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Luc Diaz, « quelque imprévisible qui ne s’atteint que d’aventure »

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Cher Luc Diaz,

en retour à vos paroles, chez Joseph Rouzel, cette brève élucubration. Belle fin d'année, Adeline Yzac

18 décembre 2018 Luc Diaz, « quelque imprévisible qui ne s’atteint que d’aventure »

Dehors, c’est le soir d’hiver dans la vieille ville. Dans la salle lumineuse, chez Joseph Rouzel, sous le haut plafond, assis devant nous, Luc Diaz parle. Sa voix danse. Rythmique étonnante. Jamais entendue jusque-là, comme un déroulé de décasyllabes, avec pour soutien l’accent d’oc qui porte le chemin ; et sur le chemin, la prosodie et la métrique à nulle autre pareille ; qui ramène aux troubadours, à leur invention d’une parole en vers. Envers et contre tout ce qui se fait et se dit ; et virtuose. Ça vient aux oreilles, ça étonne à l’approche. A l’envers de l’attendu, une orature singulière qui cause hors le sens – direct au corps.

Du sens, il y en a. Et du sel. Le propos s’écoule tout au long. Ruisselle, ravine, creuse traces et sillons. Un battement de paroles. « L’homme parlant demande un voile ». Un mendiant de récits, l’homme. S’enchainent des mots et des phrases belles. « Bèlas », grandes. Comme ça tout le temps que dure la prise de parole. Suis prise comme on prise un tabac fin. C’est envoûtant, ça a du prix. C’est un battement de vérités. D’où sourd l’intranquillité de celui qui cause de celui qui fait le psychanalyste. Pas le Prince, le psychanalyste, qu’il dit.

Dit qu’il s’en débrouille, de ce qui lui échoit, - en se la racontant- alors que l’autre, son patient déroule sa partition, c’est-à-dire… fait le marionnettiste. Fait danser la marionnette. « Tour de passe-place ». Et ça prend, ce récit inédit, ça me prend au mot, ça me prend au vif : je la vois, la marionnette qui se laisse hypnotiser par les voix des corps allongés au divan, je la voix qui danse au feu. Au feu du duende, s’entend. Et il nous la déplie plus avant, l’histoire ordinaire de celui qui s’assoit et en écoute un autre, ou plutôt qui la distille, son histoire. Un suc, pas un savoir, une saveur. Il obéit, écoute la voix de l’analysant jusqu’au point de s’y soumettre. Pas jamais entendu ça. Sacrée leçon. Ça a du souffle, ça me coupe le mien, ça balance, suis en suspension au-dedans, en déambulation, en étrange somnolence. Luc Diaz annonce, fait entendre, il se déclare, et je songe aux Feuillets d’Hypnos, de René Char. Densité, éclat, fulgurance… Et puis, je songe au Dichtung, Heidegger, façon qui faufile le dire poétique et le déplié de la pensée. Si le psychanalyste qui lit les paroles de son patient danse, celle qui l’écoute dans le public chante.

adeline yzac

Notes

  1. adelineyzac.wordpress.com https://www.facebook.com/adeline.yzac
Citer ce texte

Adeline Yzac, « Luc Diaz, « quelque imprévisible qui ne s’atteint que d’aventure » », L’@psychanalyse, 3 janvier 2019. En ligne : https://www.apsychanalyse.org/textes/adeline-yzac-luc-diaz-quelque-imprevisible-qui-ne-s-atteint-que-d-aventure (consulté le JJ/MM/AAAA).

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