialectique entre libération et contrôle dans les domaines du développement de l’individualisme et de la conscience d’être Soi. La société nous suggère de nous libérer en mettant en place toute une batterie de contrôles pour vérifier que nous ne sommes pas résistants au progrès social.
Le développement personnel nous fournit tous les outils de contrôle, les étapes, les méthodes, les protocoles, la discipline. En prenant le pouvoir, le « contrôle » s’oppose au naturel et à l’injonction du « lâcher prise ». C’est du masochisme. De plus, les récentes innovations technologiques permettant de quantifier et d’améliorer la connaissance de Soi par le biais d’objets connectés (montres, téléphones, applications…) qui mesurent et contrôlent toutes nos activités. Rythme cardiaque, qualité du sommeil, variations glycémiques ou calcul du nombre de pas effectués dans la journée. Ces observations viennent enrichir la connaissance, l’affirmation et l’optimisation de Soi qui s’affichent chiffrées et construit notre identité numérique. La machine ne peut pas se tromper et nous préférerons accorder notre confiance à une machine plutôt qu’à nous-même et à nos intuitions de sorte que nous n’aurons plus besoin de nous penser.
Ces données vont permettre de passer plus facilement de « je m’entretien », à « je m’améliore » et enfin à « je performe ». Ainsi chacun est responsable de son capital santé, de ses savoirs, de ses relations en se soumettant au grand capital, manitou, politique, patron, qui ne sont coupables en rien d’une quelconque pathologie engendrée par cette compétition.
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L’injonction à « être soi-même » est emblématique du discours du développement personnel. Une technique individuelle, très peu personnelle car adressée à la masse des gens rendue vulnérable devant une réalité imposée, hors-norme. Pour ramener leur âme sur le bon chemin ils doivent eux-mêmes financer les formations sur ce travail sur Soi. Rien n’est gratuit. Et si c’est gratuit, c’est que vous êtes la marchandise.
Il faut oser être soi-même. Que pourrais-je être, que moi-même ? Je suis ce que les rôles sociaux endossés, les fluctuations des sentiments, et ce dont j’hérite sans le choisir. Cela n’impliquent pas obligatoirement l’existence d’un faux-être à côté du vrai.
Se connaître soi-même est un travail semé d’embûches, d’illusions, de refoulement, de sur ou de sous-évaluation. Être soi-même l’est tout autant. Mais pour ce qui est d’un moi atteint, capté par de puissants mécanismes de contrôle, il en va tout autrement.
Suis-je vraiment moi-même lorsque je me surveille ou quand je suis dans l’oubli naturel de moi-même, dans le « lâcher-prise » prôné par le développement personnel, alors qu’être en conformité avec soi-même implique une vérification permanente de soi. Le naturel ne relève pas de la volonté. Il relève d’une liberté insoucieuse d’elle-même.
L’injonction à être soi-même, typique de notre époque, prend la place de ce que certains ont pu qualifier de « mutation anthropologique » (Jean Baudrillard, philosophe et sociologue1). L’évolution encadrée et normative des individus travaillée par l’Autre du langage, langage des coachs et du développement personnel, génère une translation, une distorsion des « Soi » justifiant cette qualification de « mutation anthropologique » de la classe des dominés.
Les coachs suggéreront bientôt aux personnes de se faire « pucifier » pour devenir encore plus mouton que les moutons. J’ai dit « pucifier » et pas crucifier ou pacifier, mais le résultat est le même, il y a toujours à sauver un autre en nous.
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La connaissance et la maîtrise de soi à l’aide du développement personnel sont utilisées pour promouvoir le Soi. En effet, l’identité se veut désormais choisie et construite pour prendre sa place sur le marché du travail et sur le marché de l’amour selon Christophe Dejours. Dans le récit de soi, celui qui est maître du récit, le pouvoir du capital, impose sa conception de la réalité. Le Curriculum Vitae est un récit qui se veut construit et cohérent pour mieux se vendre. Il est censé présenter ce qu’on a fait mais surtout ce que l’autre attend qu’on ait fait. Il doit s’accrocher au récit de l’entreprise et à son histoire pour s’en rapprocher. Ce sont donc deux histoires qui se racontent, faussée toutes les deux et où rien n’est dit. Se singulariser est toute l’affaire. L’habillage des récits qui s’inscrivent dans les CV, cela devient du benchmarking. Les slogans s’approprient le désir de la personne, tout comme le font les dictatures avec la volonté, en forgeant subtilement les sentiments sans qu’elle en soit consciente. Il ne s’agit plus de soumettre la personne, mais de forger sa volonté en lui disant qui il est et ce qu’il veut. « Nous ne nous contentons pas d’une obéissance négative, ni même de la plus abjecte soumission, explique O’Brien à Winston Smith dans 1984 d’Orwell. Quand, finalement vous vous rendez à nous, ce doit être de votre propre volonté… ».
Il faut utiliser les techniques de Foucault, c’est-à-dire se voir imposer des structures d’autorité et de discipline indépendantes de ses approches personnelles et culturelles, pour se présenter à l’autre, à l’embauche, sur les réseaux sociaux ou dans le monde, c’est-à-dire il faut désirer être le désir de l’autre, être corvéable en s’adaptant strictement aux exigences de l’entreprise et du monde. Cela coûte cher au Soi.
Nous avons oublié que dans un passé pas si lointain, l’embauche d’un travailleur c’était faire entrer un regard nouveau dans l’entreprise, c’était une richesse. Aujourd’hui les qualités intrinsèques du travailleur sont vues avec suspicion. Le sang neuf n’est considéré que comme un actif frais, disponible et malléable aux règles de l’entreprise.
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Au sens commun, la servitude n’est pas volontaire mais obligée, imposée ou subie et l’homme lui préférerait et de loin la liberté. La servitude est dite « volontaire » non parce qu’elle serait désirée, mais parce qu’elle est intériorisée.
Etienne de la Boétie, alors âgé de 18 ans dans son « Discours de la servitude volontaire »,
écrit : « […] À parler à bon escient, c’est un extrême malheur d’être sujet à un maître, duquel on ne se peut jamais assurer qu’il soit bon, puisqu’il est toujours en sa puissance d’être mauvais quand il voudra. ». Il cherche à comprendre les ressorts intimes, sociaux et psychologiques de l’obéissance. Cette seule phrase résume parfaitement le problème essentiel de la hiérarchie. Même si quelques-uns sont bons, ils ont tous le pouvoir d’être mauvais et de nuire. Le pouvoir est sadique et l’organisation sociale devrait s’y opposer en protégeant le plus possible d’individus. La Boétie nous prévient : imprégné d’idéologies en général et transhumaniste en particulier, les dominants s’appuient sur les technosciences pour obtenir le pouvoir absolu et approcher le paradis avec « l’homme augmenté ». Ils pensent pouvoir tout connaître, tout maîtriser, et améliorer radicalement la condition humaine, ses capacités physiques et cognitives, en allongeant la durée de vie, en supprimant le vieillissement et la mort.
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Comment expliquer que dans un système autocratique, des centaines, des milliers ou des millions de personnes ne peuvent résister à un seul ? Serait-ce de la lâcheté ? Faut-il être sorcier pour que son seul nom soit redouté pour être inhumain et cruel. Alors qu’il suffirait de ne rien lui donner pour qu’elle mène à sa ruine. Serait-ce les peuples qui se laisseraient garrotter ? Pour La Boétie, le peuple ferait le choix d’être sujet au lieu d’être libre.
La Boétie, constate que la domination ne passe jamais par la seule coercition, mais également par le consentement actif des sujets à le rester. La servitude volontaire n’est pas un choix libre et éclairé. C’est un processus d’altération du jugement qui nous conduit à accepter un comportement contre nature. Car l’homme est naturellement conduit à être libre. Alors, comment est-ce possible ?
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce ne sont pas la police ou les armées qui maintiennent le tyran, mais les milliers de petites complicités ordinaires, faisant de chacun un bourreau et une victime. Toute forme de tyrannie se nourrit moins de la force que de résignation, de peur et d’intérêt.
Nous sommes d’abord passifs face aux événements et au pouvoir. Le premier moteur de cette soumission est l’habitude et la servitude naturelle héritée de nos aïeux, au point de ne plus concevoir la liberté comme une possibilité réelle.
S’ajoute à cela la stratégie politique délibérée du tyran qui est la fragmentation du corps social pour asseoir son pouvoir où chacun, à son niveau, peut tirer profit du système. Ensuite en privant les peuples de savoir, de parole et de mémoire historique par sa réécriture, le pouvoir empêche toute prise de conscience collective.
Enfin, le secret de la chose serait qu’il n’y a jamais qu’un seul tyran, mais une chaîne du sommet au plus bas de l’échelle et où chacun, à son niveau, exerce un pouvoir sur plusieurs dizaines d’autres. Cette chaîne hiérarchique (La Boétie parle de corde) du pouvoir et de la terreur qui l’accompagne, se diffuse par capillarité, on dirait aujourd’hui, par « ruissellement ». Elle fait l’objet de formations itératives à l’exercice d’un pouvoir de harcèlement à ce point qu’il existe des bataillons de consultants spécialisés (McKinsey, Deloitte, etc.), appointés par les directions, pour inoculer chez les gestionnaires (RH et autres managers) des apprentissages à l’humiliation (apprentissage de la servitude), et à la persécution (apprentissage de domination). « Mieux vaut casser un centre de production rentable que de laisser se poursuivre une forme d’organisation du travail non conforme à l’ordre gestionnaire. » selon Ch. Dejours.
D’où résulte une peur qui se diffracte dans différents domaines de l’existence : peur de l’accident, peur de la domination, des sanctions, de ne pas y arriver, de la répression, des représailles, du harcèlement, du licenciement, etc… Ces peurs conduisent à des décompensations psychopathologiques chez les victimes autant que chez les bourreaux.
Le travail est une expérience collective de « vivre ensemble ». Il émancipe l’individu en le transformant son estime et son image. Aujourd’hui, le Soi se plie devant la perversion du système, à bâcler son propre travail, à ruiner son intelligence, à se déshonorer, à se condamner soi-même à l’autodestruction jusqu’à s’annihiler.
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Là où la pensée circule, la tyrannie devient instable. L’excès de culture entrave et neutralise la servitude volontaire, renforce le Soi et permet la liberté d’aller et venir. L’isolement rend toute résistance mortelle, même lorsque le désir de liberté subsiste. La liberté n’est pas à conquérir, elle est à retrouver.
La résistance n’est pas seulement désobéir en faisant par exemple la grève du zèle, c’est réorganiser son travail et sa pensée, dans les espaces subvertis par l’ordre néolibéral où la possibilité d’expérimenter la liberté, la franchise et faire de l’amitié une politique. Elle repose sur un sursaut moral, une reconquête de la dignité humaine et une capacité à agir collectivement pour le bien commun. Sans cet apport culturel ouvrant le Soi à d’autres mondes et à d’autres formes de pensées, il existe des mécanismes structurels où le désir de liberté cède la place aux avantages des courtisans.
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« Être en servitude, c’est mettre son travail et son intelligence au service d’un tiers. » selon Christophe Dejours. Mais dans le monde du travail, l’idée de la servitude volontaire est majoritairement rejetée et combattue notamment par les syndicats. Ce serait un affront, une humiliation supplémentaire à la condition des travailleurs, bien que ce terme de « travailleur » classe inévitablement les personnes dans la catégorie des dominés, des soumis, des exploités.
Dans la clinique de la souffrance au travail, il est important pour le patient de se reconnaître dans les mécanismes de la servitude volontaire. Une manière de surmonter le clivage de l’aspect volontaire de la servitude tout en renouant avec la pensée pour s’affranchir de la haine de soi d’avoir échouer. Sans s’y retrouver, la réponse est souvent malheureusement : « Il faut que cela cesse » du suicide ou de la TS.
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Pour l’être de réseaux, entre honnêteté et calcul qu’est-ce qui guide la démarche ? S’adapter au désir sollicité par les réseaux a un coût qui épuise physiquement et nerveusement. En effet, présenter un profil organisé, décrire son activité font l’objet de choix par calcul afin de se construire une identité numérique et narrative semblable aux autres et singulière à la fois pour attirer l’attention. D’où la confusion entre identité numérique et réelle qui prive d’un savoir sur soi.
La cible privilégiée des réseaux se sont les jeunes et les adolescents dans leur recherche d’identité : qui suis-je ? Et ceux qui ne parviennent pas à obtenir une forme de reconnaissance du Soi numérique sont davantage sujets au rejet, au harcèlement, à la violence.
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L’identité numérique est le produit d’un désir d’extimité et d’une volonté de contrôle de son image et de sa présentation, passées au filtre des normes, des émotions, des habitus. Si, dans la vraie vie, la culture qui filtre, s’impose, les réseaux autorisent une forme de décontrôle, de désinhibition par l’expression d’une violence ludique, sportive ou sociale. Un symptôme où la violence inconsciente fait surfaces. Une violence épistolaire ou fantasmée, débridée et distanciée plaquée sur les réseaux où la distance de l’interlocuteur protège et rend la chose virtuelle.
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La destruction de la parole humaine et l’effacement de l’esprit critique sont engagés par les machines.
En transférant vers les algorithmes utilisant des données statistiques et ordonnatrices, la parole se banalise et se marginalise. Les liens entre individus disparaissent au profit des clics d’ordinateurs.
Une analyse du MIT (Massachussetts Institute of Technology) sur les capacités réelles d’apprentissage avec l’utilisation de ChatGPT ou de l’IA (en mode étudier et apprendre) où la machine remplace le prof (Aristote face à Alexandre le Grand), c’est comme si vous aviez rêvé d’être passé à la salle de sport. À un moment donné, apparaît un décalage entre ce que vous pensez être et ce que vous êtes réellement. Et avec un prof en permanence dans la poche, cela va faire évoluer le rapport au savoir. Quel serait alors l’intérêt des universités si grâce aux écrans il devient possible de créer sa propre « start-up » ? Vraie question pour le devenir de l’enseignement.
Ce qui est à craindre c’est que, sans culture, sans histoire des idées, des événements, des œuvres nous soyons contraints de vivre au présent éternellement en ayant comme seul savoir celui de faire des copier-coller. Pour s’en distinguer, il va falloir être beaucoup plus exigent, mais très peu y parviendront happés par le divertissement et la dépendance aux écrans. En effet, il paraît impensable de défaire les portables et l’IA et même de les supprimer des écoles. Ce n’est pas que nous ne pouvons pas, c’est que nous ne voulons pas. C’est la tyrannie du système qui nous enferment dans cette cage dorée.
Les promoteurs de ces systèmes, ceux qui s’enrichissent sur la naïveté des technophiles que nous sommes pour beaucoup et sur la paresse qui est un vice assez commun, sont les premiers à dénoncer avec une très grande hypocrisie, les dangers du numérique.
La solution des problèmes techniques échappe à la discussion publique du fait de la dépolitisation de la grande masse de la population. Seule la démocratie délibérative (Jürgen Habermas), l’art de délibérer sur les finalités et les moyens pourrait y résister, par l’adoption de critères qui deviendraient accessibles aux travailleurs formés à la démocratie du travail.
N’oublions pas le coût écologique et social de ces machines, la démocratie a droit d’inventaire, même si ce droit nous est refusé par la tyrannie du fait accompli.
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Pour Lacan : « La science est une idéologie pour supprimer le sujet ».
La civilisation rêve d’une culture d’un soi parfait, d’un anthropomorphisme augmenté, parcellaire, et entreprenant. L’humanité projette ce besoin de perfection sur l’homme machine, le Frankenstein moderne.
Le rêve d’une cité parfaite comme la république de Platon, ou le Léviathan de Hobbes, ou celle d’Orwell dans « 1984 », ce rêve est sensé prendre forme avec l’I.A. avec cet espoir qu’engendrer un être parfait fera peut-être le lit d’une humanité parfaite qui n’aurait plus à lutter contre le réel.
L’I.A. supplante la fonction de guide qu’avait la culture. Elle n’est pas une simple innovation, c’est une véritable révolution qui affecte tous les domaines de l’existence, le travail, l’éducation, le soin, les relations sociales, le rapport au monde. Un ordre nouveau apparaît pour le meilleur ou pour le pire. Et nous n’avons pas la capacité d’empêcher ce qui va advenir. Il s’agit d’artificier le vivant, de dominer la nature et de faire de l’homme le maître possesseur de toute chose et même de l’univers au travers de la conquête spatiale.
L’obsolescence de l’homme (Gunther Anders 1957) est programmée par quelques-uns. Quand on délègue à des machines le soin de penser à notre place, il se passe un phénomène complétement inédit. Il y aurait d’après Stéphane Mallard (Conférencier et prospectiviste) un grand remplacement de l’homme par la machine.
Depuis que l’homme a inventé les outils qui l’augmentent, il s’atrophie. D’abord physiquement en perdant de la masse musculaire, puis intellectuellement en confiant l’intelligence aux ordinateurs et à l’I.A. Jusque-là, l’outil remplaçait le travail peu qualifié et on humiliait les ouvriers remplacés par des robots sur des chaînes de montage en leur demandant de se former et d’évoluer avec leur temps. Ce qui est nouveau, c’est le travail extrêmement qualifié qui est touché actuellement. Juste retour des choses, me direz-vous, tous les métiers vont être attaqués dans leur expertise, ingénieurs, cadres, intellectuels. C’est le grand remplacement, proposition sociétale faite par l’élite, sans en avoir calculé les conséquences sociales, politiques et économiques sur les autres. Après moi le déluge.
Les jeunes diplômés ont déjà du mal à trouver un emploi face à la productivité de la machine. Même si elle en fait encore, la machine fait moins d’erreurs que les personnes ayant fait beaucoup d’études. La décision finale reste encore semble-t-il à l’humain. Mais pour combien de temps car cela va très vite. X 10 tous les 5 ans.
Hannah Arendt dit que nous allons vers « une société de travailleurs que l’on va délivrer du travail […], et ce que nous avons devant nous c’est la perspective d’une société de travailleurs sans travail, c’est-à-dire privée de la seule activité qui leur reste, on ne peut rien imaginer de pire » dit-elle.
Dans cette destruction créatrice (Schumpeter), où les anciennes activités sont remplacées par de nouvelles, il y a un risque de dévaluation du travail, ce qu’on appelle les Bullshit, de sorte que les gens qui font ces métiers n’ont plus aucune utilité sociale, si ce n’est d’alimenter la machine économique et l’I.A. C’est la destruction d’un monde vivant et la création d’un monde artificiel, sans vie. D’où les projets d’exil sur Mars.
Les grands empires comme les Etats-Unis et la Chine s’intéressent à ces technologies apportant puissance économique et militaire dans le but unique de domination du monde. En Chine vous avez des centres de recherche qui veulent produire des gens à 170 de QI, et aux Etats-Unis des cliniques proposent de l’eugénisme pour avoir des embryons sélectionnés avant la naissance. C’est déjà possible, et cela augure d’une société qui va pouvoir vivre sans contrainte, puisque tout paraîtra maîtrisé.
L’I.A. va engendrer de nouveau métier comme « designer de bébé, neuro-hacker, neuro éducateur et psychologue pour IA ». « Gestionnaire de funérailles numériques » existe déjà, tout comme le community manager qui a pour mission d'établir une stratégie adaptée à chaque réseau social et de développer des partenariats avec des influenceurs, pour augmenter la visibilité de la marque.
Pour atteindre ces objectifs, les lois se transforment pour faire exister la vérité et les valeurs du numérique. Y-a-t-il meilleure démocratie que de fusionner toutes les pensées pour déterminer la ligne politique de l’humanité ? Un soi idéal pour un idéal de soi. Bientôt l’IA, qui nous aide à prendre toutes nos décisions, votera pour nous. Sans prescription de ratage, nous courons à notre perte.
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Dans son ouvrage « La condition de l’homme moderne », Hannah Arendt (1983) souligne qu’il n’y a pas d’activité plus immédiatement vitale que le travail. Aujourd’hui, dans notre monde, vient se sur-rajouter les risques de conflits armés et de destruction plus radicale encore de notre maison la Terre.
L’éco-anxiété est une angoisse contemporaine, elle rend compte des expériences d’anxiété liées aux crises environnementales. Elle englobe « l’anxiété liée au changement climatique », tout comme l’anxiété suscitée par une multiplicité de catastrophes environnementales et la proximité de conflits armés ». C’est le contrecoup d’un sentiment d’impuissance, de l’impression d’une grande inertie collective et individuelle par rapport à ces urgences qui mettent les conditions d’existence en jeu.
L’éco-anxiété est une angoisse d’anticipation proche du trouble anxieux généralisé. Le sujet peut être débordé par la peur et générer des pathologies comme des attaques de panique, angoisse, insomnies, pensées obsessionnelles, troubles alimentaires (anorexie, hyperphagie), peur, tristesse, impuissance, désespoir, frustration, colère, paralysie.
La préoccupation essentielle de son Soi devient un enjeu titanesque impossible à traiter, entre ce que le Soi pense avoir à subir de l’extérieur (catastrophes climatiques, guerres) et les conflits internes de valeurs et de sens en tant que consommateur, artisan de sa propre anxiété.
Pour y faire face, des défenses se mettent en place : le déni pour évacuer le réel des crises et des conflits venant de l’extérieur et qui portent trop atteinte au principe de plaisir ; et le refoulement qui sert à se débarrasser psychiquement de tout ce qui est à l’intérieur (désirs, pulsions, fantasmes) pour rester du côté du principe de plaisir non conciliable avec le principe de réalité. Ici, les deux sont à l’œuvre.
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En conclusion, le travail en soi et par devers soi n’a pas fini de nous en faire voir de toutes les couleurs, et sûrement nous faire avaler des couleuvres. Surtout qu’avec l’idéologie qui s’affiche ouvertement depuis avec Trump, Javier Milei, couplant le libéralisme économique et un certain esprit libertaire, le libertarianisme apparue après la crise de 1929, puis dans les années 1960 (Friedrich Hayek, Milton Friedman), cette idéologie refuse tout contre-pouvoir, tout contrôle et toute participation à la vie du pays et ne veut plus financer ce qu’elle désigne comme les « racketeurs du fisc ».
Ces individus vivent en électrons libres afin d’échapper aux pillards que sont l’État, les institutions, les lois qui restreignent leur liberté d’action. Ils limitent les actions de l’État aux seules protections contre la force, le vol de la propriété, la fraude et le respect des contrats et de leurs secrets.
Ils se comportent en pirates affranchis de toute règles, que-ce-soit dans le chiffrement des données ou par les crypto-monnaies bâties autour de la blockchain, usant du Darknet, village global, monde horizontal de l’autre côté du miroir, délivré de tout intermédiaire et de tout détracteur, transparent et à l’abri des regards car libéré de toute critique sur ces supports privilégiés. Ils accomplissent le rêve d’un marché fluide, pouvant se déployer sans entrave, en s’ouvrant les portes des paradis fiscaux tout en jouissant de toutes les richesses du monde.
Pour l’individu de la masse, le Soi perd sa ligne d’horizon. Le citoyen qui vote, se demande pourquoi s’investir dans cet acte de démocratie, si l’État est amené à disparaître, tout-au-moins à avoir ses pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire fortement impactés par la puissance des idéologies économiques et financières.
Le travailleur se sait dessaisi, par le village global, de son idéal de transformation du monde par son travail dont il attendait de la reconnaissance. Il n’est plus qu’un engrenage d’une mécanique bien huilée par le profit. Face aux changements drastiques qui leur sont imposés et qui bouleversent un édifice collectif, pourtant construit grâce à leur participation engagée, certains salariés peuvent éprouver le sentiment de n’être rien.
Alors, quid de la société de consommation mettant face à face les entreprises productrices de biens et les consommateurs. Elle est progressivement remplacée par une économie du peer-to-peer, échange direct du producteur de biens et services aux consommateurs, le producteur pouvant être une personne. Les individus deviennent des entrepreneurs d’eux-mêmes, tout en pouvant bénéficier des biens et services des autres individus-entrepreneurs.
Exemple de Airbnb : Votre montre connectée vous signale qu’une location Airbnb est disponible dans la rue. Elle vous indique les modalités de location. Il vous suffit alors d’entrer et d’occuper la location le temps voulu. Les objets connectés, votre montre et l’objet connecté de l’appartement, feront les transactions de paiement, sans que vous ayez à intervenir.
Les individus sont ainsi traversés par les technosciences, qui prolongent leur corps et transforment leur manière de pensée et de se penser. Les humains ne seront bientôt plus reliés entre eux que par le biais de la machine ou du « système » qui imposera ses propres règles, normes ou protocoles en rien maîtrisés par l’homme augmenté. Et bien évidemment, ils seront tous mis en concurrence les uns contre les autres par les plateformes investis d’un pouvoir de vie et de mort, ce qui laisse augurer d’un bel avenir de chamaille.
Quel rôle peut jouer la psychanalyse déjà fortement attaquée dans ce contexte délétère ? Redonner une place au sujet, renouer les liens, déplier la parole, le langage, la pensée que plusieurs décennies de Novlangue, de politiques libérale et autoritaire ont asservi à la finance, faisant de l’homme un loup pour lui-même.
Retrouver notre libre arbitre, faire respecter les principes de dignité et d’estime aux yeux des autres, cultiver l’autre, afin de générer un enseignement précis et riche du langage et un imaginaire commun. La tâche est colossale. L’histoire raconte notre devenir par le passé. Les échecs sont sources d’avancées pour l’humanité. La guerre de 39-45 et ses horreurs ont permis de retrouver une stabilité, une sérénité, et une remise en branle du social en Europe, qui a duré jusqu’à aujourd’hui. Sans utopie et sans réel, le soi est nu. L’identité, le surmoi, les agirs vont faire l’objet de forts remaniements avec un plus grand accès au ÇA et à sa folie. L’horizontalité sociale, économique et politique promise permettra-t-elle au sujet de tenir, de se tenir, de se retenir et de se contenir, sans collectif ? C’est sur ce « collectif » qu’il nous faut travailler. Je vous remercie…
Bibliographie
Olivier Babeau, co-auteur avec Laurent Alexandre de « Ne faites plus d'études : apprendre autrement à l'ère de l'IA », Buchet-Chastel, 2025.
Gaultier Bès, La vie machinale. Pourquoi et comment résister à l’IA ? (Desclée de Brouwer, 2026)
Barbara Cassin – « La guerre des mots – Trump, Poutine et l’Europe ». Flammarion, 2025.
Dominique Bourg, Johann Chapoutot – « Chaque geste compte, Manifeste contre l'impuissance publique », Tracts (N°44).
Noam Chomsky, « Fabriquer un consentement », Investig’Action, 2018.
Dany-Robert Dufour – « Baise ton prochain », Acte Sud, 2019. - et « Sadique époque », Le Cherche Midi, 2025.
Épicure - « La lettre à Ménécée », Pierre-Marie Morel, 2024.
Gorges Gusdorf, « La parole », PUF, 1968.
La Boétie – « Discours de la servitude volontaire », Ed. Le Passager Clandestin, version 1922, 2010. Michel Foucault – « Les techniques de soi », Dits et Écrits tome IV, texte 363. Thierry Jobard – « Crise de soi », 10/18, 2024.
Jürgen Habermas – La technique et la science comme ’idéologie’, Gallimard, 1973.
Geoffroy de Lagasnerie « L’âme noire de la démocratie - Manifeste pour un autre idéal politique », Flammarion, 2026.
Orwell – « 1984 », Edwy Plenel : « La démocratie n’est pas l’élection », Seuil, mars 2026.
Éric Sadin – « L’intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle », L’échappée, 2021. Barbara Steigler – « Il faut s’adapter », Gallimard, 2019. Clément Viktorovitch - « Logocratie, Comment nous sommes déjà sortis de la démocratie », Seuil, 2025. La revue Travailler n° 54 – Dossier « La servitude volontaire – Tome I », 2025.
Notes
- Il y aurait une forme d’imposture métaphysique : l’illusion que Jean Baudrillard appelle hyperréalité se prend pour le réel, et s’impose ainsi à nous comme le seul monde accessible. Il n’y a plus de place pour un imaginaire clairement distingué d’une vérité : tout se confond, et le monde entier nous est accessible par le biais des médias qui désormais créent du sens, créent les événements mais ne les représentent plus adéquatement. Quand Baudrillard dit, avec son sens légendaire de la provocation que la guerre du Golfe n’a pas eu lieu (titre d'un recueil de textes publié en 1991), c’est qu’elle n’a pas eu lieu de la façon dont les médias l’ont représentée : toute image, tout récit fait partie de cette illusion globale que nous prenons désormais pour la réalité.
Citer ce texte
Daniel Sartor, « Travail en soi et/ou tyrannie de l’existence », L’@psychanalyse, 7 avril 2026. En ligne : https://www.apsychanalyse.org/textes/daniel-sartor-travail-en-soi-et-ou-tyrannie-de-l-existence (consulté le JJ/MM/AAAA).